Si la Ligue Magnus a un enseignement à nous donner en ce début de championnat, c’est que les vérités d’un soir ne tiennent pas forcément sur la durée. Privés de succès lors des deux premières rencontre (3-1 contre Marseille, 1-3 contre Bordeaux) les Jokers de Cergy-Pontoise reviennent à l’Aren’Ice avec la ferme intention de décrocher leur premiers points face à une équipe de Nice en pleine confiance, forte de deux triomphes en autant de rencontres (3-4 contre Amiens, 3-2 contre Anglet). Ce retour à la maison est également le moment pour le coach des Jokers, Philippe Horsky, de titulariser dans les cages Olivier Richard, préféré à Jesper Eliasson présent lors des deux premiers matchs.
Le premier tiers peut se résumer en un mot : équilibre. Aucune pénalité, pas de but, des engagements et des tirs assez similaires en nombre, on pourrait penser que les vingt premières minutes de ce mardi soir à l’Aren’Ice étaient soporifiques…et pourtant. Premiers sur le face-off, les Jokers commencent avec le palet et une envie d’entrée de marquer leur territoire. Delatour, Karjalainen et Gibert s’essayent sur la cage d’Alexis Shank mais butent tous les trois avant qu’un premier frisson ne se fasse ressentir avec le lancer de Ryan Orgel, top scorer des Jokers, mais qui fuit le cadre pour quelques centimètres. Piqués par la pression installée dès le début du match, les Niçois vont répliquer. D’abord cantonnés dans leur camps sous la pressing adverse, les joueurs de Pascal Margerit vont réussir à développer leur jeu et s’infiltrer en zone offensive. Un jeu d’attaque incarné par Édouard Saint-Laurent. L’ex-joueur du HCMP se mue d’abord en passeur puis en pivot devant le but d’Olivier Richard, mais à chaque fois le dernier geste est imprécis et les filets parisiens restent de marbre. La pression se fait pesante dans le camp de Cergy ce qui amène à des erreurs. Plusieurs fois les locaux ont l’occasion de se sortir de leur camp, mais des passes manquées, des contrôles approximatifs et un pressing haut de Nice maintiennent le jeu près de leurs cages. Même si les changements de lignes sont réguliers, cette première (très) longue séquence laisse des traces et le gel du palet par le portier français de Cergy met fin à plus de huit minutes de jeu d’affilée. Enfin…
Quand le jeu reprend sur le face-off suivant, la tendance ne s’inverse pas. Pire, elle s’aggrave. Nice maintient sa présence dans la zone défensive de Cergy, enchaîne les tirs et fond sur le moindre palet maîtrisé par leurs adversaires. Vient alors le moment critique. Lors d’un cafouillage devant Olivier Richard, Nicholas Cherkowski remet le palet devant la cage, dans une zone laissée libre par la défense des locaux et qui débouche sur un but vide. Heureusement pour les coéquipiers d’Ethan Somoza, aucun attaquant niçois n’est là non plus pour pousser le palet au fond… Hasard ou poussé par cette piqûre de rappel, Cergy va remettre la marche en avant. Nolan Volcan, Ethan Somoza, Kalle Myllymaa vont tous pousser le palet jusqu’aux cages des Aigles, sans parvenir à tromper Alexis Shank, auteur d’une première période solide. La plus grosse occasion locale est l’ouverture laissée par Tomas Pardo pour Aurélien Chausserie-Laprée, qui trouve l’épaule gauche du portier niçois. Le jeu s’équilibre alors, les attaques sont mises en échec et les opportunités se réduisent. Par deux fois les verts passent derrière la défense niçoise grâce à de grandes diagonales : d’abord Lindström pour Somoza puis Chausserie-Laprée pour Volcan, mais rien qui ne puisse inquiéter les filets sudistes. Au terme de vingt minutes intenses, les deux équipes se séparent sur un score nul et vierge.
Le deuxième tiers repart sur les mêmes bases que le premier. Après un début équilibré, la balance bascule du côté de Cergy. Masqué par un défenseur, Yoan Salve allume la première mèche d’un festival offensif. La botte du gardien des Aigles contre le tir mais laisse la possession du palet aux hommes de Phillipe Horsky. Ceux-ci s’installent durablement autour des filets adverses et font monter la pression. Le tir de Ryan Orgel s’écrase directement sur la crosse du gardien niçois avant que les Aigles ne dégage leur camps par deux fois illégalement. Le déblocage vient de la connexion Karjalainen-Gibert. Derrière la cage, le Finlandais travaille et élimine un défenseur, centre devant le but et trouve l’attaquant français, en pivot, face à Shank. L’ancien champion de D1 avec Nantes fusille le portier niçois à bout portant (1-0, 23’49). Le jeu se débride très fortement et passe d’un côté à l’autre. Pénalisé pour une crosse haute, Tomas Pardo laisse ses partenaires à quatre, regroupés dans leur camp. Sur un lancer, Samuel Régis casse sa crosse et laisse filer Gauthier Gibert qui partait en contre. Le top scorer de Nice se jette sur lui et l’empêche de progresser, ce qui lui vaut deux minutes pour obstruction (25’16). À 4 contre 4, c’est Cergy qui se débrouille le mieux et s’installe chez les Niçois. Sur un beau jeu en triangle, Kalle Myllymaa transmet le puck à Karl Lindström qui peut prendre tout son temps pour contrôler et tirer dans la lucarne gauche dAlexis Shank (2-0, 26’00). Le jeu reste dans le camps niçois et les Verts mettent la pression. Le retour des deux joueurs exclus sur la glace permet un rééquilibrage de courte durée. Édouard Saint-Laurent va à son tour en prison pour cinglage et laisse les siens sur un face-off en zone défensive. Face-off décisif puisque Ethan Somoza va s’imposer, glisser la rondelle à Lukas Macklin qui fait une transversale pour Emils Gegeris. Le Letton n’en a pas besoin de plus pour être décisif. Il assène un slapshot puissant dans la lucarne opposée et aggrave le score (3-0, 29’24). Au vu de la situation, le coach de Nice choisit de prendre un temps mort.
Une stratégie qui semble payante puisque les forces des Aigles se remobilisent et investissent le camps de Cergy. Moins de deux minutes suffisent à Samuel Régis pour adresser un centre miraculeux à Alexandre Gagnon qui coupe la trajectoire du palet et bat Olivier Richard pour la première fois (3-1, 31’01). Dans la foulée de cette première réussite, Fletcher Anderson adresse une frappe puissante sur le gardien français de Cergy. Un rebond plus tard, la rondelle vient se loger dans la crosse d’Hugo Nogaretto en renard des surfaces. Face à un but vide, il ne se manque pas (3-2, 31’55). Miné par les pénalités de Kenny Jumel (32’38) et Gauthier Gibert (37’04), Cergy recule, subit et s’expose. Sur la seconde pénalité, Hugo Nogaretto récupère un palet seul, au centre du camps de Cergy et trouve le petit filet droit des locaux (3-3, 38’28). À trop se découvrir pour se défaire de cette remontée spectaculaire, les Parisiens laissent des trous en défense et les Niçois en profitent. Au terme d’un ultime cafouillage dans la zone du gardien, le palet rebondi dans la crosse de Samuel Régis qui assène un coup au moral de Cergy (3-4, 39’32).

Assommés par cette fin de tiers, les joueurs de Cergy reviennent sur la glace avec moins d’envie que leurs adversaires. La preuve est que les verts concèdent un nouveau but dès la reprise. Édouard Saint-Laurent s’offre un solitaire dans la défense des Jokers avant de glisser le palet entre les jambes d’Olivier Richard (3-5, 41’34). S’enclenche une course contre la montre pour les Jokers. Moins de vingt minutes pour remonter deux buts, faisable mais difficile face à une équipe en place qui vient de mettre cinq buts d’affilé. Imprécis, les locaux laissent de précieuses minutes s’écouler. Par deux fois Valentin Coffy bute sur le gardien avant que Samuel Régis ne soit exclus pour dureté (49’45). Deux minutes infructueuses pour Cergy, mais qui permettent aux hommes de Philippe Horsky de remettre la crosse sur le puck. La situation se débloque quelques minutes plus tard par le capitaine des Jokers : Ethan Somoza. Après un raté de Volcan face à Shank, Lindström récupère le palet et l’envoie à son capitaine qui trouve le petit bout de filet au-dessus de l’épaule droite du gardien niçois (4-5, 54’42).
La course contre la montre se poursuit pour les Jokers qui peuvent compter sur une patinoire totalement acquise à leur cause, malgré l’exclusion d’un supporter pour des injures envers le banc et les joueurs de Nice. La délivrance vient du Finlandais Leevi Karjalainen qui pousse une fois de plus le palet dans les filets sudistes. Bien servi par Kalle Myllymaa à la bleue, l’attaquant des Jokers fait se lever les 1800 spectateurs de l’Aren’Ice. Dos-à-dos, les deux équipes partent en prolongation.
À 3 contre 3, et vu le pédigrée offensif des deux équipes, il ne fait aucun doute qu’il n’y aura pas besoin de tirs au buts pour les départager. Remis d’aplomb, les Jokers mettent la marche en avant et passent à l’attaque. Des approximations de passe laissent les deux équipes sur le même score, mais rapidement les opérations vont prendre une tout autre tournure. Exclus pour cinglage, Alexandre Gagnon arrive à entraîner dans sa chute Emils Gegeris pour dureté (61’29). Quelques secondes plus tard, Colin Morillon prend la direction du banc des pénalités. Les Jokers en profitent pour demander un temps mort et Philippe Horsky passe d’ultimes consignes à ses troupes (61’55). En supériorité numérique, les Parisiens tombent d’abord sur le poteau, puis sur un gardien niçois qui a décidé de se rebeller. À l’aise pour temporiser, les visiteurs laissent écouler les pénalités pour se retrouver à quatre contre quatre. Malgré tout, à peine Colin Morillon a-t-il posé le patin sur la glace qu’Emils Gegeris est trouvé dans l’axe, esseulé. D’un slapshot puissant, le Letton trouve l’ouverture entre les jambes d’un Alexis Shank qui ne peut ne contenter que de regarder le palet prendre une sixième fois le chemin des filets.
Interviews d’après-match :
Kevin Da Costa (assistant-coach de Cergy-Pontoise) : « Je pense que le premier tiers était assez équilibré. On était un peu en dessous au niveau des tirs et des engagements. Sur les premières minutes du deuxième tiers, on a fait le trou. On était vraiment bien. On a poussé. En deuxième partie du deuxième tiers, on s’est écarté du plan de jeu. On n’a pas respecté certaines consignes. On a donné du momentum et on a pris l’eau. Et ça, ce n’est pas possible. Donc, on va travailler là-dessus à la vidéo. Au troisième tiers, on a poussé. Les gars ont montré du caractère pour aller chercher l’égalisation à la fin. Et puis, voilà, un but libérateur en prolongation. Donc, un match un peu fou. Je pense qu’on aurait pu mieux le maîtriser. Mais voilà, on a pris des points. C’était le plus important, à nous de grandir et de ne pas avoir des trous d’air comme ça à 10 minutes dans un match. C’était important pour la suite. […] Je trouve que les pénalités de crosse sont un peu dures. Après, ça a redonné du momentum à l’autre équipe. Il faut qu’on soit plus discipliné. On a été bon en infériorité, juste un but peut-être évitable, je pense. Mais dans l’ensemble, les gars ont bien travaillé dans ces situations.
Marc-André Levesque (entraîneur de Nice) : « Je pense que les gens en ont eu pour leur spectacle. Mais nous, ce n’est pas le genre de match qu’on veut jouer. Déjà, c’est le troisième match de suite où il faut revenir de l’arrière. On perd l’avance à 0-3. On sait qu’il y a une réaction, c’est sûr. Mais à 5-3, il reste 6 minutes au match. C’est inadmissible de perdre. On perd deux gros points ce soir. Comme je l’ai dit, il y a une réaction, c’est bien. Mais ça reste quand même inacceptable. »
Fiche du match
Victoire de Cergy-Pontoise 6-5 contre les Aigles de Nice
(0-0, 3-4, 2-1, 1-0)
| Compétition | Ligue Magnus - Aller - Match 3 |
|---|---|
| Date | |
| Patinoire | Aren'Ice, Cergy-Pontoise, France |
| Affluence | 1 847 spectateurs (62 % de remplissage) |
| Arbitres | Yanne FURET, Cyril DEBUCHE ; assistés de Quentin CADY, Hugo MAILLARD |
| Pénalités | Jokers de Cergy-Pontoise : 10′ (0′, 6′, 2′, 2′) ; Aigles de Nice : 12′ (0′, 4′, 4′, 4′) |
| Tirs | Jokers de Cergy-Pontoise : 28 (4, 11, 9, 4) ; Aigles de Nice : 34 (9, 20, 5, 0) |
| Engagements | Jokers de Cergy-Pontoise : 28 (5, 12, 8, 3) ; Aigles de Nice : 37 (5, 22, 6, 4) |
Évolution du score
1-0 à 23′49 : Gauthier Gibert assisté de Leevi Karjalainen et Kalle Myllymaa
2-0 à 26′00 : Karl Lindstrom assisté de Kalle Myllymaa et Thomas Suire
3-0 à 29′24 : Emils Gegeris assisté d’Ethan Somoza et Lukas Macklin (sup. num.)
3-1 à 31′01 : Alexandre Gagnon assisté de Samuel Régis et Lucas Colombin
3-2 à 31′55 : Hugo Nogaretto assisté de Fletcher Anderson
3-3 à 38′28 : Hugo Nogaretto assisté de Samuel Régis et Nicholas Cherkowski (sup. num., égalisation)
3-4 à 39′32 : Nicholas Cherkowski assisté de Samuel Régis et Alexandre Gagnon
3-5 à 41′34 : Edouard Saint-Laurent
4-5 à 54′42 : Ethan Somoza assisté de Nolan Volcan et Karl Lindström
5-5 à 57′07 : Leevi Karjalainen assisté de Kalle Myllymaa et Lukas Macklin (égalisation)
6-5 à 63′59 : Emils Gegeris assisté de Ryan Orgel et Gauthier Gibert (but gagnant)
Composition Jokers de Cergy-Pontoise
Attaquants :
Défenseurs :
Gardien :
Remplaçant : Jesper Eliasson (G).
Entraîneur principal : Phillipe Horsky Entraîneur adjoint : Kevin Da Costa
Composition Aigles de Nice
Attaquants :
Défenseurs :
Gardien :
Remplaçant : Isaac Charpentier (G).
Entraîneur principal : Pascal Margerit Entraîneur adjoint : Marc-André Levesque, Jean-François Dufour

































