Début fracassant de Las Vegas : oasis ou mirage ?

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Chaque semaine sur Hockey Archives nous analysons en détail les performances d’une équipe et, pour ce premier numéro, commençons donc par la nouvelle équipe, les Golden Knights de Las Vegas.

La 31e franchise NHL connaît un départ fracassant avec 8 victoires et 1 seule défaite (avant lundi soir), loin des promesses d’une équipe vouée à la cave du classement. Les buts pleuvent dans le désert et les gardiens se succèdent, tous aussi formidables. Et cela même si leur meilleur défenseur, Shea Theodore, est bloqué en AHL, que leur recrue phare Vadim Shipachyov est en conflit avec le club et que le 4e gardien est actuellement dans les cages… Alors doit-on croire au miracle ou se méfier d’un mirage ?

 

Un calendrier « facile »

Le premier élément de réponse provient du calendrier concocté avec amour par la NHL pour son nouvel enfant. Quoi de mieux pour lancer un nouveau marché que de lui donner toutes les chances d’un début de saison en fanfare ? Sept matchs sur 9 ont été joués à domicile pour les Knights. Seuls trois adversaires étaient présents en séries le printemps passé et seuls deux figurent dans le top15 de la ligue pour la possession du palet… Autant dire que les Knights n’ont pas encore réellement goûté au haut niveau de la Ligue Nationale.

Les véritables affaires commencent alors que l’équipe prend la route de la côte est cette semaine et affrontera courant novembre Toronto, Montréal, Edmonton, le triptyque californien, Dallas et Minnesota, entre autres.

 

Battre des équipes à sa taille c’est bien, mais de quelle manière ?

Il n’y a rien de honteux à profiter d’un calendrier aisé, toutes les équipes tentent de le faire, que ce soit en octobre ou à un autre moment. Regardons donc si Vegas a, en plus de les battre, dominé ses adversaires sur la glace. Au-delà des points, les performances indiquent-elles si cette équipe est bâtie pour durer ?

Sur ses 9 matchs, Vegas a remporté 6 fois la bataille de la possession, en soi une belle fiche qui est ternie par 3 franches corrections infligées par Dallas, Buffalo (sic) et St Louis. D’ailleurs, les Knights ont dû s’accrocher et aller jusqu’en prolongation pour battre les deux derniers. Cela place l’équipe au 19e rang de la NHL avec 49% de possession depuis le début de l’année. Plus inquiétant, lorsque l’on tient compte de la qualité des tirs avec l’indice des buts anticipés, Vegas n’a dominé son adversaire que 3 fois, donc les deux derniers matchs contre Chicago et Colorado. Autant donc dire que les Knights ont plus souvent subi que l’inverse. Et si le penalty kill est 6e de la ligue (merci les gardiens), le power play n’est que 19e.

 

Attaque et défense dans le ventre mou de la ligue

L’équipe ne se distingue pas particulièrement d’un côté ou de l’autre de la glace. Attaque et défense se classent aux alentours de la 20e place dans la ligue pour la possession ou les buts anticipés. Les cartes visuelles ci-dessous donnent une bonne idée de la situation. Plus l’image est rouge, plus le nombre de tentatives de tirs (tentés/concédés) dépasse la moyenne de la ligue et bleu signifie inférieur à la moyenne.

Les attaquants des Knights tirent essentiellement du haut des cercles (surtout le gauche en fait) et peinent à s’approcher des buts adverses, ce qui devrait limiter leur dangerosité. La bonne nouvelle, c’est qu’inversement Vegas protège bien l’approche immédiate de son but. La défense accorde cependant énormément de tirs du centre de la glace, ce qui n’a rien de rassurant. La défense est ainsi 27e de la ligue pour les chances de marquer concédées, les tirs provenant de cette zone rouge au niveau des cercles de mise en jeu et d’où se marquent la grande majorité des buts en NHL.

Même si le coach Gerard Gallant distribue le temps de jeu de manière très équitable, c’est particulièrement difficile pour Luca Sbisa, Nate Schmidt et Jason Garrison. Les deux premiers ont certes pu mettre des points grâce à la réussite des attaquants mais Garrison vient d’être sacrifié pour faire de la place à Shea Theodore. Lui et Griffin Reinhart sont donc passés au ballotage, au risque d’être perdus sans rien en retour, afin de libérer une place dans l’effectif limité à 23 joueurs. Theodore devrait aider à donner du mouvement à une défense trop souvent bloquée dans sa zone.

 

La chance du débutant

Alors si cette équipe n’est ni vraiment dominante ni dangereuse, comment expliquer un tel départ ? Entre ici en scène le facteur réussite. Le hockey est un sport régi beaucoup plus qu’on ne le pense par le hasard. Combien de buts sont inscrits par des palets bondissants, après une succession de rebonds, de déviations, etc. À l’opposé, la forme d’un gardien va et vient, de séquences incroyables en gros moments de doute. Parfois les astres s’alignent bien, parfois non. L’essentiel est que, sur une saison entière, les hauts et les bas se nivellent toujours.

Vegas est ainsi aujourd’hui l’équipe la plus vernie de la ligue, et de loin. L’indice PDO, qui additionne le taux de réussite aux tirs et le pourcentage d’arrêts des gardiens, nous l’indique clairement. Depuis la nuit des temps, toutes les équipes finissent la saison entre 98 et 102. Une seule équipe a dépassé 103 en dix ans. À combien est Vegas aujourd’hui ? 106.2 !!! (la suivante est déjà retombée à 103).

On le voit clairement sur ce graphique, Vegas est au summum dans les deux catégories et en profite pleinement pour ramasser des victoires. Les tireurs sont les plus efficaces de la ligue et les gardiens ont tous vécu de superbes séquences avant de tomber au combat. Marc-André Fleury est un bon gardien de la ligue nationale qui a un taux d’arrêts en carrière de 91,2%. Mais il est à 92,5% depuis le début de saison, lui qui n’a jamais dépassé 92,1% en 13 saisons dans la NHL. Et que dire de Malcom Subban à 93,6% et Oscar Dansk à 94,6% ? Tant mieux pour Vegas, mais il n’y a rien de durable ici.

James Neal a, lui, inscrit 7 buts en 26 tirs, soit une réussite de 26.9%, lui qui tire en carrière à 12,2%. Les Knights ont également profité de la production de leur 3e et 4e trios, où Oscar Lindberg a inscrit 4 buts, Tomas Nosek 2, Alex Tuch 3, dépassant ici aussi leur rendement habituel.

Tous ses chiffres indiquent que Vegas marche sur l’eau, mais chaque jour qui passe rapproche le moment où l’équipe commencera à retomber sur terre. On verra alors une équipe du dernier tiers de la ligue, comme prévu et comme imaginé par ses dirigeants, une solution plus avantageuse à long terme pour une équipe qui veut avant construire pour l’avenir. En tous cas, le lancement de la franchise est réussi !

À l’heure d’écrire ces lignes, Vegas a perdu 3-6 contre les Islanders et son PDO a chuté à 104.3. Le temps que les choses retombent à la normale, il risque d’y avoir une traversée du désert…

Mise à jour : mardi soir, après une nouvelle défaite contre les Rangers, le PDO est à 103.6…

 

 

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