Retour sur la draft NHL 2018

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Vendredi et samedi derniers se tenait le repêchage amateur de la NHL, ou draft pour les intimes. Si le premier joueur repêché ne souffrait d’aucune discussion, la suite des choses était moins prévisible, en raison notamment du nombre important de défenseurs disponibles, et du manque inverse de centres. Retour sur les principaux choix ainsi que sur les équipes ayant le mieux regarni leur réservoir d’espoirs.

 

Un top 2 clair à l’avance

Rasmus Dahlin était annoncé depuis plus d’un an comme le numéro un incontestable de cette draft, et ça n’a pas manqué. Invité par la Suède aux Jeux Olympiques, le défenseur de Frölunda possède un talent et une intelligence de jeu rares pour son âge. Gros gabarit mais rapide et très technique, son potentiel à 18 ans est comparable à ceux de Victor Hedman ou Drew Doughty au même âge. En Suède, on dit plutôt qu’il sera meilleur que Karlsson, voire Lidström… Buffalo tient en tout cas son défenseur numéro un pour la prochaine décennie.

Derrière lui, l’ailier russe Andrei Svechnikov s’était démarqué ces dernières semaines de son concurrent Filip Zadina. Carolina, qui parlait en second, n’avait pas fait mystère de son choix, invitant Svechnikov à Raleigh, y faisant une pré-présentation officieuse. Svechnikov a pour lui d’être bon dans tous les aspects du jeu. Buteur, il est aussi l’un des meilleurs passeurs de la draft, tout ça allié à un gros gabarit. Voici du talent haut de gamme dont avaient besoin les Hurricanes en attaque.

 

Montréal tient son centre numéro un ?

La saison de misère des Canadiens de Montréal devait être récompensée par un haut choix de draft, encore bonifié par une victoire à la loterie du repêchage. Si Filip Zadina était vu comme le joueur le plus talentueux après Svechnikov il y a quelques semaines, c’est le centre finlandais Jesperi Kotkaniemi qui a été appelé sur le podium par Montréal. Valeur montante de la fin de saison, et même si certains s’inquiètent de son patinage, Kotkaniemi était néanmoins placé par l’expert Corey Pronman par exemple au coude-à-coude avec Zadina en termes de talent. Kotkaniemi a aussi pour lui d’être plus jeune de 8 mois que Zadina (un gouffre à cet âge), de jouer déjà avec des hommes en Finlande et surtout d’avoir toutes les qualités d’un centre numéro un. Bon gabarit à 6 pieds 2 (1m88), il possède le talent, la vision du jeu et la responsabilité pour s’acquitter des tâches dans les deux sens de la patinoire. S’il joue encore à l’aile en Finlande, Kotkaniemi a brillé au centre lors des compétitions internationales, menant la Finlande au titre en moins de 18 ans cette année. Ce choix indique aussi que Montréal ne vise pas du renfort pour l’an prochain mais plutôt un renouveau dans 2-3 ans avec son choix de l’an passé Ryan Poehling pour compléter une paire de centres de haut calibre.

 

Ensuite, le désordre

Ottawa pouvait donc mettre la main sur Filip Zadina en 4 mais a préféré le choix controversé de Brady Tkachuk. Controversé car si Tkachuk est apprécié des milieux traditionnels pour une éthique de travail impeccable et son engagement sur la glace, en plus d’être un bon passeur, son patinage est moyen et utiliser l’ardeur au travail comme qualité numéro un d’un 4e choix de la draft reste très curieux. Sa production n’a jamais atteint un point par match ces dernières années bien qu’il soit le plus vieux de la draft. Né le 16 septembre, à un jour près il aurait été éligible à la draft l’an passé.

En 5, Arizona a également surpris en misant sur Barrett Hayton, le seul autre centre placé dans le top-15 par les experts avant la draft. Pas non plus un talent fou mais capable d’endosser de grosses responsabilités dans les deux sens. Un joueur avec qui l’on gagne, dixit Arizona. En 6, c’est donc Détroit qui a vu Zadina lui tomber tout cuit dans le bec. L’ailier tchèque est un sniper de premier plan, prêt pour la NHL. Il lui manque peut-être une capacité à aussi construire le jeu et il faut se demander si ses mauvais tests physiques au combine NHL du mois dernier ont pesé contre lui. Le jeune homme se disait en tout cas revanchard des équipes qui ne l’avaient pas choisi, promettant de remplir leurs buts de palets…

Autre cadeau, Vancouver a pu récupérer Quinn Hughes, premier défenseur de la cuvée 2018 post Dahlin. Petit gabarit mais sans doute le meilleur patineur de cette année, son intelligence de jeu en fait un talent brut. Sa production en points par match en NCAA dépasse par exemple celle de Tkachuk, un attaquant… Pour des Canucks dépeuplés en défense, c’est un coup de boost magique. Son frère est annoncé comme le numéro un de la draft 2019… Reverra-t-on une fratrie aux manettes à Vancouver ?

 

Les autres bons coups

En 8e, Chicago a continué de repeupler sa défense avec Adam Boqvist, sorte de version suédoise de Hughes et plus tard Nicolas Beaudin, un arrière très offensif. Les Rangers ont misé sur le gros ailier russe Vitali Kravtsov, plus finisseur que créateur. Les Rangers qui ajoutent aussi l’intrigant défenseur K’Andre Miller au 22e rang. À 6 pieds 4 (1m92), Miller est pourtant d’un dynamisme superbe, autant dans ses batailles que pour monter le palet. Edmonton obtient le défenseur qu’ils voulaient en Evan Bouchard, un pur espoir canadien, intelligent, physique et posé.

Les Islanders réalisent un très beau doublé aux 11e et 12e rang avec la meilleure gâchette de la draft Oliver Wahlstrom et un défenseur complet en Noah Dobson. Un duo un peu inattendu rendu possible par le fait que Hayton et Kravtsov soient partis si tôt. D’ailleurs, selon Eric Engels de Sportsnet, les Islanders avaient prévu d’échanger l’un des deux choix à Montréal en retour de Max Pacioretty mais ont annulé l’échange en voyant qu’ils pouvaient avoir Wahlstrom ET Dobson.

Autres équipes avec deux choix, Détroit a pu prendre Joseph Veleno au 30e rang, alors que le centre, d’abord projeté vers la 10-15e place, a chuté au fil de la soirée. C’est tout de même une bonne addition au réservoir des Red Wings derrière Zadina.

 

Et les mauvais

Côté choix douteux, Philadelphie a pris en première ronde deux attaquants plutôt travailleurs, alors qu’Ottawa a aussi ajouté un défenseur défensif. Voilà une cuvée bien étrange pour les Senators, qui ont d’abord choisi de ne pas céder le 4e choix à Colorado selon les termes de l’échange pour Matt Duchene. Il était même question d’échanger ce choix contre un choix plus tardif et des joueurs, avant de le refiler aux Avs (et de garder les joueurs acquis, malin). Cela forcera donc Ottawa à donner leur premier choix l’an prochain, un choix qui devrait vraisemblablement se situer tout en haut étant donnée la situation de l’équipe. Imaginez les Sens en pleine reconstruction devant céder le 1er choix au total de la draft 2019… Bref…

 

Deux vainqueurs ?

Les Islanders de New York ont également ajouté deux excellents choix en deuxième ronde avec Bode Wilde, défenseur complet longtemps vu pendant son adolescence comme un futur numéro un de sa draft, et Ruslan Iskhakov, un talent brut format de poche en attaque. Cela fait du bien pour un club en renouvellement qui compte déjà des excellents espoirs dans les cages et la génération Barzal-Beauvillier est déjà en place devant. De quoi s’interroger sur la place de John Tavares à long terme.

L’autre équipe ayant le plus repeuplé son réservoir est Montréal. À force d’échanges, les Canadiens avaient 6 choix dans les 66 premiers noms à sortir et n’a pas raté son coup. En plus de Kotkaniemi, les Canadiens ont mis la main sur un autre finlandais, Jesse Ylönen, excellent patineur et fabriquant de jeu au 35e rang. Jacob Olofsson, choisi au 56e rang a le potentiel d’un excellent 3e centre et Allan McShane avait le talent d’un choix de 2e ronde mais était encore disponible au 4e tour en raison d’une certaine inconstance dans son jeu.

 

Un Anglais dans la draft

Le deuxième jour, Liam Kirk est entré dans l’histoire. L’attaquant des Steelers de Sheffield en élite britannique est devenu le premier Anglais drafté en NHL depuis ce championnat (ses prédécesseurs britanniques Tony Hand et Colin Shields étaient en effet écossais). Il a été choisi au 7e tour, 189e au total, par les Coyotes de l’Arizona.

Une draft toujours aussi internationale : outre les 73 Canadiens, ont compte 52 Américains, 30 Suédois, 20 Russes, 16 Finlandais, 11 Tchèques, 5 Slovaques, 4 Suisses, 2 Allemands (dont Dominik Bokk 25e à St. Louis), 2 Biélorusses (dont Yegor Sharangovich 141e aux Devils) et 1 Norvégien, Mathias Emilio Petterssen à Calgary en 167e.

Crédit photo : The Charging Bull

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