La Suède en patron

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Le match le plus attendu de ce premier tour est aussi le dernier. Les deux premiers de la poule se disputent la première place, qui permettra d’éviter le Canada en quart de finale… Suède et Russie font recette : les tribunes sont noires de monde pour une rencontre à guichets fermés.

La Russie a choisi d’écarter Nikita Tryamkin en défense, au profit de Dinar Khafizullin comme septième arrière. En attaque, Maksim Mamin, décevant, laisse sa place à Pavel Buchnevich.

Côté suédois, Elias Pettersson s’est fracturé le pouce et son tournoi est terminé. Fort heureusement, Filip Forsberg le remplace poste pour poste. Mattias Ekholm est lui aussi arrivé et fait ses débuts à la place de Erik Gustafsson. Anders Nilsson est choisi comme gardien partant.

La Russie part favorite de cette rencontre au vu de l’historique récent. Depuis 2005, la fiche est de 12-1-1 aux Mondiaux et Jeux olympiques, avec pour seule victoire suédoise la Coupe du monde 2016 organisée par la NHL…

Artem Anisimov et Mattias Janmark à la lutte (c) Nicolas Leborgne

L’indiscipline suédoise

On joue depuis seulement trente secondes que Rakell commet une charge contre la bande sévère, dans le dos. Il ne concède que deux minutes de pénalité…

La Russie cafouille son jeu de puissance au point de presque marquer contre son camp ! Ce n’est que sur la fin qu’un tir mal contrôlé par Nilsson crée une situation chaude dans le slot, et coûte quatre minutes à Adam Larsson pour crosse haute. On jouera 31 secondes à cinq contre trois.

La Russie se la joue patiente. Le palet tourne lentement, au point qu’on se demande si elle va profiter de son avantage. Alors que le quatrième Suédois revient en jeu, Datsyuk remise sur Gusev derrière la cage. Ce dernier trouve Kaprizov avec un pas d’avance sur Lindholm et la reprise à bout portant ouvre le score (1-0). Il reste la deuxième partie de la pénalité double à tuer. Kaprizov, Gusev et Grigorenko chauffent Nilsson autour de la cage. La Suède revient au complet avec un seul but encaissé, un moindre mal…

Après ce mauvais départ, la Suède s’emploie à revenir et choisit d’appuyer physiquement, avec des mises en échec sonores. Arvidsson manque le cadre et la Russie repart dans l’autre sens, avec une occasion de Gusev.

L’opposition de styles est marquante, mais avec un point commun : le patinage. Les deux équipes jouent vite, très vite. La moindre erreur coûte cher. Backlund, pressé à la bleue offensive, perd le palet et Dadonov s’échappe : Nilsson gagne son duel. La Suède a pris le contrôle du match mais s’expose ainsi à la vitesse adverse.

Adrian Kempe tente sa chance du cercle gauche. Koshechkin tient bien son poteau. Hörnqvist, en tête de cercle, force le gardien à un grand écart. L’essentiel des occasions reste scandinave, même si Barabanov fait passer des frissons dans le dos des supporters sur un tour de cage.

Après un tir dangereux à travers la foule de Zaitsev, la Russie tente de s’installer mais une passe au centre est interceptée. Backlund ne parvient pas à aller près de la cage et se contente d’un tir en hauteur en tête de cercle sur cette semi-échappée, qui ne trouve pas le cadre.

Dans cette partie rythmée et équilibrée, la Suède reçoit une supériorité pour un accrochage de Shalunov. La Russie coupe bien les lignes de passe. Du coup, Nyquist y va seul et attaque la cage. Koshechkin bloque la seule occasion de la supériorité, et, de retour au complet, la Russie obtient deux minutes sur un cinglage d’Arvidsson.

La patience russe est spectaculaire, et lorsque les actions sont décochées, cela va vite. Juste avant la pause, Kaprizov reprend un centre puissant de Datsyuk à côté, puis le capitaine lance hors cadre juste avant la sirène. Il restera 40 secondes de supériorité.

Mika Zibanejad, une menace permanente sur la défense russe (c) Nicolas Leborgne

La puissance de Zibanejad

La Suède ne lâche rien et profite d’un mauvais changement de ligne russe au moment où Arvidsson sort de la prison. L’ailier de Nashville reçoit le palet dans le dos de la défense et s’échappe… mais Koshechkin ne tremble pas.

Le portier russe reste impérial. Une transversale parfaite vers Ekholm lancé dans le dos de la défense, envoie l’arrière de Nashville vers la cage. Koshechkin sauve et le palet finit sur le dessus du but. Arvidsson est cependant puni pour un coup de crosse sur la présence suivante.

La pénalité est tuée et la première ligne suédoise repart au charbon. Zibanejad décale Wikstrand, dont le tir est repoussé par le gardien. La Suède bataille dans les coins, appuie physiquement… et Kempe est puni pour un accrochage. La Russie défend superbement. Une capacité à conserver le palet dans les duels qui pousse à la faute… Mais sans en profiter. La Russie reste cantonnée au périmètre et ses tirs ne sont pas cadrés.

La Suède sera-t-elle aussi efficace en supériorité qu’en infériorité ? Shalunov leur en donne l’occasion. Mika Zibanejad, au cercle droit, lance à la cage avec Rakell en écran. Le palet glisse entre les jambières du gardien (1-1).

L’attaquant des Rangers éclabousse le match de sa classe et surtout, de sa puissance. En compagnie de Rakell et Janmark, il empêche la Russie de sortir de sa zone en bloquant le palet à la bleue. Puis, Zibanejad prend le disque et résiste à son défenseur, contourne la cage et sert Rakell à l’opposée. L’ailier des Ducks a une cage ouverte, Koshechkin ayant été pris de vitesse par l’action de Zibanejad (1-2).

La Suède déroule, avec une combinaison Arvidsson-Forsberg en remontée de palet, qui permet à ce dernier de tenter un revers difficilement repoussé par le gardien.

Le match s’est renversé et les joueurs de Rikard Gronborg ont pris les devants, 2-1 après deux tiers.

La maîtrise suédoise

Un but de retard que la Russie s’applique rapidement à effacer. Gusev lance un tir dangereux, que Nilsson bloque et perd de vue. Sa défense lui sauve la mise et dégage. La Suède effectue un bon travail de conservation de palet et limite la possession adverse, consommant du temps. Mais Nilsson doit répondre présent sur quelques situations chaudes, avant que Wikstrand ne soit puni pour cinglage à treize minutes de la fin.

Agressive, la Suède empêche son adversaire de s’installer. Backlund vole même un palet et part en deux-contre-un avec Janmark. Il choisit le tir, et le rebond sur la jambière échappe au joueur de Dallas.

La pénalité s’achève et Barabanov transperce la défense. Il efface deux défenseurs, et perd son duel contre Nilsson. La tension est à son comble dans ce match disputé à haute intensité.

La défense suédoise a fermé la porte et ne cède plus un pouce de terrain. Rickard Gronborg a coupé sa quatrième ligne, réduite à la portion congrue, ou laissée sur le banc dans le cas de Pääjärvi et Andersson.

L’espace a disparu, capté par les crosses nordiques. Et à une minute de la fin, Nilsson contrôle un palet et le joue vite sur Ekholm. Ligne de fond, le défenseur lève son palet jusqu’à la cage vide des Russes (1-3).

La Suède remporte donc son premier match contre la Russie au Mondial depuis près de quinze ans, et s’octroie au passage la première place du groupe A. Sa combinaison de patinage, technique, puissance et impact physique impressionne, même si l’indiscipline risque de coûter cher. Avec des gabarits de 1m88 et 92 kg en moyenne, cela peut faire mal dans les duels… La Lettonie est prévenue.

La Russie, parfois un peu indolente, semble satisfaite de sa deuxième place et de la perspective de jouer le Canada. Sa défense est l’une des satisfactions du tournoi, mais sa propension à chercher le jeu parfait reste son handicap principal. À suivre dès jeudi…

Désignés joueurs du match : Pavel Datsyuk (Russie) et Mika Zibanejad (Suède)

Rickard Rakell, un des hommes-clés du match (c) Nicolas Leborgne

Commentaires d’après-match

Gustav Nyquist (attaquant de la Suède) : « Nous avons passé trop de temps sur le banc des pénalités. À cinq-contre-cinq, nous étions meilleurs qu’eux. Finir premier est agréable, mais cela ne veut rien dire pour la suite. Nous rentrons dans un nouveau format, à élimination directe. Nous voulons être les meilleurs, donc il faudra battre tout le monde et ne prendre personne à la légère. Il n’y a pas de petites équipes dans ce Mondial, il n’y a plus de match facile. Il faut être prêt à chaque match. La Lettonie est une équipe rapide, qui a battu de belles équipes, ce qui donne du crédit à leur jeu. Il faudra que l’on continue sur notre lancée. »

Rickard Rakell (attaquant de la Suède) : « Nous avons cherché à trouver notre place en supériorité, mettre du trafic, trouver de nouvelles situations. La Russie a eu ses chances aussi en supériorité, mais nous avons dicté l’essentiel du jeu à cinq contre cinq. Nous avons joué un match solide, les quatre lignes ensemble. Nous avons travaillé dur et ne leur avons pas laissé grand chose. Même à 1-0, nous n’avons pas paniqué et nous avons gagné la bataille de la possession. La Lettonie ? J’ai vu leur dernier tiers contre le Canada et ils paraissaient à bout. Mais il faudra se méfier des pertes de palet car ils ont beaucoup de vitesse. »

 

Russie – Suède 1-3 (1-0, 0-2, 0-1)
Mardi 15 mai 2018, 20h15. Royal Arena de Copenhague. 12490 spectateurs.
Arbitrage de Olivier Gouin (CAN) et Timothy Mayer (USA) assistés de Hannu Sormunen (FIN) et Nathan Vanoosten (CAN).
Pénalités : Russie 4′ (2′, 2′, 0′), Suède 14′ (8′, 4′, 2′)
Tirs : Russie 31 (10, 8, 13), Suède (14, 8, 7)

Récapitulatif du score
1-0 à 02’44 : Kaprizov assisté de Gusev et Datsyuk (sup. num.)
1-1 à 29’27 : Zibanejad assisté d’Ekman-Larsson et Nyquist (sup. num.)
1-2 à 29’27 : Rakell assisté de Zibanejad et Janmark
1-3 à 58’55 : Ekholm assisté de Nilsson

Russie

Attaquants
Kirill Kaprizov – Pavel Datsyuk (C, -1) – Nikita Gusev (-1)
Mikhail Grigorenko – Artyom Anisimov – Yevgeni Dadonov (A, -1)
Pavel Buchnevich (-1) – Sergei Andronov (A, -1) – Ilya Mikheyev (-1)
Aleksandr Barabanov – Ilya Kablukov – Maksim Shalunov (4′)
Nikita Soshnikov

Défenseurs
Vladislav Gavrikov (-1) – Bogdan Kiselevich (-1)
Nikita Nesterov (-1) – Nikita Zaitsev (-1)
Yegor Yakovlev – Aleksei Bereglazov
Dinar Khafizullin (-1)

Gardien :
Vasili Koshechkin (sorti à 58’37)

Remplaçant : Igor Shestyorkin (G). Réservistes : Ilya Sorokin (G), Nikita Tryamkin (D), Maksim Mamin (A)

Suède

Attaquants
Rickard Rakell (2′, +1) – Mika Zibanejad (+1) – Mattias Janmark (+1)
Patrick Hörnqvist – Mikael Backlund (C) – Gustav Nyquist
Adrian Kempe (2′) – Filip Forsberg (+1) – Viktor Arvidsson (4′, +1)
Magnus Pääjärvi – Johan Larsson – Jacob de la Rose (+1)
Lias Andersson – Dennis Everberg

Défenseurs
Oliver Ekman-Larsson (A, +1) – Adam Larsson (4′, +1)
Hampus Lindholm – John Klingberg (A, +1)
Mattias Ekholm (+1) – Mikael Wikstrand (2′)

Gardien :
Anders Nilsson

Remplaçant : Magnus Hellberg (G). Réservistes : Filip Gustavsson (G), Erik Gustafsson (D, blessé), Elias Pettersson (A, fracture du pouce)