La semaine dernière, la PWHL a officialisé l’arrivée d’une septième équipe qui se joindra au circuit dès la rentrée 2025, Vancouver. Et ce n’est qu’un début puisque la deuxième franchise d’expansion, Seattle, devrait être annoncée cette semaine. Vancouver, Seattle, la PWHL est en passe de s’étendre à l’ouest et d’élargir son marché dès la saison 3, elle a en tout cas tout intérêt à le faire. Et si ce n’était qu’un début ?
Avouons le, ce n’était pas un secret bien gardé. L’éventualité de l’expansion de la PWHL est un sujet qui a été évoqué pour la première fois l’été dernier, avant que la saison 2 ne commence. Deux nouvelles équipes étaient évoquées et les spéculations sont allées bon train. Le processus de sélection s’est déroulé sur huit mois avec différents critères tels que la zone géographique, le potentiel économique, les infrastructures, les liaisons aériennes ou la place du hockey junior. On estime le nombre de candidats potentiels à plus d’une vingtaine.
On pensait que Détroit serait en position de force, que les marchés de l’ouest ne seraient pas un challenge immédiat. Nous avions même analysé précédemment la crédibilité du dossier de Québec. La ligue pro féminine a pris à contre-pied son monde en faisant de Vancouver et Seattle ses équipes d’expansion. Les rumeurs autour de la cité de Colombie-Britannique et la voisine américaine ont enflé… jusqu’à une divulgation involontaire de la ligue. Certains comme le journaliste Brendan Kergin ont détecté cette fuite de communication sur la boutique en ligne de la PWHL avec une bannière qui laissait apparaître un message sans ambiguïté : « la PWHL s’étend à Vancouver. Rejoignez l’excitation et obtenez votre nouvel équipement ! » La même bannière au sujet de Seattle a pu être visible. Oups, trop hâtive l’équipe du merchandising !
Il fallait malgré tout une officialisation pour formaliser cette arrivée. Pour Vancouver, cette annonce a été faite lors d’une conférence de presse mercredi 23 avril en direct avec en fond les spectaculaires Montagnes Rive-Nord. Tessa Bonhomme a cédé sa place sur l’estrade à une équipe locale de hockeyeuses U11 de Vancouver, et c’est l’une de leurs joueuses, Sydney, qui eu le privilège de faire cette annonce historique (avec un souvenir à vie pour la jeune fille) : « We got a team ! », Vancouver devient la septième équipe PWHL ! Quant à Seattle, l’annonce officielle devrait intervenir cette semaine.
À l’ouest toute !
Vancouver et Seattle s’ajouteront donc aux six équipes originales de Montréal, Ottawa, Boston, Toronto, New York et Minnesota. Comme celles-ci, les nouvelles franchises appartiendront au Walter Group, la gigantesque société des époux Mark et Kimbra Walter qui sont également propriétaires de la ligue elle-même. Pour le moment, l’équipe de l’ouest canadien est identifiée comme « PWHL Vancouver », comme les autres équipes lors de la saison inaugurale, le logo et le nom de l’équipe arriveront plus tard. L’identité visuelle n’est pour l’instant composée que des couleurs qui ont été dévoilées et qui serviront de base au maillot : une touche de crème sur (forcément) du « pacific blue ».
Le véritable atout de l’équipe sera de disposer de sa propre enceinte, c’était probablement l’un des points forts du dossier. Alors que les autres formations PWHL doivent cohabiter avec des équipes junior, universitaire ou NHL, PWHL Vancouver évoluera à l’historique Pacific Coliseum, qui a hébergé les Canucks jusqu’en 1995 avant leur déménagement à la Rogers Arena, l’équipe junior WHL des Giants y a résidé quant à elle jusqu’en 2016. Quasiment dix ans plus tard, une nouvelle équipe professionnelle en fera son domicile, dans une enceinte située en pleine ville dans le quartier de Hastings, et en mesure de recevoir 16.281 personnes.
Le 8 janvier dernier, ce sont 19 038 spectateurs qui s’étaient déplacés à la Rogers Arena pour assister à l’une des rencontres de la tournée Takeover Tour, une série de matchs sur « glace neutre » à travers les USA et le Canada. Cette affluence était alors supérieure à n’importe quel match des Canucks depuis le début de la saison. C’est aussi l’une des plus grosses affluences de l’histoire pour le hockey féminin. Vancouver est donc un terreau fertile pour le hockey féminin. On a tous en mémoire le succès des Jeux olympiques de 2010, les 162 419 spectateurs durant les 20 matchs du tournoi féminin demeurent un record absolu pour une compétition féminine.
Le potentiel est énorme à Vancouver. Amy Scheer, la vice-présidente exécutive des affaires de la PWHL, estime que plus de 70% des personnes qui ont assisté au match de janvier à la Rogers Arena entre Montréal et Toronto n’étaient jamais venues dans cette enceinte auparavant. Vancouver est une ville à forte densité, cosmopolite, elle abrite des connaisseurs mais aussi, et le succès du match organisé en janvier en témoigne, un public nouveau, plus familial. Les racines sont importantes, d’autant plus que le hockey a une longue histoire avec les Vancouver Amazons, une équipe féminine qui a connu ses belles heures dans les années 20.
Seattle dans le sillage
La PWHL conservait le souhait de présenter une deuxième équipe d’expansion qui devrait concourir également dès la prochaine saison. L’identité de Seattle a également fuité, et l’officialisation interviendra cette semaine, avec une conférence de presse à la Climate Pledge Arena. La « ville émeraude » est une option naturelle en addition de Vancouver, elle n’est qu’à 230 kilomètres au sud, elle permettra d’égaliser le nombre d’équipes américaines et canadiennes et d’instaurer une rivalité, à l’image de celle qui se développe entre les Canucks et le Kraken. Et la moderne et confortable Climate Pledge Arena est une excellente terre de jeu.
Seattle a attiré 12 608 spectateurs le 5 janvier, c’était le premier match du Takeover Tour saison 2. Les 14 551 personnes qui ont assisté en 2022 à l’une des rencontres de la Rivalry Series entre les États-Unis et le Canada à Seattle demeure la deuxième plus grosse affluence de l’histoire pour un match de hockey féminin aux USA.
Deux équipes de sport professionnel féminin connaissent déjà beaucoup de succès à Seattle. En WNBA, la star française Gabby Williams et ses coéquipières du Storm ont attiré plus de 11 000 spectateurs en moyenne lors de la saison 2024. Côté ballon rond et NWSL, le Seattle Reign a une moyenne de 8500 spectateurs en ce début de saison dans un Lumen Field fixé à 10 000 spectateurs, mais c’est un stade modulable qui a déjà accueilli plusieurs matchs à plus de 20 000 spectateurs ces dernières années.
Le maire de Seattle, Bruce Harrell, suit avec enthousiasme le développement du sport féminin dans sa ville. En novembre dernier, il voyait le match du Takeover Tour comme un point de départ vers une expansion, comme il le précisait à The Hockey news : « Ce sera une excellente occasion de démontrer à la PWHL que Seattle est un endroit formidable où vivre, travailler et se divertir, et qu’elle est l’une des meilleures villes sportives du pays. Nous sommes ravis de les accueillir dans notre ville et nous serions ravis de leur éventuelle expansion à Seattle. »
Il ne manque désormais que l’officialisation pour Seattle. Vancouver et Seattle seront des marchés porteurs alors que, à la mi-mars, la PWHL a atteint le seuil symbolique du million de spectateurs au cours d’une saison où les arénas de Denver et Détroit ont successivement décroché le record de spectateurs pour une ligue pro féminine aux États-Unis. Les enceintes à dimension NHL de la Rogers Arena de Vancouver, du Centre Vidéotron de Québec et du Rogers Place d’Edmonton ont fait le plein, comme de nouveau la Scotiabank Arena de Toronto et le Centre Bell de Montréal.
La PWHL se positionne donc à l’extrême ouest du continent. Si Québec ou d’autres villes de la côte est comme Pittsburgh constituaient un potentiel intéressant, la ligue a voulu se démarquer alors que cinq des six équipes originales occupent déjà le secteur Nord-est. Les nombreuses villes de l’ouest invitées à prendre part au Takeover Tour cette saison démontraient bien les intentions de la ligue. Couvrir au maximum un marché est de toute façon essentiel pour une ligue professionnelle en Amérique du Nord. Vancouver et Seattle constituent finalement la première étape d’un maillage plus important sur le territoire.
Le positionnement sur la côte pacifique ne sera pas véritablement un problème. On peut supposer que la tournée Takeover Tour, qui a proposé neuf rencontres lors de cette saison 2, pourrait en proposer davantage en saison 3 et s’imbriquer dans le calendrier pour faciliter les déplacements. L’ouest regorge de solutions de transition, Denver et Edmonton ont accueilli la PWHL le temps d’un match, on peut ajouter à la liste Calgary ou Winnipeg.
Mise à jour du 30 avril 2025 : Seattle devient officiellement la huitième franchise de la PWHL. L’équipe PWHL Seattle jouera donc ses matchs à la Climate Pledge Arena, les couleurs des maillots seront crème et émeraude.
New York relocalisé ?
Seule ombre au tableau, l’équipe de New York continue de connaître des difficultés dans un marché complexe. À sa première saison, la formation de Chloé Aurard a été ballottée entre la Total Mortgage Arena dans le Connecticut, l’UBS Arena dans l’état de New York et le Prudential Center du New Jersey.
Alors que New York avait déjà la pire fréquentation lors de la saison inaugurale avec 2496 visiteurs en moyenne, la relocalisation définitive au Prudential Center de Newark n’a pas porté ses fruits. Le score de cette saison 2 est de 2766, ce qui reste bien loin derrière Boston, cinquième avec ses 4454 spectateurs de moyenne, sans parler des bons élèves Montréal et Toronto qui culminent à plus de 9000. Le 12 mars dernier, seulement 1944 personnes ont assisté au match entre New York et Ottawa dans un Prudential Center susceptible d’accueillir 18.000 visiteurs.
L’affluence pour les New York Sirens est à contre courant de l’évolution spectaculaire de la PWHL La saison inaugurale avait accueilli 483.530 personnes, saison régulière et playoffs, soit une moyenne de 5285 spectateurs. Cette saison, la moyenne est nettement en hausse, actuellement de 7312, soit une augmentation de 38%. L’intérêt continue de monter en flèche, et le déménagement des Toronto Sceptres dans une enceinte plus grande, le Coca-Cola Coliseum, y contribue.
A l’inverse, le déménagement au Prudential Center, avec un taux de remplissage très bas, peine à convaincre. Difficile pour le public du New Jersey de s’identifier une équipe New York. En son temps, l’ancienne équipe des New York Riveters avait connu la même situation mais elle avait été rebaptisée Metropolitan Riveters. Incapable de fidéliser le public et de créer une fanbase solide, la franchise des Sirens est un point noir. Le succès des autres équipes et la popularité grandissante galvanisée par la tournée Takeover Tour ne peuvent revoir les exigences de la PWHL qu’à la hausse. Une question se pose alors de manière légitime : et si la PWHL profitait de l’expansion pour relocaliser l’équipe ?
Une option pourrait bien retenir l’attention : Détroit. Candidate à l’expansion, la Motor City avait déjà accueilli un match PWHL sur glace neutre le 16 mars 2024, les 13 736 spectateurs avaient alors permis d’établir un premier record de la ligue sur le sol américain. Exactement un an plus tard, la Little Caesars Arena a amélioré ce record, momentanément battu par Denver : 14 288.
Détroit est définitivement « Hockey Town », y compris pour les féminines. La cité du Michigan a tout pour plaire, à plus forte raison que Buffalo ou Raleigh. Le Michigan bénéficie d’un public passionné, d’une vraie terre de hockey mais aussi d’une situation géographique stratégique. Sa proximité avec le Canada est un atout, et en s’y installant, la PWHL pourrait alors équilibrer le maillage d’est en ouest, c’est un point de chute de transition parfait entre les côtes Atlantique et Pacifique.
La ligue a tout intérêt à couvrir au maximum le territoire américain pour développer sa présence médiatique. En renforçant sa position à l’ouest, la PWHL aurait davantage de capacité à obtenir des droits de diffusion nationaux aux États-Unis. Au Canada, les géants TSN/RDS, CBC/Radio-Canada et Prime Video contribuent largement au succès populaire du circuit. Aux USA, la PWHL n’a obtenu que des contrats régionaux, avec NESN, MSG Networks et Fanduel Networks, qui ne lui garantissent pas une couverture nationale. Les fans américains des autres états doivent se contenter de YouTube, une alternative qui ne peut être que temporaire pour une ligue professionnelle. À titre de comparaison, la NWSL est prise en charge par ESPN et CBS Sports. Le 20 mars dernier, la WNBA a annoncé le renforcement de son contrat avec son partenaire historique, Disney qui entrera dans sa 29e année comme diffuseur, le meilleur du basket féminin sera retransmis sur ABC et ESPN ainsi que sur CBS Sports, Prime Video et le réseau ION.
En termes d’infrastructures, la Little Caesars Arena, qui héberge les Red Wings mais aussi les Pistons en NBA, sonne comme une évidence. Détroit a bien des atouts dans sa manche, et à défaut d’une équipe d’expansion, une relocalisation des New York Sirens est une option tentante. Amy Scheer et la PWHL n’ont jamais caché leur enthousiasme au sujet de Détroit, et la relocalisation pourrait en valoir la chandelle. La relocalisation de New York peut être une option mais elle n’a jamais été clairement évoquée par la ligue. Pour autant, elle y a très probablement songé. Les dirigeants de la PWHL feront-ils preuve de patience avec les Sirens ? En tout cas, Détroit disposera de son équipe, tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre.
L’arrivée de Vancouver et Seattle va évidemment bousculer le repêchage prévu fin juin à Ottawa. Il faudra patienter encore un peu pour connaître les modalités de la draft d’expansion mais on peut supposer que les nouvelles équipes disposeront des premiers choix, et qu’il leur sera possible de piocher chez les autres pour constituer leur alignement. Une chose est sûre : avec davantage d’équipes, encore et toujours plus de joueuses auront accès à la PWHL. Encore une bonne nouvelle pour le développement du hockey féminin, porté par une croissance de la PWHL à vitesse grand V.














































