Nous y voilà, pour un épisode de l’une des grandes rivalités du hockey sur glace : Canada – USA au féminin ! À deux exceptions près (JO de Turin 2006 et Mondial d’Espoo 2019), les deux équipes se sont quasiment tout le temps retrouvées en finale, et leur présence pour le match de la médaille d’or à Pékin 2022 n’a rien de surprenant.
C’est flagrant pour les Canadiennes qui ont inscrit, avant cette finale, 54 buts, soit un nouveau record olympique (l’ancien datant des JO 2010 de Vancouver, 48 buts marqués). Et dire que la star offensive Mélodie Daoust n’est revenue parmi l’équipe qu’en demi-finale, blessée au haut du corps, elle a d’ailleurs obtenu une mention d’assistance face à la Suisse.
Les Américaines n’ont elles pas démérité en adressant en moyenne 334 lancers sur le but adverse, soit 55 tirs en moyenne ! Et elles espèrent bien à la fois conserver leur titre olympique et rattraper le revers du tour préliminaire (2-4), prêtes à donner le maximum… si elles en ont l’occasion. Depuis plusieurs matchs, l’entraîneur en chef Joel Johnson est critiqué pour donner un temps de jeu faramineux à certaines joueuses, au détriment d’autres qui pourraient tirer leur épingle du jeu. C’était particulièrement frappant contre la Finlande où des joueuses comme Grace Zumwinckle, Hayley Scamurra et Abbey Murphy, devenues des pointures internationales, ont joué entre 5 et 7 minutes. Et que dire des défenseures Jincy Dunne et Caroline Harvey, présentes en uniforme uniquement pour garnir le banc et totalement snobées, Johnson préférant aligner deux doublettes et demi avec Megan Keller (qui joue près d’une demi-heure) en rotation. Cette finale ne dérogera pas à ses règles, est-ce le bon choix ?
Vainqueur du groupe A et à la faveur des statistiques, le Canada part favori dans cette finale mais n’aura pas la tâche aisé. Rappelons que six des sept dernières finales, JO et Mondiaux, n’ont pu avoir de verdict dans les 60 minutes. Alex Cavallini et Ann-Renée Desbiens, qui ont obtenu toutes deux la confiance de leur coach, gardent les filets.
Les deux équipes tentent des tirs dès le début de la rencontre, mais celui de Brandt, à la 3e minute après une mise en jeu gagnée, est repoussé par le poteau. Les Canadiennes haussent le ton quelques minutes plus tard, et Spooner est crédité d’un but en déviation, qui sera logiquement refusé pour une position de hors-jeu. Une trentaine de secondes plus tard, il n’y aura aucune contestation. Engagement gagné par le Canada, Claire Thompson frappe de loin et Sarah Nurse appuie sa déviation pour ouvrir le score, ce but lui permettant d’obtenir un 17e point dans ce tournoi. Les Américaines tentent ensuite de réagir, Desbiens devant s’employer sur un rebond que convoitaient Brandt et Knight. Les États-Unis ont de bonnes occasions, mais la confiance n’est pas optimum en défense. Marie-Philip Poulin en profite, son pressing lui permet de récupérer le palet en zone offensive et de placer un tir à mi-hauteur qui surprend Cavallini, le puck passe sous sa manche : 2-0 à l’issue de la première période.
Devant au tableau d’affichage, le Canada défend bien et continue de se montrer menaçant en deuxième période, à l’image de Jenner, sur un contre en solo mais avec un tir non cadré, et à l’image de Spooner qui reprend une passe levée de Fillier, Cavallini suit bien l’action. Les Américaines tentent bien de réagir, elles parviennent à s’installer un temps… avant un contre canadien meurtrier. Sarah Nurse entre en zone offensive, temporise et sert Natalie Spooner qui frappe instantanément, arrêt, Marie-Philip Poulin s’arrache sur le rebond pour inscrire le 3-0.
Les Américaines sont déjà au pied du mur alors que l’on entame à peine la mi-match. Un dangereux tour de la cage de Bozek précède un avantage numérique dont ne profitent pas les États-Unis, incapables de s’installer durablement dans le camp canadien. Étrangement, c’est en infériorité numérique que les Américaines vont réduire le score : après une récupération de Brandt, Hilary Knight file sur son aile gauche, frappe une première fois, repoussé, une deuxième fois du revers, repoussé de nouveau, le troisième tir est le bon pour enfin battre Desbiens : 3-1.
Dans le troisième tiers-temps, le pressing canadien ne faiblit pas sur les possessions américaines. Toutefois, Alex Carpenter a plus d’une occasion au bout de la crosse pour recoller au score : frappe instantanée sur la barre transversale, puis en pression cage, enfin un tir du revers sans grande conviction seule face à Desbiens. Il n’y a véritablement qu’elle pour inquiéter le Canada. Un nouvel avantage numérique américain, après une faute de Larocque sur Harmon, est une fois de plus mal négocié. À plus de trois minutes de la fin, Cavallini déserte ses buts, les Américaines tentent le tout pour le tout, d’autant plus que Poulin est ensuite pénalisée pour une béquille sur Barnes. Les Canadiennes serrent les dents, se sacrifient, jusqu’au but d’Amanda Kessel, qui profite d’un rebond sur un tir d’Abby Roque… à 13 secondes de la fin. Trop tard !
Le Canada s’impose 3-2 et remporte un cinquième titre olympique. Si les Américaines se sont créées de bonnes chances, force est de constater que les Canadiennes ont fait preuve, sur ce match comme sur le tournoi, de maîtrise tactique, en plus de maîtrise technique. Très pénalisées depuis le début des JO, elles ont aussi fait preuve de discipline cette fois-ci. Les Américaines ont certes encore tiré beaucoup au but, mais elles ont manqué de liant et de créativité sur les phases offensives, totalement perturbées par le solide jeu défensif du Canada.
Déjà très en vue au dernier Mondial de Calgary, Ann-Renée Desbiens aura été remarquable devant ses filets (38 arrêts encore aujourd’hui) durant ce tournoi olympique (94% d’arrêts), comme chacune de ses coéquipières qui ont répondu présent. Quand Johnson a usé ses leaders jusqu’à la moelle, son homologue canadien Troy Ryan a parfaitement géré les forces qu’il avait à disposition. L’exemple le plus parlant restera Sarah Nurse, à l’origine travailleuse de troisième ligne qui a finalement rejoint la première. Nurse a dominé les marqueuses du tournoi avec 18 points, un nouveau record olympique, surpassant celui de la légende Hayley Wickenheiser. Et que dire de « Captain Clutch », la toujours décisive Marie-Philip Poulin, qui a participé aux trois buts de son équipe en finale et qui est devenue la première hockeyeuse de l’histoire, femmes et hommes, à inscrire au moins un but dans quatre finales olympiques.
Après une longue hégémonie des États-Unis – ils avaient remporté tous les titres internationaux entre 2015 et 2019 – ce nouvel effort collectif du Canada confirme sa souveraineté retrouvée. Consultante pour Radio Canada, l’ex-mentor de l’équipe de France Danièle Sauvageau parlait, avant ce match, de la meilleure équipe du Canada de l’histoire. Sans aucun doute !
Commentaires d’après-match
Marie-Philip Poulin (attaquante du Canada) : « Le groupe, depuis 2018, voulait remporter cette médaille. De voir l’équipe sur la glace célébrer [la victoire], ça démontre tous les efforts qui ont été mis en œuvre. C’est incroyable ! C’est dur de mettre des mots dessus. Et, pour être honnête, il y a des anges quelque part avec moi, parce que je ne sais pas encore comment c’est arrivé. »
Canada – États-Unis 3-2 (2-0, 1-1, 0-1).
Jeudi 17 février 2022 à 12h10 au Wukesong Sports Centre. 834 spectateurs.
Arbitrage de Kelly Cooke (USA) et Anna Wiegand (SUI) assistées d’Anna Hammar (SUE) et Kendall Hanley (USA).
Pénalités : Canada 6′ (0′, 2′, 4′), États-Unis 4′ (2′, 2′, 0′).
Tirs : Canada 21 (11, 6, 4), États-Unis 40 (11, 13, 16).
Évolution du score :
1-0 à 07’50 : Nurse assistée de Thompson et Poulin
2-0 à 15’02 : Poulin
3-0 à 29’08 : Poulin assistée de Jenner et Nurse
3-1 à 36’39 : Knight assistée de Brandt (inf. num.)
3-2 à 59’47 : Kessel assistée de Roque et Carpenter (sup. num.)
Canada
Attaquantes :
Sarah Nurse (+3) – Marie-Philip Poulin (C, +2, 2′) – Brianne Jenner (A, +2)
Mélodie Daoust – Sarah Fillier (-1) – Natalie Spooner
Emily Clark – Blayre Turnbull (A) – Rebecca Johnston (-1)
Jillian Saulnier – Emma Maltais – Laura Stacey
Jamie-Lee Rattray
Défenseures :
Jocelyne Larocque (+1, 4′) – Renata Fast (+1)
Claire Thompson (+1) – Erin Ambrose
Micah Zandee-Hart (+1) – Ashton Bell (+1)
Gardienne :
Ann-Renée Desbiens
Remplaçantes : Emerance Mashmeyer (G), Ella Shelton. En réserve : Kirsten Cambell (G).
États-Unis
Attaquantes :
Kendall Coyne-Schofield (C, -2, 2′) – Hannah Brandt – Hilary Knight (A, -1)
Alex Carpenter – Abby Roque (-1) – Amanda Kessel
Dani Cameranesi (-1) – Kelly Pannek (-1) – Grace Zumwinkle
Hayley Scamurra – Jesse Compher (-1) – Abbey Murphy
Défenseures :
Lee Stecklein (A, -1) – Cayla Barnes
Megan Keller (-2, 2′) – Savannah Harmon (-1)
Megan Bozek
Caroline Harvey [2 présences]
Gardienne :
Alex Cavallini [sortie à 56’51]
Remplaçantes : Maddie Rooney (G), Jincy Dunne. En réserve : Nicole Hensley (G). Blessée : Brianna Decker (A, cheville).