La France termine son mondial à domicile avec un match de gala contre la Slovénie. La rencontre n’a guère d’enjeux sportifs. La Slovénie est déjà reléguée et cherchera juste à finir sur une bonne note. La France ne vise que la victoire : outre le ranking IIHF, l’objectif est de terminer en beauté en l’honneur de Laurent Meunier et Cristobal Huet, qui disputent leur dernier match en Bleu.
Que dire de plus au sujet de telles légendes ? Laurent Meunier, le capitaine exemplaire, guerrier mémorable, en équipe de France depuis 1999 et qui fut de toutes les galères et coups d’éclats de la France. Cristobal Huet, meilleur joueur de l’histoire, à la carrière nord-américaine remarquable et légende des Bleus, en équipe de France depuis 1997. Les deux hommes ont tout donné pour le maillot bleu, et leurs coéquipiers entendent bien leur permettre de terminer sur une bonne note.
La France peine à se mettre en place
Le début de match est poussif pour les Bleus, peut-être gagnés par l’émotion. Les passes n’arrivent pas, et les Slovènes prennent le contrôle du jeu.
Après deux-trois minutes de flottement, la France commence à peser en attaque. Teddy Da Costa chauffe Pintaric dans l’axe, puis le duo Perret-Rech fait passer des sueurs froides dans la défense. Rech, d’un joli geste technique, sollicite le gardien au première poteau pendant que Meunier cherche à gratter le rebond. Auvitu enchaîne sur la mise au jeu avec un tir juste au-dessus.
La Slovénie s’octroie malgré tout deux chances, dont un tir de Golicic repoussé par Huet. Il capte aussi de la mitaine d’un tir de Podlipnik.
La partie est équilibrée, les deux équipes alternant les temps forts. Un bon shift de Perret et Ritz permet à Dame-Malka de lancer deux tirs du point d’appui, bloqués par Pintaric. La France travaille fort et obtient quelques situations, mais il manque toujours quelques centimètres pour reprendre, à l’image d’une passe pour Fleury dans l’enclave.
Malheureusement, ce momentum s’évapore lorsque Janil doit rattrapper une grossière erreur d’un coéquipier à la bleue offensive. Il se jette pour couper le deux contre un et embarque l’attaquant : tir de pénalité, qu’Ales Music se charge de tirer. Huet, patient, force l’attaquant à prendre un risque et le tir est hors cadre.
L’action ne coupe pas l’élan bleu, qui reprend le fil et décale Sacha Treille pour une volée au cercle. Le tiers se termine sur une ultime occasion slovène et un 0-0.
Le jeu de puissance français se réveille
La France débute la deuxième période pied au plancher. Roussel attaque la cage et le rebond vient sur Stéphane Da Costa dans l’axe, qui pivote et expédie son tir sur le montant droit du gardien.
La Slovénie ne se laisse pas faire et, sur un palet qui bat Huet, il faut un retour miracle de Raux, puis le patin de Janil, pour sauver les Bleus sur la ligne.

Cet élan culmine avec un retenir de Jurij Repe, qui offre un premier jeu de puissance. Quinze secondes plus tard, Stéphane Da Costa remise en retrait vers Auvitu plein axe, qui lance mi-hauteur. Roussel, en écran, dévie derrière Pintaric (1-0).
Soulagés, les Bleus insistent et un slalom de Teddy Da Costa est tout proche de finir au fond des filets. Meunier, derrière la cage, sert ensuite Perret au cercle et le gardien slovène brille encore. La pression monte d’un cran. Bellemare travaille fort au duel depuis le coin et attire la défense en laissant à Auvitu dans l’axe. Le défense envoie un tir du poignet précis qui aggrave la marque. Pintaric était masqué (2-0).

Les occasions pleuvent : une longue passe envoie Roussel en contre et son centre vers Auvitu est sauvé. Stéphane Da Costa cherche la déviation de Bellemare dans l’enclave, c’est à côté. Puis, Pintaric sort la mitaine sur un très bon tir de Fleury.
Ce temps fort s’interrompt à cause d’un surnombre français. Le penalty-kill français assure le travail et ne concède pas grand chose à l’attaque slovène. Du coup, la France compte deux buts d’avance après quarante minutes.
Un final de légende
La Slovénie entame fort le tiers et Cristobal Huet sort plusieurs parades difficiles. Dans leur camp, les Français bataillent dans les bandes. Janil envoie Ograjensek à terre d’une charge régulière appuyée et l’ailier slovène réplique de manière irrégulière. La France pose son jeu de puissance, mais encore une fois, l’audace au tir manque au début. Puis, Pintaric sauve son camp à deux reprises sur de bons jeux de Teddy Da Costa et Sacha Treille. En retard, la Slovénie craque. Kovacecic prend deux minutes. Le cinq contre trois ne dure que six secondes, mais c’est suffisant. Bellemare gagne la mise au jeu, Auvitu tire et Roussel touche le palet devant le gardien (3-0).
Le jeu de puissance se poursuit et Auvitu, servi dans l’axe, est tout proche du but. Malheureusement, Mursak part en contre et, bien qu’accroché, feinte Huet pour réduire la marque entre les jambières (3-1). Le power-play continue, les Bleus s’installent. Sacha Treille pivote et voit son tir percuter le poteau. La pénalité se termine.
Les dix dernières minutes voient le rythme baisser d’un cran. La France obtient moins d’occasions et Huet doit s’imposer face à quelques tentatives. Alors que la Marseillaise retentit, la fin de carrière de Huet et Meunier se profile. Un Huet qui sauve de justesse une attaque d’Urbas, qui avait débordé Hecquefeuille. Besch, lui aussi pris de vitesse, retient un adversaire et sort à 2’09 » de la fin. Le gardien sort au moment même où les Bleus prennent le palet et Roussel complète son triplé du revers (4-1). Une seule casquette tombe sur la glace, mais c’est déjà ça !
Alors que des « Cristo ! Cristo ! » et « Laurent ! Laurent ! » retentissent dans les tribunes, Dave Henderson demande un temps mort. Huet sort sous les vivas de la foule et les félicitations de ses coéquipiers.
Hardy finit le match, avec Meunier sur la glace. Les deux néo-retraités, au coeur d’une ronde de leur coéquipiers, savourent leur dernier moment en bleu. L’ovation, un petite vidéo commémorative et une haie d’honneur terminent cette belle fête, en l’honneur de deux légendes de l’équipe de France, Laurent Meunier et Cristobal Huet. La France termine avec dix points, le deuxième total de son histoire. D’habitude, quatre victoires suffisent pour les quarts. Pas cette année, dans une poule complètement imprévisible.
Désignés joueurs du match : Cristobal Huet pour la France et Matija Pintaric pour la Slovénie.
Meilleurs joueurs de la France dans le tournoi : Cristobal Huet, Laurent Meunier et Stéphane Da Costa.
Meilleurs joueurs de la Slovénie dans le tournoi : Jan Mursak, Robert Sabolic et Ales Kranjc.
Commentaires d’après-match :
Damien Fleury (attaquant de l’équipe de France) : « Beaucoup d’émotions, ce sont deux icônes du hockey français. Je suis content de la cérémonie à la fin, c’était fort et ils le méritent pour tout ce qu’ils ont fait pour monter. On a revu le but de Meunier en Chine… Le Mondial est bon, il n’y a pas un match où on est passé à côté, on a regardé les yeux dans les yeux toutes les équipes. Ce n’est pas passé contre le Canada, tout proche… Il y a encore du travail mais on voit que ça paie. Un peu déçu du premier tiers, mais on en a parlé à la pause et on voulait faire quelque chose pour Huet et Meunier. Montrer ce qu’était notre jeu et on a répondu présent, c’est vraiment génial. Je suis content pour eux, ils le méritent tellement. »

Des souvenirs ? Les JO, même si ce n’était pas ça en performance, c’était incroyable. J’étais un peu jeune, on n’a pas pu vraiment en profiter, ni en faire d’autres… Après, quelque chose de particulier, c’était nos championnats du monde en Chine. C’est un voyage horrible, incroyable, je crois que vous ne savez même pas dans quel vestiaire on était… Y a pas de chose pour décrire ! On a réussi et c’était une belle aventure humaine. Et après, notre série quand on est allés en quarts, car là on a vraiment pratiqué du bon hockey, ça jouait bien, tout se passait bien pour nous. Et Bercy, évidemment, c’est plus frais, mais en y regardant c’est exceptionnel. Depuis qu’on nous a annoncé qu’on ferait les championnats du monde ici, j’aurais pu arrêter bien avant, mais ça a été un moteur, comme souvent l’équipe de France. Pour la fin de carrière, c’est exceptionnel d’avoir un championnat du monde en France. Je n’ai jamais rêvé ça même quand j’étais petit, c’est exceptionnel.
Au niveau du hockey, je ne vais pas être un gros manque, faut être honnête ! Cristo, ça sera peut-être plus dur dans la cage, mais on a aussi des bons gardiens, les jeunes progressent. Cela dépendra toujours des joueurs disponibles, des joueurs NHL. L’an prochain, ma femme va me garder à la maison un moment ! Pas encore trop de décision sur mon avenir, je finis juste l’équipe de France mais je ne finis pas ma carrière de hockeyeur. On voulait tous gagner, remercier le public d’être venu, on avait à coeur de gagner. Et c’est là qu’on voit qu’on a pris en maturité, car on a fait le travail ce soir. C’est sûr que ça fera un grand vide, car tous les ans on se fixe des objectifs, on se prépare, beaucoup se fait en fonction du championnat du monde. Mais c’est une étape de la vie qui est tournée, ça fait 18 ans et ma femme, même si elle est triste que ça se termine, sera bien contente que je sois là pour aider avec les enfants ! »
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de l’équipe de France) : « Ce sera dur de les remplacer. On ne mesure pas l’importance qu’ils ont dans le vestiaire tous les jours. On aurait aimé donner plus, ça sera dur sans eux. Quand Meuns l’ouvre, on la ferme ! On voit sa joie, c’est son coeur ! C’est dur d’expliquer ça aux jeunes. Il faudra travailler à plusieurs pour les remplacer car ce ne sont pas seulement deux joueurs qui partent. C’est une fin difficile, ça fait chier de les voir partir. Ils ont tellement donné… Je suis content que les gens soient restés jusqu’au bout, ce sont deux grands hommes et j’aurais aimé leur redonner plus. On était un peu déçu du public au premier match, mais les supporters ont répondu présent après et je suis fier d’eux.
Regret ? Non c’est un mot dur, ça voudrait dire qu’on n’a pas tout donné. Nous avons joué la poule la plus dure de notre histoire et on prend dix points, avec sept matchs en dix jours, quelque chose que plusieurs joueurs n’avaient jamais vécu. Et ils ont tous répondu présent, malgré le peu de sommeil et la fatigue. À la fin de chaque match, dans le vestiaire, nous étions tous morts. Il y a un peu de frustration contre le Canada, mais nous prenons trois points à la Finlande. C’est de bon augure, il faut garder cet esprit, montrer que ça vaut le coup de tout donner à chaque match, comme le disait Meun’s. Là, on prend dix points. On était en colère après avoir perdu contre le Canada alors qu’avant, on quittait se changer tranquillement dans le vestiaire après avoir perdu contre eux. »

Dave Henderson (entraîneur de l’équipe de France) : « Cela sera difficile de remplacer ces deux personnes sur la glace, mais aussi humainement. Deux gars qui ont dédié leur âme et leur corps au hockey français. On les voit partir avec regret, mais quoi de mieux que de partir avec tous les supporters ici. Ils le méritaient plus qu’amplement. Content qu’ils sortent sous les accolades de tous, ça fait chaud au coeur, pour leurs familles et parents. Plaisir de voir une sortie réussie, non seulement au score mais aussi de la façon de jouer de tous. Quatre victoires ,c’est un bilan positif, c’est sûr. Mais on a fait de bons matchs, des défaites honorables, certaines qui font plus mal que d’autres dont les Norvégiens… Mais la Norvège, la Slovénie, nous avons souvent du mal contre eux, ça se joue à un but toute l’année.
Pas de quarts, mais un bon cru et des espoirs pour l’avenir. Nous avons été plus opportunistes. Le match contre les Tchèques, nous n’avons pas été performants en jeu de puissance, on cherchait trop le jeu parfait. Quand on avait fait le quart, on avait mis beaucoup de buts de la bleue en déviations, et ce soir on l’a fait. Quand on tire à la cage, de bonnes choses arrivent. Cela crée une zone de panique et un défenseur peut manquer de lucidité et mal dégager par exemple.
Je pense qu’on a gagné le coeur des gens. On rencontre des personnes venues pour la première fois, qui ont bien aimé le sport. Quand ils voient l’équipe de France qui travaille, jamais battue jusqu’à la fin, ils ont bien aimé ça. On verra pas mal de monde dans les patinoires. On espère que ça va créer une vague de personnes qui vont suivre le hockey. Nous avons 22 000 licenciés, pour aller plus loin il faut augmenter la base. On espère, comme les Jeux de 1968 et 1992 ont augmenté les licenciés, que ça va amener des personnes vers le hockey. C’est un sport formidable, avec une camaraderie dans le vestiaire et en dehors, qui dure la vie. Un ami avec qui j’ai joué en minime et cadet est venu ici, il a fait 6000 kilomètres. Ce sont des amis qu’on garde toute une vie.
Deux joueurs partent, il faut les remplacer. C’est en bonne voie. Les grands joueurs peuvent jouer n’importe quel système, de toute façon. On doit être plus efficace dans la finition, et dans les petits jeux, les petites passes, ne pas faire des erreurs mentales à ne pas sortir le palet de la zone, plus systématiquement. Quand on est dans notre zone, on essaie mais parfois on se met dans la difficulté et on doit être plus performants. Il faut mieux gérer le palet dans un combat. »
Nik Zupancic (entraîneur de l’équipe de Slovénie) : « Les deux équipes jouaient pour l’honneur. Nous avons fait un premier tiers correct, mais nous ne capitalisons pas nos chances. En deuxième, la France nous a tenus dans notre zone et mis la pression, avant de marquer un but en supériorité puis un deuxième sur une grosse erreur de marquage, ce qui a été une constante du tournoi. En troisième nous avons essayer de pousser mais Cristobal a fait son travail. Bravo à la France. »
France – Slovénie 4-1 (0-0, 2-0, 2-1)
Lundi 15 mai 2017, 20h15. AccorHotels Arena de Paris. 12 807 spectateurs.
Arbitrage de Brett Iverson (CAN) et Mark Lemelin (AUT) assistés de Joep Leermakers (HOL) et Brian Oliver (USA)
Pénalités : France 4′ (0′, 2′, 2′), Slovénie 6′ (0′, 2′, 4′)
Tirs : France 25 (5, 10, 10), Slovénie 27 (8, 10, 9)
Récapitulatif du score
1-0 à 28’20 » : Roussel assisté de Auvitu et S. Da Costa (sup. num.)
2-0 à 31’08 » : Auvitu assisté de Bellemare et Roussel
3-0 à 44’01 » : Roussel assisté de Auvitu (double sup. num.)
3-1 à 44’25 » : Mursak asissté de Music et Pintaric (inf. num.)
4-1 à 58’30 » : Roussel (cage vide)
France
Attaquants
Antoine Roussel (+1) – Pierre-Édouard Bellemare (A, +1) – Stéphane Da Costa
Sacha Treille – Teddy Da Costa – Damien Fleury (-1)
Loïc Lampérier – Laurent Meunier (C) – Jordann Perret
Anthony Rech – Nicolas Ritz – Florian Douay
Défenseurs
Yohann Auvitu – Kevin Hecquefeuille (A, +1)
Antonin Manavian (+1) – Nicolas Besch (2′)
Olivier Dame-Malka – Jonathan Janil
Damien Raux (+1)
Gardien
Cristobal Huet puis Florian Hardy à 59’36 »
Remplaçant : Maurin Bouvet (A). Réservistes : Ronan Quemener (G), Florian Chakiachvili (D), Valentin Claireaux (A).
Slovénie
Attaquants
Jan Urbas (A) – Jan Mursak (C) – Miha Verlic (-1)
Ziga Jeglic (-1) – Rok Ticar (-1) – Robert Sabolic (-2)
David Rodman (-1) – Bostjan Golicic – Ken Ograjensek (2′)
Nik Pem – Ales Music (+1) – Anze Kuralt
Défenseurs
Luka Vidmar (-1) – Ales Kranjc (-1)
Jurij Repe (2′) – Sabahudin Kovacevic (A, 2′)
Mitja Robar – Blaz Gregorc (-1)
Andrej Tavzelj (+1) – Matic Podlipnik
Gardien
Matija Pintaric [sorti de sa cage de 58’27 » à 58’30]
Remplaçant : Luka Gracnar (G). Réservistes : Klemen Pretnar (D), Ziga Pance (A), Gasper Kroselj (G).
















































