Petite rétro : il y a cinq ans, Franz Reindl était le favori pour prendre la présidence de l’IIHF. Il semblait adoubé par René Fasel comme son successeur, avant d’essayer ensuite de se démarquer du Suisse à l’image devenue plus sulfureuse. Visé par une enquête dans son pays et affaibli, il avait perdu l’élection au profit d’un vainqueur-surprise, Luc Tardif. Celui-ci remerciait dans son discours le président de la fédérartion ukrainienne, qui l’avait convaincu de se présenter. Revivez le déroulement de l’élection 2021 pour le contexte complet.
En cinq ans, bien des choses ont changé. Ce n’est plus l’exclusion du Bélarus qui fait débat, mais celle de la Russie, qui a envahi l’Ukraine. Depuis que Tardif a annoncé au printemps qu’il ne se représenterait pas, l’élection semblait incertaine. Pas moins de 9 candidats avaient annoncé se présenter. Parmi eux, l’Espagnol Frank Gonzalez – un vétéran de la fédération internationale – annonçait défendre les intérêts des petits pays. L’ancien pilote de rallye estonien Jaan Molder, paradoxalement vu la taille de son pays (qui a cependant des résultats et organisera cependant la prochaine division I A), se faisait plutôt le porte-voix des grandes nations en critiquant le fait que des pays de division II ou III mondiale aient le même nombre de voix que le Canada. Des pays de division II ou III largement phagocytés par la sphère d’influence russe, et qui ont souvent recours à des Russes naturalisés dans leurs équipes nationales, que ce soit en Asie Centrale ou au Moyen-Orient…
Ces candidats ont finalement retiré leur candidature après leur discours – et Henrik Bach Nielsen désormais hors jeu l’avait même fait avant. Il était déjà clair avant le vote qu’il s’agirait d’un duel entre Franz Reindl et Petr Bříza, les mêmes favoris qu’il y a cinq ans. Un duel dans lequel planait toujours l’ombre de René Fasel et de la Russie. Un duel dans lequel beaucoup craignaient même le déchirement de l’IIHF. Tous disaient vouloir rassembler. Le programme politique de Franz Reindl insistait d’ailleurs sur le fait que les adversaires sont « à l’extérieur » (les autres sports…) et non à l’intérieur.
Il ne restait que trois prétendants. Bříza était nettement en tête du premier tour (48 votes) devant Reindl (36) et Aivaz Omorkanov (33), le représentant du Kirghizstan. Comme les membres à part entière ont 2 votes, cela signifie qu’il aurait suffi qu’un seul pays vote Omorkanov et non Reindl pour que l’Allemand ne soit pas au second tour !
Mais il y était bien, et les votes d’Omorkanov se sont reportés sans surprise sur Reindl, qui l’a emporté par 60 voix contre 57 à Bříza. Comme on vient de le dire, là encore, il aurait suffi qu’un seul pays vote pour le Tchèque et non pour l’Allemand, et le résultat serait inversé. Un obscur pays de division III, par exemple, mais pas que…
Le célèbre commentateur tchèque Robert Zaruba a en effet révélé que le pays qui est sorti du bloc européen et a voté pour Reindl, c’est… la Suède ! Un choix très différent des positions géopolitiques des nations concernées, un choix qui ouvre très certainement la voie à un retour de la Russie dans les compétitions internationales. Mais un choix qui peut aussi fracturer l’IIHF pour longtemps.
Encore que plus significative que celle de Franz Reindl, ancien hockeyeur et dirigeant très respecté dans son pays, la nette élection d’Igor Nemeček comme vice-président Europe (tous les pays votent et pas seulement les pays européens), par 68 voix à 49 pour le candidat finlandais Heikki Hietanen. Là encore, les voix du candidat suédois Anders Larsson se sont reportés sur… le Slovaque ! Un « bloc nordique » dans l’IIHF ? Il n’existe clairement pas.
Igor Nemeček, c’est l’ex-président de la fédération slovaque qui avait été renversé en 2016 par le boycott et la révolte de la majorité des hockeyeurs internationaux du pays. Il est clairement vu comme un affidé du système pro-russe.
Bříza a quand même gardé son poste de premier vice-président face à Omorkanov, qui a aussi perdu le poste de vice-président Asie face à Susie Cho (Corée du Sud). Mais la majorité semble quand même claire parmi les 15 membres du « Council », où l’on compte aussi un Kirghizstanais (Omorkanov), un Biélorusse et un Bulgare… On a même failli compter un Russe, même si le légendaire Pavel Bure ne se représentait pas : le directeur général dé la fédération russe Dmitry Kurbatov a échoué au dernier tour de scrutin, en même temps que Pierre-Yves-Gerbeau (à cinq voix près et non pas à une voix près comme le communique la FFHG). Il n’y a donc pas de Français.
Ce qui choque le hockey mondial, c’est plus qu’on ne compte aucun Canadien. La présidente de Hockey Canada, Katharine Henderson, ne se présentait pas au poste de vice-président Amériques/Océanie (l’Américain Mike Trimboli était le seul candidat), mais elle n’a terminé que quatrième à l’élection des deux postes réservés aux femmes (conservés par les sortantes) et elle a été éliminée très tôt dans le scrutin, faute d’avoir beaucoup participé aux discussions de l’IIHF.
Plus étonnant encore, l’absence du moindre Suisse. La fédération suisse a choisi il y a un an et demi de ne plus présenter le sortant Raeto Raffainer mais de nommer Peter Zahner, le président des ZSC Lions, un club aux résultats remarquables, un club qui joue à Zurich, la ville qui est le siège de l’IIHF ! Des arguments qui pèsent peu. Zahner a fini à égalité avec Gerbeau et Kurbatov au dernier tour fatal (44 voix chacun), le trio franco-russo-suisse terminant derrière Andy Mills de la Nouvelle-Zélande (49 voix). La nationalité ne fait pas le candidat.
































