Troisième volet de la présentation de la KHL avec la division Kharlamov. Au sommet, c’est un duel de titans entre Magnitogorsk et Kazan. Mais plus en profondeur, elle illustre surtout les spécificités très particulières du hockey russe.
– les conditions du retour de Sergei Fedorov en Russie et de ses espoirs olympiques
– le champion en titre Kazan qui fait la noce
– le rival tatar Nijnekamsk qui ne fait plus rire
– un club qui chouchoute son gardien, petit-fils du gouverneur
– le Lada Togliatti qui galère malgré les annonces répétées de ses grands sauveurs
– un petit nouveau, Ekaterinbourg, qui tente de se faire une place

Sportivement, pourtant, l’apport de Sergei Fedorov est beaucoup plus discret que ce retour tapageur : il évolue sur la troisième ligne avec une contribution offensive extrêmement modeste, bien moindre que celles d’autres recrues comme Igor Radulov qui a mis 9 buts dès la pré-saison. Sergei Fedorov reste certes un joueur utile en infériorité numérique, et toujours appliqué dans le travail de l’ombre. Alors que son retour en Russie avait été vu par certains comme une démarche faciliant sa sélection pour les prochains Jeux Olympiques, sa discrétion statistique le pénalisera-t-elle ?
Un temps d’adaptation est légitime. Sergei Fedorov a appris durant toutes ces années à maîtriser toutes les subtilisés offensives et défensives du jeu en NHL sur des petites glaces. Il doit s’intégrer aujourd’hui à une équipe qui a déjà son style de jeu. Malgré l’arrivée d’attaquants physiques comme le frère Fedorov ou le « pitbull » Nikolaï Pronin, le Metallurg Magnitogorsk a conservé le même fond de jeu. Ce sont exactement les mêmes défenseurs qui pratiquaient ce hockey de passes propret, bousculé l’an dernier aussi bien par Yaroslavl en KHL que par Zurich en finale de la Ligue des Champions.
« Magnitka » n’a jamais varié d’un iota sa philosophie du hockey et professe toujours les mêmes valeurs. Il n’y a pas de star. Le trio tchèque Rolinek-Marek-Kudrna reste le principal vecteur offensif, même si Jan Marek doit rater le premier mois de championnat pour s’être cassé les os du pied droit… lors d’une chute dans un accident domestique. Tant pis, les Métallurgistes sont performants sans lui, et le jeune gardien local Ilya Proskuryakov, qui a une doublure encore plus jeune, prouve qu’il mérite la confiance placée en lui quand les médias citaient son inexpérience comme le grand point faible de l’équipe.

Le trio russe a cependant un rival interne avec la ligne finlandaise Pesonen-Kapanen-Immonen. Cette « deuxième lame » devrait être plus tranchante que l’an passé grâce à la signature pour deux ans du meilleur joueur du championnat finlandais Jarkko Immonen et à l’arrivée de Janne Pesonen. Ce dernier, meilleur marqueur du championnat finlandais 2008, n’a joué que 9 matches avec Pittsburgh et s’est contenté de l’AHL (82 pts en 70 matches).
L’équipe de Kazan est donc aussi forte que l’effectif champion, et elle est au complet hormis le défenseur Igor Shchadilov qui se remet de sa blessure à l’oeil. Pourtant, la sauce ne veut pas prendre. Le jeune marié suédois Mikael Tellqvist n’arrive pas à faire oublier Norrena dans les cages, et c’est toute l’équipe qui semble en voyage de noces, encore sur son petit nuage après un titre qu’il va pourtant falloir reconquérir face à une opposition encore plus féroce.

Les « pétrochimiques » avaient aussi été vexés de subir une rebuffade de Jere Karalahti, qui avait signé un contrat mais a finalement choisi de rester à Hambourg. Ils se sont rabattus sur un autre défenseur de DEL, Deron Quint, moins célèbre (n’ayant ni prison ni addiction à son casier) mais aussi efficace.
Le choix des étrangers a d’ailleurs été un long fleuve tout sauf tranquille. Les surnuméraires ont été écartés ou se sont écartés d’eux-mêmes, à l’instar d’un Radek Smolenak, natif de Prague, qui ne goûtait guère la riante ville de Nijnekamsk et a préféré retourner en NHL/AHL. L’international suédois Niklas Persson, qui n’avait jamais quitté la Suède, est en revanche allé au bout de l’expérience la plus « ultime » de la KHL pour un étranger : la ville la moins attractive et l’entraîneur le plus « vieille école » Vladimir Krikunov.

Il est un des arguments d’un club qui met plus que jamais en avant sa tradition formatrice, même si l’international junior Evgeni Dadonov est parti outre-Atlantique. Après avoir laissé faire dans un premier temps, le Traktor a été rappelé à l’ordre par la KHL et son coach Andrei Nazarov a roulé des mécaniques pour réclamer le retour de son joueur au motif qu’il venait de signer une prolongation de deux ans. C’était sans doute du bluff puisque le club de Chelyabinsk n’est pas allé au bout de ses intentions de poursuites judiciaires alors que les joueurs avec un vrai contrat ont été bloqués.
Dadonov, plus Zavarukhin et le meilleur buteur Oleg Kvasha, cela fait plusieurs pertes offensives pour le Traktor. Celui-ci a préféré abandonner les pistes d’attaquants tchèques ou nordiques pour retourner boire à sa source, celles des Canadiens au jeu agressif. Nazarov a en effet recruté un troisième francophone (après Martin Grenier et Pierre Dagenais), l’ex-attaquant bernois Ramzi Abid, qui a été son coéquipier en NHL à Phoenix. Et 95 kilos de plus dans la formation musclée de l’Oural…
Comme chaque année, le Lada Togliatti a failli se faire exclure de la KHL. À la mi-août, il avait un ultimatum pour présenter les résultats de ses négociations avec ses sponsors.
La KHL n’avait plus qu’à formaliser l’exclusion du club de la Volga, qui réussissait sa meilleure pré-saison alors même qu’il était menacé de disparition du jour au lendemain. Elle est pourtant intervenue à son secours. Les plus hauts leviers de l’état ont été actionnés, puisque certains médias ont prétendu que la main de Dieu (en clair, de Poutine lui-même) avait sauvé dans un geste de grande bonté Togliatti en demandant 200 petits millions de roubles (4,5 millions d’euros) à la compagnie publique Rostekhnologi. Sauf que, après l’annonce médiatique du sauveur, l’argent n’arrive pas.
Le sponsor promet le cash pour novembre, mais en attendant, le Lada n’a toujours pas de quoi payer ses hommes et est annoncé au bord du forfait à chaque déplacement… Le directeur général Aleksandr Chebotarev a laissé les joueurs libres de partir, comme il l’avait fait en août. Et c’est la KHL elle-même qui va devoir mettre la main à la poche pour ne pas perdre un club en cours de route…
C’est loin d’être le seul problème. Il n’y a toujours pas de calendrier de construction de la future patinoire. Quant à l’actuel Palais des sports Volgar, la compagnie automobile AvtoVAZ, non contente de se désengager du club (les dirigeants de l’entreprise ne sont plus dans les tribunes, ce qui veut tout dire), l’a aussi cédé à la ville. Auparavant, les gamins de l’école du hockey s’entrainaient du matin au soir, mais les heures de glace ont fondu comme neige au soleil. Plusieurs parents ont déjà envoyé leurs enfants dans des villes où ils pourraient s’entraîner plus. Il était une fois un club formateur qui s’appelait le Lada Togliatti…

L’intervention de Sýkora a été limitée dans le recrutement. Il a été chargé de dénicher quelques Tchèques ou Slovaques, et en a recruté trois comme promis : les défenseurs Jan Novak (Mlada Boleslav), Radek Philipp (Luleå) et Tomas Slovak (Augsbourg). Le premier nommé a été libéré dès le 22 septembre au motif qu’un « étranger doit être plus fort qu’un joueur local » et qu’il ne « confirmait pas cette règle » (Sýkora dans le texte).
Ces renforts assurent donc les arrières, mais qui va faire la différence devant ? Les meneurs sont rares avec le capitaine Aleksandr Gulyavtsev, un des rares joueurs conservés, et le vétéran biélorusse Oleg Antonenko. C’est en cela qu’une arrivée fait beaucoup de bien : Ekaterinbourg, ville natale d’un des plus grands joueurs du monde (Pavel Datsyuk), aimerait rappeler qu’elle fut en son temps une place forte du hockey russe. Le bon coup, c’est donc le retour à la maison du petit Aleksei Simakov, une affaire longue à négocier avec le joueur et avec le CSKA, qui n’en voulait plus et avait dû lui verser les deux tiers de son contrat restant. Il y a largement besoin de lui dans une attaque loin du niveau de la KHL.




































