Ce soir à 20h30 débutera la série entre Ducs d’Angers et Aigles de Nice. Si certains observateurs annoncent une série à sens unique, Jonathan Paredes s’attend quant à lui, à une série à couteaux tirés. Alors que les deux équipes ne se sont encore jamais affrontées en séries éliminatoires, les statistiques avancées des quatre rencontres régulières permettent d’identifier des points de bascule dans cette série qui pourrait être inédite à bien des égards.
Débutée par deux cartons en faveur des Ducs (7-0, 2-6), la série régulière entre Angevins et Niçois s’est équilibrée au fil de la saison, les Aigles l’emportant 5-3 sur leur glace -malgré un tour du chapeau d’Orrin Centazzo- avant de s’incliner à l’Iceparc sur le même score. Si l’on fait les comptes purement sportifs, les chiffres, 3 victoires, 21 buts à 10, sont en faveur des Ducs d’Angers. Assez largement. Néanmoins, ils masquent la réalité de la glace : l’écart s’est créé en début de saison, lorsque les Ducs surnageaient en championnat (13 victoires pour 1 défaite à l’époque). Depuis, les dynamiques ont changé et les hommes de Marc-André Lévesque ont pris la mesure d’Angevins sur courant alternatif. Mais alors, que disent les statistiques avancées de cette série ? C’est l’analyse que nous vous proposons.
Les trois cartes ci-dessus vous font part de trois informations différentes. La première, plus brouillonne, témoigne de l’ensemble des tirs pris par les deux équipes au cours des 4 matchs les opposant. La seconde vous offre l’ensemble des tirs pris, seulement depuis l’enclave, par les deux équipes sur la même période. Elle explicite ici le plus gros chantier qui se présente face aux Aigles de Nice dans cette série : réussir à fermer la porte de leur maison. En effet, les Angevins ont eu l’occasion d’adresser 50 de leurs 126 tirs à la cage depuis cette zone, soit 39,6% de leur total. Un chiffre en baisse drastique de l’autre côté du glaçon, les Aigles ayant adressé 27 de leurs 111 tentatives sur le gardien depuis cette même zone (24,3%). Néanmoins, les débats s’équilibrent devant le but sur la saison. Si les Ducs ont érigé un rempart plus robuste devant leur maison par rapport aux Aigles, ces derniers sont diablement efficaces dans l’enclave angevine, transformant 22,2% de leurs tentatives dans la zone (6/27). Un chiffre sensiblement moins élevé que leurs adversaires directs, à qui ils ont 26% de ces mêmes occasions (13/50).
Il va sans dire que les défenses se resserrent lorsque cela compte mais les Aigles en sont-ils capables ? Avec une moyenne de 5,25 buts concédés par match face aux Ducs, la question se pose. D’autant plus lorsque l’on sait qu’ils ont également concédé 3,25 buts en moyenne sur la saison. Des chiffres en hausse de respectivement 2,75 points et 0,96 point par rapport aux Angevins. Toutefois, depuis l’arrivée de Jacob Smith devant le filet angevin, les Aigles ont su profiter des points faibles du gardien adverse pour faire douter les hommes de Robin Gaborit. Smith affiche même son plus petit pourcentage d’arrêts, toutes équipes confondues, face à Nice. De quoi croire en une qualification historique pour les ADN ?
La carte ci-contre fera sans doute office de brindille dans le feu de leur espoir. Comme les deux graphiques le prouvent, les deux cerbères affichent des statistiques similaires sur un temps de jeu sensiblement identique. Sur les confrontations face à Nice, Jacob Smith affiche un pourcentage d’arrêts de 87,1% contre 84,1% pour Alexis Shank. Des statistiques très basses pour deux gardiens de playoffs. Alors, qui sera le plus à même d’aider son équipe ? La carte des arrêts par zone de tir laisse penser que le cerbère des Ducs d’Angers devrait sortir vainqueur du duel, son équipe étant probablement la plus à même de fermer la porte de son enclave. Ceci étant dit, les Aigles constituent une menace dans leur capacité à masquer ce même cerbère de manière à profiter de sa taille pour convertir leurs occasions extérieures. Une mécanique qu’ils avaient déjà identifiée en saison régulière (cf le troisième volet de la première infographie), leur taux de réussite depuis l’extérieur de l’enclave passant de 0% (0/36) à 8,3% (44/48). Il leur faudra donc bâtir sur ce type de jeux pour repousser l’échéance et tenter de marcher sur les pas des Pionniers de Chamonix, qui ont bousculé ces Angevins. De l’autre côté, les ADN devront empêcher les Ducs de faire de l’accès à la cage de Shank, une promenade des Anglais. Car si le cerbère affiche désormais dans la confrontation des pourcentages plus flatteurs qu’en début de saison, les attaquants adverses ont eu l’occasion de constater qu’il pouvait avoir quelques lacunes entre les jambières et le bas de son bouclier ou de sa mitaine. Il a d’ailleurs coûté cher aux Aigles lors de leur dernière venue en Anjou, concédant deux buts consécutifs sur ces mêmes zones, alors que les visiteurs menaient au score.
Jonathan Paredes le sait, les Ducs ont peiné à faire de leur premier tiers une assurance tous risques, concédant souvent l’ouverture du score dans la période. Une situation peu souhaitable en séries, d’autant plus face à des Niçois qui n’ont jamais rechigné à jouer crânement leur chance une fois aux commandes de la partie. Preuve étant, la moyenne des expected goals (xG) c’est-à-dire des buts théoriques attendus entre les deux équipes sur leurs confrontations directes, sont au coude à coude au fil du premier quart d’heure, avant de plonger assez largement en faveur des Ducs sur les quinze minutes suivantes, comme la carte ci-dessus l’explicite. La question est alors la suivante, les Angevins peuvent-ils continuer de surclasser la métrique des buts attendus dans les confrontations face à Nice ? Si le modèle NL Ice Data, également utilisé par nos confrères de Plan De Match, indique qu’Angers aurait dû marquer 14 buts en 4 rencontres face aux Aigles, les Ducs en ont inscrit 21, soit 33% de plus qu’attendu, là où les Azuréens n’ont finalement compté que le nombre de buts attendus sur la confrontation, 10.
Cela amène donc à l’idée de plonger dans le détail des alignements qui pourraient se défier dès ce soir et notamment à identifier les joueurs qui performent dans la confrontation.
Les chiffres sont assez explicites. Les Ducs surnagent d’un point de vue statistique avec un alignement au complet, chose qui n’était pas arrivée de la saison. Toutefois, l’idée n’est pas ici de fermer le cercueil des Aigles, mais plutôt d’identifier des joueurs facteurs X dans la bascule de la série en faveur de l’une ou l’autre des équipes. À ce petit jeu, comment ne pas évoquer Orrin Centazzo, meilleur buteur des Ducs cette saison avec 18 réalisations, dont 27,8% face à Nice (5), le tout sur un échantillon le plus haut nombre de tirs tentés (21) et un taux de conversion affolant, 35,7%, c’est-à-dire à 5/14 aux tirs cadrés. Auteur d’un tour du chapeau lors de la défaite des siens à Jean Bouin (5-3), il compte 2 points par match face aux Aigles et sera sans aucun doute le facteur X des Ducs d’Angers dans la série. De l’autre côté de la glace, Teemu Loizeau pourrait bien être le joueur à suivre sur la côte d’Azur. Joueur d’expérience, habitué aux séries éliminatoires, il a toujours performé face aux Angevins. Buteur à deux reprises dans la confrontation cette saison, ces buts n’ont eu cesse d’être des points de bascule pour les Aigles, d’autant plus s’il est amené à évoluer aux côtés de Loïc Coulaud, qui a su profiter des faiblesses de Smith pour inscrire deux buts en 5 tentatives cadrées. Le trio qu’ils composent avec Jordan Mugnier a compté pour 50% des buts inscrits par les Aigles face aux Ducs. C’est donc tout naturellement que ces trois hommes seront particulièrement surveillés par les Ducs et par le corps arbitral, particulièrement alerte contre eux, les pénalisant à 14 reprises en 4 rencontres.
L’autre facteur X du côté des Ducs d’Angers, c’est sans aucun doute leur jeu de puissance. Ridicules d’efficacité face aux Aigles, ayant converti 7 de leurs 18 jeux de puissance face à Nice (38,9%) les coéquipiers de Philippe Halley ont su profiter de l’indiscipline de leurs adversaires pour faire la différence. Marc-André Lévesque devra donc rappeler à ses joueurs de faire preuve de discipline avec et sans le palet pour s’éviter quelques maux de têtes. Si les Angevins pourront compter pour la première fois de la saison de l’intégralité de leurs joueurs de supériorité numérique, Jonathan Paredes saura-t-il trouver la formule pour faire parler le talent de ses quintettes ? Telle est la question.
S’il fallait une surprise de plus dans cette série, elle viendrait sans doute du côté des Aigles. Selon les statistiques dont nous disposons, un joueur pourrait bien jouer un rôle important : Jules Lefebvre. À 26 ans, le natif de Rouen est le seul Niçois a avoir une fiche positive face aux Ducs d’Angers. Auteur de deux assistances pour seulement 6 petits revirements et un différentiel de +2, Lefebvre pourrait bien être un facteur X que peu d’observateurs ont identifié. Au-delà de la fiche statistique, son impact physique, sa fiabilité des deux côtés de la glace mais aussi et surtout sa capacité à identifier les bonnes situations de tir, seront sans doute un point de bascule pour les Aigles, s’ils parviennent à masquer Jacob Smith ou à profiter des rebonds laissés par ce dernier.
En outre, si les statistiques vont dans le sens de beaucoup d’observateurs, c’est-à-dire en faveur des Angevins, les Niçois disposent d’une marge de progression des deux côtés de la glace qui pourrait bien leur permettre de jouer un mauvais tour à leurs adversaires. Reste donc à savoir qui des Ducs ou des Aigles sortira les serres en premier.
Le calendrier de ce quart de finale :
13 et 14 mars : Match 1 & 2 à Angers
17 et 18 mars : Matchs 3 & 4 à Nice
Si nécessaires :
21 mars : Match 5 à Angers
23 mars : Match 6 à Nice
25 mars : Match 7 à Angers










































