
« La fille de l’équipe de Dunkerque »
À 5 ans, Estelle enfile ses premiers patins à Dunkerque. En emboîtant le pas à son frère aîné, elle fait bouger les lignes sans trop se poser de questions : « Je passais ma vie à la patinoire. Ce sport m’a attirée tout de suite. J’ai juste dû insister auprès de mes parents pour qu’ils m’inscrivent. »
« Il y a vingt ans, le hockey était considéré comme ‘un sport de garçons’ et c’est encore un peu le cas aujourd’hui. Ça n’a pas été simple de les convaincre (rires). »

À l’époque, les filles sont si rares qu’elle effectue toute sa formation chez les Corsaires en étant la seule joueuse sur la glace : « De mes 5 à mes 15 ans, j’étais la seule fille. Je n’ai rejoint ma première équipe féminine qu’à 15 ans. » Une situation à part, mais qui n’a jamais été vécue comme un problème : « J’ai grandi avec les gars de ma génération, c’était naturel pour eux comme pour moi. » Si l’intégration est totale au club, sa présence surprend parfois lors des déplacements : les équipes adverses doivent parfois improviser un vestiaire pour « ‘la fille de l’équipe de Dunkerque’ ».
Sur la glace, son niveau met tout le monde d’accord. Surclassée, elle joue régulièrement avec la tranche d’âge supérieure : « Lors de mes deuxièmes années dans une catégorie, je jouais aussi avec l’équipe du dessus. » Très jeune, le rythme s’accélère : elle s’entraîne la semaine dans le Nord, joue le week-end avec les garçons de Dunkerque et fait les allers-retours avec Neuilly-sur-Marne pour évoluer en championnat féminin.
Aussi loin qu’elle s’en souvienne, le hockey est une évidence. En regardant l’équipe première ou les matchs de NHL à la télévision, son ambition est claire :
« Je ne voulais pas que ce soit un simple loisir, je voulais que ce soit ma vie. »
Petite, elle se remémore répondre avec aplomb et naïveté à celles et ceux qui lui demandaient ce qu’elle voudrait faire plus tard : « Jouer en NHL ». Son talent et son intensité finissent par attirer l’attention des instances. À 14 ans, elle intègre l’Équipe de France U18, puis rejoint le groupe Senior un an plus tard : « J’ai senti que les entraîneurs nationaux s’intéressaient à mon profil. C’est là que tout s’est accéléré. » Christine Duchamp, à la tête du Pôle France, convainc ses parents de la laisser partir pour Chambéry. Quand elle débarque au Pôle, la structure rassemble la quasi-totalité des joueuses des Bleues : « Je me suis retrouvée au quotidien avec des cadres de l’équipe. La transition s’est faite naturellement : c’était le même groupe. » Mais c’est aussi la découverte de la haute performance et de ses contraintes : « J’ai découvert la préparation physique, la nutrition, la récupération… À Dunkerque, c’était très familial. Au Pôle, j’ai intégré la réalité du haut niveau et assimilé de vrais systèmes de jeu. »
Exil nord-américain
Après une saison pleine au Pôle France, Estelle s’apprête à traverser l’Atlantique : « Il était prévu que je rejoigne l’Université du Maine après mon bac. » Mais rien ne se passe comme imaginé. Bac en poche, elle n’obtient pourtant pas la moyenne en mathématiques, une nuance qui ne pardonne pas dans le système américain : la matière est considérée comme non validée, ce qui lui ferme les portes du programme visé.

Contrainte de se rabattre sur un plan B, elle doit faire ses preuves sur le plan académique, sans pour autant pouvoir porter le maillot de l’université en compétition : « J’ai dû faire une année générale où je devais prouver que mon niveau était assez bon pour entrer dans le programme l’année d’après. Mais avec ce statut, je n’étais pas éligible pour jouer avec l’Université du Maine. » Elle hésite : faut-il partir ou rester sans pouvoir jouer en championnat NCAA ? « La décision a été difficile à prendre parce que je ne m’attendais pas à devoir passer une année sans compétition. J’ai hésité à partir. Finalement je suis restée et je me suis entraînée pendant un an, sans autre match que ceux disputés lors des stages avec l’Équipe de France. »
Le quotidien exige une bonne dose de persévérance et abnégation : « Au premier semestre, je m’entraînais toute seule. Je n’avais même pas le droit d’être sur la glace avec l’équipe. C’est seulement au deuxième semestre, comme mes notes étaient bonnes, que j’ai pu réintégrer les entraînements collectifs. » L’adaptation s’avère rude :
« Le changement était énorme à 18 ans : changer de pays, de culture, de langue… Je ne parlais pas très bien anglais à l’époque. Et le fait de ne pas jouer n’a pas aidé pour m’intégrer dans le groupe. Avec du recul, même si cela n’a pas été une année facile, elle m’a beaucoup appris. »
Après cette saison blanche sur le plan sportif, Estelle décide de rebondir de l’autre côté de la frontière, à Montréal : « J’ai choisi de partir à l’Université de Montréal pour trouver un meilleur équilibre, un endroit francophone avec une culture peut-être un peu plus proche de la mienne (…). Durant l’année dans le Maine, j’étais un peu perdue, livrée à moi-même. »
Dans la métropole québécoise, elle retrouve ses coéquipières tricolores comme Lore Baudrit et Emmanuelle Passard, ainsi qu’un cadre parfait pour mener de front sport et études en psychologie et sociologie : « Au Canada, le grand point fort du système universitaire est de pouvoir concilier facilement les études et le sport. C’est ancré dans leur culture, tout est pensé pour ça. Tu peux choisir tes cours et tes horaires en fonction du calendrier sportif. Et lorsque je partais en déplacement avec l’Équipe de France, si je loupais des examens, tout était prévu pour que je puisse les rattraper à mon retour. Il n’y avait aucune difficulté là-dessus. Mais cela reste exigeant : il faut de bons résultats à l’école pour avoir le droit de jouer, ce qui te pousse à l’excellence dans tous les domaines de ta vie. »
Cap sur la Finlande
Une fois son cycle universitaire bouclé et son diplôme de psychologie et sociologie en poche, Estelle choisit de rentrer en Europe. À cette époque, la prestigieuse PWHL n’est pas encore née et les options pour poursuivre sa progression ne courent pas les rues : « À cette époque-là, après l’université au Canada, il n’y avait pas cinquante options pour continuer à jouer. La PWHL n’existait pas encore. Lorsque j’ai signé en Finlande, le championnat était en train de se développer. Les équipes commençaient à aller chercher un peu plus de joueuses étrangères, alors qu’auparavant il n’y avait quasiment que des Finlandaises. J’ai été contactée par une équipe là-bas (nda : le TPS Turku) et le projet m’a intéressée ».

Au-delà du défi sportif, ce retour sur le Vieux Continent répond également à un besoin de retrouver plus régulièrement le maillot tricolore au quotidien : « J’avais également envie de revenir en Europe par rapport à l’équipe de France. En étant à l’université au Canada, je ne rentrais pas sur tous les stages, seulement à la trêve de décembre et pour les Championnats du monde. Cela me manquait de ne pas jouer plus de stages et plus de matchs avec l’équipe de France ». Pour autant, ce retour en Europe ne rime pas immédiatement avec professionnalisme à plein temps. Estelle touche du doigt les réalités du hockey féminin européen de l’époque, conjuguant les entraînements avec un travail alimentaire sans pour autant s’en plaindre :
« Les conditions étaient plutôt semi-professionnelles. Le club me payait un appartement, j’avais un petit salaire, mais j’avais un travail à côté du hockey pour compléter la situation financière. Je travaillais dans une usine ».
Une routine qui s’allège l’année suivante, validant son choix d’avoir persévéré : « Lors de ma deuxième saison, je n’ai pas eu besoin de travailler, je gagnais un peu plus d’argent avec le hockey ». Libérée des contraintes de l’usine, l’attaquante tricolore va affoler les compteurs de la Naisten Liiga. En deux saisons, elle terrorise les défenses adverses en accumulant 122 points en 62 rencontres (playoffs compris) et s’adjuge le titre de meilleure pointeuse du championnat en 2022, forte de 57 points (dont 31 buts) et de deux nominations consécutives dans l’équipe-type de la ligue. Malgré ce carton plein sur le plan statistique, l’aventure finlandaise prend fin après deux saisons. Lucide, Estelle Duvin regrette le manque d’ambition et de moyens d’une ligue qui stagne, voire régresse, sur le plan structurel : « Je trouvais que le championnat ne se développait pas assez vite. »
« C’est dommage parce que la Finlande a tout pour avoir un championnat incroyable, vu le nombre de patinoires, de joueuses, le niveau… mais finalement, ça va presque en reculant ces dernières années. Il n’y a pas d’argent qui est investi dans le championnat féminin ».
L’opportunité helvétique : l’équilibre trouvé

Au moment de tourner la page finlandaise, Estelle Duvin ne suit pas un plan de carrière défini, mais saisit l’opportunité qui se présente au cœur de l’Europe : « J’entendais parler du championnat suisse, je savais qu’il se développait et qu’il y avait un peu plus d’argent. J’ai été contactée par l’équipe de Thoune (l’EV Bomo Thun), qui m’a présenté son projet et m’a fait une belle proposition. Je n’ai pas vraiment de parcours tracé dans ma tête, je vais là où le vent me mène et je suis ouverte aux changements. Je me suis dit : ‘Pourquoi pas ?’ ». Au-delà du défi sportif, la destination présente un avantage géographique certain : « Cela me rapprochait de la France. Depuis, je m’y plais beaucoup : les conditions sont bonnes et j’ai trouvé un bel équilibre de vie entre le niveau de jeu, ma situation financière et la qualité de vie en Suisse. »
En posant ses valises en Suisse, l’attaquante tricolore assiste en première ligne à la professionnalisation accélérée de la PostFinance Women’s League. Un changement de dimension symbolisé par l’intégration de son club de Thoune par le prestigieux CP Berne en 2023 (Davos ayant fait de même avec l’équipe de Thurgovie), une dynamique d’affiliation aux grandes structures masculines imitée par Lausanne (dont l’équipe est promue en élite cette saison) ou Genève-Servette (actuellement au 3e échelon national mais avec des ambitions de promotion). Si la puissance financière d’un club comme Zoug tire la ligue vers le haut, Estelle reste lucide sur les disparités qui persistent, comme l’a rappelé le retrait brutal d’Ambrì-Piotta durant l’été : « Cela montre la voie à suivre. Les équipes féminines se sont affiliées à de gros clubs et des moyens sont mis en place. Mais là où le championnat peut encore progresser, c’est sur l’équilibre des salaires au sein d’un même effectif. ».
La réglementation suisse limite en effet le nombre de joueuses étrangères à quatre par équipe. Et si ce contingent importé bénéficie de contrats pros, le statut des locales reste très hétérogène :
« Les joueuses étrangères ont souvent de bonnes conditions, mais ce n’est pas le cas de toute l’équipe. Parmi les meilleures Suisses, quelques-unes sont pros ou semi-pros, mais la plupart ne gagnent pas d’argent avec le hockey et travaillent à 100 % à côté. »
« Si toutes les joueuses pouvaient devenir professionnelles, le niveau global ne ferait qu’augmenter. C’est le cap qui reste à franchir, mais les choses s’améliorent. Quand je suis arrivée la première saison, les joueuses suisses devaient encore payer leur licence, leur matériel et leur cotisation pour les déplacements. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas dans la majorité des clubs. » Notons que la Dunkerquoise bénéficie dorénavant d’une licence suisse grâce à ses 4 années de présences dans le pays et ne compte plus dans le contingent des joueuses importées.
Pour s’adapter à cette ligue à deux vitesses, le rythme des équipes est calé sur celui des joueuses qui travaillent la journée : les entraînements sur glace ont lieu le soir. Mais pour Estelle Duvin, les journées sont entièrement dédiées à la performance : « En tant que professionnelle, je vais tous les matins à la salle de musculation J’ai également accès à des entraînements individuels en journée avec un skills-coach. » En rejoignant Fribourg-Gottéron, la Nordiste bénéficie d’infrastructures de haut niveau, identiques à celles réservées à la NL masculine : « Mon contrat a débuté dès le 1er mai et tout était déjà prêt : l’appartement et la voiture de fonction. À Fribourg, nous jouons dans la même patinoire que l’équipe masculine. Nous avons notre propre vestiaire fixe au sein de la patinoire et nous partageons la même salle de musculation que les gars. »
De Berne à Fribourg : choisir l’ambition plutôt que le confort
Pourtant, la saison précédente s’était achevée sur un titre de championne de Suisse 2025 sous les couleurs de Berne. Mais après avoir atteint ce sommet dès la deuxième année d’existence de la section féminine, Estelle ressent un essoufflement dans le projet bernois : « On a gagné le titre seulement deux ans après la création de l’équipe féminine (en 2024, NdA). Mais si tu veux être un club leader avec des objectifs élevés, il faut toujours continuer à se remettre en question. »
« Quand tu vois une organisation comme Zoug qui travaille sur tous les tableaux : la communication, le recrutement, la performance…Espérer reproduire les mêmes résultats sans évoluer ne suffit plus. Il faut installer de nouvelles choses, et je n’avais plus l’impression que Berne était dans cette dynamique. »

À ce constat sportif s’ajoutent les turbulences en coulisses de l’équipe masculine de Berne, dont les résultats décevants, la valse des entraîneurs et des dirigeants en coulisse ont fini par impacter la section féminine : « Le club a été en difficulté avec son équipe masculine, donc les filles n’étaient clairement pas la priorité, ce que j’ai trouvé dommageable. Lorsqu’un club comme Fribourg m’a contactée en me montrant de vraies ambitions, le choix s’est fait naturellement. Je joue pour gagner et j’essaie toujours d’aller là où le projet sportif est le plus stimulant. »
Son transfert du club de la capitale vers le rival fribourgeois n’est d’ailleurs pas passé inaperçu dans le Landerneau du hockey féminin helvétique. Promues depuis seulement 2023, les Ladies de Fribourg-Gottéron faisaient jusqu’à présent partie des petites écuries du championnat. Mais leur médaille de bronze décrochée lors du dernier exercice (malgré une 6ᵉ place lors de la phase régulière) combinée aux moyens déployés par le club pour dynamiser le hockey féminin ont fini par convaincre l’attaquante tricolore – double MVP du championnat en 2024 et 2025 – de sauter le pas et de traverser la Sarine.
« On a vécu notre petite vie de stars pendant quinze jours »
Pour Estelle, toucher du doigt le rêve olympique reste une étape gravée à jamais. Si l’expérience globale tient de la magie, deux moments sortent du lot : la Cérémonie d’Ouverture et le premier pas sur la glace face à l’Italie. « Au village, tu vas naturellement vers les gens que tu connais, donc les hockeyeurs. On était le seul sport collectif, on partage la même mentalité et le même fonctionnement que les gars, donc on était très proches. »
« Mais la Cérémonie d’Ouverture, c’est le premier instant où tu ressens cette fierté de représenter plus que le hockey : tu représentes la France. Tu fais partie d’une équipe beaucoup plus grande. Ces moments-là, tout comme les espaces communs où l’on suivait les autres disciplines, ça rapproche. C’est ce partage entre athlètes qui fait la beauté des Jeux. »

Pendant deux semaines, le quotidien bascule dans une autre dimension. Portée autour du cou, l’accréditation fonctionne comme un sésame dans les rues de Milan, ouvrant toutes les portes et déclenchant même quelques invitations au restaurant : « On a vécu notre petite vie de stars pendant quinze jours avant de revenir à la réalité (rires). » Une réalité parfois brutale au moment de ranger les valises. Si le retour au quotidien s’est fait en douceur pour les joueuses professionnelles, il s’est avéré plus rude pour celles devant reprendre le travail dès le lundi matin.
De son côté, c’est plutôt sur le plan sportif que la descente des JO a été plus complexe : « Ce qui a été dur, c’est de rentrer en Suisse et de retrouver mes coéquipières suisses qui venaient de décrocher la médaille de bronze. J’étais super contente pour elles, mais il y avait cette petite frustration personnelle d’être passées à côté de quelque chose. On n’avait pas l’objectif d’une médaille, mais quand tu as une mentalité de gagnante, tu veux toujours l’emporter. Elles sont restées très humbles et respectueuses dans le vestiaire, mais la frustration d’avoir tout perdu sur la glace était bien là. »
Entre regrets olympiques et quête de constance
Pourtant, à l’approche du tournoi, le groupe avait choisi de faire fi des bruits de couloir et des polémiques médiatiques entourant les installations ou la taille inédite de la glace : « Personne dans l’équipe n’avait jamais vécu les Jeux. On a décidé de ne pas se polluer l’esprit avec ça et de s’adapter au fur et à mesure. La patinoire était perturbante, mais c’était la même chose pour tout le monde. »
Sur le plan comptable, le bilan laisse une pointe de regret. Dernières qualifiées avec l’équipe masculine, les Bleues savaient que le chemin serait escarpé.
« Parler d’un quart de finale était peut-être ambitieux, mais je pense sincèrement qu’on pouvait aller chercher une première victoire historique. »
« Quand on voit nos matchs contre le Japon ou l’Allemagne, ce sont des équipes qu’on a déjà battues. L’Italie, on les bat deux mois plus tard aux Championnats du Monde… Il nous a manqué de la constance. Lors des derniers Mondiaux, tout le monde était présent du début à la fin et les leaders ont été décisives. Quand on joue avec cette confiance, on ressent une vraie force. C’est ce cap qu’il faut franchir régulièrement. »
Transmettre et se projeter sur 2030
Aujourd’hui pilier du collectif tricolore, Estelle aborde son rôle de cadre avec simplicité et exigence : « J’essaie d’être exemplaire par mon éthique de travail et la rigueur que je m’impose. C’est ce que les anciennes m’ont transmis. Mon rôle, c’est d’accompagner les plus jeunes et de leur donner confiance. Prendre de la place quand on a 17 ans, comme Clémence Boudin aux Jeux, ce n’est pas simple. Il faut leur faire comprendre qu’elles sont là pour une bonne raison et qu’elles doivent apporter ce qu’elles savent faire. »

Quant au brassard de capitaine, interrogée début juillet, sa réponse était alors mesurée : « Je sais que je fais partie des personnes pressenties. Ça n’a jamais été un objectif de carrière, mais avec mon expérience, c’est un rôle qui pourrait m’intéresser. Capitaine ou pas, ça ne changera rien à la personne que je suis dans le vestiaire ni au leadership que j’amène. Ce serait évidemment un honneur et une fierté. » L’hésitation n’a pas duré très longtemps. Fin août, lors du rassemblement des Bleues à Füssen (Allemagne), la décision est tombée : c’est Estelle Duvin qui a hérité du brassard de capitaine. Une nomination logique pour celle qui incarnait déjà, sur et dehors de la glace, l’un des principaux piliers du collectif des Bleues.
Désormais tournée vers l’avenir, la suite s’inscrit naturellement dans un nouveau cycle de quatre ans. Avec la certitude que la France est déjà qualifiée pour les prochains Jeux Olympiques de 2030, la décision ne se discute même pas :
« Participer aux Jeux de Milan était un rêve. Se réengager sur une olympiade quand il faut passer par les qualifications est toujours un risque, mais là, nous savons que nous y serons. Je ne me vois pas passer à côté de ça, je veux aller au bout de ces quatre ans. »
La PWHL dans un coin de la tête
Depuis la création de la PWHL (Ligue professionnelle de hockey féminin en Amérique du Nord), Estelle ne quitte pas le projet des yeux. « C’est quelque chose que j’ai dans un coin de la tête depuis le début. Mais c’est difficile de franchir le pas. On voit beaucoup de joueuses européennes pour qui ça ne s’est pas passé comme prévu, à qui on ne donne pas forcément leur chance alors qu’elles le mériteraient. » S’engager de l’autre côté de l’Atlantique signifie aussi renoncer à la stabilité trouvée en Suisse : « Ça fait un peu peur de quitter le confort et l’équilibre que j’ai ici. Les places sont chères. Si je tente l’expérience et que ça ne fonctionne pas, est-ce que j’arriverai à revenir en Suisse ? Beaucoup de questions se posent. » Une forme de conservatisme envers les Européennes persiste encore, rappelant les débuts de la NHL : « J’ose espérer que ça évolue avec la dernière draft, mais il faut souvent avoir effectué un cursus universitaire aux États-Unis pour s’imposer. C’est aussi ce qui me retient. »
Ne plus être une exception
Quand elle regarde le chemin parcouru depuis ses débuts sur la glace de Dunkerque, le constat est lucide : le hockey féminin est certes sorti de l’invisibilité, mais le chemin à parcourir reste encore immense.
« Quand j’étais petite, tout le monde me répétait qu’il serait impossible de vivre du hockey. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est que les choses avancent, même si ce n’est pas aussi rapide qu’on le souhaiterait. »
En prouvant qu’une Française peut décrocher un statut 100 % professionnel, Estelle a ouvert une brèche, mais elle reste une exception. Faute de structures et de moyens suffisants dans l’Hexagone, les meilleures tricolores doivent toujours s’expatrier pour exercer leur métier. Pour élever réellement le niveau global, densifier le championnat de France et faire grandir l’Équipe nationale, il n’y a pas de secret : il faut attirer et former encore plus de joueuses.
Plus qu’une réussite personnelle, la Dunkerquoise espère surtout que sa trajectoire servira de tremplin pour que les générations suivantes n’aient plus à se battre contre les mêmes obstacles :
« Ce que j’espère, c’est que les jeunes filles ne se poseront même plus la question de savoir si elles peuvent devenir professionnelles. Il faut que le développement continue pour que l’étiquette ‘sport de garçons ou de filles’ disparaisse totalement. Que les petites filles qui débutent se sentent simplement libres de rêver à ce qu’elles veulent. »
Bonus : le 6 de départ idéal d’Estelle Duvin
Interrogée sur son 6 de départ idéal, Estelle propose un alignement mêlant amitiés et talent. En attaque, elle choisit Clémence Boudin, Clara Rozier et Chloé Aurard-Bushee : « Clémence c’est l’avenir, elle est hyper talentueuse, jeune pleine de volonté. J’adore sa mentalité et la travailleuse qu’elle est. Clara c’est mon duo en Equipe de France et en club quand nous étions à Berne. Chloé c’est le talent pur. » En défense, Sophie Leclerc et Athéna Locatelli ont les faveurs de la nordiste : « Sophie c’est la constance. On a fait notre premier championnat du monde sénior ensemble. J’adore son style de jeu, elle est posée. Athéna c’est la liberté, j’ai adoré jouer avec elle, elle est hyper intense dans son jeu et dans ses émotions. Elle vit à fond tout ce qu’elle fait. » Devant le filet, elle hésite entre Alice Philbert et Caroline Baldin avant de choisir cette dernière « Caro, c’est aussi parce qu’elle me rappelle le championnat du monde à Angers qu’on a gagné avec la précédente génération où elle nous a sauvées, elle nous a amené ce titre. »
Notes : interview réalisée par l’auteur le 6 juillet 2026.
































