Jules Boscq a été la révélation de l’équipe de France aux derniers championnats du monde, où il a tenu un rôle essentiel en défense. Mais il ne sera pas des prochains rendez-vous avec les Bleus, les Mondiaux en mai puis le tournoi de qualification olympique en août à Riga (l’IIHF a récemment confirmé les groupes comme si la Russie participait alors que la décision ne sera prise qu’en mars même si le CIO interdit en l’état la participation des équipes russes dans les sports collectifs). Sa saison vient en effet de s’arrêter le 31 octobre avec une suspension.
L’histoire débute en… décembre 2021, il y a presque deux ans. Jules Boscq, alors joueur des Boxers de Bordeaux, était contrôlé positif à la tuaminoheptane, molécule contenue dans le Rhinofluimicil, médicament courant utilisé comme décongestionnant nasal contre le rhume. Le défenseur a expliqué avoir pris deux ou trois pulvérisations le matin du match, sans avoir vérifié la composition.
Ces médicaments vasoconstricteurs sont de plus en plus déconseillés par le corps médical en raison d’un rapport bénéfices/risques douteux, surtout pour soigner un rhume qui se guérit tout seul, alors qu’un spray à l’eau salée est tout aussi efficace. Leurs contre-indications pour les sportifs sont bien connues et l’histoire des contrôles positifs est longue.
Ce n’est pas pour rien si ces substances sont surveillées. à la fin du siècle dernier, le Sudafed était couramment consommé dans les vestiaires de NHL pour ses propriétés stimulantes. La molécule qu’il contient, la pseudoéphédrine, avait valu à l’international slovaque Lubomir Visnovsky une réprimande aux JO 2010 de Vancouver, mais il avait déclaré le médicament. Pour ce même motif, Nicklas Bäckström avait été interdit de participer à la finale olympique Canada-Suède de Sotchi en 2014
La tuaminoheptane est une molécule cousine de la pseudo-éphédrine, et elle est traitée de manière équivalente. Initialement, l’Agence Française de Lutte contre le dopage (AFLD) avait infligé 2 mois de suspension à Boscq en juin 2022, mais l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) avait jugé cette sanction trop clémente et non conforme à la jurisprudence. Elle a donc fait appel de la décision de l’AFLD devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Jules Boscq s’est fait accompagner d’un avocat spécialisé pour l’audience qui a eu lieu en décembre 2022.
La décision définitive est tombée dix mois plus tard. Dans l’intervalle, Boscq jouait certes, et souvent brillamment, mais dans des conditions mentalement difficiles car il savait qu’il avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Cette suspension potentielle l’a empêché d’aller jouer en Finlande comme il l’espérait. Cette saison, il est parti en ECHL, une ligue mineure professionnelle en dehors de la juridiction de l’IIHF, qui ne paraissait pas le meilleur endroit pour se développer sportivement. Longtemps, l’ECHL a servi de refuge aux joueurs suspendus pour dopage. Après avoir été lui aussi contrôlé positif aux JO 2014, l’international letton Vitālijs Pavlovs avait passé la saison suivante en ECHL, avant de revenir au Dinamo Riga sans le moindre trou dans sa carrière (et de rejouer en équipe nationale dès 2016). Mais ce n’est plus le cas. L’IIHF a fait savoir à Boscq que sa période en ECHL ne ferait que décaler sa suspension à son retour.
C’est pourquoi son équipe des Iowa Heartlanders l’a suspendu hier, appliquant la décision internationale. Jules Boscq s’est résigné à purger sa suspension pour en finir une bonne fois pour toutes. Il vient de l’expliquer dans un communiqué : « C’est dur à avaler, pas très digeste, mais j’assume l’entière responsabilité de mes actes. Au cours de ces 2 ans de procédures perturbantes, j’ai vécu de belles aventures sportives en club et en équipe de France. Je vais mettre à profit ce break imposé pour travailler différemment, revenir plus fort, plus déterminé… et plus vigilant. »