C’est le moment que tout un pays attend. La Suisse a effacé son premier complexe en quart de finale (la Suède). Il lui reste un autre complexe : les finales. Elle en a perdu quatre, dont deux ces deux dernières années. Autant de souvenirs vivaces qui la rongent. Elle a tout un peuple derrière elle. si ces attentes de toute une nation ne la paralysent pas. La Nati a la meilleure attaque, la meilleure défense et le meilleur gardien. Elle a aussi la meilleure efficacité aux tirs et les meilleures unités spéciales.
Néanmoins, cette Finlande est coriace. Elle compte sept champions du monde sur la glace, dont trois l’ont été à deux reprises (Lehtonen, Granlund et Manninen). Elle a l’habitude de gagner et ne tremble pas. Oui, elle a perdu contre les Suisses en poule, mais cela risque de ne pas être la même histoire si jamais elle mène au score. Son dispositif défensif est alors redoutable.
C’est Nicolas Baechler – pourtant méritant mais tous les joueurs suisses l’ont été – qui fait les frais du retour de Timo Meier et regarde le match en tribune. Pius Suter retrouve son poste naturel de centre, sur la deuxième ligne.
La courte suspension de Timo Meier (pour la demi-finale contre la Norvège mais pas pour cette finale) n’a pas fini de faire parler. Dans ce duel très tactique où les deux équipes se neutralisent pendant dix minutes, c’est lui qui provoque la première faute avec un plongeon spectaculaire quand sa trajectoire est interférée par les jambes d’Aatu Räty. En avantage numérique, c’est encore Meier qui est servi près de la cage par Rochette sans parvenir à conclure. Il a aussi un bon rebond à bout portant.
Le jeune Konsta Helenius a compris la leçon et l’applique. Il cherche l’obstruction de Thürkauf, et l’obtient. Mikko Lehtonen prend place à la pointe de la première unité de powerplay, une position occupée par Heinola pendant la majorité du tournoi mais qu’il a récupérée. Le défenseur de Zurich, à domicile, prend un premier lancer sur le poteau. Un autre missile est renvoyé dans les airs par Genoni. Barkov n’arrive pas à volleyer le palet en l’air, Anton Lundell y parvient… mais avec une crosse clairement trop haute. Les arbitres annulent vite le but en voyant les images (photo ci-dessous).
La Suisse ne reste pas longtemps à cinq car Kukan fait trébucher Hämeenaho, une faute où il n’y a plus besoin d’en rajouter. La première unité finlandaise joue encore les deux minutes entières. Janis Moser se sacrifie en contrant, au niveau de la cheville, un one-timer de Helenius. Genoni fait un bel arrêt-réflexe de la botte droite face à un tir proche du même joueur. Acclamation dans les tribunes quand la pénalité est tuée.
Pendant 19 minutes, la Finlande a largement dominé (14 tirs à 4) mais elle n’a pas marqué ce premier but si important stratégiquement. Dans les trente dernières secondes, la Suisse pousse très fort. Jan Cadieux envoie son premier bloc pour un engagement en zone offensive, mais avec Nino Niederreiter à la place de Biasca pour décupler la puissance près de la cage avec deux ailiers physiques. Cela fonctionne au-delà des espérances : Vaakanainen y fait trébucher « El Niño » puis Anton Lundell saute sur le dos de Meier après le coup de sifflet des arbitres. La Suisse se retrouve à 5 contre 3, six secondes avant la pause. Timo Meier prend un dernier tir à la sirène et donne rendez-vous pour la deuxième période…
Pendant la pause, on ne pense qu’à cette double supériorité numérique… mais la montagne accouche d’une souris. Une circulation statique un peu tétanisée, un mauvais contrôle de Josi qui fait ressortir de la zone, une passe imprécise de Malgin et finalement un slap de Josi bloqué par le patin de Manninen.
La Suisse ne rumine pas cette énorme opportunité gâchée. Elle reste dans son match et maintient la pression. Mais le jeu se rééquilibre à nouveau, voire se bloque… jusqu’à la pénalité suivante, une charge avec la crosse de Damien Riat sur Lundell (photo ci-dessus). La Nati ne cède rien pendant cette infériorité numérique remarquable. Elle maintient le jeu dans les bandes grâce au harcèlement constant de Malgin, Jäger, Hischier et Moser.
Aucune équipe ne laisse le moindre espace. Le compteur de tirs cadrés n’a jamais été aussi pauvre, 3 à 2 après quinze minutes ! Après un tour de cage un peu court de Meier, le palet ressort alors vers Pius Suter qui a une partie de la cage ouverte… mais tire à côté. La dynamique est alors suisse pour la fin de période. Un puissant slap de Damien Riat à travers le trafic est dévié avec un peu de chance par Justus Annunen qui n’a rien pu voir. Une charge tonitruante de Christian Marti sur Helenius est saluée par des « Marti, Marti » appuyés du public zurichois envers « son » joueur.
Le jeu d’échecs reprend au troisième tiers-temps, en attente d’une erreur. Elle est commise par Christian Marti qui dégage au-dessus du plexi. Les rouges gênent les passes et ne laissent pas les blancs poser leur jeu. Ils montrent pourquoi ils sont la meilleure équipe du tournoi en infériorité numérique.
À dix minutes de la fin, le coach finlandais Antti Pennanen avance sa Dame au milieu de l’échiquier : il envoie le bloc de Barkov face à celui de Malgin pour un engagement en zone offensive. Olli Määttä déborde alors le long de la bande et passe en retrait à Granlund entre les cercles pour un tir très dangereux… qui est dévié avec beaucoup de chance par le manche de la crosse de Malgin ! La séquence se poursuit une minute et demie avec une pénalité différée (Thürkauf a fait trébucher Räty). L’infériorité numérique dure 31 secondes : Jäger dégage le palet… et prend la crosse de Helenius dans le visage.
À 4 contre 4, Roman Josi attaque fort la cage (photo ci-dessous), le palet traîne alors devant la ligne de but… Annunen pose la mitaine et la maintient solidement devant Suter qui chasse le rebond ! Pendant la petite phase de supériorité, un seul lancer possible est laissé à Andrighetto, dévié.
On entre dans les cinq dernières minutes. Simon Knak conquiert un palet en zone neutre face à Heinola et transmet à Pius Suter qui dribble Vaakanainen… mais dont le tir de près échoue dans le plastron d’Annunen. La charge du petit Egli qui envoie Helenius par-dessus la balustrade n’est qu’un moment spectaculaire mais elle s’inscrit dans la tendance : les duels sont maintenant gagnés par les rouges.
Mais à une minute de la fin, une chute de Suter concomitante à un changement de lignes suisses provoque un 3 contre 2 pour les Finlandais, une situation surnuméraire rarissime dans ce match : Mikael Granlund se procure deux bons tirs sur cette action, tous deux bloqués par Leonardo Genoni. À dix secondes de la fin, Barkov intercepte une passe de Kukan derrière la cage et cherche en retrait Granlund, mais le bâton du vigilant Genoni bloque ! Les défenses n’ont rien lâché, 0-0, comme l’an passé.
La Suisse effacera-t-elle le cauchemar de 2025 dans ce nouveau titre mondial décidé à 3 contre 3 ? Dès la première minute, Sakari Manninen sert Jesse Puljujärvi lancé pleine balle sur l’aile droit pour un lancer croisé… qui frappe le poteau puis repasse derrière Genoni. Immense moment de frayeur dans le public !
Ensuite, il y a toujours une crosse pour contrer les potentiels lancers, un retour rapide pour boucher les éventuels espaces. La principale occasion suisse survient quand Suter dribble Puistola en 1 contre 1 pour s’ouvrir l’accès à la cage. Annunen arrête.
On atteint 218 minutes consécutives de finale sans le moindre but marqué pour la Nati… Une éternité alors que les buts tombent si facilement aux tours précédents.
La décision vient alors d’une action personnelle du benjamin de cette finale, du dernier joker arrivé dans l’équipe finlandaise, Konsta Helenius. L’attaquant de Buffalo, âgé de 20 ans et 20 jours, entre en zone, part vers la ligne de fond, effectue un demi-tour, fait un grand tour avec Ken Jäger à sa poursuite et décoche un tir qui passe exactement entre les jambes de Moser pour se rendre invisible à Genoni. Immédiatement, les crosses volent. Les Finlandais se jettent dans des célébrations qui contrastent avec le sentiment du reste de l’assemblée et de leurs adversaires. Les Suisses ne bougent plus, prostrés.

Tout le monde se prend la tête dans les mains. Jamais autant de larmes n’auront coulé dans cette aréna neuve. La bière n’a plus le même goût et personne n’a le cœur à une autre gorgée. Les joueurs suisses sont abattus, dans un état de désolation rarement vu. Alors, une partie des supporters essaie d’applaudir et de chanter Hopp Schwiiz pour encourager et célébrer ses héros malgré tout. Peine perdue. Rien ne peut consoler ces hommes ce soir. La Suisse perd sa cinquième finale. Niederreiter, tête basse et visage fermé, a perdu les cinq.
Entré hier au Hall of Fame de l’IIHF, Andres Ambühl – qui d’autre – vient remettre les prix du meilleur joueur suisse à Genoni, à qui il donne une accolade sincère de celui qui a partagé tant de combats perdus. Roman Josi reçoit le trophée tout noir de MVP, presque un trophée de deuil ce soir.
La Suisse est maintenant première au classement IIHF. Cela lui fait une belle jambe et remue un peu plus le couteau dans la plaie. Elle n’a toujours pas été championne du monde…
Désignés joueurs du match : Leonardo Genoni pour la Suisse et Konsta Helenius pour la Finlande.

Suisse – Finlande 0-1 après prolongation (0-0, 0-0, 0-0, 0-1)
Dimanche 31 mai 2026 à 20h20 à la Swiss Life Arena de Zurich. 10 000 spectateurs.
Arbitres : Tobias Björk (SUE) et Andre Schrader (ALL) assistés de Brian Birkhoff (CAN) et Andreas Nyqvist (SUE).
Pénalités : Suisse 10’ (4’, 2’, 4’, 0’) ; Finlande 8’ (6’, 0’, 2’, 0’).
Tirs : Suisse 22 (7, 8, 4, 3) ; Finlande 28 (14, 2, 6, 6).
Évolution du score :
0-1 à 70’42” : Helenius assisté de Lundell et Lehtonen
Suisse
Attaquants :
Attilio Biasca – Nico Hischier (A) – Timo Meier
Nino Niederreiter – Pius Suter – Christoph Bertschy (-1)
Sven Andrighetto (A) – Denis Malgin – Calvin Thürkauf (4’)
Simon Knak – Ken Jäger (-1) – Damien Riat (2’)
Théo Rochette [2 présences en avantage numérique]
Défenseurs :
Roman Josi (C) – Dominik Egli
Christian Marti (2’) – Dean Kukan (2’)
Tim Berni – Janis Moser (-1)
Gardien :
Leonardo Genoni
Remplaçant : Reto Berra (G), Sven Jung (D). Non équipés : Sandro Aeschlimann (G), Lukas Frick (D), Nicolas Baechler (A).
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund (A) – Aleksander Barkov (C) – Konsta Helenius (+1, 2’)
Patrik Puistola – Anton Lundell (+1, 2’) – Lenni Hämeenaho
Sakari Manninen – Aatu Räty (2’) – Jesse Puljujärvi
Saku Mäenalanen – Hannes Björninen – Waltteri Merelä
Défenseurs :
Ville Heinola – Urho Vaakanainen (+1, 2’)
Mikko Lehtonen – Henri Jokiharju
Olli Määttä (A) – Nikolas Matinpalo
Vili Saarijärvi
Gardien :
Justus Annunen
Remplaçants : Joonas Korpisalo (G), Janne Kuokkanen (A). Non équipés : Harri Säteri (G), Mikael Seppälä (D), Sami Päivärinta (A). Blessés : Teuvo Teräväinen, Eemil Erholtz (A).










































