Il reste trois matchs aux Bleus pour assurer leur maintien. L’Autriche, solide depuis le début de la semaine mais pas vraiment payée avec seulement deux points au compteur, semble être une équipe à la portée de l’équipe de France. Les deux équipes se sont un peu ressemblées cette semaine : solides en défense, mais pas récompensées en points. L’Autriche a tout de même semblé plus opportuniste.
Scénario cauchemardesque
Le match débute très mal pour les Bleus. Ils pressent un peu sur l’engagement par la ligne Bellemare, qui se rend ensuite vers le banc pour changer. L’Autriche, elle, ne change pas. Marco Kasper s’avance au centre, feinte Vincent Llorca et décoche un tir mi-hauteur côté crosse qui trompe Antoine Keller au premier poteau (1-0).
Du coup, l’Autriche se met en position d’attente et force les Bleus à faire le jeu. La relance s’applique et obtient une bonne chance par Anthony Rech, envoyé dans le dos de la défense au duel en un-contre-un avec un défenseur. Il ne parvient pas à lancer au but.
La possession est française, tentant de trouver de l’espace au centre de la glace. Le palet tourne le long de la bande, difficilement. Ce côté laborieux de l’attaque française, illustré par des tirs de défenseurs bloqués, coûte très cher. Brian Lebler lance Lukas Haudum en percussion sur la droite. Son centre échappe au poke-check de Keller, arrive sur Llorca, qui rate le palet devant la cage française vide. Vinzenz Rohrer, lui, ne le manque pas (2-0).
Le salut viendra-t-il du jeu de puissance ? Suite à une bonne présence d’Alexandre Texier, qui force David Kickert à se coucher sur la glace, la France obtient une pénalité différée, un cinglage de Rohrer. Kevin Spinozzi a le temps d’un tir de la bleue avant que le jeu de puissance ne s’installe.
Jules Boscq commence par trouver la barre transversale de la bleue, puis on cherche les déviations de Pierre-Édouard Bellemare devant Kickert. Tim Bozon trouve aussi le cadre mais Sacha Treille ne parvient pas à se saisir du rebond.
La France n’a pas capitalisé, et le cauchemar continue à moins de cinq minutes de la pause. Hugo Gallet peine à se dégager et cafouille le palet, qui est contré par un patin. Keller veut aider et s’avance devant son but, rate complètement son jeu à la crosse. Ramon Schnetzer n’en demandait pas tant (3-0). Fin de soirée pour le jeune gardien, remplacé par Quentin Papillon.
Ce dernier est vite en action avec un arrêt-mitaine sur Peter Schneider, avant une pénalité de Pierre Crinon. Le penalty-kill fait le travail et s’en sort : la France est menée 0-3 à la pause, passée complètement au travers de son match.
Un deuxième tiers raté
Le début de tiers n’est pas meilleur pour une équipe de France à la peine pour enchaîner trois passes ou une relance propre. Louis Boudon est ensuite puni pour une crosse haute dans la neutre, avantage annulé très vite par le bel effort de Kévin Bozon, qui provoque deux minutes contre Unterweger.
Une montée de palet de Tim Bozon lui permet un tir mi-hauteur, bloqué sous le bras par Kickert. Ce sera la seule occasion du quatre-contre-quatre, et les deux punis reviennent tour à tour en jeu.
Papillon rattrape ensuite les erreurs de ses coéquipiers. Des pertes de palet en entrée de zone offensive offrent un contre aux Autrichiens. Raffl et Huber, en deux contre un, combinent, et le tir de Huber est dévié au-dessus. Le gardien français bloque ensuite un tir de Haudum dans le slot, au milieu de quatre joueurs tricolores perdus au marquage. La France s’effondre défensivement, patine en retard, rate ses relances. L’Autriche tourne, libère des espaces : Marco Kasper d’abord, Dominik Heinrich ensuite. Le tir de ce dernier offre un Papillon un bel arrêt de l’épaule.
Les Bleus cafouillent totalement leur deuxième tiers temps et n’arrivent pas à proposer du jeu offensif. La défense laisse des espaces, à l’image de Gallet qui ne finit pas une charge, et Rohrer, en pivot, trouve le poteau.
Il reste 5’37 et un débordement de Perret envoie Wolf sur le banc des punis pour retenir. Hormis un tir de Texier, les Français n’arrivent pas à se créer une position de tir correct et multiplient les essais bloqués par la défense. La pénalité s’achève, et Haudum commet une crosse haute, replaçant les Bleus en supériorité numérique.
Le jeu de passe est calamiteux : à contretemps, trop fort ou pas assez, mal ajusté… l’Autriche se régale et Papillon sauve deux actions, un revers de Kasper puis un tir de Raffl, du bout de la botte. La France peut être heureuse de n’en être qu’à 0-3 après une prestation encore moins bonne qu’au premier tiers. Le mental semble bien touché.
Une réaction trop tardive
La reprise donne quelques bonnes intentions des joueurs de Yorick Treille. Tim Bozon tente un lancer du cercle droite, Charles Bertrand dans l’axe : tous deux ne posent aucun problème à Kickert. Kevin Bozon, esseulé dans l’enclave, manque le cadre sur sa déviation d’un centre de Bertrand, puis Gallet se heurte à son tour au gardien autrichien après une très longue relance de Papillon sur le changement de ligne autrichien.
Il y a du mieux, mais encore des erreurs coupables, à l’instar de cette relance de Spinozzi directement sur Kasper. Papillon sort les deux essais du joueur de Detroit. Puis, Haudum se rend coupable d’une crosse haute sur Kevin Bozon. Les Bleus cafouillent encore leur supériorité et Vinzenz Rohrer file au but. Accroché par Boscq, il obtient un penalty. Il parvient à glisser le palet sous la jambière de Papillon en grand écart. La vidéo annule finalement le but, car Rorher a tiré en deux fois. Il reste alors 10’23” à jouer.
Hasard ou coïncidence, les Bleus bénéficient d’un coup du sort. Spinozzi rate une relance et accroche un Autrichien, échappant bizarrement à toute sanction. Le palet remonte, les Bleus s’échangent bien le palet et Bellemare trouve Perret en retrait pour un joli tir en lucarne (1-3).
Austrian fans wanted a penalty shot – again – after Vinzenz Rohrer fell in front of the French net.
France then went the other way and made it 3-1. Jordann Perret. #MensWorlds pic.twitter.com/9nDf2ddjIj
— Steven Ellis (@SEllisHockey) May 16, 2025
Les Français semblent y croire à nouveau. On sent plus d’énergie dans le patinage, même si le jeu reste brouillon, incapable d’entrer correctement en zone offensive. Les rares fois où ils parviennent, ils se créent une opportunité, à l’image d’un tir de Boudon sur une passe de Texier. Papillon continue à repousser les contres, avec ce tir de Nickl, sur son épaule.
Le gardien bleu sort pour un attaquant à 2’30” de la fin. L’Autriche rate une première cage vide longue distance, puis, alors que Bellemare gagne la mise au jeu, s’empare du palet et file de l’autre côté. Kasper n’a plus qu’à pousser le palet donné d’une passe dans le dos par Zwerger au fond (4-1).
Il reste moins de deux minutes, et une crosse haute autrichienne est appelée. Les Bleus gagnent la mise au jeu et bataillent dans le long de la bande. Tim Bozon ressort avec le palet, renverse pour Texier qui déniche Bellemare esseulé près du second poteau. Le vétéran dévie juste assez (4-2).
Papillon ressort. Texier démarre, lance et va attaquer la cage pour chercher son rebond. Il touche Kickert au passage, ce qui provoque une échauffourée : Huber et Bellemare prennent deux minutes, mais l’on reste à cinq contre cinq. Papillon ressort, mais Boscq et Texier perdent leur duel à la bleue et Schneider part marquer cage vide (5-2).
La France est passée complètement à travers un match qui aurait dû être bien plus serré. Un manque de synchronisme criant, des passes manquées ou mal contrôlées, un festival de tirs bloquées qui ont offert des contre-attaques… Bien loin des prestations des quatre premiers matchs, les Bleus se sont mis en difficulté tout seul. L’Autriche, opportuniste, assure des points précieux dans sa course aux quarts de finale.
Désignés joueurs du match : Quentin Papillon (France) et Vincenz Rohrer (Autriche)
Commentaires d’après-match :
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : « Nous n’étions pas connectés ! Je ne peux pas l’expliquer. C’est sans doute le pire match de la France. Ce ne sont même pas des buts où ils sortent du beau jeu. C’est un mauvais changement de ma ligne sur le premier, une erreur individuelle sur le troisième, et sur le deuxième, nous ne sommes pas connectés, un shoot sorti qui retombe… C’est dur à dire. À 3-0, et moi le premier, je force des jeux qui n’existent pas au lieu de faire confiance à mes coéquipiers, de faire bouger la défense, donner des charges. C’était le plan, on avait parlé de contrôler nos émotions mais on s’est retrouvés sur les talons avec ce mauvais changement. Prendre un but aussi vite nous a fait mal. Ils ont quatre tirs, trois buts, sur des moments d’inattention, moi le premier et du premier au dernier joueur. Ce n’est pas la faute du gardien, qui a fait deux matchs incroyables cette semaine. Je me suis trouvé mou, pas intensif. Ce n’est pas acceptable. Ce n’est pas mon genre de trouver des excuses donc tout ce que j’ai en tête je vais le garder. Mais eux se sont présentés sur un back-to-back, et nous pas avec un jour off. Le plus gros travail à faire est dans nos têtes pour se tourner vers l’avant. Keller ? Nos trois gardiens font un tournoi incroyable, c’est génial, et même en préparation l’autre gardien aussi [Neckar]. Je n’ai pas de regret ce soir, nous n’avons pas joué à notre niveau. »
Jordann Perret (attaquant de la France) : « Le premier tiers, quatre erreurs, trois buts. Quand on commence comme cela, derrière c’est difficile. On a rien lâché, mais nous n’avons pas marqué assez tôt. Le premier but est à dix minutes de la fin, on y a cru mais ils nous ont sapé le moral avec les cages vides. On savait que c’était un gros match, qu’il fallait être prêt. On avait fait un bon début de tournoi, c’est dommage de commencer comme cela. C’est sûr que à 3-0 la confiance peut partir. On a eu du mal à aller à la cage, à aller jusqu’au gardien avec beaucoup de tirs bloqués. C’était dur de déverrouiller. »
Yorick Treille (sélectionneur de la France) : « On a commis des erreurs, le hockey est un jeu d’erreurs et il faut les limiter. Le score est en décalage avec la qualité du jeu produit au premier tiers. L’Autriche a été meilleure, ils ont trouvé des solutions pour mener 3-0 et exploiter nos erreurs. Après, c’est compliqué, on sort de notre structure et on donne trop d’occasions. Ce n’était pas suffisant ce soir. Le groupe a une mission, celle du sacrifice et de la solidarité. Après, je ne suis pas dans les têtes des joueurs, on a trop commis d’erreurs. Il restait beaucoup de temps mais il fallait recoller rapidement, reprendre notre structure et jouer à notre niveau. Les transmissions n’étaient pas bonnes, trop de déchet, pas de vitesse : nous n’étions pas à notre visage. Il fallait remettre de l’intensité, jouer chez eux et mettre du trafic, mais ils ont bien défendu. Quentin Papillon ? Il a fait son travail de backup, nous avons trois bons gardiens. On avait décidé d’y aller avec Antoine Keller car il avait sorti deux belles performances. L’entrée de Quentin a fait du bien, elle a cassé leur élan et il nous a gardé dans le match. Nous avons des opportunités de power-play, mais nous n’avons pas su capitaliser. On lâche tout à la fin du match, trop tard. L’Autriche a très bien défendu, nous n’avons pas réussi à battre le premier rideau défensif, beaucoup trop de tirs contrés. Antoine Keller ? Il a montré son talent cette semaine, il lui faut encore de l’expérience et de l’apprentissage. C’est positif, il a sa carrière devant lui, c’est prometteur. Il y a encore beaucoup de travail, aujourd’hui est un jour d’apprentissage pour lui, le dur apprentissage du Mondial. Cela aurait très bien pu arriver à des vétérans. »
Autriche – France 5-2 (3-0, 0-0, 2-2)
Vendredi 16 mai 2025, 16h20. Avicii Arena de Stockholm, 4873 spectateurs.
Arbitres : Mikko Kaukokari (FIN) et Andre Schrader (ALL) assistés de Tommi Niittylä (FIN) et Dominik chlegel (SUI)
Pénalités : Autriche 14’ (2’, 6’, 6’) ; France 6’ (2’, 2’, 2’)
Tirs : Autriche 24 (7, 10, 7) ; France 23 (7, 7, 9)
Récapitulatif du score
1-0 à 00’39” : Kasper assisté de Zwerger et Unterweger
2-0 à 07’58” : Rohrer assisté de Haudum et Lebler
3-0 à 15’30” : Schnetzer
3-1 à 50’09” : Perret assisté de Bellemare et Texier (sup. num.)
4-1 à 57’56” : Kasper assisté de Zwerger et Rohrer (cage vide)
4-2 à 58’26” : Bellemare assisté de Texier et Perret (sup. num.)
5-2 à 59’09” : Schneider assisté de Zwerger (cage vide)
Autriche
Attaquants :
Dominic Zwerger (+4) – Marco Kasper (+4) – Peter Schneider (2′, +3)
Brian Lebler (+1) – Lukas Haudum (4′, +1) – Vinzenz Rohrer (2′, +2)
Paul Huber (2′) – Lucas Thaler – Thomas Raffl (C)
Lukas Kainz – Oliver Achermann – Nikolaus Kraus
Défenseurs :
Clemens Unterweger (2′, +1) – Bernd Wolf (A, 2′)
Dominique Heinrich (C, +1) – Thimo Nickl (+2)
Gregor Biber (+1) – David Maier (+2)
Paul Stapelfeldt (+1) – Ramon Schnetzer (+2)
Gardien :
David Kickert
Remplaçant : Florian Vorauer (G). En réserve : Atte Tolvanen (G), Benjamin Baumgartner (A, crosse dans l’œil lors d’un engagement contre le Canada).
France
Attaquants :
Kévin Bozon – Pierre-Édouard Bellemare (C, 2′, -1) – Tim Bozon (-2)
Jordann Perret (-4) – Louis Boudon (A, 2′, -2) – Alexandre Texier (-4)
Charles Bertrand (-2) – Nicolas Ritz – Anthony Rech (-1)
Sacha Treille (-1) – Guillaume Leclerc – Aurélien Dair (-1)
Fabien Colotti (-1)
Défenseurs :
Vincent Llorca (-3) – Hugo Gallet (A, -3)
Pierre Crinon (2′) – Jules Boscq (-2)
Enzo Guebey – Kevin Spinozzi
Fabien Bourgeois
Gardien :
Antoine Keller puis à 15’30” Quentin Papillon
En réserve : Julian Junca (G), Dylan Fabre (A, blessé, tournoi terminé), Baptiste Bruche (A), Yohan Coulaud (D)