Tavares à Toronto

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L’ouverture du marché des agents libres, le 1er juillet à midi, a déjà entraîné une profusion de nouveaux contrats et des millions de dollars dépensés. Dans une cuvée 2018 plutôt médiocre, un nom sortait du lot : John Tavares. Le capitaine des Islanders a finalement quitté son équipe de toujours…

Tavares à Toronto

C’était le feuilleton de l’année 2018. Après avoir reçu les représentants de six équipes (lire par ailleurs), John Tavares a finalement choisi Toronto, le club qu’il supportait enfant.

Les négociations se sont jouées entre Toronto et son club d’origine, les Islanders, qui l’avaient drafté en premier en 2009. En dépit de l’arrivée de Lou Lamoriello à la tête de l’équipe et de Barry Trotz sur le banc du coach, en dépit d’un projet de nouvelle patinoire, l’attaquant canadien a décliné une huitième année de contrat que seul New York pouvait proposer. Le champion olympique n’a pas été convaincu par l’évolution du club en défense et dans les cages, et choisit donc son « club de cœur », Toronto.

Une victoire majeure pour Kyle Dubas, le jeune directeur général des Maple Leafs, qui coiffe au poteau son mentor Lamoriello. Tavares a accepté une somme moins importante pour signer dans la capitale ontarienne, pour une durée de sept ans et 77 millions de dollars. L’essentiel de ce montant provient de boni à la signature et non pas de salaire brut. À noter qu’il aurait pu toucher 91 millions du côté de San José, l’argent n’était donc vraiment pas la motivation principale de Tavares.

Il rejoint un effectif résolument offensif aux côtés des Matthews, Nylander et autres Marner. Toronto rentre ainsi dans le cercle des favoris à l’Est, aux côtés du Lightning.

Toronto perd en revanche plusieurs joueurs en fin de contrat. James van Riemsdyk a ainsi choisi de retourner à Philadelphie pour 5 ans (total, 35 millions), et Leo Komarov, plutôt en bout de course, a choisi… les Islanders (4 ans, 12 millions). Un choix risqué tant le vétéran finlandais reste sur une saison décevante… Tyler Bozak part de son côté à St. Louis.

San José avec prudence

Les Sharks, qui étaient dans le coup pour Tavares, n’ont finalement pas fait de coup d’éclat. Ils ont prolongé Evander Kane dès la fin du mois de mai (7 ans, 49 millions), enchaîné avec Logan Couture (8 ans, 64 millions), puis Tomas Hertl (4 ans, 22,5 millions) et resigné le quasi quadragénaire Joe Thornton en dépit de ses soucis de genou (1 an, 5 millions). Statu quo pour le finaliste 2016 qui poussera jusqu’au bout cette génération de joueurs.

Vegas, an II

Le finaliste 2018 connaît pour sa part sa première intersaison avec des joueurs en fin de contrat. Après avoir prolongé un Ryan Reaves aux statistiques plus que médiocres (2 ans, 5,5 millions !), les Golden Knights ont perdu David Perron et James Neal, ce qui affaiblit sérieusement leurs lignes d’attaque. Ils compensent en s’emparant d’un des meilleurs centres disponibles, Paul Stastny, soufflé à Winnipeg (3 ans, 19,5 millions). Daniel Carr débarque de Montréal pour le bottom-6 (1 an, 750 000) et Nick Holden pour la profondeur de banc en défense (2 ans, 4,4 millions).

St. Louis, agressif

La signature de David Perron (4 ans, 16 millions) après la meilleure saison de sa carrière est donc un retour aux sources pour le Québécois, drafté par les Blues au premier tour en 2007. Après six saisons dans le Missouri, il avait voyagé d’équipe en équipe.

Il renforce un top-6 complété du sous-estimé Tyler Bozak (3 ans, 15 millions). Mieux, St. Louis a décroché l’un des centres les plus convoités du marché, Ryan O’Reilly. Déçu du projet des Sabres de Buffalo, il y traînait sa misère et le staff a entendu ses lamentations. Buffalo obtient un retour conséquent, avec un premier choix 2019 et un deuxième choix 2021, le centre Tage Thompson (1er tour 2016), qui a débuté cette saison en NHL, ainsi que les vétérans Patrick Berglund et Vladimir Sobotka dont St Louis économise les salaires (au final la masse salariale baisse après l’échange…).

Le gardien Chad Johnson débarque par ailleurs avec un contrat d’un an, remplaçant poste pour poste Carter Hutton, qui sera le nouveau numéro 1 des Sabres de Buffalo : un pari pour ce gardien trentenaire, qui explose un peu sur le tard.

Carolina secoue son effectif

Les Hurricanes déçoivent depuis plusieurs années. Avec un nouveau propriétaire et un staff remanié, la franchise de Raleigh a frappé fort fin juin. Exit Noah Hanifin et Elias Lindholm, envoyés à Calgary.

En retour, Dougie Hamilton, défenseur majeur de la ligue, arrive, en compagnie de l’ailier fort Michael Ferland et des droits sur le défenseur NCAA Adam Fox, petit gabarit offensif. C’est un gain majeur pour Carolina qui soutire en Hamilton un des défenseurs les plus sous-estimés de la ligue et dont le management conservateur de Calgary s’accommodait pourtant difficilement (sic). Hamilton a dépassé les 40 points à ses quatre dernières saisons et affiche parmi les toutes meilleures statistiques de possession de la ligue, indiquant même que de la paire qu’il formait avec Mark Giordano, c’est lui qui tirait l’autre vers le haut. En échange, Hanifin n’a pas encore prouvé son potentiel et Lindholm est un joueur de second trio. Sans compter le potentiel de Fox, Carolina vient d’augmenter sérieusement le star power qui lui manquait.

L’ouverture du marché des agents libres a aussi permis aux Canes de tenter leur chance sur le gardien Petr Mrazek (1 an, 1,5 million), en disgrâce à Detroit. Il sera en concurrence avec Scott Darling, puisque Cam Ward a mis fin à son aventure aux Hurricanes.

Chicago, du vieux pour du neuf ?

Cam Ward servira de remplaçant de luxe à Chicago. Le portier vétéran secondera Corey Crawford, avec un contrat d’un an (3 millions). L’expérience, c’est le leitmotiv des Hawks cet été, avec l’ajout de Chris Kunitz, multiple vainqueur de la coupe Stanley (1 an, 1 million). Brandon Manning, ex-Flyer, complète les achats (2 ans, 4,5 millions) et la défense.

Des équipes en reconstruction

Les formations de bas de tableau ont choisi d’ajouter des joueurs d’expérience. Detroit a réussi à conserver le défenseur Mike Green (2 ans, 10,75 millions), fait revenir Thomas Vanek (1 an, 3 millions) et ajouté un gardien, Jonathan Bernier (3 ans, 9 millions). En prévoyant quand même de faire de la place pour les jeunes.

EKMAN LARSSON Oliver 150511 615Arizona n’a guère fait de folies. Ils ont prolongé dès avril le gardien Antti Raanta (3 ans, 12,75 millions) puis fin juin les défenseurs Kevin Connauton (2 ans, 2,75 millions), Niklas Hjalmarsson (2 ans, 10 millions) et surtout Olivier Ekman-Larsson (8 ans, 66 millions). Offensivement, Michael Grabner obtient un contrat de 3 ans (10 millions). Les Coyotes ont également acquis Alex Galchenyuk de Montréal en échange de Max Domi. En disgrâce chez les Canadiens, Galchenyuk devrait avoir la confiance des Coyotes au poste de centre, dixit leur DG.

Vancouver a gardé quelques joueurs, tels Derrick Pouliot (1 an) et Sven Baertschi (3 ans, 10 millions). Les arrivées concernent le fond d’alignement, avec deux joueurs combatifs et très respectés pour leur état d’esprit. Jay Beagle, champion avec Washington (4 ans, 12 millions) et le Français Antoine Roussel (4 ans, 12 millions) bénéficient en plus de clauses de non-échange. Un sacré pari pour deux joueurs : Roussel n’a marqué que 5 buts l’an dernier, et Beagle 7… Pourquoi Vancouver, en reconstruction, a surpayé et bloqué les contrats de vétérans ? Seul Jim Benning le sait…

Le reste

Boston décroche l’un des meilleurs défenseurs disponibles, l’ex-Devil John Moore (5 ans, 13,75 millions). Le gardien Jaroslav Halak débarque en remplaçant (2 ans, 5,5 millions) et Joakim Nordström complète le bottom-6 (2 ans, 2 millions).

Outre James Neal (5 ans, 28,75 millions), Calgary s’offre le sous-estimé Derek Ryan (3 ans, 9,37 millions). L’ancien centre de Carolina a choisi de suivre son coach Bill Peters. Austin Czarnik (2 ans, 2,5 millions) et l’Allemand Yasin Ehliz complètent la liste de course.

Colorado a perdu Bernier, mais seconde Varlamov avec l’un des meilleurs gardiens disponibles, Philipp Grubauer. L’Allemand, tout juste champion avec Washington, y a été échangé le 23 juin dernier, avant de signer 3 ans (10 millions). Colorado avait aussi délesté les Capitals de Brooks Orpik, dont le contrat a été racheté par sa nouvelle équipe, en retour du 47e choix de la draft. Colorado a poursuivi son marché avec le défenseur défensif Ian Cole (3 ans, 12,75 millions) et le buteur Matt Calvert (3 ans, 8,4 millions).

Les départs de Grubauer et Orpik permettaient à Washington de dégager de la masse salariale pour resigner John Carlson. Le défenseur, meilleur pointeur des arrières en saison régulière comme en playoffs, signe ainsi 8 ans (64 millions). Le staff a même dégagé du budget pour prolonger Devante Smith-Pelly (1 an, 1 million) et le défenseur Michal Kempny (4 ans, 10 millions), deux artisans du titre.

Les départs de Cole et Calvert de Columbus n’ont pas soulevé de vagues. Ce n’est pas le cas de Jack Johnson, qui rejoint Pittsburgh (5 ans, 16,25 millions). Les déclarations maladroites du joueur et celles du manager général Jim Rutherford n’ont pas été du goût du bouillant John Tortorella, estimant que le défenseur manque sérieusement de reconnaissance envers une franchise des Blue Jackets qui l’a aidé dans les moments difficiles hors glace (Johnson, plumé par ses parents, a connu de graves soucis financiers et enclenché un procès contre sa propre famille). Cette signature vise à renforcer la défense de Pittsburgh, même si toutes les statistiques montrent le niveau catastrophique de Johnson.

Un énorme pari pour les Penguins, qui font par ailleurs revenir le quadragénaire Matt Cullen et complètent leur banc à peu de frais avec le défenseur Stefan Elliott et l’ailier Jimmy Hayes.

Hayes qui quitte donc New Jersey, tout comme Grabner, Moore, et Brian Gibbons (Anaheim, 1 an, 1 million). Les Devils, qui disposent d’une place monstre dans leur masse salariale, n’ont pas bougé ou presque, se contentant de resigner le gardien n°3 Eddie Läck et le défenseur d’appoint Eric Gryba. Parole aux jeunes talents dans cette équipe…

À Columbus, hormis bouillir envers Jack Johnson, les signatures sont peu nombreuses. Bonne pioche, Riley Nash (3 ans, 8,25 millions) arrive de Boston, et plusieurs défenseurs d’appoint viennent renforcer les postes de 6e-7e : Adam Clendening, Tommy Cross et Dillon Simpson décrochent de courts contrats bon marché.

La perte d’Antoine Roussel secoue un peu les fans des Stars de Dallas, mais du renfort arrive. Valeri Nichushkin rentre de son exil russe (2 ans, 5,9 millions). Blake Comeau quitte les Islanders (3 ans, 7,2 millions) et Roman Polak, défenseur pur, les Maple leafs (1 an, 1,3 millions). Anton Khudobin se mêlera à la lutte dans les cages (2 ans, 5 millions) pour seconder Ben Bishop alors que Lehtonen a pris sa retraite.

Les Oilers d’Edmonton n’ont pas bougé des masses non plus. Ils signent l’Allemand Tobias Rieder, l’un des ailiers les plus demandés (1 an, 2 millions), l’ex-King Kevin Gravel (1 an, 700 000) pour leur défense et l’ailier fort Kyle Brodziak (2 ans, 2,3 millions). L’argument pour ce joueur semble cependant un peu boiteux : certes, son talent pour couper les lignes en infériorité est reconnu, mais il reste un trou noir à cinq contre cinq… Bref, on a choisi un pur spécialiste.

La Floride n’a pas bougé, avec le seul Michael Hutchinson pour seconder Luongo. L’ex-Jets signe 1 an (1,3 millions). Les Rangers, en reconstruction, n’ont pris que l’arrière Fredrik Claesson d’Ottawa (1 an, 700 000). Des Senators englués dans l’affaire Erik Karlsson, et qui n’ont donc pas bougé du tout, hormis re-signer leurs propres joueurs.

Pas mieux pour Los Angeles, qui s’efforçait surtout de prolonger Drew Doughty avant de le voir partir au 1er juillet 2019. Le défenseur star accepte un contrat de 8 ans pour 88 millions. Ilya Kovalchuk, 35 ans, revient de son exil volontaire en KHL et signe pour 3 ans et 18,75 millions. La moitié de l’effectif de Los Angeles a désormais plus de 30 ans…

Minnesota avait annoncé de grands changements après l’éviction du manager général. On attend toujours. Les signatures sont plutôt cosmétiques et concernent le bout du banc : Greg Pateryn (3 ans, 6,75 millions) et Matt Bartkowski (1 an, 650 000) en défense ; JT Brown (2 ans, 1,3 millions), Matt Hendricks (1 an, 700 000) et Eric Fehr (1 an, 1 million) en attaque. Andrew Hammond (1 an, 650 000) luttera pour la place de gardien remplaçant.

Montréal, l’accent français

Le CH était sous le microscope après une intersaison bouillante. Évincé d’entrée de la course à John Tavares, Marc Bergevin n’a pas cédé aux sirènes Ryan O’Reilly. L’intersaison a surtout été marquée par l’échange Alex Galchenyuk – Max Domi mi-juin, qui alimentera les polémiques au Québec pour les années à venir mais a le mérite de clore le dossier pour l’instant.

Au 1er juillet, Bergevin a donc fait revenir un fidèle du club, Tomas Plekanec (1 an, 2,25 millions) pour gérer le fond d’alignement et recruté du Québécois pour son équipe AHL : Xavier Ouellet (1 an, 700 000) en défense, Michael Chaput (2 ans, 1,35 millions) en attaque. Le bout du banc se renforce avec Matthew Peca (2 ans, 2,6 millions) et Kenny Agostino (1 an, 700 000). La direction semble clairement la reconstruction même si le mot demeure tabou.

Tampa Bay, un contrat phare

Le Lightning, terreur de la ligue, a assuré les affaires courantes. Même s’ils ont perdu JT Brown et Matthew Peca, ils ont pu conserver Louis Domingue (2 ans, 2,3 millions), JT Miller (5 ans, 26,25 millions), Slater Koekkoek (1 an, 865 000) et surtout, Ryan McDonagh.

Le défenseur vedette de 29 ans prolonge son contrat de 7 ans, et émargera à 6,75 millions par saison.

Un été mouvementé ?

L’intersaison est loin d’être terminée. Plusieurs joueurs vivent des rumeurs de transfert intenses.

Erik Karlsson est plus ou moins annoncé partant d’Ottawa, qui peut en espérer un retour considérable. Sauf que les Senators tentent de se défaire dans le « lot » de l’attaquant Bobby Ryan, dont le contrat très lourd n’est plus vraiment justifié compte tenu de sa production anémique. La liste des équipes pouvant accueillir une telle masse salariale devient bien plus réduite et surtout le retour serait moindre que pour Karlsson seul. Couper du salaire plutôt que de profiter d’une occasion unique de relancer l’organisation est un nouveau signe, s’il en fallait, des positions du management en place… Vegas est sur les rangs, tout comme les deux formations new-yorkaises et Tampa, un choix visiblement préféré par le joueur. Le staff a donné aux autres équipes l’autorisation de discuter avec Karlsson, dans ce qui pourrait ainsi être un « sign and trade« .

On évoque aussi le départ de Max Pacioretty de Montréal. Curieusement, le poids lourd Matt Martin a encore ses fans et pourrait quitter Toronto.

Parmi les agents libres qui n’ont pas encore de nouvelle équipe, citons Rick Nash qui pense peut-être à la retraite, Brooks Orpik, Tobias Enström, Paul Martin, Jason Garrison, Tyler Ennis – dont le contrat a été racheté par le Wild -, Alexei Emelin, Mark Fayne, Dan Hamhuis, Luca Sbisa, Matt Read, Lee Stempniak, Jannik Hansen, Michael Cammalleri, Joel Ward, Johnny Oduya, Benoit Pouliot, Tomas Jurco, Drew Stafford, Scottie Upshall, Cody Franson et bien d’autres vétérans en fin de carrière.

Calvin De Haan reste le défenseur le plus convoité du marché et serait en contact avec les Devils. Patrick Maroon hésite lui aussi à y signer, convoité par une demi-douzaine d’équipes. On citera aussi Anthony Duclair, non qualifié par les Hawks, mais qui, à 22 ans, pourrait intéresser plusieurs équipes.

L’ancien n°1 de draft Nail Yakupov était lui aussi sans contrat et a choisi un retour en KHL, au SKA Saint-Petersbourg.

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