Une équipe nationale qui se produit en même temps à des milliers de kilomètres de distance ? Comment est-ce possible ? Quel est cet étonnant don d’ubiquité qu’on ne rencontre sans doute que dans le hockey sur glace ?
Le cas n’est pas inédit. En décembre 1995, la Suède et la République tchèque avaient composé deux sélections A pour honorer à la fois l’invitation au prestigieux tournoi moscovite des Izvestia et le tout nouveau Karjala créé aux mêmes dates par la fédération finlandaise. On ne se fâchait ainsi avec personne, mais on avait aussi les moyens d’aligner deux équipes de très haut niveau.
Mais que la Hongrie, équipe qui fait l’ascenseur entre l’élite mondiale et la D1A, puisse se permettre d’aligner deux équipes, c’est vraiment inédit ! Cela montre le chemin parcouru en 20 ans, depuis l’époque où le sélectionneur Pat Cortina nous confiait à Amiens que faute de concurrence certains pouvaient rester en équipe de Hongrie avec une « condition physique inacceptable ». Aujourd’hui, les patinoires ont essaimé partout dans le pays. Conséquence, le réservoir s’est nettement accru.
Cela permet donc à la Hongrie d’envoyer une « équipe nationale à l’extérieur » à Bienne en Suisse pendant qu’une « équipe nationale à domicile » reste chez elle pour affronter le Japon. Compte tenu de la valeur des adversaires, et même si chaque sélection est officielle, les meilleurs sont sans surprise envoyés dans le pays-hôte des championnats du monde. Ils ont d’ailleurs le vrai sélectionneur Gergely Majoross à leur tête.
La Suisse, qui a renvoyé à la maison le gardien Ludovic Waeber et les défenseurs Rodwin Dionico et Dario Wüthrich (remplacés par les Genevois Charlin, Berni et Chanton), se révèle bien trop forte. Dès la première minute de jeu, Fabrice Herzog ouvre le score après avoir lui-même conquis le palet. Le Zurichois Nicolas Baechler fête son arrivée dans l’équipe sur passe d’Aebischer et Ken Jäger inscrit le 3-0 en neuf minutes sur un rebond. La Hongrie pousse pour sauver l’honneur par István Sofron sur passe de Sárpátki, mais son danger s’arrête là. Sven Senteler prend de l’élan pour pour recevoir à pleine vitesse un passe d’Egli et marque un but qui l’aidera à être élu joueur du match. Premier set, 6-1 pour la Nati.
On prend les mêmes et on change les gardiens le deuxième jour. Comme son collègue Balizs la veille, Levente Hegedüs encaisse un but sur le premier tir, quand le palet de Dario Meyer lui passe entre les jambes. Une mauvaise relance locale offre une égalisation-cadeau à Milán Horváth, qui bénéficie en plus d’une déviation sur un patin suisse. La Nati ne met que deux minutes à repasser devant quand le défenseur Romain Loeffel monte dans le slot pour dévier le service de la ligne bleue de Ken Jäger. La Suisse n’est plus jamais inquiétée. La Hongrie ne cadre que 7 tirs, plus un poteau de Donát Péter – seul débutant de cette équipe hongroise – qui aurait pu réduire la marque à 3-2.
Le joueur le plus en évidence est cette fois Théo Rochette. L’attaquant de Lausanne, qui cherche enfin à participer à un championnat du monde, multiplie les assistances dont une formidable passe pour Jäger après avoir mis dans le vent toute la défense. Il n’arrive pourtant pas à marquer lui-même et lance même deux fois sur la transversale. Eh non ! Le second tir a en fait frappé le fond de la cage, comme le montrera un ralenti vidéo qui accorde le but a posteriori. Le résultat est donc parfait : 6-1 aussi pour le deuxième set.
Le même jour, donc, « l’autre » équipe de Hongrie, dirigée par l’habituel assistant-coach Balázs Bartalis, se présentait à domicile à Szombathely face au Japon. La victoire semblait plus à portée, surtout après un rapide but à mi-distance de Márk Schlekmann et une domination initiale, mais le match s’est retourné en une minute : le capitaine Teruto Nakajima a dribblé le gardien Ádám Vay en un contre un, puis le défenseur Taiki Takebe a enchaîné en pivot. Peu à peu, les Asiatiques ont accru leur avance, par un lointain tir en lucarne de Murakami puis par un but de Hirano à trois secondes de la fin d’une pénalité de Tóth. La Hongrie a grignoté l’écart par le premier bit en équipe nationale de Csanád Ravasz puis par un lancer de la bleue de Bálint Molnár, mais en vain (3-4).
La revanche est programmée le lendemain à Győr. Le coup d’envoi est donné par József Bartalis (ancien joueur du club local) en compagnie de ses deux fils István (formé ici même) et Balázs (actuel entraîneur de ce club). Cette cérémonie émouvante explique sans doute qu’un international aussi expérimenté qu’István Bartalis n’ait pas été envoyé en Suisse mais ait été désigné capitaine de cette équipe nationale bis alignée là où il a appris le hockey.
Cette motivation supplémentaire ne suffit pas. Kristóf Papp ouvre le score dans l’enclave, mais de nouveau le Japon se montre plus dynamique et renverse le score. Le héros local Bartalis fait la passe décisive pour une belle égalisation de Gábor Tornyai, mais une pénalité de Gergő Mihalik a tout de suite permis aux visiteurs de repasser devant par un tir en pivot de Yu Sato dans le slot. Meilleurs collectivement, les Asiatiques ajoutent un quatrième but par Yushiroh Hirano, l’attaquant de Düsseldorf (2-4).
La « mitose » de la sélection hongroise n’a donc pas été très fructueuse avec quatre défaites en trois jours. Dès la semaine prochaine, l’effectif sera réduit de moitié pour poursuivre la préparation au Danemark.
Mine de rien, c’est surtout le Japon qui a fait le plein de confiance. Il a en effet gagné ses quatre rencontres de préparation face à la Corée du Sud et à la Hongrie. Rappelons qu’il jouera le match d’ouverture du Mondial de D1A en Pologne, contre l’équipe de France, samedi prochain à 12h30.

Suisse – Hongrie 6-1 (3-1, 2-0, 1-0)
Jeudi 23 avril 2026 à 19h45 à la Tissot Arena de Bienne. 2086 spectateurs.
Arbitres : Roland Gerber (SUI) et Marcus Wannerstedt (NOR) assistés d’Eric Cattaneo (SUI) et Njaal Soestumoen (NOR).
Pénalités : Suisse 8’ (4’, 0’, 4’) ; Hongrie 4’ (0’, 4’, 0’).
Tirs : Suisse 31 (11, 11, 9) ; Hongrie 10 (5, 1, 4).
Évolution du score :
1-0 à 00’48” : Herzog
2-0 à 04’10” : Baechler assisté d’Aebischer et Le Coultre
3-0 à 08’43” : Jäger assisté de Scherwey et Berni
3-1 à 14’31” : Sofron assisté de Sárpátki et Sebok
4-1 à 28’55” : Senteler assisté d’Egli et Müller
5-1 à 38’32” : Le Coultre assisté de Rochette et Egli (sup. num.)
6-1 à 48’21” : Loeffel assisté de Hofmann et Geisser
Suisse – Hongrie 6-1 (3-1, 1-0, 2-0)
Vendredi 24 avril 2026 à 19h45 à la Tissot Arena de Bienne. 4361 spectateurs.
Arbitres : Loïc Ruprecht (SUI) et Marcus Wannerstedt (NOR) assistés d’Eric Cattaneo (SUI) et Njaal Soestumoen (NOR).
Pénalités : Suisse 6’ (4’, 2’, 0’) ; Hongrie 10’ (6’, 2’, 2’).
Tirs : Suisse 32 (8, 12, 12) ; Hongrie 7 (1, 3, 4).
Évolution du score :
1-0 à 01’39” : Meyer assisté de Senteler et Aebischer
1-1 à 06’07” : Milán Horváth
2-1 à 07’59” : Loeffel assisté de Jägr et Rochette
3-1 à 18’32” : Egli assisté de Hofmann et Rohrbach
4-1 à 30’36” : Rohrbach assisté de Hofmann et Blessing
5-1 à 41’35” : Jäger assisté de Rochette et Loeffel
6-1 à 48’06” : Rochette assisté de Jäger et Chanton
Composition des équipes
Suisse
Attaquants :
Gregory Hofmann (+4) – Calvin Thürkauf (C, +3) – Dario Rohrbach (+3)
Tristan Scherwey (A, +3, 2′) – Jonas Taibel – Fabrice Herzog (+3, 2′)
Nicolas Baechler (+1) – Ken Jäger (+4) – Théo Rochette (+3, 2′)
Dario Meyer (+1, 2′) – Sven Senteler (+2) – Lorenzo Canonica (+1, 2′)
Miles Müller (2’)
Défenseurs :
Tim Berni (+2) – Dominik Egli (+2)
David Aebischer (+2) – Simon Le Coultre (+1)
Tobias Geisser (+1) puis au match 2 Niklas Blessing (+3) – Romain Loeffel (A, +6)
Giancarlo Chanton (-1) – Fabian Heldner (+1, 2′)
Gardien :
Match 1 : Kevin Pasche
Match 2 : Stéphane Charlin
En réserve : Leonardo Genoni (G), Gaëtan Haas (malade), Sven Anrighetto (blessé).
Hongrie
Attaquants :
Tamás Sárpátki (-3) – Balázs Sebok (-4) – István Sofron (A, -3)
Bence Horváth (+1, 2′) [puis Erdély] – János Hári (A, +1) – Ferenc Laskawy (-2) [puis Nemes]
Csanád Erdély (C, -1) [puis Mihalik] – Donát Péter (-3) – István Terbócs (-3, 2′) [puis Laskawy]
András Mihalik (-2) [puis Horváth] – Krisztián Nagy (-3) – Márton Nemes (-1) [puis Terbócs]
Défenseurs :
Bence Stipsicz (-2, 2′) – Milán Horváth (-2)
Bence Szabó (-5, 4′) [puis Csollák] – Tamás Ortenszky (-4, 2′)
Zsombor Garát (-1) – Roland Kiss (-1) [puis Szabó]
Márkó Csollák (2′) [puis Kiss] – Zétény Hadobás (-2)
Gardien :
Match 1 : Bence Bálizs
Match 2 : Levente Hegedüs
Hongrie – Japon 3-4 (1-3, 1-1, 1-0)
Vendredi 24 avril 2026 à 19h00 à Szombathely. 450 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Márton Németh et Gergely Korbuly assistés de Bence Márk Dömötör et Bence Kövesi (HON).
Pénalités : Hongrie 6’ (4’, 0’, 2’) ; Japon 12’ (4’, 4’, 4’).
Tirs : Hongrie 24 (9, 6, 9) ; Japon 20 (5, 4, 11).
Évolution du score :
1-0 à 03’07” : Schlekmann assisté de Fehér
1-1 à 06’57” : Nakajima assisté de Sato
1-2 à 07’54” : Takebe assisté de Takagi
1-3 à 18’11” : Murakami assisté de Hirano et Osawa (sup. num.)
1-4 à 21’23” : Hirano assisté de Hanzawa et Yoneyama (sup. num.)
2-4 à 39’22” : Ravasz assisté de Farkas et Tornyai
3-4 à 53’50” : Molnár
Hongrie – Japon 2-4 (1-1, 1-2, 0-1)
Samedi 25 avril 2026 à 18h00 à Győr. 765 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Bonifác Máhr-Stumpf et Máté Gampel assistés de Dávid Szabó et Balázs Sábián (HON).
Pénalités : Hongrie 14’ (6’, 2’, 6’) ; Japon 14’ (4’, 6’, 4’).
Tirs : Hongrie 25 (8, 3, 14) ; Japon 24 (6, 12, 6).
Évolution du score :
1-0 à 10’17” : Papp assisté de Szongoth et Vincze
1-1 à 13’38” : Hanzawa assisté de Nakajima et Sato
1-2 à 25’34” : Keller assisté de Hirano et Irikura
2-2 à 30’55” : Tornyai assisté de Bartalis et Vincze
2-3 à 35’22” : Sato assisté de Hanzawa et Yoneyama (sup. num.)
2-4 à 47’50” : Hirano assisté d’Osawa (sup. num.)
Composition des équipes
Hongrie
Attaquants :
Csanád Ravasz puis au match 2 Kristóf Papp (+2, 2’) – István Bartalis (C, +2, 2’) – Péter Vincze (A, +2, 2’)
Kolos Fehér (-1) [puis D. Molnár] – Bendegúz Dobos (-1) – Márk Schlekmann
Kristóf Németh (-1, 2’) [puis Ravasz] – Gergő Mihalik (-1, 2’) – Csongor Ambrus (-1) [puis Fehér]
Dávid Molnár [puis Ambrus] – László Farkas (+2) [puis Németh] – Bálint Molnár (+1)
et Farkas en 13e attaquant au match 2
Défenseurs :
Gergely Tóth (2’) – Simon Szathmáry (4’)
Dominik Nagy (-1) – Donát Horváth (-1)
Gábor Tornyai (A, +2) – Bendegúz Vén (+1)
Döme Szongoth – Alex Horváth
Gardien :
Match 1 : Ádám Vay
Match 2 : Kristóf Nagy [sorti de 55’19” à 56’08” et de 58’19” à 60’00”]
En réserve : Krisztián Franyó (D), Gergely Rapos, Levente Keresztes, Gergely Mattyasovszky (A).
Japon (2’ pour surnombre)
Attaquants :
Yu Sato (+1, 2’) – Teruto Nakajima (C, +1) – Chikara Hanzawa
Sota Isogai (-1, 2’) – Taiga Irikura (A, 4’) – Yushiroh Hirano (A, +1)
Yuki Miura (+1) – Yuto Osawa (+1) – Kenta Takagi (+1, 6’)
Jordan Keller (-2) – Fuji Suzuki (4’) – Madoka Suzuki (-3)
Tohi Kobayashi (-3)
Défenseurs :
Ray Murakami (-1) – Koki Yoneyama (-1, 2’)
Seiya Hayata – Jiei Hallyday
Yusei Otsu (+1) – Taiki Takebe (+1, 2’)
Shunta Kimura (-1) – Yutaka Toko (-1, 2’)
Gardien :
Match 1 : Issa Otsuka
Match 2 : Yuta Narisawa
Remplaçant : Kai Tomita (G)










































