La France face aux Britanniques en 2019 ; un quart de finale pour un TQO à domicile ?

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Bonne nouvelle : la France va passer devant le Bélarus au classement IIHF, et ce pour un bon moment car ce dernier, relégué, ne la rattrapera pas de sitôt. Mauvaise nouvelle : le Danemark et la Lettonie (brièvement devancée après les JO) vont en revanche (re)passer devant la France, qui va donc stagner comme 13e nation mondiale au « ranking » IIHF. Rappelons que ce classement prend en compte de manière dégressive les compétitions des quatre dernières années : les bénéfices du quart de finale de Minsk 2014 sont désormais perdus.

À court terme, les conséquences sont minimes, puisque le 12e et le 13e sont in fine dans le même groupe. Contrairement à cette année où elle a été changée de poule avec les organisateurs danois (et a donc évité la Corée du Sud), la France devrait bien jouer cette fois-ci dans le groupe du moins bien classé. Ses adversaires au Mondial doivent donc être la Grande-Bretagne, la Suisse (sauf si elle accède à la finale lors des Mondiaux actuels : à remplacer alors par l’Allemagne) et les « nordiques », le Danemark et – normalement – la Norvège ; cette dernière serait à remplacer par la Lettonie si jamais celle-ci créait l’exploit d’accéder aux demi-finales.

La France devrait donc normalement jouer à Košice, même s’il peut exister une incertitude sur une éventuelle inversion décidée par la Slovaquie, prochain pays organisateur (* cf note de bas de page). Dans tous les cas, une telle inversion n’influera pas sur le « crunch » franco-britannique qui permet théoriquement d’envisager le maintien avec une certaine sérénité pour la prise de poste de Philippe Bozon.

Néanmoins, l’autre gros enjeu du prochain championnat du monde 2019 sera la qualification olympique pour 2022. Si la participation de la Chine organisatrice est confirmée par une décision du Congrès IIHF (René Fasel s’est déjà prononcé favorablement), il n’y aura que huit qualifiés d’office. Les places sont presque déjà pré-attribuées. Outre les six grands (Suède, Canada, Russie, Finlande, République Tchèque et États-Unis), l’Allemagne a réussi à se créer un beau matelas avec sa médaille d’argent olympique, ce qui devrait lui permettre de se qualifier directement cette fois. La Suisse, grâce à sa qualification à Copenhague pour les quarts de finale, paraît aussi bien partie. Il faudrait une grosse contre-performance l’an prochain pour qu’elle laisse échapper les JO. Dans ce cas, la Slovaquie, si elle est performante à domicile, sera forcément en embuscade.

Le second enjeu est que les trois pays suivants (9, 10, 11 de la hiérarchie mondiale) organisent les trois tournois de qualification olympique. L’équipe de France n’a jamais eu cette possibilité, et c’est donc en déplacement (Klagenfurt, Oslo, Riga, re-Oslo) qu’elle a connu désillusion sur désillusion. Une fois de plus, malheureusement, les perspectives semblent compliquées.

Voilà les points qu’il faudrait rattraper l’an prochain en se plaçant déjà dans le calcul IIHF 2019. Rappelons que chaque place d’écart aux Mondiaux vaudra 20 points (+ 20 points pour chaque qualification en quart de finale ou à chaque tour suivant).
– 315 points de retard sur l’Allemagne (virtuelle 7e) : quasi-irrattrapable, puisqu’il faudrait que les Allemands terminent derniers… et la France finaliste !
– 205 points de retard – au minimum ! – sur la Suisse (virtuelle 8e) : idem ou presque. La France ne pourrait remonter cela qu’avec une demi-finale si la Suisse est avant-dernière de sa poule
– 105 points sur la Norvège (virtuelle 9e), 85 points – au minimum ! – sur la Lettonie (virtuelle 10e) et 80 points sur la Slovaquie (virtuelle 11e) : ce sont des écarts assez comparables, mais aussi relativement importants. Un quart de finale permettra probablement de rattraper une des trois. Mais même une neuvième place risque de ne pas suffire…
– 5 points de retard sur le Danemark (virtuel 12e), autant dire ex-æquo : le pays qui devancera l’autre en 2019 aura la primauté, mais à moins que la Chine ne soit pas admise d’office, cela ne vaudra qu’une douzième place qui n’accordera pas d’organisation du tournoi de qualification olympique (TQO pour les intimes).
– 45 points d’avance sur le Bélarus (qui ne jouera pas en élite) et 185 points sur le suivant, l’Autriche, qui ne sera donc pas un danger.

En résumé, pour faire simple (ou presque) :
– soit Philippe Bozon commence son mandat en 2019 par un quart de finale, qui ne s’obtiendra qu’en battant un top-6 ou un pays qu’il connaît bien (la Suisse), et les Bleus auront leur TQO à domicile
– soit il pourra prévoir de prendre les billets pour (si on devance le Danemark) le moins bien classé ou (si on est derrière le Danemark) le « classé au milieu » du trio Norvège-Lettonie-Slovaquie.
En imaginant que les Slovaques fassent mieux que les deux autres en profitant de leur organisation – ce qui serait à souhaiter car c’est un adversaire avec bien plus de potentiel ! – l’équipe de France pourrait réserver ses billets pour re-Riga ou re-re-Oslo. C’est ce qu’on appelle « expurger les mauvais souvenirs »… À moins bien sûr que ce soit le Danemark – exactement dans la même position que la France – qui atteigne les quarts de finale l’an prochain et récupère une organisation.

Le problème de ce système de qualification, c’est qu’il réserve en fin de compte un avantage… aux équipes qualifiées pour les précédents JO ! En effet, en prenant seulement en compte les championnats du monde, la Norvège serait aujourd’hui derrière la France. Mais comme elle a atteint un quart de finale en Corée, elle est aujourd’hui nettement devant. Autrement dit, la défaite frustrante à Oslo en septembre 2016… fait courir aux Bleus le risque d’y retourner. À eux de briser le cercle vicieux qui les poursuit depuis plusieurs olympiades ! Voilà en tout cas les données – un peu complexes – du problème.

 

* l’hypothèse décrite ici semble peu probable. Lors de leur dernière organisation en 2011, les Slovaques avaient laissé les Autrichiens aller à Košice (bien plus loin de leur pays alors que Bratislava est en face de Vienne) ; cette fois, l’Autriche doit être dans leur groupe, donc à Bratislava. Si une inversion a lieu, ce serait uniquement pour faire en sorte que les Tchèques – fatalement nombreux – soient dans la capitale slovaque, plus proche. Pour autant, il suffit pour cela d’intervertir les Tchèques avec les Américains, sans forcément toucher à la place de la Slovaquie (dont la voisine au classement serait la Norvège car on calcule ici en données 2018) : celle-ci n’a pas spécialement de raison de changer de poule pour affronter la Suisse au lieu de l’Allemagne, ce serait un calcul peu judicieux (rappelons que le Danemark, lui, avait fait le contraire…).

Mais si jamais c’était le cas, et si les Slovaques « choisissaient » de se retrouver dans le groupe de la France l’année où ils sont chez eux, ce serait forcément une mauvaise nouvelle pour les Bleus.

 

PS : la rumeur qui court en Slovaquie est que celle-ci voudrait jouer à Kosice pour permettre aux Tchèques de jouer à Bratislava et remplir au mieux les deux patinoires. Du coup, les Slovaques voudraient… échanger l’Autriche et la France pour que les Autrichiens jouent près de chez eux à Vienne ! Dans ce cas, l’équipe de France se retrouverait face à Slovaquie (à domicile), Allemagne, Lettonie et Italie.

Plus dur pour le maintien, pas forcément mieux pour les quarts (pas la Suisse, mais plus d’adversaires dangereux). Surtout, cela ferait dans ce cas deux années de suite que les Bleus se feraient « échanger », et on pourrait modifier l’emblème du coq en dindon. Cela ne donnerait pas forcément crédit au poids de la France dans les instances de l’IIHF. Autant l’échange France-Danemark concernait deux nations de niveau égal, autant l’échange France-Autriche est plus inégal.

Pour autant, tant que le Mondial n’est pas terminé, rien ne dit que les Tchèques et les Slovaques ne se retrouveront pas dans le même groupe. Il faudrait alors trouver une autre combine… À suivre.

(tout ce qui a été dit sur l’enjeu du quart de finale pour organiser le TQO à domicile restera vrai quelle que soit la composition des groupes)