Ce ne sont pas un mais deux Français qui joueront cette saison en KHL. En cette année olympique, cela signifie qu’ils auront bien du mal à se départir de leurs obligations contractuelles. Les chances de voir Stéphane Da Costa et Pierrick Dubé participer aux JO de Milan avec l’équipe de France sont donc extrêmement réduites.
Les chances de les voir briller en Russie sont bien plus importantes en revanche. Leurs équipes s’annoncent fortes… mais elles ne sont pas les seules dans cette division Kharlamov qui regroupe tous les cadors de la Conférence Est (sauf un).
Metallurg Magnitogorsk : ce n’est pas la taille qui compte

De manière générale, Magnitka a conservé tous ses titulaires en défense, y compris le gardien Ilya Nabokov. Celui-ci a certes signé un contrat NHL avec l’Avalanche du Colorado, mais reste prêté cette saison dans l’Oural où il poursuivra son développement avec le retour de Klemen Mohorič, l’entraîneur des gardiens qui avait fait de lui le MVP des playoffs 2024 et qui ne sera donc parti qu’un an au CSKA.
Le manager général Evgeni Biryukov a donc bien géré sa première intersaison, y compris en attaque. Nikita Mikhailis était l’objet de critiques depuis son arrivée il y a deux ans en raison de son salaire jugé disproportionné. L’international du Kazakhstan a échangé son année de contrat restante contre deux ans à un salaire baissé d’un quart, ce qui devrait alléger la pression à son sujet. Le centre Denis Zernov, dont le rôle diminuait, a été échangé au CSKA contre le plus jeune Ruslan Iskakhov.
Les économies réalisées ont aidé à signer Sergei Tolchinsky, le MVP des play-offs 2021 (avec l’Avangard) en perte de vitesse à Saint-Pétersbourg, et Vladimir Tkachyov, passé de superstar à superflu à Omsk. Il s’agit peut-être des deux joueurs russes les plus talentueux qui étaient sur le marché, des joueurs dont le style de jeu très russe plaît à Razin. L’attaque de Magnitogorsk est techniquement digne de la tradition de beau jeu du club, et elle n’a jamais eu autant de vitesse.
En revanche, le manque de gabarit à l’offensive est criant. Iskakhov fait 1m71, Tolchinsky 1m74, Tkachyov 1m77. Le centre américain Troy Joseph (1m85) a été remplacé par son compatriote Derek Barach (1m73). Et avec le départ en NHL de l’espoir Danila Yurov (1m85), l’autre jeune joueur de 21 ans Roman Kantserov (1m76) a été reconverti de l’aile au centre, avec la volonté qu’il forme duo créatif en première ligne avec Tkachyov. Alors que les entraîneurs canadiens n’ont jamais été aussi nombreux qu’en KHL et qu’ils font souvent attention aux paramètres physiques, la réussite de cette attaque où presque personne ne dépasse 1m80 serait un vrai pied-de-nez ! Une forme de retour à l’époque où le hockey russe forgeait son propre style et ne copiait pas les modèles nord-américains.
Traktor Chelyabinsk : Dubé, le bon choix

Le cas le plus sensible est celui de Vitaly Kravtsov. L’enfant de Chelyabinsk a tenté sa chance trois fois en NHL, il est revenu trois fois. À 25 ans, il a semblé atteindre enfin sa maturité avec sa meilleure saison régulière (58 points) malgré des play-offs décevants (6 points en 19 matchs). Et pourtant, le manager général Aleksei Volkov ne lui a proposé qu’un contrat en baisse, en le pressant d’accepter avant qu’il n’y ait plus d’argent pour lui. Le club pensait sans doute que son agent libre sous restriction serait un peu forcé d’accepter, sauf à repartir une quatrième fois en NHL… ce que Kravtsov a fait en signant un le contrat le plus possible avec Vancouver. Tant pis s’il faut aller en AHL, a conclu un Kravtsov dépité que les dirigeants de son club de toujours n’aient même pas cherché à le rappeler.
Sans négliger le rôle de soutien d’un Yegor Korshkov qui a fini sur le banc en play-offs à Kazan mais apporte une dimension physique (1m94) dont il joue de plus en plus sur la glace, l’offensive du Traktor ne dépendra plus de Shabanov et Kravtsov, mais des Nord-Américains. Le coach Benoît Groulx est ravi de récupérer Joshua Leivo, qui a explosé les records KHL même si le Salavat ne voulait – et ne pouvait – plus le payer après des playoffs moins convaincants. Problème : cette opportunité Leivo, immanquable, est tombée du ciel alors que les cinq étrangers avaient déjà été recrutés.
Il fallait donc se défaire d’un contrat à l’encre toute fraîche. Cela se jouait entre le dernier embauché Pierrick Dubé et l’avant-dernier embauché Mike Vecchione. Tous deux sont droitiers (comme Leivo), tous deux étaient coéquipiers depuis deux ans en AHL à Hershey avec des stats proches. Pas facile de trancher ! Le Traktor a choisi de garder le plus jeune, le buteur de 24 ans de l’équipe de France, et de recaser l’Américain de 32 ans au Barys. Un choix qui ne sera sans doute pas regretté. Dubé est même passé brièvement meilleur marqueur de l’équipe à la faveur de la suspension de deux rencontres de Leivo, « coupable » de ne pas avoir fait le voyage hors saison à la cérémonie officielle des trophées KHL où on devait lui remettre sa crosse d’or de meilleur joueur de saison régulière ! Appel rejeté, pas d’excuse ! Après cet exemple, y a-t-il encore un Français pour croire que la ligue fera une fleur pour libérer un joueur pour participer à une équipe nationale qui remplace la Russie aux JO ?
Avec Leivo, avec Dubé, et même avec le polyvalent Mikhaïl Grigorenko, le Traktor a en tout cas toujours son lot de buteurs qui peuvent doper le powerplay mais aussi se répartir entre les lignes. Malgré les départs, la meilleure attaque de l’Est peut donc encore le rester.
Avtomobilist Ekaterinbourg : le Boucher frappe Reid

On ne sait pas en revanche si on peut encore compter sur Anatoli Golyshev, qui a fait appel d’une suspension de 2 ans pour dopage à la pseudo-éphédrine. Le Biélorusse Roman Gorbunov, centre chez lui à Minsk, devra quant à lui faire ses preuves dans un rôle différent d’ailier car les places sont prises au centre à Ekaterinbourg (Da Costa, Sharov, Byvaltsev, Romantsev, plus Curtis Valk quand il rentrera de blessure).
En défense, c’est plus compliqué. Jesse Blacker devait partir à Omsk… mais est finalement revenu à la case départ parce que l’entraîneur Guy Boucher ne voulait apparemment pas de lui. Nick Ebert devait – lui – rester et avait re-signé pour deux ans… mais il est finalement parti, pour raisons personnelles. Ebert est remplacé par un profil purement défensif qui n’a pas les mêmes qualités (Dmitri Yudin), du coup Blacker revient même avec plus de responsabilités et prend la place d’Ebert sur le premier powerplay. Les lignes arrières avaient en théorie une certaine densité mais ont vite compté trois blessés dont le capitaine Nikita Tryamkin.
Dans l’ensemble, l’Avtomobilist a gardé l’essentiel de son équipe, malgré une élimination au premier tour – de peu car en seconde prolongation du match 7. L’équipe se connaît maintenant bien et le changement d’entraîneurs-adjoints n’est vraiment pas une plongée dans l’inconnu. L’entraîneur Nikolai Zavarukhin a en effet été rejoint par… son cousin Aleksei qui travaillera pour la première fois avec lui après des postes de chef. Les mauvaises langues prétendent néanmoins que l’équipe est vieillissante et n’a plus faim. À Da Costa, le plus vieux renfort étranger de la ligue à 36 ans, de démontrer le contraire, en plus de battre le record de points d’un import KHL qui appartient à Nigel Dawes.
Ak Bars Kazan : un nouvel équilibre vite remis en cause

N’ayant pas pu se placer sur les meilleures pistes nord-américaines disponibles, le manager général Marat Valiullin a été contraint de sacrifier un grand talent d’avenir de 16 ans, Andrei Pustovoy (formé en Extrême-Orient et récupéré par Kazan à 14 ans), pour l’échanger en plus d’une compensation financière au Lokomotiv contre les droits de Grigori Denisenko. Lui-même fut un espoir de sa génération (2000), deux fois meilleur marqueur de l’équipe de Russie junior, mais ce numéro 15 de la draft ne s’est pas imposé en NHL. Denisenko a eu sa dernière chance quand il est entré en jeu en finale de la Coupe Stanley 2023, comme tentative de la dernière chance quand Florida était au bord de la défaite contre Vegas : en six minutes de temps de jeu, la quatrième ligne où jouait le Russe a encaissé 3 buts ! Adieu la Floride, Vegas l’a récupéré mais il ne s’y est pas non plus imposé ensuite. Le problème est que, une fois ses droits chèrement acquis par Ak Bars, les agents de Denisenko ont fait monter les enchères. Les négociations ont duré jusque fin août, sans forcément tordre le bras de son nouveau club, mais en agaçant les fans par son arrivée tardive. Denisenko va devoir vite se les remettre dans la poche.
Le socle défensif est resté. Seul le second gardien Amir Miftakhov est parti tenter sa chance outre-Atlantique, remplacé par le plus expérimenté Mikhaïl Berdin, qui doit couvrir un Timur Bilyalov en reprise après une opération chirurgicale estivale. Les Tatars avaient donc tout pour commencer la saison avec confiance et stabilité.
Pourtant, les 4 défaites sur les 5 premières rencontres à domicile ont déjà fait souffler un vent de panique dans les tribunes. Le défenseur – trop ? – offensif américain Mitchell Miller a commencé à se vexer de perdre sa place après des erreurs défensifs. Mais, après quelques ajustements contractuels (contrats baissés mais rallongés pour faire de place dans la masse salariale), c’est un des deux étrangers bon marché récupérés après la disparition du Vityaz – le défenseur Wyatt Kalinyuk – qu’Ak Bars a envoyé avec une énorme somme d’argent frais au Salavat Yulaev Ufa (le grand rival étranglé financièrement) pour récupérer l’attaquant de premier plan Sasha Chmelevski. Cet Américain a été contrarié de cet échange inattendu – pourtant commun en NHL – mais on lui a envoyé un jet privé du sponsor Tatneft pour l’amener à Kazan et lui faire signer un contrat de deux ans. Comme il est droitier, Chmelevski pourrait remettre en cause la place presque garantie de Denisenko en powerplay, et il devrait surtout amener la créativité qui manquait. Ak Bars reste donc une équipe de premier plan, ce qui en fait quatre dans cette seule division Kharlamov.
Neftekhimik Njnekamsk : pas à la mode capillaire, mais fun sur la glace

Ce sont plutôt des exceptions dans un effectif jeune qui compte toujours sur la formation locale au sein du club. Il fallait donc que le nouvel entraîneur sache développer individuellement les joueurs, ce qui est le cas d’Igor Grishin. C’est sa deuxième chance de se faire une place en KHL après sa promotion venue sans doute trop tôt au Spartak. Depuis deux ans, Grishin était l’un des meilleurs entraîneurs de VHL (la ligue en dessous de la KHL) et il a amené ses adjoints avec lui. Pour l’instant, contrairement à sa coupe de cheveux plutôt moyen-âgeuse souvent moquée, le hockey mis en place par Grishin est beaucoup plus fun, ouvert et spectaculaire.
La réussite est notamment totale en avantage numérique, où le Neftehimik dépasse les 30% de réussite. La nouvelle recrue Danil Yurtaikin (28 ans, passé par le CSKA, le Traktor et le Lada depuis deux saisons), qui n’avait jamais dépassé 27 points dans une saison, en a mis 9 en à peine 7 matchs, dont 7 en jeu de puissance, où il n’a jamais eu autant de jeu. La différence avec la VHL, où l’on joue le même adversaire deux jours de suite sans le revoir ensuite, est que les adversaires en KHL sauront s’adapter en cours de saison et modifier leurs systèmes. L’équipe de Grishin sera analysée tactiquement, et c’est sur la durée qu’on jaugera de son succès.








































