La saison 2026/2027 de la KHL débute demain soir. Hockey Archives vous en livre comme d’habitude la présentation complète avec un regard toujours pointu sur les spécificités parfois étonnantes de la ligue russe.
Suivons la trajectoire du soleil et partons d’est en ouest. Dans notre premier volet, nous sommes donc en Sibérie et en Extrême-Orient avec la division Chernyshyov.

Le reste du recrutement porte la marque du directeur général Aleksei Sopin, qui occupait une fonction similaire au Dynamo Moscou jusqu’en 2025. Un an après son déménagement, il a fait venir des anciens du club bleu et blanc : Cédric Paquette, dont la puissance physique peut être précieuse dans le slot et dans les coins s’il se remet de sa blessure, et le centre Artyom Ilyenko, qui remplace Igumnov.
Une question reste brûlante : la profondeur de banc. Elle n’a augmenté que dans les cages, où Nikita Serebryakov pourrait un peu plus souffler après l’arrivée d’Ivan Prosvetov, qui a découvert à ses dépens en retournant en NHL l’an passé qu’un contrat one-way n’y garantissait pas une place (le coach avait une confiance établie en son concurrent Devin Cooley). Le problème vient surtout des lignes arrières qui ont enregistré deux départs (Blazhievskiy et Voïnov) pour une arrivée (Kirill Adamchuk).
Guy Boucher ne joue pas à 8 défenseurs à la façon russe, trois paires lui suffisent et il y a un profil offensif pour chacune. Mais comble de malchance, deux d’entre eux sont blessés. Le meilleur défenseur de KHL Damir Sharipzyanov a encore un mois de convalescence après son opération estivale. Maxime Lajoie a eu la cheville fracturée un palet en présaison contre le Lokomotiv (adversaire décidément maudit !) et sera absent six semaines. Boucher a rétorqué qu’il n’allait « pas s’asseoir et pleurer » pour autant, exhortant tous ses autres défenseurs – seulement 5… – à développer eux aussi leur relance et leur soutien à l’attaque, indispensables dans le hockey moderne.

Les hockeyeurs actuels essaient d’être dignes de l’héritage de ce club champion de Russie en 2008 et 2011. Mais la situation s’est singulièrement compliquée ces dernières années en raison de récurrents problèmes d’endettement. Après avoir vendu ses meilleurs éléments, le club a réussi à combler une grande partie du trou, et même si son financement s’est fait attendre, le sponsor pétrolier Rosneft a encore assuré la quasi grande majorité du budget (1,5 milliard de roubles par an à lui seul). Les hommes de Viktor Kozlov ont surtout réussi à le faire en redressant une saison mal partie pour obtenir des résultats conformes aux années précédentes : cinquièmes de conférence et qualifiés au deuxième tour des play-offs.
Ils abordent cette saison dans une situation stabilisée en conservant la quasi-totalité de son effectif : le gardien numéro 1 Semyon Vyazovoï, les défenseurs majeurs toujours emmenés par le capitaine Grigori Panin (à 40 ans !) et le trio canadien Rempal-Rodewald-Brosseau. La seule différence est que le joker de prestige Evgeni Kuznetsov n’a pas été conservé (parti chez un concurrent direct au Sibir, voir ci-dessous) : l’ex-star de NHL a été remplacé par un autre centre vétéran, au style de jeu collectif typique du hockey russe, Vadim Shipachyov. Celui-ci est certes plus vieux (39 ans) mais jugé pas forcément plus déclinant, et surtout considéré comme un modèle un peu plus exemplaire (Kuznetsov n’étant pas tout blanc sauf au rebord des narines…) auprès des jeunes. Et plus particulièrement auprès d’Aleksandr Zharovsky, le choix de draft des Canadiens de Montréal qui est encore junior mais qui a mois 42 points la saison dernière (meilleur espoir de KHL).

Trois recrues ne correspondent cependant pas à cette description, parce que toute équipe a besoin de cadres. Dans les lignes arrières, il s’agit de Darren Dietz. L’ancien joueur du Kazakhstan fait peut-être moins parler de lui que lorsqu’on le voyait au championnat du monde, mais à 33 ans il a peut-être gagné en travail défensif ce qu’il a perdu en impact offensif.
En attaque, Egor Korshkov rentre à 30 ans dans son club formateur après une bonne première moitié de saison au Traktor (mais une seconde moitié décevante), et apporte avec ses 194 cm le gabarit qui manquait à l’équipe. Mais la recrue qui fait le plus parler est surtout le controversé Evgeni Kuznetsov. L’ancienne star de Washington a perdu en vitesse et en condition physique, mais il est capable de coûts de maître. Lyuzenkov a été conquis lors de l’entretien d’embauche – c’était mutuel – et en a fait son capitaine et le centre de sa première ligne, entre Korshkov et Stepan Nikulin (double champion en titre avec le Lokomotiv mais en ayant joué un seul match de playoffs en deux ans). Un trio difficile à évaluer, qui ne constitue pas une assurance tous risques mais qui a un potentiel élevé. Le public passionné du Sibir adore avoir pour chouchous ce genre de créateurs de jeu atypiques et imprévisibles.

Défi relevé ! Tochitsky a eu le budget pour cela, car il en faut pour attirer de bons joueurs en Extrême-Orient malgré les longs voyages usants. Il a longuement négocié avec le Lokomotiv pour que le prêt de la révélation Yaroslav Likhachyov – meilleur buteur du club – puisse se transformer en acquisition définitive. Un beau salaire a attiré Kirill Pilipenko : après avoir mis 66 buts en deux ans dans le contexte de hockey créatif su Severstal, l’ailier retrouvera-t-il son efficacité perdue la saison passée (7 buts et un échange à Omsk qui n’a rien arrangé) ?
Le club des rives du fleuve Amour vient aussi de se spécialiser dans les « frères de ». Le défenseur défensif Aleksei Vasilyevsky – frère du gardien récipiendaire du trophée Vezina – n’a pas trouvé d’accord salarial avec son club d’origine d’Oufa et sera le pilier de la protection de l’enclave en infériorité. Quant à Semyon Demidov, frère aîné de la nouvelle pépite des Canadiens de Montréal, il a du talent pur, mais pas assez pour s’imposer dans un SKA trop concurrentiel.
On n’a jamais vu autant de grands noms à Khabarovsk, et il y en a même… qui ont le bon prénom ! Cantonné à un rôle qui n’était pas le sien pendant un an avec l’Avangard, Vyacheslav Voïnov veut retrouver à 36 ans la mission de défenseur offensif qui lui plaît. Autre vétéran signé en août pour encadrer une équipe rajeunie, Aleksei Kruchinin (35 ans), qui a encore mis 31 points en 47 parties avec le Torpedo la saison dernière. Avec de tels investissements, l’Amur veut clairement revenir en playoffs.

La moitié de la défense championne AHL avec les Hershey Bears en 2024 (Logan Day, Jake Massie et Priskie) se retrouve ainsi cette année au Kazakhstan… pour protéger le même gardien, Hunter Shepard, élu meilleur gardien de la Ligue Américaine cette saison-là !
Il y a un homme qui a été chocolat à cause de cette réunion des anciens de Hershey (ville connue dans tous les États-Unis pour son usine et sa marque de chocolat industriel). Pour faire place à Shepard en juillet, Nikita Boyarkin s’est fait convoquer et signifier que son contrat coûtait trop cher (bien plus que son partenaire de l’équipe nationale Andrei Shutov qui a lui pu rester) et qu’il serait donc résilié selon les indemnités contractuelles en vigueur en KHL. Il a signé pour deux fois moins cher à l’Admiral… et certains partisans du Kazakhstan agacés de cette préférence aux étrangers ne cachent pas qu’ils rigoleraient de voir Boyarkin battre son ancien club !

Cet ancien champion de taekwondo originaire de l’île de Sakhaline voulait en fait déjà licencier le Letton l’été précédent, mais le gouverneur avait mis son veto. Mais comme le club de la ville portuaire, alors à 3 points des playoffs, a sombré corps et biens sans Tambijevs, ce fut au tour d’Aleksei An de payer sa décision et de sauter. Arrivé pour le remplacer, Viktor Gordiyuk a annoncé que l’équipe serait reconstruite en priorisant la nouvelle génération.
L’effectif est peut-être rajeuni, mais pas meilleur pour autant. Il y a des gardiens corrects (emmenés par le Biélorusse Ivan Kulbakov) et l’indispensable capitaine tchèque Libor Šulák en défense, mais l’attaque est la plus faible de KHL. Elle a perdu ses deux meilleurs marqueurs (Stepan Starkov à Magnitogorsk et Pavel Shen chez le Dynamo) et n’a trouvé personne pour les remplacer. Pas sûr que le soleil levant se lève bien haut au-dessus de l’horizon sur la Mer du Japon…


































