Comme le Danemark l’an passé, la Norvège est-elle condamnée à n’avoir aucun espoir de médaille même après sa qualification historique en demi-finale ? Également battue sans la moindre chance par la Suisse, elle a un avantage par rapport aux Danois de 2025 : plus de quatre heures de récupération de plus – et non quatre de moins – sur son adversaire. Pas sûr que cela suffise néanmoins face à l’effectif étoilé du Canada.
Le petit espoir de la Norvège serait que les Canadiens négligent l’intérêt d’une breloque en bronze, mais cela semble mal parti. Les deux formations ne changent même pas de gardien par rapport à hier, ce qui est rare dans un match pour la troisième place. Jet Greaves a donc une occasion de se relancer de sa demi-finale ratée. Le Canada a même modifié ses lignes – tout arrive ! – pour remettre le jeune Martone sur le trio de Crosby et Celebrini. On plaint plus Cozens, qui quitte cette paire magique pour le vieillissant duo Tavares/O’Reilly, que Vilardi, rétrogradé en quatrième ligne.
Difficulté supplémentaire, une crosse haute sifflée contre Christian Kåsastul après seulement 16 secondes. Le bâton (élevé) pour se faire battre… Mais le temps que Sidney Crosby contrôle la bonne passe transversale de Macklin Celebrini, le gardien Henrik Haukeland s’est déplacé pour faire l’arrêt mitaine. Celebrini tente ensuite de lancer lui-même dans le trafic mais sa tentative finit poteau extérieur. Finalement, le vif Noah Steen intercepte une passe de Scheifele et éloigne le danger.
La Norvège sort la tête de l’eau à la cinquième minute quand une relance croisée de Michael Brandsegg-Nygård envoie en contre-attaque le défenseur Sander Hurrød qui tire… poteau extérieur aussi. L’action se poursuit par une très grosse présence offensive de la quatrième ligne, avec deux bons tirs de l’enclave de Håvard Østrem Salsten.
Le but ne vient pas là-dessus, mais d’une action qui ne devrait normalement présenter aucune menace : Jet Greaves va chercher le palet en fond de zone alors que le défenseur Parker Wotherspoon a deux mètres d’avance sur Emilio Pettersen et il n’y a aucun autre Norvégien dans l’horizon connu. Et pourtant, l’arrière canadien bifurque, voulant sans doute donner une solution de passe (redondante) à son portier. Mais de ce fait, il s’éloigne tellement qu’il laisse le Norvégien presser Greaves, prendre s’emparer de la rondelle et faire le tour de la cage sans la moindre opposition (0-1, photo ci-dessous).
Même après le but, les occasions suivantes sont norvégiennes. Andreas Martinsen, qui ne se refera plus à son âge (36 ans le mois prochain), prend sa quatrième pénalité en trois rencontres de phases finales, pour une charge contre la bande. Mais le jeu de puissance canadien est malade, il a une « bouchardite ». Le seul lancer de Celebrini est contré par le défenseur Hurrød. La fin de la période donne lieu à une domination assez périphérique des Canadiens, qui sont plutôt dominés dans les duels. Même quand Gabriel Vilardi s’échappe sur l’aile gauche après avoir dribblé Johannes Johannesen en utilisant la bande, le défenseur paraissant en retard parvient à revenir bloquer sa crosse.
Après deux minutes en deuxième période, Robert Thomas prend la première pénalité canadienne du week-end (il n’y en a eu aucune en demi-finale) en retenant Kristian Østby. Le powerplay norvégien ne se procure qu’un maigre tir de Vesterheim.
La seule fois où la Norvège est en danger, c’est de sa faute. Eskild Bakke Olsen commet une bizarre perte de palet dans l’axe de la zone défensive (il envoie le palet dans le corps de Johannesen) après 40 secondes de présence. Le Canada en profite pour mettre évidemment la pression, un seul rouge peut changer et les autres sont fatigués avec 40 secondes de plus. Mais le seul Norvégien frais – Jacob Berglund – finit par presser Wotherspoon et lui prendre le palet pour permettre à ses collègues de rejoindre le banc. Une action symptomatique de l’engagement bien supérieur des Scandinaves.
Une obstruction d’Emilio Pettersen sur le gardien est sanctionnée à la mi-match. Le Canada mène alors 23 à 5 aux engagements (!) mais Macklin Celebrini perd justement celui-là… Les blancs reviennent s’installer mais Scheifele ou Celebrini sont sans cesse contrés par des défenseurs norvégiens très actifs.
Le jeu revient à 5 contre 5 et le lancer suivant, signé Stian Solberg depuis la ligne bleue dans l’axe, finit au fond, dévié par la jambe du malheureux Whitecloud (0-2).
Réaction canadienne ? Une faute en zone offensive de Crosby qui accroche Rønnild… Le mythique numéro 87 n’avait encore jamais été pénalisé dans ce tournoi, ni aux JO en février ! Signe des temps… La Norvège ne fait rien de la supériorité numérique (un lancer lointain de Johannesen) mais elle n’en a pas besoin, elle mène. Et elle s’offre une longue séquence de possession offensive à 5 contre 5.
On s’attend, comme à chaque match, à l’énorme pression canadienne de la troisième période. Elle produit surtout… deux contre-attaques. Un 2 contre 1 de Koblar et Brandsegg-Nygård, dont le tir détourné par la jambière de Greaves touche le poteau (photo ci-dessus). Et puis une échappée de Patrick « bip-bip » Elvsveen, qui n’a pas des mains de la même qualité que ses jambes quand il faut gagner son face-à-face avec le gardien.
Wotherspoon part en prison pour avoir chargé Steen contre la bande. Inexplicablement, Cozens et Brown pivotent vers le banc pendant que la Norvège entre en zone en supériorité numérique, avant de refaire demi-tour trop tard. Brandsegg-Nygård gagne son duel avec Nurse en fond de zone pour la passe en retrait et Martinsen et Berglund se retrouvent donc à 2 contre 0 devant la cage : le premier ne trouve pas de solution devant Greaves, qui réussit une superbe parade de la mitaine devant le second !
Le compteur de tirs n’affiche que 33 à 23 pour le Canada et les meilleures occasions ont été norvégiennes. Mais il reste sept minutes. Østby fait trébucher Scheifele, et pendant la pénalité différée, la rondelle file vers la cage vide canadienne avant d’être rattrapée. Dernière chance pour l’avantage numérique du Canada. La boîte norvégienne interdit toujours tout passage dans le milieu et ne laisse que des tirs extérieurs de Scheifele ou Celebrini que Haukeland, déjà placé, sait arrêter.
Le Canada sort son gardien pour égaliser à 6 contre 5, comme il l’a déjà fait en poule contre ce même adversaire. Les stars n’y arrivent toujours pas. Alors, Dylan Holloway entre en zone côté gauche et prend un lancer. Haukeland laisse pour une fois un rebond dans l’axe et Robert Thomas – auteur d’un tournoi décevant jusqu’ici – en profite pour placer un beau tir du poignet dans la lucarne gauche (1-2, photo ci-dessus).
Les Canadiens remportent encore toutes les mises au jeu, les cinq Norvégiens harcèlent parfaitement le porteur du palet tout en se regroupant vite pour bloquer les tirs. Emilio Pettersen hérite d’un rebond et l’envoie au loin vers les filets déserts. La rondelle roule verticalement sur la glace… quelques centimètres à gauche du poteau. Il reste 22 secondes et donc une autre chance au Canada.
Après un rebond derrière la cage, O’Reilly remet en retrait en lobant la botte de Haukeland. Le puck frappe le ventre de Thomas et retombe au pied du poteau… où l’attaquant de Saint Louis la pousse au fond (2-2, photo ci-dessous). Encore une égalisation irréelle du Canada dans les dernières secondes comme on en a tellement vu dans l’histoire. Celle-ci est sans doute la plus imméritée de toutes.
On voit le mauvais côté de la prolongation à 3 contre 3 : des possessions en contrôle où des équipes qui reculent en gardant la possession plutôt que de prendre des risques. Après trois minutes ennuyeuses (hormis un lancer de Celebrini dans le masque de Haukeland), Tinus Luc Koblar arrive à s’infiltrer jusqu’à la cage – butant sur Greaves – mais perd ensuite le palet. C’est un 2 contre 1… et la passe de Mark Scheifele rate la crosse de Celebrini de soixante centimètres ! C’est alors un 2 contre 1 dans l’autre sens. Noah Steen cache son intention… et tire au poteau proche entre la mitaine de Greaves et son poteau (2-3).
Émotion d’une vie sur le banc norvégien. Les joueurs de Petter Thoresen passent autour du cou une médaille à laquelle ils n’auraient jamais osé rêver. Une médaille qu’ils ont bien cru voir échapper définitivement à huit secondes de la fin… mais qu’ils ont su gagner quand même, et qui signifie tellement plus pour eux que pour les Canadiens. Un très grand moment pour le hockey international.
Désignés joueurs du match : Robert Thomas pour le Canada et Sander Hurrød pour la Norvège.
Commentaires d’après-match :
Noah Steen (attaquant de la Norvège) : « C’est… Pour l’histoire du hockey norvégien… Cela va rester grand pour longtemps… C’est le plus grand… Je suis fier et heureux pour ce groupe. Je ne peux pas décrire ce sentiment, c’est arrivé. Je suis juste si heureux pour le hockey norvégien. Évidemment, ce but de 2-2 a été dur, mais nous nous sommes dit que nous allions essayer et que nous pouvions gagner contre n’importe qui. »

Canada – Norvège 2-3 après prolongation (0-1, 0-1, 2-0, 0-1)
Dimanche 31 mai 2026 à 15h30 à la Swiss Life Arena de Zurich. 10 000 spectateurs.
Arbitres : Christoffer Holm (SUE) et Sean MacFarlane (USA) assistés d’Onni Hautamäki (FIN) et John Rey (USA).
Pénalités : Canada 8’ (0’, 4’, 4’, 0’) ; Norvège 8’ (4’, 2’, 2’, 0’).
Tirs : Canada 46 (17, 8, 20, 1) ; Norvège 24 (9, 8, 6, 1).
Évolution du score :
0-1 à 06’44” : Pettersen assisté de Kåsastul
0-2 à 32’29” : Solberg assisté de Brandsegg-Nygård et Johannesen
1-2 à 58’44” : Thomas
2-2 à 59’52” : Thomas assisté de O’Reilly et Celebrini
2-3 à 63’32” : Steen
Canada
Attaquants :
Sidney Crosby (A, +1, 2’) – Macklin Celebrini (C, +1) – Porter Martone
Dylan Holloway – Robert Thomas (+1, 2’) – Mark Scheifele
John Tavares – Ryan O’Reilly (A, +1) – Dylan Cozens
Connor Brown (-1) – Fraser Minten (-1) – Gabriel Vilardi (+1)
Emmitt Finnie (-1)
Défenseurs :
Parker Wotherspoon (-1, 2’) – Denton Mateychuk
Morgan Rielly (+1) – Dylan DeMelo
Darnell Nurse (-2, 2’) – Zach Whitecloud (-1)
Sam Dickinson (-1)
Gardien :
Jet Greaves [sorti de 56’48” à 58’44” et de 58’53” à 59’52”]
Remplaçant : Cam Talbot (G). Non équipés : Jack Ivankovic (G), Evan Bouchard (D, protocole commotion), Dawson Mercer (A)
Norvège
Attaquants :
Andreas Martinsen (C, 2’) – Tinus Luc Koblar (+2) – Michael Brandsegg-Nygård
Patrick Elvsveen – Eirik Østrem Salsten (-1) – Martin Rønnild
Petter Vesterheim (-1) – Eskild Bakke Olsen (-1) – Emilio Pettersen (2’)
Noah Steen (+2) – Håvard Østrem Salsten – Jacob Berglund
Défenseurs :
Christian Kåsastul (A, -1, 2’) – Max Krogdahl (A, -1)
Stian Solberg (+2) – Johannes Johannesen (+1)
Kristian Østby (2’) – Sander Hurrød (+1)
Adrian Saxrud Danielsen [3 présences]
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçants : Tobias Normann (G), Mikkel Øby Olsen (A). Non équipés : Mathias Arnkværn (G), Thomas Olsen, Mikkel Eriksen (A). Blessé : Markus Vikingstad (A).










































