HA
top

Edmonton ou la somme de dysfonctionnements circonstanciels et fonctionnels

483

Les Oilers d’Edmonton figuraient pour de nombreux observateurs parmi les prétendants à la coupe Stanley. Nous étions, à la rédaction, beaucoup plus nuancés car la dépendance à Connor McDavid est très forte et les décisions managériales ont curieusement bâti une équipe qui manque de profondeur. Loin de vouloir fanfaronner et vous dire qu’on vous avait prévenus, voyons quelles sont les raisons du début de saison plus qu’inquiétant des Oilers ?

 

Entre les promesses et les doutes d’avant saison, les doutes occupent le devant de la scène

Une équipe qui comporte Connor McDavid pourra toujours s’accrocher aux playoffs. Le joueur est un phénomène générationnel et figure parmi la mini-poignée de joueurs capables de porter une équipe à eux-seuls avec Erik Karlsson, Carey Price il y a 2-3 ans ou dans une moindre mesure Steven Stamkos et John Tavares. Des joueurs dont l’absence signifie le jour et la nuit pour leur équipe. Personne ne se plaindra jamais de posséder McDavid mais ce constat souligne que la marge de manœuvre derrière le prodige est bien fine. Le Directeur Général Peter Chiarelli a choisi depuis son arrivée de sacrifier des joueurs offensifs de talents (Taylor Hall, Jordan Eberle, Justin Schultz) pour signer des éléments plus défensifs et physiques (Milan Lucic, Adam Larsson, Kris Russell). Or, donner de la profondeur à son club fait la différence entre faire les playoffs et gagner la coupe, et le problème semble non pas se résoudre mais s’accentuer.

 

Une équipe avant tout en manque de réussite

Dans les faits, Edmonton joue bien. Affirmer le contraire serait mentir. Les Oilers sont la 2e équipe de possession de la ligue et viennent également au deuxième rang pour les buts anticipés. Edmonton est donc une équipe qui domine ses adversaires en termes de tirs, et pas qu’un peu. Nous avons déjà croisé depuis le début de saison des scénarios d’équipes dominantes mais en manque de réussite, c’est aussi le cas des Oilers. Une réussite qui continue à les fuir. Avec un pourcentage aux tirs de 5,9%, Edmonton est bon 30e de la ligue, un large cran derrière le 29e à 6,62%. Dites-vous que sur les dix dernières saisons, seules 3 équipes sur les 300 ont terminé en deçà de 6%… La réussite d’Edmonton va donc rebondir, et les buts vont revenir. Si Edmonton shootait à 8% depuis le début de l’année, comme l’an dernier, ils auraient marqué 12 buts supplémentaires à 5 contre 5, de quoi s’offrir plusieurs victoires qui rendraient la situation actuelle bien moins préoccupante.

Mais en attendant, le résultat concret est que les buts anticipés ne sont pas rentrés. Le graphique ci-dessous de Sean Tierney (@ChartingHockey) montre justement la différence entre le nombre de buts anticipés et le nombre de buts réellement marqués. Il manque donc à Edmonton une dizaine de buts, seuls Pittsburgh et Montréal ont fait pire.

 

L’infériorité coûte cher

L’infériorité numérique des Oilers est simplement catastrophique, la pire de la ligue avec seulement 71% de réussite. Ils ont encaissé 16 buts dans cette situation depuis le début de l’année, en 17 matchs ! Cela signifie, qu’en moyenne, Edmonton donne un but par match à l’adversaire en désavantage. Quand l’attaque ne débloque pas, c’est un handicap dont ils se seraient bien passés.

Cam Talbot est-il une raison des malheurs des Oilers ? La réponse courte est : non, mais… Après une première saison moyenne, mais où toute l’équipe a plongé après la blessure de McDavid, Talbot a montré l’an dernier ce pour quoi les Oilers avaient parié sur lui, en saison comme en playoffs. Ses performances à 5 contre 5 sont encore très stables cette saison, que ce soit face aux tirs faciles ou dangereux. Il paye par contre le prix de l’infériorité numérique désastreuse des Oilers et son taux d’arrêts dans cette situation pique franchement du nez. S’il n’est donc pas réellement en faute jusqu’ici, Talbot peut tout de même être accusé de ne pas faire de miracles, si un tel argument est recevable. Seuls Bobrovsky et Murray sauvaient des buts à leur équipe plus souvent que Talbot l’an passé, au rythme d’un tous les trois matchs. À l’heure actuelle, le gardien des Oilers n’en sauverait un que tous les dix matchs… Pas de coup de pouce supplémentaires à ses coéquipiers donc.

 

Le manque de profondeur parait cruellement

Là où le bât blesse vraiment reste au final le manque de talent en profondeur. Si Edmonton a de bons chiffres de possession, McDavid tire à lui-seul les données collectives vers le haut et nuance un peu la réalité. Avec McDavid sur la glace, Edmonton contrôle 56,6% de la possession, un niveau de domination totale. Sans lui, cela descend en bas de 52%, toujours positif mais beaucoup plus neutre. Le trio de McDavid peut bien défendre très moyennement, son apport offensif est incomparable. Surtout avec Leon Draisaitl à ses côtés, tandis que Pat Maroon continue de faire le passager clandestin faute de mieux…

L’autre trio contrôlant la rondelle, celui de Jussi Jokinen, un habitué de la chose, manque par contre cruellement de finition. Jokinen n’a été sur la glace que pour un seul but marqué par son équipe à 5 contre 5 depuis le début de l’année ! Tout comme Drake Caggiula, un de ses fréquents partenaires. Au centre du 4e trio, Mark Letestu n’a lui vu aucun but marqué en sa présence ! Comme son complice Iiro Pakarinen, et Zack Kassian n’en a vu que deux… Le bottom6 des Oilers ne produit tout simplement pas, non seulement par manque de réussite mais aussi par manque de talent pur. Autres intérimaires du fond d’alignement, Brad Malone et Jujhar Khaira ne sont pas non plus très efficaces une fois rendus en zone offensive.

Cela laisse au second trio, celui de Ryan Nugent-Hopkins, la charge de toute l’offensive derrière McDavid-Draisaitl. Milan Lucic et Nugent-Hopkins ont paradoxalement été plutôt en réussite depuis le début de la saison, et leur différentiel de buts à 5 contre 5 est légèrement positif (11 marqués, 9 encaissés). Le problème est que, dans le jeu, cette ligne est la moins dominante de toutes. Les deux joueurs naviguent tout juste à 50% de possession, les pires rendements de l’équipe. C’est pourtant à eux que l’on donne le plus de mises en jeu en territoire offensif, afin de les mettre dans de bonnes conditions. Ce trio pourrait être une 3e ligne efficace mais les Oilers n’ont pas mieux à présenter dans leur top6.

 

Le même dilemme en défense

La problématique est semblable derrière. L’absence de Sekera pèse lourdement sur un top4 qui ne parvient pas à trouver un équilibre productif. Darnell Nurse est la bonne révélation du début de saison et il a poussé Kris Russell est son nouveau contrat sur la 3e paire. Il faut dire que Russell se cantonne à travailler dans sa zone et subit le jeu d’une façon qui ne sied pas à un top4. Oscar Klefbom a été séparé d’Adam Larsson pour travailler avec le jeune Matthew Benning, pourtant coupable d’un début de saison difficile. D’ailleurs, de 49% de possession ensemble, Klefbom monte à 56% sans Benning… Klefbom qui fait l’objet de critique mais ce n’est pas faute d’essayer : il est l’Oiler qui a obtenu le plus de tirs cadrés, 55, un de plus que McDavid, pour un seul petit but. Lui aussi est dû pour un peu de karma positif. Enfin, Eric Gryba offre des performances correctes dans un rôle très protégé, comme Yohann Auvitu qui semble avoir perdu néanmoins sa chance au profit de Benning. Mais le dilemme demeure constant : les Oilers n’ont pas le choix de donner à Klefbom ou Nurse des partenaires qui les ralentissent un peu, voire beaucoup. À voir si un retour de Sekera pourrait donner un top4 plus stable, mais il n’est pas attendu avant un autre mois.

 

Que réserve l’avenir ?

Il reste bien sûr de l’espoir. Todd McLellan est un bon coach qui sait donner à son équipe les chances de gagner. Edmonton n’est pas tout en haut de la ligue pour la possession et les buts anticipés pour rien. La réussite aux tirs va remonter et, si elle ne tarde pas trop, donner aux Oilers de quoi lutter pour les playoffs. Cependant, les maux profonds sont plus que jamais présents. Des joueurs secondaires comme Kassian ou Letestu avaient connu des playoffs de haut vol mais sont logiquement redescendus sur terre. La réalité est que Peter Chiarelli est en train de mettre consciemment des bâtons dans les roues de ce qui avait le potentiel d’un multiple champion. Comment ne pas imaginer aujourd’hui les Oilers avec Taylor Hall, Jordan Eberle, voire Matthew Barzal, le choix donné aux Islanders en retour de Griffin Reinhart…

Edmonton, une équipe qui lutte pour les playoffs? C’est peut-être là son vrai niveau. Certaines voix parlent déjà de sacrifier cette saison afin de résoudre les vrais problèmes justement. Donner le temps à Jesse Puljujärvi, Anton Slepyshev et Kailer Yamamoto de s’aguerrir aux ailes justement, et revoir la défense. Il est encore tôt pour tirer un trait sur 2017-18. Mais le temps presse.