Battu par le Canada puis par la Slovaquie, le pays-hôte est à zéro point. En cas de nouvelle défaite, ce Mondial risquerait donc de tourner au vinaigre pour la Lettonie. Au vu du niveau affiché par la Suisse, les quarts de finale s’annoncent très difficiles à accrocher. Pour avoir encore une chance, il est impératif de prendre des points ce soir face aux Tchèques… mais c’est justement un adversaire que les Baltes n’ont jamais battu en match officiel.
Privée de son premier centre Filip Chytil, toujours sonné, la Tchéquie surprend par le choix de son gardien titulaire : Šimon Hrubec, pas vraiment à son avantage au premier match. On pensait que les trois gardiens tourneraient et que ce serait le tour du gardien de NHL Karol Vejmelka, mais il est seulement sur le banc.
L’ambiance est au rendez-vous mais les tribunes ne sont pourtant pas pleines. Près de deux mille places n’ont pas trouvé preneur, la faute au prix très élevé des billets pour le niveau de vie local. La fédération de Lettonie, organisatrice, est très critiquée.
Après une minute de jeu, première bonne nouvelle : la Lettonie n’a pas encaissé de but ! Un grand changement par rapport à ses deux premières rencontres. L’ouverture du score arrive quand même à la neuvième minute, par le défenseur tchèque David Němeček, grâce au bon travail d’écran de Daniel Voženílek (1-0, photo ci-dessous). Mais sitôt menés au score, les Baltes se mettent à dominer largement. Ils mènent aux tirs dans cette première période (13 à 4) même s’ils se créent peu d’occasions franches. Rodrigo Abols n’arrive pas à convertir une excellente passe de Daugavins et manque une cage à moitié ouverte.
Mais en deuxième période, la Lettonie part vraiment très fort. Après deux minutes, un tir à mi-distance de Ralfs Freibergs est dévié du haut de l’épaule gauche par Hrubec. Sur l’engagement qui suit, un tir du poignet de la ligne bleue de Roberts Bukarts est parfaitement masqué par Dzerins (1-1). Une minute plus tard, pendant que les Tchèques changent de lignes, Freibergs effectue une longue relance vers Martins Dzierkals qui entre à tout berzingue sur l’aile droite, prend un temps de pause pour que Hrubec descende en papillon et envoie un tir du poignet fulgurant dans la lucarne proche. La mitaine de Hrubec réagit à peine (1-2). C’est du délire dans les tribunes.
Les Lettons sont déchaînés : Indrasis trouve l’extérieur du poteau sur une passe transversale de Balcers, Roberts Bukarts tire sur la transversale. Sous forte pression pendant une infériorité numérique, les Tchèques reviennent en zone offensive au retour à 5 contre 5. On voit alors Kenins se sacrifier héroïquement devant un lancer. Mais la séquence se prolonge et la passe latérale de Cervenka traverse la glace en dessous du défenseur Janis Jaks (qui s’est étendu mais laisse un espace sous sa jambe) pour trouver Dominik Kubalík qui tire entre les jambières de Silovs (2-2).
La Lettonie sent l’exploit possible, portée par un public en feu. Au troisième tiers-temps, Deniss Smirnovs gagne une mise au jeu en zone offensive (face à Sobotka) pour un tir de la ligne bleue d’Oskars Cibulskis, déviée par le pied de Jordán (2-3). Le danger pour les Baltes est de laisser emporter par l’émotion. Rodrigo Abols retient ainsi Lukáš Sedlák qui entre en zone offensive contre la bande. Pendant l’infériorité numérique qui suit, Arturs Silovs réussit un arrêt décisif en repoussant in extremis – du coude – un bon lancer de Roman Červenka.
Les Baltes sont très bien en place, ils bloquent des tirs et ils patinent comme des morts de faim, quelque soit leur âge. Face à cet adversaire surmotivé, la Tchéquie n’arrive plus du tout à construire son jeu, et elle n’a obtenu que trois maigres tirs en presque dix-sept minutes. Mais il reste un joueur sur qui elle peut se reposer dans cette soirée difficile : Roman Červenka. Le capitaine réussit encore une formidable passe transversale à travers tous les défenseurs lettons (qui ont leurs crosses sur la glace et ne ménagent pas leurs efforts pour couper le milieu) à destination de Michal Kempný qui a la cage grande ouverte pour égaliser (3-3).
Ce sera la seconde prolongation de la journée à Riga. Et quelle prolongation ! Cela commence par quatre minutes d’action ininterrompue. Vladimír Sobotka fait le tour de la zone offensive avec le palet collé à la crosse et réussit à se défaire de Zile pour repiquer seul au but (photo ci-dessus). David Tomášek a suivi le rebond mais tire sur Artūrs Šilovs, dans une position plus très académique puisqu’il est assis sur la glace. Sur la contre-attaque, Daugavins sert une passe transversale à Kristians Rubins, mais Hrubec réussit une parade-réflexe de la mitaine. Après l’unique arrêt de jeu, la Lettonie repart à l’assaut avec Janis Jaks sur le côté gauche. Hrubec lâche un rebond et le colosse Oskars Batna plonge de tout son long pour le pousser au fond avec le bout de sa crosse (3-4).
La Lettonie bat donc les Tchèques en compétition internationale pour la première fois de son histoire. Une victoire en prolongation qui ne suffira peut-être pas à se qualifier, mais qui est un formidable moment de communion de tout un peuple, qui chante à l’unisson lors de l’hymne national. Le genre de moments de partage que tous étaient venus chercher, en achetant ces billets si chers…
Désignés joueurs du match : Jakub Flek pour la Tchéquie et Oskars Cibulskis pour la Lettonie.
Commentaires d’après-match :
Harijs Vītoliņš (entraîneur de la Lettonie) : « Dès les premières minutes on a vu que nous étions dans un bon esprit. Celui de la victoire ! Nous avons très bien construit le jeu en zone neutre – le Tchèques ne sont presque jamais entrés directement en zone offensive. Nous avons envoyé le palet au fond parce que les Tchèques aussi essayaient d’être actifs en zone neutre. Notre job n’était pas de faire de belles entrées de zone. C’était une tactique de laisser les défenseurs tirer au but au lieu de juste chercher une passe. Mais ces victoires coûtent cher, plusieurs joueurs sont blessés. Avec l’adrénaline, on ne sent pas la douleur, mais maintenant je vois beaucoup de joueurs marcher avec des poches de glace. Rihards Bukarts est sorti après dix minutes en troisième période. Pour qu’il n’y ait pas de chaos, nous sommes passés à trois lignes à cet instant. Nous pouvons profiter de l’instant, mais nous comprenons tous que le championnat n’en est qu’à sa moitié. Le prochain match est encore plus important, mais il faut laisser sortir les émotions. C’est agréable que ce soit une victoire historique. J’ai toujours dit que la première fois est toujours la plus belle. »
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « En première période, nous n’avons pas bien joué, nous étions dominés. J’ai aimé le reste de notre match. Je ne sais pas pourquoi nous avons raté le départ, nous n’avions pas le rythme et nous étions sous pression. Le comeback en troisième période montre notre caractère. Quand on prend deux buts sur des engagements, on doit les travailler. On prend un autre but sur un mauvais changement, nous leur avons donné ces trois buts. […] C’est notre plan, je ne l’expliquerai pas plus. Nous avons juste décidé qui serait le gardien titulaire. Nous avons trois gardiens de qualité, c’est comme ça. Je ne peux pas dire qui est n°1, 2 ou 3 parce que nous ne l’avons pas déterminé. Je gère tout ça avec mon entraîneur des gardiens [NDLR : Zdeněk Orct]. »
Roman Červenka (capitaine de la Tchéquie) : « Ils ont bien joué, ils étaient forts dans les mises en échec et ils défendaient bien. Nous n’avons pas trouvé la recette contre eux. Nous avons cru en nous-mêmes, un point, c’est mieux que zéro. Nous manquions un peu d’énergie dans nos jambes après le match d’hier. Les Lettons ont eu un jour de repos et il est évident qu’ils avaient des forces. Mais ce n’est pas une excuse, nous aurions dû réussir quand même ce match. J’aurais préféré avoir neuf points ou au moins huit, les deux jours de repos auraient meilleur goût. »
photos M. Křížová
Tchéquie – Lettonie 3-4 après prolongation (1-0, 1-2, 1-1, 0-0, 0-1)
Lundi 15 mai 2023 à 20h20 à l’Arena Riga. 7780 spectateurs.
Arbitres : Lassi Heikkinen (FIN) et Stefan Hürlimann (SUI) assistés de David Nothegger (AUT) et Emil Yletyinen (SUE).
Pénalités : Tchéquie 6′ (2′, 4′, 0′, 0′) ; Lettonie 8′ (4′, 2′, 2′, 0′).
Tirs : Tchéquie 25 (4, 10, 7, 4) ; Lettonie 35 (13, 10, 8, 4).
Évolution du score :
1-0 à 08’25 : Němeček assisté de Beránek et Černoch
1-1 à 22’16 : Ri. Bukarts assisté de Cibuļskis et Džeriņš
1-2 à 23’18 : Dzierkals assisté de Freibergs et Balcers
2-2 à 29’21 : Kubalík assisté de Červenka et Dvořák
2-3 à 45’22 : Cibuļskis assisté d’Andersons et Smirnovs
3-3 à 56’58 : Kempný assisté de Červenka et Kubalík
3-4 à 64’16 : Batna assisté de Jaks
Tchéquie
Attaquants :
Roman Červenka (C, +1) – Lukáš Sedlák (+2) – Dominik Kubalík (+2)
Jiří Smejkal (-1) – Michael Špaček (-2) – Martin Kaut (-1)
Jakub Flek (-1) – Vladimír Sobotka (A, -1) – David Tomášek (-1)
Daniel Voženílek – Jiří Černoch – Ondřej Beránek
Défenseurs :
Michal Kempný (+1, 2′) – Tomáš Kundrátek (+1, 2′)
Tomáš Dvořák – Jan Košťálek
Michal Jordán (A, -1) – Jakub Zbořil (-2, 2′)
David Němeček – Ronald Knot
Gardien :
Šimon Hrubec
Remplaçant : Karel Vejmelka (G). En réserve : Marek Langhamer (G), Filip Chytil (A, visage), Filip Chlapík (A, blessé).
Lettonie
Attaquants :
Rudolfs Balcers (-1) – Rodrigo Ābols (A, -1, 2′) – Kaspars Daugaviņš (C, -1)
Roberts Bukarts (A) – Oskars Batņa (+2) – Mārtiņš Dzierkals (+1, 2′)
Toms Andersons – Deniss Smirnovs (+1) – Ronalds Ķēniņš
Rihards Bukarts (-1, 2′) – Andris Džeriņš – Miks Indrašis (+1)
Défenseurs :
Kristaps Zīle – Uvis Jānis Balinskis
Jānis Jaks – Roberts Mamčics (-1)
Ralfs Freibergs (2′) – Kārlis Čukste (+2)
Oskars Cibuļskis (+1)
Gardien :
Artūrs Šilovs
Remplaçants : Ivars Punnenovs (G), Dans Ločmelis (A). Réserviste : Kristers Gudļevskis (G).