La Lettonie prive le Danemark de son grand moment

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Comme en 2014 à Minsk, comme l’an dernier à Cologne, la Lettonie joue sa qualification en quart de finale contre le pays organisateur. Les fois précédentes, le destin avait favorisé le pays-hôte, non sans l’aide de l’arbitrage, un fait bien présent dans les souvenirs baltes. Cette fois, c’est le Danemark qui leur fait face.

L’enjeu rend les deux équipes tendues, et les spectateurs aussi paraissent nerveux. Sur la glace, les Danois ressentent certainement la pression pour ce match tant attendu à domicile. Ils semblent avoir un peu les jambes en coton. Les Lettons sont un peu plus incisifs. Dès la deuxième minute, Rihards Bukarts est seul pour reprendre une passe de derrière la cage de Freibergs. La défense locale ne laisse plus d’espaces par la suite, mais à mi-période, un tir masqué d’Andris Dzerins passe entre les jambes du gardien Frederik Andersen, qui ne s’est pas mis en papillon (0-1). Quand le Danemark essaie de mettre un peu de rythme, il est maintenu dans le périmètre par une équipe balte compacte. Il ne se passe donc toujours rien, jusqu’à ce que Rudolfs Balcers, lancé en zone neutre, prenne en pleine tête une charge de Jesper Jensen Aabo, logiquement pénalisé de 2’+10′. L’indigence du jeu de puissance letton n’étant plus à démontrer, on atteint la pause sans autre évènement.

DZERINS_Andris-20100508-227Réduit à quatre petits tirs dans les vingt premières minutes, le Danemark ne se pardonnera pas une élimination sans même avoir essayé. Mais il faut attendre la mi-match pour que le public se réveille et scande des « Den-mark » à la faveur d’une bonne séquence : son équipe tue une seconde pénalité en quelques minutes, puis Storm manque le cadre sur un 2 contre 1. Dans la foulée, Nichlas Hardt attaque la cage, Frans Nielsen fait passer le rebond en force entre les bottes de Merzlikins… mais la crosse du défenseur Ralfs Freibergs sauve avant la ligne ! Le palet est encore libre, mais Nielsen et ses collègues se font frapper de partout par des Lettons qui châtient quiconque cherche à accéder à leur enclave. Un temps fort de courte durée. Ce sont les Baltes qui monopolisent le palet jusqu’à la pause.

C’est comme si les Danois ne s’étaient jamais aperçus qu’ils étaient menés au score et ne changeaient pas de tactique. Ils continuent d’attendre et ne mettent pas en place de forechecking digne de ce nom pour casser la routine des Lettons. Un palet envoyé par Mads Christensen ricoche certes sur la transversale, mais cette occasion est un peu un leurre. Il faut en fait que les attaquants s’arrachent individuellement face à la muraille physique, mais aucune position de lancers facile ne leur est accordée. Les seuls tirs sont le fait de joueurs en déséquilibre et bousculés.

La Lettonie est en contrôle, et quand elle n’a pas le palet, elle est encore plus dangereuse en contre-attaque. Une interception de Rūdolfs Balcers sur Jesper Jensen Aabo en zone défensive offre carrément un 2 contre 0 à Ābols et Meija. Après un échange de passes, le lancer de Rodrigo Ābols frappe le poteau et passe dans le dos d’Andersen sans rentrer ! Le Danemark est passé tout près de la catastrophe. Puisque le destin lui a fait un signe, il devrait s’en montrer digne. Mais il ne passe toujours pas la vitesse supérieure. Il reste deux minutes quand Andersen quitte son but pour faire rentrer un attaquant supplémentaire. Même si la Lettonie concède trois dégagements interdits, elle reconquiert sans cesse le palet et s’impose en toute logique. Elle quitte la glace sous les applaudissements de ses supporters, restés seuls après l’hymne alors que les tribunes se sont vidées très vite, comme un symbole de cette compétition dont le Danemark sort par la petite porte.

Quel gâchis ! On a eu l’impression que le Danemark est entré dans un mur à petite vitesse, mais sans faire le moindre mouvement pour éviter l’accident, comme paralysé. Non seulement le quart de finale lui a échappé, mais il n’est jamais rentré dans son match et a perdu son occasion majeure de médiatiser le hockey sur glace. Comme à chaque tournoi de qualification olympique, on a l’impression que cette équipe passe à côté de ses grands rendez-vous. Les stars danoises de NHL, qui avaient bousculé la Finlande et la Norvège, étaient inexistantes ce soir. Portées disparues. Et l’excuse de faire face à une défense resserrée (voir les commentaires ci-dessous) est hors sujet quand on a soi-même moins attaqué et moins eu le palet…

Malgré ses défauts, notamment une qualité de tir moyenne, la Lettonie mérite totalement sa qualification en quart de finale, une première depuis neuf ans. Elle s’est améliorée tout au long du tournoi, sans connaître de « rechute » comme le Danemark. Elle a eu la maîtrise technique du palet, parce qu’elle n’a jamais été troublée par la pression adverse. On a rarement connu les Baltes aussi agressifs physiquement, tout en étant en parfait contrôle. Le plan de jeu de Bob Hartley a été appliqué à la perfection.

Si les Lettons n’ont pris qu’une seule pénalité dans le match, c’est parce qu’ils n’étaient pas gênés, pas perturbés, jamais seconds sur le palet. Il leur faudra la même discipline et le même esprit de sacrifice en défense pour briser un autre rêve, celui de l’autre équipe « à domicile » ou presque, la Suède, en quart de finale.

Désignés joueurs du match : Frederik Andersen pour le Danemark et Guntis Galviņš pour la Lettonie.

Meilleurs joueurs danois du tournoi : Frederik Andersen, Frans Nielsen et Jesper Jensen Aabo.

Commentaires d’après-match

Frederik Andersen (gardien du Danemark) : « Si une équipe perd, le gardien peut toujours mieux jouer. Sur cette situation, il m’avait semblé que Džeriņš voulait tirer dans le haut du filet, mais il a malheureusement gagné ce duel. Il faut admettre que c’était une décision maligne de Džeriņš. »

Jannik Hansen (attaquant du Danemark) : « On ne s’est pas créé beaucoup d’occasions. Je ne veux pas prendre ça comme une excuse, mais pas beaucoup de passes connectaient ce soir. C’est dur quand une équipe se replie en défense. C’était dur de percer la défense. Ils nous ont forcés à rester sur l’extérieur, à prendre des tirs extérieurs, et c’est dur de marquer comme ça. Il y a eu beaucoup de petits détails dans ce match qui ont fait une grande différence. »

Bob Hartley (entraîneur de la Lettonie) : « Merci aux joueurs, au staff de la fédération, aux supporters. Où que nous allions, il y a toujours beaucoup de fans lettons. Nos sponsors sont les gens qui croient en nous. Je suis sûr qu’il y a une grande fête à Riga et dans toute la Lettonie, et nous le méritons. Nous prenons les bagages et partons à Copenhague demain. Quel match ! Ce groupe de joueurs trouve les moyens de gagner. En tant que coach, je peux dire que je suis fier de mon équipe. Dans les affaires, pas que dans le sport, quand vous rassemblez des gens fantastiques, vous pouvez accomplir l’incroyable. Cette équipe est agréable à entraîner, parce que tout le monde veut apprendre et travailler. Nous avons plus qu’une équipe, c’est une famille. Nous avons des joueurs prêts pour différents rôles. Gints Meija n’a pas beaucoup joué au troisième tiers, mais dans les cinq dernières minutes il était dans l’équipe et a défendu. Je pense que le hockey ne peut pas être joué passivement. On rappelle tout le temps aux joueurs de se préparer à être agressifs. Nous savons que ce sera David contre Goliath (en quart de finale face à la Suède), mais le hockey se joue sur la glace. Nous devons venir pour gagner, pas pour participer. »

Rodrigo Ābols (attaquant de la Lettonie) : « Nous nous battions les uns pour les autres. Je pense qu’ils n’ont même pas atteint les 20 tirs cadrés. Nous les avons gardés à l’extérieur et n’avons rien laissé. Nous adversaires précédents nous poussaient et jouaient activement, mais les Danois se repliaient, donc il y avait de l’espace et du temps en attaque. Ils avaient des attaques de position, mais c’était pareil hier contre le Canada – laissons-les jouer dans le périmètre, mais il n’y a rien de dangereux dans le milieu de la zone. Ce n’était pas surprenant, nous avions vu à la vidéo qu’ils jouaient ainsi. Nous savions qu’ils essaieraient de jouer en contre-attaque, donc il était important de ne pas perdre le palet aux lignes bleues. À la fin, ce n’était pas si fou. je crois qu’à la dernière minute ils n’ont jamais vraiment tiré au but. L’année dernière, j’ai regardé le match décisif à la télé, c’était beaucoup plus dur que de jouer. Nous savions que la salle serait chaude, ce fut le cas tout le tournoi, donc nous avons essayé de boire beaucoup d’eau pour éviter la déshydratation. La glace pourrait être meilleure. À la fin, le palet sautait à des endroits inattendus, mais la glace était la même pour les deux équipes. Nous avons sous-estimé ça, donc nous avons essayé de jouer plus simple. Pour être franc, il y avait plus de pression sur eux que sur nous, nous avons apprécié le hockey. »

 

Lettonie – Danemark 1-0 (1-0, 0-0, 0-0)
Mardi 15 mai 2017 à 20h15 à la Jyske Bank Boxen de Herning. 10800 spectateurs.
Arbitrage d’Antonin Jerabek (TCH) et Jozef Kubus (SVK) assistés de Dmitry Golyak (BLR) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Lettonie 2′ (0′, 2′, 0′), Danemark 16′ (2’+10′, 4′, 0′).
Tirs : Lettonie 28 (9, 11, 8), Danemark 19 (4, 6, 9).

Évolution du score :
1-0 à 09’14 : Džeriņš assisté d’Indrašis

Lettonie

Attaquants :
Miks Indrašis (+1) – Andris Džeriņš (A, +1) – Miķelis Rēdlihs (A, +1, 2′)
Ronalds Ķēniņš – Rodrigo Ābols – Rūdolfs Balcers (-1)
Rihards Bukarts – Teodors Blugers – Roberts Bukarts (C)
Gints Meija – Vitālijs Pavlovs – Ņikita Jevpalovs

Défenseurs :
Guntis Galviņš (+1) – Oskars Cibuļskis
Kristiāns Rubīns – Kristaps Sotnieks (+1)
Ralfs Freibergs – Kristaps Zīle

Gardien :
Elvis Merzļikins

Remplaçants : Kristers Gudļevskis (G), Edgars Siksna, Frenks Razgals. En réserve : Matiss Kivlenieks (G), Uvis Balinskis, Martins Karsums (fracture de la pommette).

Danemark

Attaquants :
Oliver Bjorkstrand (-1) – Frans Nielsen (A, -1) – Mikkel Bødker (-1, 2′)
Nicklas Hardt – Peter Regin (C) – Frederik Storm
Jannik Hansen – Jesper Jensen – Nicklas Jensen
Mads Christensen – Julian Jakobsen – Patrick Russell

Défenseurs :
Jesper Jensen Aabo (-1, 2’+10′) – Oliver Lauridsen
Stefan Lassen – Philip Larsen
Nicholas B. Jensen (-1) – Daniel Nielsen
Emil Kristensen (2′)

Gardien :
Frederik Andersen [sorti à 57’56 »]

Remplaçants : Sebastian Dahm (G), Morten Madsen (A). En réserve : George Sørensen (G), Matthias Bau (rupture de la rate).

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