
Il n’y a qu’en Russie qu’on voit ça ! À vous de juger avec ce premier volet du bilan de la KHL, celui des équipes non qualifiées en play-offs.
Torpedo Nijni Novgorod (17e) : temps de glace peu collectivisé

Le trio nord-américain a ainsi terminé dans les quinze meilleurs marqueurs de KHL. Mais selon un schéma connu, les autres joueurs, avec moins de responsabilités, ont peu de soutien. Même s’il ne s’est pas trompé dans le choix de ses étrangers, le Torpedo n’a pas su trouver le bon équilibre. Le gardien autrichien Bernd Brückler a longtemps tenu le fort, mais il a fini par s’épuiser faute de défenseurs défensifs pour le protéger.
La physionomie de l’équipe était donc différente, plus concentrée sur quelques joueurs-clés, mais le résultat a été le même : une neuvième place de la conférence ouest, encore plus frustrante car encore plus près du but, avec un seul point de retard.
Traktor Chelyabinsk (18e) : éclatant Kuznetsov

Il n’a pas plus de réussite avec les étrangers. Le sniper Hannes Hyvönen n’a marqué que deux buts et l’international tchèque Petr Vampola a été peu impliqué. On les a laissé partir tous les deux. Le poste le plus problématique est celui de gardien. Après l’échec de Sébastien Caron, c’est Travis Scott, champion de Russie et d’Europe 2007 avec Magnitogorsk, qui est revenu dans l’Oural. Le Canadien a fini avec un médiocre pourcentage d’arrêts 86,5% et c’est finalement l’ancien vice-champion du monde Maksim Sokolov qui a pris le rôle de titulaire en fin de saison.
Les joies du Traktor cette saison se sont donc essentiellement concentrées autour d’un seul joueur, Evgeni Kuznetsov. Le gamin est une star depuis longtemps à Chelyabinsk, il suffisait qu’il apparaisse dans un bar à sushi pour que toute la salle se lève et l’applaudisse. Mais depuis le Mondial junior, il a commencé à accéder au statut de « superstar » que lui prédisait son précédent entraîneur Andrei Nazarov.
À son retour de Buffalo, Kuznetsov a évolué sur un nuage. En KHL, il tournait à plus d’un point par match, assurant également le spectacle avec 2 penaltys d’une main « à la Forsberg » (on dit « à la Zhamnov » en Russie, même si ni l’un ni l’autre n’ont inventé le geste qui venait de Kent Nilsson), un geste qu’il faisait chez les jeunes mais n’avait pas encore osé en senior. Les lauriers fleurissaient avec une participation au match des étoiles et une première invitation en sélection nationale. Avec 17 buts à 18 ans, il a marqué autant en championnat que Pavel Bure, seulement devancé dans l’histoire russe par Samsonov et le regretté Cherepanov. Malheureusement, lors de la préparation au championnat du monde, il s’est démis l’épaule qui devait déjà être opérée à l’issue de la saison. Sa révélation au Mondial senior attendra.
CSKA Moscou (19e) : les militaires au goulag

Premier élément de réponse, le manque de moyens. Le CSKA n’a qu’un sponsor majeur, Norilsk Nickel. Pour contrecarrer les rumeurs de faillite du club et montrer son implication, le combinat minier a invité les cadres du club (Grigori Misharin, Ilya Zubov et Denis Parshin) et les juniors à Norilsk, la ville la plus au nord de Sibérie, construite dans les années trente par les prisonniers du goulag. Le voyage a eu lieu fin décembre, pendant la nuit arctique, et les joueurs ont disputé un match amical contre les employés de l’usine.
Norilsk Nickel a promis d’augmenter le budget de 750 000 euros pour la prochaine saison. C’est moins que l’économie réalisée – plus d’un million selon le président Fetisov – en transférant tous ses meilleurs joueurs pour les derniers mois de championnat. Faut-il que le CSKA soit tombé bien bas pour vendre (ou prêter) les meubles. Il a fini la saison avec les joueurs étrangers, le capitaine Parshin et les jeunes. Le leader défensif Yakov Rylov a eu la surprise d’être échangé à Nijnekamsk quelques jours avant la date d’accouchement prévu de sa femme !
Ce grand déstockage décidé par le président Vyacheslav Fetisov a été un des indices de la perte d’influence de Sergei Nemchinov. Sa double casquette d’entraîneur et de manager, surtout dans un club qui compte autant de vice-présidents curieusement discrets (Kasatonov, Makarov, Bure), rendait bien des observateurs dubitatifs. Fin janvier, il a été officiellement déclaré qu’il ne cumulerait plus les deux fonctions à l’avenir. L’an prochain, l’ancien club de l’Armée Rouge sera donc commandé par un entraîneur étranger ! (Julius Supler, le Slovaque)
Avtomobilist Ekaterinbourg (20e) : doléances au ministre

Déjà éliminé à ce stade, l’Avtomobilist a trouvé un moyen plus banal pour économiser des salaires en laissant partir plusieurs joueurs (Bushuyev, Ryazantsev, Subbotin, Lisutin) vers des clubs mieux lotis. À trois lignes, il a pourtant fait tomber le leader de la conférence ouest Yaroslavl ! Le retard sur les play-offs était cependant irrémédiable depuis longtemps.
Cette triste saison s’est néanmoins achevée sous les fleurs et les cadeaux. Il fallait bien cela pour les adieux de l’ex-international Aleksandr Gulyatsev, dont Evgeni Mukhin (l’entraîneur embauché en octobre à la place de Popikhin) avait fait son adjoint et son relais sur la glace. Depuis plus de trois ans, Gulyatsev était devenu le chouchou du public ouralien grâce à ses mains d’or, exceptionnelles même selon les critères du hockey russe.
Vityaz Chekhov (21e) : la discipline vue par les adeptes de bagarres

Le Vityaz aurait aussi pu changer de visage grâce à Artemi Panarin, héros de la finale du Mondial junior. Mais à son retour, il s’est fait sanctionner. Il avait eu l’autorisation de son club pour participer à la fête pour les champions du monde chez le premier ministre, mais devait ensuite retourner à l’entraînement. Or, l’équipe est ensuite partie enregistrer une émission pour la première chaîne, et comme la télévision n’était pas incluse dans la dérogation, Panarin a été suspendu le lendemain. On ne rigole pas avec la discipline au Vityaz ! Enfin, sur ce point-là du moins…
Malgré son instabilité, le sulfureux Nazarov a des soutiens, parfois haut placés, qui voudraient le voir à la tête de l’équipe de Russie ! Il était en charge de la sélection « B » en début de saison, avant d’en être écarté lorsqu’il s’est engagé avec le Vityaz. Mais au moment où celui-ci n’était plus en lice pour les play-offs, on l’a renommé entraîneur national, puis on l’a laissé encadrer la Sbornaïa en attendant que Bykov et Zakharkin finissent leur saison en club. Au moment où les sélectionneurs sont revenus, Nazarov s’est cependant vu proposer un simple rôle d’observateur des équipes adverses, et il a préféré provoquer un clash et claquer la porte plutôt que de ne pas accéder au banc.
Amur Khabarovsk (22e) : attaque gelée

Les joueurs non plus ne gardent pas d’attaches sur les rives du fleuve Amour, mais c’est de leur fait. Ville ouverte sur l’Asie et pittoresque, Khabarovsk est une cité bien plus agréable à vivre que les centres industriels russes, si l’on supporte le climat. Mais pour un hockeyeur, ce n’est pas le paradis : pendant la saison sportive, on ne profite guère des parcs sous la neige par -20°C, et on passe surtout son temps dans l’avion pour rejoindre les autres régions de Russie.
Imaginez donc quand vous devez traverser le pays comme Sergei Peretyagin, échangé sans qu’on lui demande son avis (la KHL ayant copié les systèmes de la KHL) de Saint-Pétersbourg, la capitale des tsars, jusqu’à Khabarovsk. Le défenseur de 27 ans, international lors de l’Euro Hockey Tour 2008, s’y est pourtant bien fait et a été le seul joueur à terminer avec une fiche positive (+3).
Le problème vient plutôt de l’attaque. Seuls deux joueurs ont marqué douze buts : Radik Zakiev, meilleur marqueur inattendu car passé de 6 à 25 points en un an, et l’international letton Martins Cipulis, pourtant souvent considéré comme un attaquant défensif dans sa carrière.
Metallurg Novokuznetsk (23e) : au fond de la mine

C’est finalement Leonid Weisfeld, ex-arbitre connu comme commentateur télé, qui a été engagé comme directeur sportif. Il a choisi de nommer comme coach Anatoli Emelin, car il pensait que l’ancien disciple de Piotr Vorobiev à Togliatti, pourrait mettre en place le système défensif qui a fait le renommée du Lada, seul moyen selon lui d’obtenir des résultats avec un effectif aux compétences limitées. Le béton au secours du charbon ? Les galeries se sont colmatées et cela n’a pas empêché le Metallurg de finir avec la moins bonne défense, en plus de la moins bonne attaque.
Avec sa patinoire d’un autre âge et ses douches malodorantes, Novokuznetsk est une des destinations les moins attractives de la KHL, et il n’a pour lui que ses qualités de club formateur. Il a fourni à la Russie deux champions du monde juniors… mais ils sont tous deux partis. L’attaquant Maksim Kitsyn est resté en Amérique du nord, dans le club junior de Missisauga, après la compétition. Le défenseur Dmitri Orlov, lui, n’a pas voulu des vacances prématurées et est parti après la fin de la saison régulière (février) pour l’AHL, mais surtout il a racheté sa dernière année de contrat et restrera en Amérique du nord pour le camp NHL en début saison prochaine. On voit mal comment les mineurs pourraient sortir de leur trou.



































