Bilan du Mondial : les notes bleues

Entrée des joueurs (c) Jonathan Vallat
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La France termine donc son championnat du monde, maintenue en élite avec six points. Autoritaire contre la Biélorussie et l’Autriche, ses rivaux directs pour le maintien, l’équipe de France a manqué son match contre la Slovaquie, et n’a pas existé face aux nations du top-7 mondial. 

L’objectif maintien est donc acquis, et il n’est pas si simple que l’on pourrait le penser. Mais, même dans une année de reconstruction, de transition, et malgré les absences et les blessures, on a parfois eu le sentiment qu’il y avait moyen de faire un peu mieux. Être déçu de ne pas avoir pu accrocher un quart ? Si ce n’est pas la preuve que les progrès des Bleus suscitent désormais des attentes supérieures…

Il faut cependant mettre les choses en perspective. La France a fait mieux que lors des Mondiaux 2015 et 2016, et sa prestation défensive fut même meilleure qu’en 2012. Ce n’est pas le pire Mondial des Bleus, loin de là. La France a gagné deux matchs, ce qui est finalement sa moyenne depuis la création de la formule des poules de huit, en 2012. Elle n’a réussi à faire mieux que deux fois, notamment lors de l’année exceptionnelle du quart de 2014. En terminant 12e du tournoi, la France est à sa place. Avec autant de novices dans l’effectif et les absences ou blessures des cadres, ce n’est pas si mal…

Année Pts V VP DP D Buts + Buts –
2018 6 2 0 0 5 13 29
2017 10 2 2 0 3 23 19
2016 5 1 1 0 5 11 23
2015 5 1 1 0 5 13 20
2014 11 2 2 1 2 25 20
2013 7 2 0 1 4 13 21
2012 9 3 0 0 4 21 32

 

Les 25 joueurs de l’effectif ont été utilisés par Dave Henderson et Pierre Pousse au cours de leur dernier Mondial. Tour d’horizon des performances, avec le délicat exercice de notation.

Une note ne veut jamais vraiment dire grand chose en soi, et n’est pas non plus une comparaison entre les joueurs. Elle se veut avant tout une analyse qui estime la qualité des matchs par rapport aux attentes.

Chaque joueur de l’effectif arrive avec des objectifs individuels différents. Les attentes ne sont pas les mêmes entre un joueur d’expérience et un novice, entre un joueur de top-6 et un attaquant de soutien. Il faut donc prendre cet exercice avec du recul : il s’agit d’un simple avis personnel, une « impression globale », qui ne reflète pas les efforts consentis par les joueurs.

Une longue préparation, intense, avec un éloignement des familles de plusieurs semaines, puis 7 matchs de très haut niveau face à des formations de calibre bien supérieur… Les Bleus ont bien mérité leurs vacances. Ils peuvent tirer des riches enseignements de ce Mondial et disposer ainsi des meilleures pistes de travail pour progresser en vue du tournoi 2019 en Slovaquie.

Gardiens
Florian Hardy – B+
5 matchs, 3,23 buts encaissés, 90,45 %
Succéder à la légende Cristobal Huet était un défi considérable, mais le portier angevin a fait le travail. Solide contre la Biélorussie et l’Autriche, il a privé ces deux pays d’un retour au score et permis à la France de se maintenir. Ces deux matchs étaient cruciaux pour rester en élite, et il a gagné ses duels avec les gardiens adverses avec aisance.

Ronan Quemener – D
3 matchs, 6.69 buts encaissés, 86,05 %
Difficile de juger sa prestation, lui qui a été « jeté aux loups » face aux plus grosses nations. Il aura réussi une performance honnête face à l’ogre suédois. En revanche, il est passé à côté de son match contre les Tchèques. Sa place de numéro 2 est loin d’être assurée.

Sébastian Ylonen – A
1 match, 1.86 buts encaissés, 95,65 %
Son entrée en jeu face aux Tchèques (32 minutes, 22 arrêts) fut convaincante. Calme et solide, il n’a concédé qu’un seul but et réalisé un premier match au Mondial prometteur. À voir s’il arrive à conserver cette régularité.

Défense
Yohann Auvitu – B-
4 matchs, 1 assistance, -2, 12 tirs, 23:12 min/match
Handicapé par des adducteurs douloureux, Auvitu a serré les dents et participé aux matchs décisifs. Son impact sur le jeu des Bleus aura été moindre qu’à Paris, mais il solidifie beaucoup l’arrière-garde grâce à son patinage. Il apporte également à l’attaque : même s’il n’a joué que 4 matchs, il termine 2e ex-æquo en nombre de tirs…

Antonin Manavian – B
7 matchs, 1 but, 6 Min, -5, 4 tirs, 22:41/match
Souvent critiqué, Manavian aura assuré un temps de jeu considérable contre les meilleurs trios adverses sans couler et assuré de facto le rôle de n°1. Certes, il n’a pas la vitesse de patinage de ses adversaires, mais il compense par son placement et une bonne utilisation de sa taille, sans l’indiscipline qui lui a donné si mauvaise réputation au début de sa carrière.

Kévin Hecquefeuille – C-
7 matchs, 4 assistances, 2 Min, -6, 6 tirs, 19:12/match
On attendait mieux de l’un des joueurs les plus expérimentés des Bleus. Son placement flottant a coûté plusieurs buts – notamment le premier de l’Autriche, qui aurait pu mettre la France en grande difficulté, ou le deuxième contre la Suisse, qui plombe toute idée de retour au score. Il conserve un bon patinage et reste l’un des rares arrières à pouvoir évoluer en supériorité, mais, là aussi, il commence à être un peu juste.

Florian Chakiachvili – B-
6 matchs, 1 assistance, 4 Min, -2, 4 tirs, 16:49/matchs
Quand franchira-t-il un palier ? Après quelques saisons intéressantes et un TQO remarquable à Oslo, Chakiachvili semble stagner dans son jeu. Sa combinaison de patinage et physique reste prometteuse pour les Bleus et sa place n’est absolument pas remise en cause, mais on a tellement le sentiment qu’il a le potentiel pour jouer en première paire. Un tournoi moyen pour lui, avec en plus une charge douloureuse subie contre l’Autriche. Son match contre la Suisse fut plutôt bon et laisse une bonne impression pour l’avenir.

Jonathan Janil – B+
6 matchs, 2 assistances, 16 Min, ± de 0, 3 tirs, 14:13/match
Le bon soldat par excellence. Janil s’est bagarré dans les duels, s’est appliqué à la relance et a souvent compensé les erreurs de ses différents partenaires comme il le pouvait. On l’a vu aussi un peu plus audacieux en attaque. Un bon Mondial.

Damien Raux – D
7 matchs, 2 Min, -1, 1 tir, 12:33/match
La nécessité de reconvertir Damien Raux en défenseur illustre à elle seule la catastrophique formation des défenseurs en France. Bon soldat, fidèle des Bleus depuis de longues années, Raux continue à tout donner. Malheureusement, il reste bien juste en défense, en relance et en physique pour ce poste. Il a d’ailleurs perdu sa place au profit de Thomas Thiry au cours de deux rencontres.

Hugo Gallet (c) Nicolas Leborgne

Hugo Gallet – B+
6 matchs, 1 assistance, 6 Min, -3, 5 tirs, 14:17/match
Gallet a gagné la confiance de Dave Henderson et disputé la plupart des matchs. On s’attendait à ce qu’il souffre et ce fut le cas, notamment contre la Russie. Mais il a su progresser à chaque match, avec un jeu simple et appliqué, une bonne technique et un peu plus d’audace à la relance en fin de tournoi. Oui, il a commis quelques erreurs de relance, mais finalement pas plus que ses coéquipiers plus expérimentés. Pour un joueur de 21 ans à peine sans la moindre expérience pro, ce Mondial fut particulièrement prometteur.

Thomas Thiry (c) Nicolas Leborgne

Thomas Thiry – B+
5 matchs, -3, 1 tir, 10:53/match
Il a dû patienter pour avoir du temps de jeu, avant de voler la place de n°6 à Damien Raux. Il a réussi un match convaincant contre la Suisse, notamment en infériorité. Une progression à chaque match particulièrement encourageante.

 

Attaque
Stéphane Da Costa – B+
5 matchs, 1 but, 4 assistances, 2 Min, +1, 9 tirs, 18:39/match
Pas aussi flamboyant qu’à Paris, le néo-capitaine des Bleus reste malgré tout sa meilleure arme pour entrer en zone en possession et débloquer des jeux de puissance. Le costume de meneur d’hommes n’est pas évident pour une personnalité plus réservée que Meunier, mais il l’a assuré sur la glace, malgré la fatigue et les pépins physiques. Il a malheureusement manqué la fin de tournoi à cause d’un souci aux doigts.

Damien Fleury – A+
7 matchs, 3 buts, 1 assistance, 6 Min, -2, 18 tirs, 17:39/match
Combatif dans les duels, constamment en train d’essayer de produire du jeu, Fleury a peut être joué son meilleur championnat du monde, car il était bien seul devant. Son profil de pur finisseur est unique en équipe de France, et sérieusement indispensable. Son rôle de meneur d’hommes lui a valu un « C » de capitaine bien mérité sur la fin de tournoi. Il aura beaucoup essayé mais la finition de ses partenaires n’a pas été à la hauteur.

Anthony Rech – C+
7 matchs, 2 assistances, 2 Min, -2, 2 tirs, 15:14/match
Après son éclosion à Paris et sa première saison à l’étranger, on attendait de voir où se situait Anthony Rech. Il fut moins convaincant qu’au Mondial 2017, ne parvenant pas autant à utiliser sa vitesse. Malgré tout, il a encore prouvé que sa place en top-6 devenait évidente et montré, par flashs spectaculaires, sa qualité technique. Mais qu’attend-t-il pour tirer plus au but ? Il ne compte que deux tirs cadrés dans le tournoi, bien trop peu pour un ailier buteur de première ligne… Son échappée manquée contre la Suisse fut l’un des tournants du match. Il a le talent pour rebondir.

Sacha Treille – C-
7 matchs, 2 buts, 4 Min, -5, 7 tirs, 13:00/match
Pas vraiment en évidence sur les premiers matchs, Treille s’est en revanche montré décisif contre l’Autriche, trouvant une bonne entente avec Alexandre Texier. Le gabarit de Treille reste précieux pour les Bleus dans le travail le long des bandes et il a montré son utilité lorsqu’il a attaqué la cage avec plus d’insistance. Malheureusement, son manque de vitesse le handicape de plus en plus. Un bon match seulement sur sept, c’est maigre.

Alexandre Texier (c) Nicolas Leborgne

Alexandre Texier – B+
7 matchs, 3 assistances, 10 Min, -4, 9 tirs, 14:46/match
Dire qu’il n’a pas encore 19 ans ! Texier a confirmé tout le bien que l’on pensait de lui. Un patinage et une qualité technique au-dessus du lot. Seule celle de son capitaine semble pouvoir rivaliser avec lui. Dans certains matchs, il semblait que seul Texier parvenait à créer quelque chose. Une audace certaine, et aussi une capacité à ne pas fuir les zones difficiles, montrent que Texier peut viser haut. Toutefois, son jeu mériterait un polissage. Il reste trop individualiste, cherchant trop à faire la différence seul au lieu de s’appuyer sur ses coéquipiers. Ce qui n’est pas sans rappeler Stéphane Da Costa à ses débuts… Autre point noir, son indiscipline : 5 pénalités. Moins en vue contre la Suisse, il s’est sans doute rendu compte que le haut niveau mondial était un palier énorme qui exigerait un gros travail d’endurance.

Anthony Guttig – B-
7 matchs, 1 but, 0 Min, -4, 4 tirs, 13:36/match
Pour un retour en Bleu, Guttig n’a pas paru hors sujet du tout. Enfin buteur – son premier au Mondial depuis 2012 – il aura pu obtenir quelques occasions, sans être réellement tranchant. En revanche, sa ligne a connu des soucis défensifs, trop souvent enfoncée dans sa propre zone. Il a plutôt bien figuré sur la première ligne en fin de tournoi, même si cela reste une solution ponctuelle et pas suffisante pour le haut niveau mondial.

Teddy Da Costa – C+
7 matchs, 1 but, 4 Min, -5, 9 tirs, 14:49/match
On connaît les soucis de Teddy Da Costa : une certaine indiscipline. Cela n’a pas été le cas cette année et il s’est rendu plus utile. Son joli but contre l’Autriche montre qu’il devrait bien plus utiliser sa qualité de tir que de tenter des jeux compliqués. Lui aussi aura souffert défensivement.

Loïc Lampérier – B-
6 matchs, 1 but, 2 Min, -2, 6 tirs, 9:45/match
Souvent cantonné au rôle de 13e attaquant, ou mis en tribune, Lampérier aura rarement eu autant de temps de jeu que cette année. Il en a plutôt fait bon usage, avec son premier but aux Championnats du monde, dans un match important contre la Biélorussie. Il s’est appliqué à bien défendre et a obtenu quelques chances, notamment contre la Suisse.

Valentin Claireaux – A-
7 matchs, 1 but, 1 assistance, 10 Min, -2, 12 tirs, 14:15/match
Un excellent mondial de Claireaux, qui a créé plusieurs occasions franches par sa vitesse et sa combativité. Surtout, il a mené un jeu en infériorité qui s’est montré décisif à plusieurs reprises. Seul petit bémol, il n’a pas réussi à avoir les épaules pour intégrer réellement le top-6. Placé avec Stéphane Da Costa et Damien Fleury au premier match, il a été rétrogradé en troisième ligne où son jeu s’est mieux épanoui. Ses 12 tirs se classent 2e de l’équipe.

Jordann Perret (c) Nicolas Leborgne

Jordann Perret – A+
7 matchs, 1 but, 3 assistances, 2 Min, ± de 0, 5 tirs, 11:51/match
Le moteur de Perret ne s’arrête jamais ! Constamment en mouvement, à l’échec-avant, finissant les mises en échec, travaillant dans les bandes, exploitant sa vitesse… Perret a créé du danger et travaillé très fort défensivement, notamment en infériorité. Une grande satisfaction de ce Mondial. Il a pris une dimension accrue avec son expérience en République Tchèque.

Nicolas Ritz – C-
7 matchs, 2 Min, -3, 2 tirs, 12:01/match
L’un des attaquants le moins en vue de l’équipe, Ritz s’est surtout contenté de défendre du mieux possible. Il a même dépanné à l’arrière contre la Suède, lorsque la France a perdu Gallet sur blessure. Ce sens du sacrifice défensif reste très utile. Mais côté offensif, ce fut quasi inexistant.

Guillaume Leclerc – A+
7 matchs, 1 but, 1 assistance, 6 Min, -2, 4 tirs, 10:11/match
Malgré son petit gabarit, Leclerc ne s’est laissé impressionner par personne. Excellent patinage, présent à l’échec-avant, il n’a pas rechigné à aller dans les zones difficiles face à des joueurs bien plus costauds que lui. Aucune timidité dans son jeu, il a su répondre présent dans les temps chauds, à l’image du match contre la Suède. Son but contre la Suisse est la parfaite illustration de cette énergie.

Floran Douay – B-
7 matchs, 1 assistance, 4 Min, -3, 4 tirs, 9:36/match
Parfois aligné quelques secondes dans le match, il a gagné du temps de jeu au fil du tournoi. Ses quelques présences ont résumé son style : agressif, physique, provocateur. Il réussit une assistance contre la Biélorussie sur sa seule présence du match. Il doit continuer à contrôler ses émotions. Il a réussi un très bon match contre la Suisse, mettant de l’impact physique et tentant de créer du jeu. Le profil de joueur de soutien, que l’on aimerait voir dans un rôle accru – un futur remplaçant de Sacha Treille ?

Maurin Bouvet – NC
3 matchs, -1, 1 tir, 5:15/match
Trop peu de temps de jeu pour bien juger sa prestation : il ne cumule que 15 minutes sur la glace, pour 26 présences au total. Même s’il était présent l’an dernier au Mondial, l’éclosion de Texier et Leclerc ne l’a pas aidé.