Boris Mikhailov, Aleksandr Yakushev, Aleksei Kasatonov, Valery Kamensky, Pavel Datsyuk : trois générations de légendes du hockey russe étaient réunies pour donner le coup d’envoi d’un match amical entre la Russie et le Bélarus – les deux pays bannis des championnats du monde. Présent également, le président de la FHR Vladislav Tretiak, récemment interdit de séjour en… Australie avec 74 autres députés russes (« je n’ai jamais été là-bas », a-t-il commenté à propos de cette nouvelle sanction). Un Tretiak dont le petit-fils Maksim a pris place dans les cages de la sélection nationale.
Tout ce beau monde se retrouve donc dans la petite ville provinciale de Toula, pas habituée à un tel honneur, et évidemment toute contente de recevoir l’équipe nationale, qu’elle n’aurait eu le droit de voir qu’à la télévision en temps normal. Les trois mille places étaient remplies et la Sbornaïa a offert au public deux victoires de justesse, d’abord sur un tir précis de Svechkov dans la lucarne proche, puis en prolongation le lendemain, quand Khairullin a exploité une erreur de Suvorov dans sa zone défensive. L’évènement de ces rencontres est le but inscrit en cage vide par le gardien Dmitri Nikolaev, un quasi-inconnu qui n’est que le numéro 3 dans la hiérarchie du SKA Saint-Pétersbourg mais qui hérite soudain du statut d’international.
Vous l’aurez compris, les noms de ces joueurs résonnent un peu moins dans les oreilles que ceux des légendes précédemment citées… La presse russe s’est crue obligée de préciser que les joueurs russes de NHL ne viendraient pas en renfort pour la suite de cette session internationale, le tournoi à Saint-Pétersbourg. Par quel liaison aérienne, puisqu’elles suspendues entre la Russie et les pays occidentaux ? Pour quel risque d’image, sachant que même Ovechkin – qui a pourtant toujours affiché sa proximité poutinienne – a fait savoir qu’il ne rentrerait pas dans son pays cet été ? Et, surtout, pour quoi faire ? Un tournoi sans enjeu, un piètre ersatz au championnat du monde. En fait, même les joueurs majeurs de KHL ne sont pas venus.
La FHR voulait au moins rassembler les trois principales nations hockeyistiques de l’ex-URSS pour un tournoi triangulaire. Le refus du Kazakhstan, qui a préféré préparer son Mondial à Riga, a rendu l’affiche un peu ridicule. L’équipe de Russie junior a fait office de remplaçante. Le premier jour, les tribunes à moitié vides de Saint-Pétersbourg ont donc assisté à une confrontation « Russie contre Russie » et les blagues fusaient sur le fait que ce serait un jour de victoire.
Le deuxième jour, le 6 mai, les deux fédérations bannies des compétitions internationales ont signé un mémorandum de coopération sur le hockey de jeunes. Le soir, troisième confrontation Russie-Bélarus. La seule qui ait été vite pliée, dès la première période. Servi par une passe aveugle de Safinov sur une contre-attaque à 3 contre 2, Marat Khairullin a marqué son quatrième but en trois rencontres face à cet adversaire fétiche (si le Bélarus lui réussit bien, il a de la chance car mon petit doigt me dit qu’il pourrait le croiser de nouveau). Ensuite, le capitaine Marat Khusnutdinov a placé sa crosse pour dévier un tir de Morozov, puis Pustozyorov a joliment trompé le gardien Kolosov pour un 3-0 en moins de onze minutes, score final. Lors de la dernière journée, le Bélarus a battu les juniors russes pour accéder à la finale.
Et voici donc la grande finale (roulement de tambour) Russie-Bélarus. Quatrième match en une semaine. Comme on se retrouve ! Vous ici, ça alors ! Petit raffinement cette fois-ci, les visiteurs se permettent un crime de lèse-majesté. Pendant la première pénalité contre Telegin, Skorenov marque depuis l’arrière de la cage en se jouant de la crosse en opposition du gardien Nikolayev. À 4 contre 4, Zvyagin double la mise en tour de cage en trouvant un trou de souris en bas. 0-2 en huit minutes. Rebondissement ! On vous épargne le suspense, la « remontada » a été accomplie dès la fin de la première période : déviation de Bashkirov sur tir de Khairullin (qui se contente d’une assist pour une fois) et tir du poignet de Khusnutdinov une seconde après la fin d’une supériorité numérique. La Russie prend la possession et finit logiquement par prendre l’avantage – définitivement – lors de la deuxième période par un tir de la ligne bleue de Safonov.
Devant les gradins bien remplis, cette finale sauve donc les apparences. Une ola se déclenche même à la fin de la deuxième période. On remet un beau trophée, celui de champion du petit monde post-soviétique. Les commentaires des entraîneurs repris ci-dessous (dont le Canadien Woodcroft qui a prolongé envers et contre tout son contrat avec une fédération biélorusse sous sanction en novembre dernier alors que les joueurs naturalisés ont évidemment disparu de l’effectif) semblent issus d’une réalité alternative : quelle chance merveilleuse, quelle belle opportunité pour les jeunes de se mettre en évidence. Aucune mention du hockey mondial qui continue de tourner sans les Russes et de l’absence de perspective…
Jusqu’à quand la Russie compte-t-elle tenir en autarcie ? Si elle peut se trouver (peut-être) des sparring-partners dans d’autres sports plus répandus, cela semble difficile en hockey sur glace. Le Kunlun Red Star, alias équipe nationale de Chine, paraît le seul autre candidat plausible.
Si ce tournoi a été commenté avec force ironie sur le principal site sportif biélorusse, c’est beaucoup moins le cas sur un internet russe bien plus contrôlé. Mais ce commentaire non censuré d’un internaute sur Sport-Express vaut son pesant de cacahuètes : « Le héros joué par Tom Hanks dans le célèbre film communiquait avec un ballon pour ne pas devenir fou. Et on joue nos tournois avec les Biélorusses. Dans le film, Hanks a été proscrit pendant environ 5 ans, je crois. Voyons voir combien de temps nos hockeyeurs peuvent chasser le palet avec les Biélorusses et les Syriens… »
« Seul au monde » – le nom de ce film – est vraiment une comparaison cinématographique exceptionnelle. Rien que d’imaginer dessiner la moustache de Loukachenko sur un ballon de volley Wilson…
Commentaires après le match de poule :
Sergei Zubov (entraîneur de la Russie) : « Nous connaissons la force de nos attaquants, surtout les deux premières lignes. Pour moi personnellement, la découverte est la troïka du Salavat Yulaev [NDLR : Bashkirov-Alalykin-Pustozyorov]. Ils ont développé une bonne chimie au cours de la saison et des playoffs. Nous adversaires ont un super système, ils jouent agressivement. Oui, il y a un manque de talent par endroits, mais en trois matches les Biélorusses ont montré qu’ils étaient une équipe travailleuse qui joue un hockey moderne. »
Commentaires après la finale :
Sergei Zubov (entraîneur de la Russie) : « Je voudrais dire merci aux joueurs d’être venus. Beaucoup avaient programmé des vacances en famille. Merci au management du palais des sports Yubileiny pour l’accueil chaleureux et aux supporters qui nous ont soutenus. Nous nous sentions comme si nous jouions pour le pays. C’est le premier tournoi pour ce staff, moi inclus en tant qu’entraîneur en chef. La veille du 9 mai [jour de la Victoire], nous étions censés gagner le tournoi. Je suis très heureux d’avoir fait partie de cette victoire. »
Craig Woodcroft (entraîneur du Bélarus) : « Je suis fier de la performance de mon équipe aujourd’hui. Les gars ont montré la volonté de gagner, ils ont joué avec une bonne vitesse. Nous avons joué sur un pied d’égalité avec l’équipe de Russie, mais malheureusement nous n’avons pas concrétisé nos occasions. Nous avons passé 10 jours merveilleux en Russie. Pour nos joueurs, c’est une bonne opportunité de se tester contre un adversaire fort. Et pour les entraîneurs d’évaluer ce dont nos joueurs sont capables. »
Les deux matches à Toula
Russie – Bélarus 5-2 (1-0, 1-2, 3-0)
Dimanche 1er mai 2022 à 16h00 au Palais de glace de Toula. 2998 spectateurs.
Pénalités : Russie 10′ (2′, 6′, 2′), Bélarus 6′ (4′, 2′, 0′).
Tirs : Russie 29 (9, 8, 12), Bélarus 36 (9, 14, 13).
Évolution du score :
1-0 à 05’58 : Tertyshny assisté de Khaïrullin et Savikov
1-1 à 23’46 : Chezganov assisté d’Eryomenko et Kodola (sup. num.)
2-1 à 24’41 : Khaïrullin assisté de Misyul et Chibrikov
2-2 à 32’56 : Sotishvili assisté de Litvinov et Ignatenko
3-2 à 50’19 : Svechkov
4-2 à 57’56 : Nikolaev (inf. num., cage vide)
5-2 à 58’57 : Khaïrullin assisté de Bashkirov (cage vide)
Russie – Bélarus 3-2 après prolongation (2-0, 0-0, 0-2, 1-0)
Lundi 2 mai 2022 à 16h00 au Palais de glace de Toula. 3000 spectateurs.
Pénalités : Russie 4′ (0′, 2′, 2′, 0′), Bélarus 6′ (4′, 2′, 0′, 0′).
Tirs : Russie 36 (15, 10, 8, 3), Bélarus 25 (6, 7, 12, 0).
Évolution du score :
1-0 à 10’48 : Safonov assisté de Tertyshny (sup. num.)
2-0 à 11’22 : Bashkirov assisté de Pustozyorov et Misyul
2-1 à 40’18 : Chezganov assisté de Levshunov
2-2 à 59’28 : Pinchuk assisté de Suvorov et Kodola (sup. num.)
3-2 à 62’00 : Khaïrullin assisté de Pustozyorov
Russie (match 1)
Attaquants :
Nikita Tertyshny (A) – Ilya Safonov (A) – Marat Khairullin
Nikita Chibrikov – Marat Khusnutdinov (C) – Fyodor Svechkov
Matvei Kabush – Maksim Krovyakov – Aleksei Pustozyorov
Maksim Kirileichenko (2′) – Danil Alalykin – Danil Bashkirov (4′)
Nikita Guslistov
Défenseurs :
Sergei Telegin – Kirill Kirsanov
Nikita Smirnov – Daniil Misyul (2′)
Egor Savikov (2′) – Stepan Anisimov
Egor Bryutov
Gardien :
Dmitry Nikolaev [remplacé de 57’56 à 58’03 par Maksim Tretiak]
Russie (match 2)
Attaquants :
Nikita Tertyshny (A, -1) – Ilya Safonov (A, -1) – Marat Khairullin
Nikita Chibrikov – Marat Khusnutdinov (C) – Fyodor Svechkov
Danil Bashkirov (+1) – Danil Alalykin (+1) – Aleksei Pustozyorov (+2)
Matvei Kabush – Nikita Guslistov – Matvei Michkov
Défenseurs :
Sergei Telegin (-1, 2′) – Nikita Sedov (-1)
Arseni Koromyslov (+1) – Daniil Misyul (+1, 2′)
Ilya Morozov – Makar Khabarov (+1)
Gardien :
Maksim Tretiak
Remplaçants : Dmitry Nikolaev (G), Stepan Anisimov (D), Maksim Krovyakov (A).
Bélarus
Attaquants :
Valentin Demchenko (+1) – Vladislav Kodola (C) – Aleksandr Skorenov puis Nikolaï Tishkevich au match 2
Aleksandr Suvorov (-2) – Vitaly Pinchuk (-1) – Egor Buyalsky puis Aleksandr Skorenov (-2) au match 2
Igor Martynov (2′) – Vasily Filyaev (2′) – Egor Chezganov (+1)
Daniil Sotishvili – Egor Ignatenko (+1) – Ilya Litvinov (2′)
Défenseurs :
Sergei Sapego (A, +1) – Artyom Levshunov (+1)
Pavel Voronov puis Daniil Rogach au match 2 – Vladislav Eryomenko (A, -1)
Artyom Volchenkov (2′) puis Danila Palivko (-1) au match 2 – Maksim Nikitin (-1, 2′)
Dmitry Deryabin – Ilya Sushko (2′)
Gardien au match 1 : Ilya Kulbakov [sorti de 57’47 à 57’56 et de 58’09 à 58’57]
Gardien au match 2 : Konstantin Shostak [sorti de 57’46 à 59’28]
Tournoi de Saint-Pétersbourg
Russie – Bélarus 3-0 (3-0, 0-0, 0-0)
Vendredi 6 mai 2022 à 19h00 au Yubileiny de Saint-Pétersbourg.
Pénalités : Russie 12′ (4′, 2′, 6′), Bélarus 12′ (6′, 4′, 2′).
Tirs : Russie 30 (14, 8, 8), Bélarus 35 (8, 13, 14).
Évolution du score :
1-0 à 03’19 : Khaïrullin assisté de Safonov et Tertyshny
2-0 à 07’59 : Khusnutdinov assisté de Chibrikov et Morozov (sup. num.)
3-0 à 10’40 : Pustozerov assisté de Alalykin et Morozov
Finale
Russie – Bélarus 3-2 (2-2, 1-0, 0-0)
Dimanche 8 mai 2022 à 18h30 au Yubileiny de Saint-Pétersbourg. 6000 spectateurs.
Arbitres : Naumov et Yudakov.
Pénalités : Russie 8′ (6′, 0′, 2′), Bélarus 10′ (6′, 4′, 0′).
Tirs : Russie 26 (13, 9, 4), Bélarus 22 (9, 6, 7).
Évolution du score :
0-1 à 03’39 : Skorenov assisté d’Alistrov et Usov (sup. num.)
0-2 à 07’52 : Zvyagin
1-2 à 13’03 : Bashkirov assisté de Khaïrullin et Misyul (sup. num.)
2-2 à 19’47 : Khusnutdinov assisté de Chibrikov et Telegin
3-2 à 28’10 : Safonov
Russie
Attaquants :
Nikita Tertyshny (A) – Ilya Safonov (A, 2′) – Marat Khairullin
Nikita Chibrikov – Marat Khusnutdinov (C) – Fyodor Svechkov puis Egor Korobkin en finale
Danil Bashkirov – Danil Alalykin – Aleksei Pustozyorov (4′)
Matvei Kabush (2′) – Nikita Guslistov (4′) – Maksim Kirileichenko
Maksim Krovyakov (2′)
Défenseurs :
Sergei Telegin (4′) – Kirill Kirsanov
Daniil Misyul – Arseny Koromyslov
Ilya Morozov (2′) – Stepan Anisimov
Nikita Smirnov
Gardien :
Dmitry Nikolaev
Remplaçant : Maksim Tretiak (G).
Bélarus (match de poule)
Attaquants :
Valentin Demchenko – Vladislav Kodola (C) – Egor Chezganov (2′)
Aleksandr Suvorov – Vitaly Pinchuk – Sergey Kuznetsov
Igor Martynov – Egor Ignatenko – Aleksandr Skorenov (2′)
Tikhon Borozna – Vasily Filyaev – Nikolaï Tishkevich
Défenseurs :
Sergei Sapego (A, 2′) – Artyom Levshunov
Daniil Rogach (2′) – Vladislav Eryomenko (A)
Pavel Denisov – Artyom Volchenkov
Dmitry Deryabin – Ilya Sushko (4′)
Gardien :
Aleksei Kolosov
Remplaçant : Ilya Kulbakov (G).
Bélarus (finale)
Attaquants :
Vladimir Alistrov (2′) – Ilya Usov (C) – Aleksandr Skorenov
Valentin Demchenko – Vladislav Kodola – Egor Chezganov (2′)
Stepan Zvyagin – Egor Ignatenko – Aleksandr Suvorov
Daniil Sotishvili (2′) – Ilya Litvinov – Vasily Filyaev
Défenseurs :
Sergei Sapego – Artyom Levshunov
Daniil Rogach – Vladislav Eryomenko
Pavel Denisov (2′) – Ilya Sushko (2′)
Pavel Voronov – Maksim Nikitin
Gardien :
Konstantin Shostak [sorti à 57’53]
Remplaçant : Ilya Kulbakov (G).