Revenus de Marseille avec deux points arrachés en prolongation (3-2 prl), les Gothiques retrouvaient le Coliséum pour leur dernier match avant la trêve internationale. Menés de deux buts peu après la mi-match, après des réalisations de Dair et Spinozzi en moins de trois minutes, les hommes de Bruce Richardson avaient fait preuve de caractère. Girouard avait réduit l’écart dans la foulée sur un service de Craig, avant que Seitz n’égalise à trente-six secondes de la deuxième sirène. En prolongation, Craig avait offert la victoire au bout de trente et une secondes, en concluant un tour de cage de Girouard. Gravel y avait pris sa part, avec trente-quatre arrêts face à une formation phocéenne qui avait tiré trente-six fois. Fait rare, aucune pénalité n’avait été sifflée de toute la soirée.

Ce succès était le sixième des Picards en sept journées, après six défaites pour lancer leur championnat. Au Coliséum, Amiens restait d’ailleurs sur trois victoires de suite, face à Cergy-Pontoise, Marseille et Bordeaux. La remontée se lisait désormais au classement, où les Gothiques pointaient au huitième rang avec dix-sept points, à égalité avec Cergy-Pontoise et à une longueur de Nice et de Bordeaux. Leur entraîneur voyait dans ce succès la preuve que son équipe savait désormais gagner loin de ses bases, une condition à ses yeux pour exister en séries. Il se félicitait aussi de l’association naissante entre Craig et Girouard, et d’avoir pu faire tourner quatre trios pour garder ses joueurs clés frais en fin de match. La précaution n’était pas superflue, puisque ce vendredi marquait la quatrième rencontre des Gothiques en huit jours. Ils restaient privés de leur capitaine Justin Bergeron, touché à la tête le 23 octobre à Bordeaux. La trêve ne serait pas synonyme de repos pour tous : la Coupe des Nations allait se disputer au Coliséum du 5 au 7 novembre. Charles Schmitt figurait dans la liste de Yorick Treille, et Mathieu Mony l’y avait rejoint pour remplacer Enzo Guebey, blessé. Mathis Thirion accompagnerait quant à lui le groupe en tant que partenaire d’entraînement.

Le Coliséum accueillait les Diables Rouges de Pierre Bergeron, élu meilleur entraîneur de la saison passée. Septièmes de la dernière saison régulière, les Briançonnais avaient retrouvé les play-offs pour la première fois depuis 2014-2015, avant de céder en quart de finale face à Grenoble. Club tremplin par vocation, Briançon avait vu partir cet été ses meilleurs éléments, à commencer par Outhouse, sacré meilleur gardien du championnat et parti en Slovaquie. Sa doublure, Thirion, avait d’ailleurs rejoint Amiens. Pour reconstruire, le club haut-alpin avait misé sur des universitaires nord-américains et sur trois recrues venues du championnat britannique.

Le début de saison avait pourtant souri aux Briançonnais, vainqueurs de Rouen (3-1) puis à Marseille (4-0) lors des deux premières journées. La suite avait été bien plus laborieuse, avec une seule victoire en dix matchs de championnat et une série de six revers pour finir. Ils y avaient mis fin mardi en battant Anglet, la lanterne rouge (4-2). Avec vingt-cinq buts en treize matchs, leur attaque restait la plus faible du championnat. Leur défense tenait mieux la route, avec trente-six buts encaissés, le quatrième total le plus bas de la ligue. Leur gardien Samuel Richard n’y était pas pour rien. Bombardé de plus de trente-huit tirs par match en moyenne, il affichait pourtant le deuxième meilleur pourcentage d’arrêts de la ligue (94,15 %), derrière le Rouennais Macmillan Carruth.

Le 9 octobre à René-Froger, les Gothiques ne s’étaient imposés qu’à un peu plus d’une minute du terme (3-2), sur un but de Seitz, grâce aux quarante-quatre arrêts de Gravel. Titulaire lors des neuf dernières rencontres, ce dernier se présentait avec 92,83 % d’arrêts. Son remplaçant Thirion affichait de son côté 91,86 % sur un peu plus de deux heures de jeu. Pour prolonger leur série avant la trêve, les Gothiques devraient donc battre l’un des deux meilleurs gardiens du championnat.

Truman Show
Vêtus de leur maillot spécial Halloween, les Gothiques évoluaient devant 3 128 spectateurs. Sans surprise, Gravel et Richard gardaient les cages. Les deux équipes se rendaient coup pour coup dès l’engagement, et la ligne de Craig se montrait la première, mais Richard s’interposait sur ses deux tentatives.

C’étaient pourtant les visiteurs qui frappaient les premiers. Pris en tenaille à la ligne bleue offensive, Antonin Plagnat égarait le palet, et Briançon partait à deux contre un. Logan Neilson servait Scout Truman, laissé seul, et le meilleur buteur haut-alpin prenait le temps de voir venir Gravel avant de l’ajuster d’un petit lancer à mi-hauteur, côté bouclier (0-1, 6’02).

Ce but disait déjà tout du plan de jeu briançonnais. Chaque perte de palet amiénoise se payait désormais d’un contre en surnombre. Sur l’une d’elles, en zone défensive, Truman combinait de nouveau avec Neilson et tentait un dribble, que le portier amiénois repoussait d’un arrêt déterminant. Entre la cinquième et la quinzième minute, les Diables Rouges tiraient onze fois contre trois, et les Picards couraient après le palet.

La plus belle occasion amiénoise portait néanmoins la signature de Cédric Di Dio Balsamo, formé à Briançon. Servi à la ligne rouge, il glissait le palet en rotation à Ilies Djemel, qui le lui remettait fort devant la cage. La déviation de Di Dio Balsamo passait de peu au-dessus, et lorsque le rebond lui revenait, il butait sur le plastron de Richard.

Virgile Gauffriau offrait ensuite une supériorité aux visiteurs (12’26, pour avoir accroché). Servi dans le cercle, Neilson armait un tir sur réception, que Gravel bloquait de la jambière. Le gardien amiénois refusait une fois de plus le rebond à Matheo Cantagallo. Briançon s’installait dans la zone amiénoise, mais l’infériorité tenait bon. Les Gothiques reprenaient à peine pied en zone offensive que Harrison Caines héritait du palet et filait seul au but, avant de très mal négocier son échappée.

Kohei Sato rendait la pareille à Gauffriau (16’51, pour avoir accroché), mais la supériorité amiénoise ne produisait rien de notable. Lancé par Hinam sur la sirène, Craig ne parvenait pas davantage à conclure. Les Briançonnais regagnaient les vestiaires avec un but d’avance. Ils avaient aussi remporté treize des vingt et une mises au jeu du tiers, et leur centre de première ligne, Blake Swetlikoff, dominait Craig dans le cercle.

Seitz reparti
Les Diables Rouges reprenaient sur le même rythme, avec trois tirs en moins d’une minute, sans réellement inquiéter le dernier rempart amiénois. Puis le match changeait de visage.

La ligne de Craig s’installait pour une longue séquence en zone offensive, au cours de laquelle Girouard se procurait une double occasion. Le palet revenait inlassablement devant la cage, et Craig finissait par égaliser à sa deuxième tentative, sur un service de ce dernier (1-1, 25’46). Cette égalisation libérait les Samariens. Incapables de ressortir de leur zone, les Briançonnais pliaient, et Leo Faure se résolvait à la faute (27’23, pour avoir fait trébucher).

La supériorité offrait aux hommes de Bruce Richardson leur plus gros temps fort de la soirée. Un Briançonnais se servait d’une crosse cassée restée sur la glace pour contrer le palet, au grand dam des Amiénois. L’action se poursuivait néanmoins, et Brandon Magee décalait Seitz, qui donnait pour la première fois l’avantage aux siens, trois secondes après le retour de Faure sur la glace (2-1, 29’26). En cinq minutes, les Gothiques avaient tiré huit fois quand leur adversaire ne l’avait fait qu’une fois, et le momentum avait changé de camp.

Keanu Yamamoto, l’une des trois recrues briançonnaises venues du championnat britannique, tentait bien de sonner la révolte. À la ligne bleue, il récupérait une passe manquée qui rebondissait sur la glace, puis filait en échappée, mais Gravel ne se laissait pas surprendre. Le ton montait ensuite entre Mony et Peter Stratis, qui s’accrochaient quelques secondes. Les deux hommes semblaient prêts à jeter les gants lorsque les arbitres s’interposaient, et chacun écopait de deux minutes pour charge avec la crosse et de dix minutes pour dureté (31’46).

Privés pour un long moment de leur défenseur fraîchement appelé en équipe de France, les Gothiques n’en continuaient pas moins de dominer. Briançon ne voyait plus le jour, et ses rares tirs ne portaient pas de réel danger. La seule alerte venait d’une supériorité offerte par Djemel en toute fin de période (39’26, projection contre la bande). Gravel s’y interposait d’un gros arrêt devant Yamamoto, et Bastien Lemaitre contrait une lourde frappe dans la foulée. Les dernières secondes s’avéraient houleuses entre Jere Vertanen et Yamamoto, ce qui promettait un dernier tiers engagé.

Les Gothiques jouent à se faire peur
La reprise était retardée, la glace ayant du mal à prendre. Une fois le jeu lancé, les Samariens tenaient sans encombre la fin de l’infériorité héritée du deuxième tiers.

Revenu de sa pénalité, Mony se créait la première grosse occasion. Le défenseur accélérait pour se défaire de son vis-à-vis, puis décochait un tir, entre le lancer frappé et le tir du poignet, qui frôlait la lucarne. Briançon tentait de pousser, mais les occasions franches restaient amiénoises. Les visiteurs ne tiraient d’ailleurs que six fois dans ce tiers. Di Dio Balsamo faisait ensuite parler sa vitesse. Parti avec cinq mètres de retard sur son défenseur, il s’ouvrait la route du but et poussait Stratis à la faute (53’53, pour avoir accroché).

On croyait alors le troisième but à portée de crosse. En supériorité, Vertanen remontait le palet jusqu’en zone offensive. Craig attaquait la cage pour offrir une déviation, et le Finlandais frappait fort au ras de la glace, mais Richard s’en sortait d’un arrêt compliqué du plastron. C’était pourtant Briançon qui frappait, en infériorité. Sur une contre-attaque désespérée, Antonin Fine se heurtait à Gravel, et tout le monde, inexplicablement, s’arrêtait de jouer. Tout le monde, sauf Fine, qui, resté à terre, retrouvait le palet et le poussait lentement au-delà de la ligne (2-2, 55’10).

Fort heureusement, les Gothiques ne laissaient pas le doute s’installer. Toujours en supériorité, ils revenaient aussitôt dans la zone briançonnaise, où Plagnat armait un tir. Après quelques rebonds, Magee trouvait la faille depuis le cercle, trente-quatre secondes seulement après l’égalisation (3-2, 55’44). Déjà passeur sur le 2-1, il signait là son deuxième point de la soirée. Briançon contestait le but pour un hors-jeu, mais la vidéo ne permettait pas de l’établir. Le but était validé, sans que l’échec du challenge coûte de pénalité aux Diables Rouges.

Sur un dégagement interdit, Richard cédait sa place à un sixième attaquant (58’05). Les Diables Rouges s’installaient alors dans la zone amiénoise, sans parvenir à cadrer plus d’une fois, et Plagnat gagnait de précieuses secondes contre la bande. Un dernier dégagement interdit ramenait encore le jeu en zone amiénoise à deux secondes de la fin, et Pierre Bergeron prenait son temps mort. Le score ne bougeait plus. Au coup de sifflet final, Sato et Persson écopaient encore de dix minutes pour comportement antisportif.

Le diable est dans les détails
Pour leur quatrième match en huit jours, les Gothiques n’avaient pas livré leur partition la plus aboutie, mais ils avaient su attendre leur moment. Dominés dans le premier tiers, où chaque perte de palet se payait d’un contre, ils avaient pu compter sur Gravel pour rester dans le match. Le gardien amiénois remportait d’ailleurs le duel annoncé face à Richard (28 arrêts sur 30 tirs, contre 30 sur 33). Si Richardson avait salué l’association entre Craig et Girouard, à l’origine de l’égalisation, c’est cependant son deuxième trio qui faisait la différence. Seitz, Barriga et Magee, avec Mony et Plagnat derrière eux, étaient sur la glace pour les deux buts qui donnaient l’avantage. Le but de Fine laissait néanmoins un goût amer. Encaissé en supériorité, sur une action que tout le monde croyait arrêtée, il rappelait l’égalisation concédée vingt-neuf secondes après le 2-1 contre Marseille. Ce groupe pouvait donc encore se déconcentrer au pire moment. Le jeu de puissance avait d’ailleurs rendu le but qu’il avait marqué. La réaction immédiate de Magee en disait cependant long sur l’état d’esprit des hommes de Bruce Richardson. La discipline retrouvée comptait aussi, puisque Amiens n’avait concédé que deux infériorités, toutes deux tuées. Avec sept victoires en huit journées, dont quatre de suite au Coliséum, la remontée ne relevait plus du hasard. L’entraîneur amiénois pourra savourer la trêve, en sachant que la reprise le conduira chez un concurrent direct.

Avec vingt points, les Gothiques restaient à hauteur de Cergy-Pontoise, rejoints par Bordeaux, vainqueur à Grenoble après prolongation. Huitièmes, ils pointaient à une longueur de Nice et d’Angers. Ils retrouveraient la compétition le vendredi 13 novembre à Cergy-Pontoise, avant un huitième de finale de Coupe de France à Angers fin novembre. Briançon, onzième avec treize points, recevrait Gap le même vendredi.

Meilleurs joueurs : Mathieu Mony (Amiens), Keanu Yamamoto (Briançon)
Amiens – Briançon 3-2 (0-1, 2-0, 1-1)
Vendredi 30 octobre 2026 à 20h15 au Coliséum. 3 128 spectateurs.
Arbitres : Alexandre Bourreau et Jérémy Rauline assistés de Thomas Simon et Hugo Maillard
Pénalités : Amiens 16′ (2′, 4’+10′, 0′) ; Briançon 38′ (2′, 4’+10′, 2’+10’+10′).
Tirs : Amiens 33 (11, 12, 10) ; Briançon 30 (14, 10, 6)
Évolution du score :
0-1 à 06’02 : Truman assisté de Neilson et Stratis
1-1 à 25’46 : Craig assisté de Girouard et Hinam
2-1 à 29’26 : Seitz assisté de Magee et Barriga
2-2 à 55’10 : Fine assisté de Swetlikoff (inf. num.)
3-2 à 55’44 : Magee assisté de Seitz et Plagnat (sup. num.)
Amiens
Attaquants :
Nicholas Girouard – Kieran Craig (A) – Tyler Hinam
Nicholas Seitz (+1) – Elijiah Barriga (+1) – Brandon Magee (+1)
Ilies Djemel (2′) – Virgile Gauffriau (2′) – Cédric Di Dio Balsamo
Noa Besson (-1) – Enzo Benoit (-1) – Esteban Voiturier (-1)
Défenseurs :
Jere Vertanen (-1) – Bastien Lemaitre (+1)
Mathieu Mony (A, +1, 12′) – Charles Schmitt (-1)
Papys Da Sylva – Antonin Plagnat (A)
Gardien :
Alexis Gravel
Remplaçant : Mathis Thirion (G). Absents : Justin Bergeron (blessure), Gabriel Bernier (blessure)
Briançon
Attaquants :
William Persson (10′) – Blake Swetlikoff (+1) – Keanu Yamamoto
Harrison Caines (-1) – Kohei Sato (A, -2, 12′) – Yonis Penet (-1)
Logan Neilson (+1) – Lucas Bonnardel (A, +1) – Scout Truman (+1)
Matheo Cantagallo – Antonin Fine – Sacha De Smitt
Défenseurs :
Leo Faure (-1, 2′) – Sasha Djigaouri (+1)
Adrien Bisson (C, -2) – Mathis Despatie
Romain Bermond-Gonnet (+1) – Peter Stratis (14′)
Gardien :
Samuel Richard [sorti de 58’05 à 60’00]
Remplaçant : Elliot Lévêque (G).































