La division Tarasov est sans doute la plus forte de KHL. Le champion en titre y fait en effet face à son ancien entraîneur, qui compte bien défier son équipe où il a été remplacé par un coach canadien mythique.
Le changement d’identité du club chinois désormais entraîné par un autre Canadien célèbre est l’autre évènement de l’intersaison, mais aucun de ces six clubs que nous vous présentons n’est à sous-estimer.

Au contraire, l’entraîneur champion Igor Nikitin est parti malgré un contrat en cours pour un « nouveau défi » au CSKA, avec ses deux adjoints, le préparateur physique et l’entraîneur des gardiens Rashit Davydov (le portier Daniil Isayev qui disait lui devoir beaucoup devra apprendre à travailler sans lui). Les dirigeants du Lokomotiv n’ont pas pardonné aux renégats. Ils ne leur ont pas fait graver de bagues de titre – des bagues copiées sur le sport nord-américain qui valent environ 30 000 euros pièce – et ne les ont pas invités à la parade des champions dans la ville de Yaroslavl. Une vengeance que beaucoup en Russie ont jugée très mesquine, et qui devrait pimenter encore les retrouvailles.
Qui a accepté de reprendre une équipe tout juste titrée ? Bob Hartley, le seul coach canadien champion KHL. Depuis trois ans, il s’est occupé de ses investissements immobiliers, puis de sa femme malade, tout en gardant ses facultés d’analyse comme commentateur radio et télé sur RDS. Il a accepté l’offre de Yuri Yakovlev parce qu’il avait apprécié l’attitude du président du Lokomotiv envers la famille de Brad McCrimmon, l’ex-adjoint de Hartley à Atlanta décédé dans l’accident d’avion de 2011.
Hartley veut donner plus de liberté aux joueurs en disant ne pas vouloir de « robots » (mot souvent employé pour qualifier les tactiques de Nikitin). Travailler avec un célèbre aboyeur caractériel ne le gêne pas du tout, comme il l’a expliqué à Sport Express : « Tous les journalistes à Yaroslavl me posent leur première question sur Aleksandr Radulov. Pour je ne sais quelle raison, tout le monde pense que c’est un monstre. J’ai une très bonne relation avec lui depuis le premier tour. Après tout, il a joué en LHJMQ, il parle un peu français, nous en rigolons même. Parfois il faut le calmer, mais c’est mieux que de pousser constamment un joueur paresseux. Donne-moi des joueurs à émotion, le hockey est un sport de passion. Mieux vaut vingt Radulov et Surin qu’un joueur indifférent. Nous nous sommes déjà accordés avec Radu pour transformer Egor Surin en second Radulov. Il a 18 ans, je faisais moi-même beaucoup de choses stupides à cet âge. C’est encore un garçon, mis avec un grand potentiel. À moi de le diriger. » L’approche de Hartley pourra directement être comparée à celle de Nikitin avec une équipe presque identique, mais le défi ne lui fait pas peur.

La stratégie du CSKA a totalement changé. Le rapatriement de jeunes joueurs russes d’AHL essayé l’an passé a été un échec patent. La plupart sont repartis cet été, et si le CSKA a signé un profil de ce type le 1er juillet (Yegor Sokolov), c’était juste pour servir de monnaie d’échange avec le Torpedo et négocier deux jours plus tard les droits sur Nikolai Kovalenko, qui revient lui directement de NHL et a déjà prouvé sa valeur en KHL.
L’AHL était certes le domaine du poids lourd Rhett Gardiner (puissant ailier de 101 kg), mais les deux autres étrangers jouaient principalement en NHL. Le nouveau gardien Spencer Martin (63 matches de NHL sur les quatre dernières saisons avec Vancouver, Columbus et Carolina) cherche de la stabilité avec un contrat de deux ans à Moscou. Et surtout, le Néerlandais arrivé à 8 ans à Montréal, Daniel Sprong, est certainement la plus grosse recrue nord-américaine de l’intersaison KHL : 28 ans, 166 points en 374 parties de NHL.
Le défenseur offensif Jérémy Roy vient de lui de quelques dizaines de kilomètres à peine, du club disparu du Vityaz dont le CSKA a aussi récupéré le jeune meilleur marqueur Dmitri Buchelnikov. Le contingent russe n’est toutefois plus parmi les meilleurs du pays et mettra des années à se reconstituer. La priorité a été donné à des joueurs avec la culture de la gagne. Le centre Denis Zernov et le défenseur biélorusse Vladislav Eryomenko (blessé en ce début de saison) ont ainsi déjà remporté un titre avec Magnitogorsk en 2024. La « star » sera bel et bien… le système de jeu.

Ces étranges « sacrifices » – observés avec un certain scepticisme – ont permis de re-signer l’expérimenté Anton Slepyshev et surtout le provocateur Maxime Comtois, devenu une figure incontournable au fil des mois même s’il faut encore être patient avec sa forme de début de saison. Mais cela ne suffisait toujours pas pour prolonger Nikita Gusev ! Peu avant ses 33 ans, la star majeure de l’équipe a très gentiment accepté de signer un contrat à l’essai de trois semaines (!) pendant la pré-saison. Il a finalement fallu qu’Artyom Mikheyev intègre la liste des blessés pour libérer de la place : le Dynamo a alors signé Gusev pour la somme disponible (47 millions de roubles, soit un salaire fixe très moyen de 500 000 euros)… et de très gros bonus qu’il est persuadé d’atteindre – en terminant encore dans le top-3 des compteurs – pour compenser la perte financière.
Avec Gusev dans ses rangs, et avec un rapport qualité/prix aussi optimisé, le Dynamo reprend naturellement place parmi les favoris de la saison. L’entraîneur Aleksei Kudashov avait annoncé vouloir préserver l’essentiel de son effectif, son directeur général Sergei Sushko y est parvenu. Joueur majeur depuis quatre ans (40 points de moyenne), Dmitry Rashevsky, parfois laissé sur le banc lors des derniers play-offs, a été vendu très cher à Omsk et a été remplacé par Maksim Mamin, une figure associée toute sa carrière russe au CSKA. Parmi les joueurs étrangers, le défenseur Brennan Menell a été substitué par Fredrik Claesson, le Suédois au jeu simple et fiable qui a lui aussi appris à gagner chez le CSKA rival.
Après avoir atteint en 2025 sa première demi-finale depuis douze ans, le Dynamo Moscou aimerait donc atteindre le palier supérieur, et paraît tout aussi armé que le Lokomotiv et le CSKA.
Dans le même temps, pour enrayer la dégradation de ses équipes de jeunes confrontées à des départs de joueurs et d’entraîneurs, le Dynamo a créé la surprise en engageant comme responsable du hockey mineur… Roman Rotenberg, le fils de milliardaire évincé du SKA qui aime décidément prendre des postes atypiques. Il n’est pas censé intervenir dans l’équipe pro, même si certains en doutent. La position de Kudashov est vue comme précaire, mais après 4 défaites en 5 matchs, on a simplement rappelé son ancien adjoint Vyacheslav Kozlov (laissé en plan par Sotchi qui l’avait recruté) pour l’aider.

Pour engager Fucale, le club biélorusse a sacrifié son meilleur défenseur Jordan Gross, qui a fait le chemin inverse vers Chelyabinsk. Il a été remplacé par un Darren Dietz pas si âgé (32 ans à peine) même s’il est perçu comme en déclin et connaît son quatrième club en deux ans. La densité des lignes arrières est impressionnante. Puisqu’il n’y a plus d’équipe nationale du Bélarus à alimenter, pourquoi se gêner ? De six Nord-Américains, on est carrément passé à sept Canadiens avec l’arrivée de Ty Smith, qui figurait sur l’équipe-étoile des rookies NHL en 2021 avec les New Jersey Devils mais a été éjecté de la grande ligue car son indéniable talent offensif ne masquait pas ses défaillances défensives. Smith concurrence la place de défenseur numéro 1 de Xavier Ouellet, le natif du Pays Basque (car fils de Bob) qui excelle depuis un an en KHL avec un apport très complet dans toutes les situations de jeu.
La stratégie de formation d’équipe du Dinamo Minsk est encore plus marquée, et d’une limpidité absolue : la solidité et l’expérience des Canadiens derrière, la créativité et le talent des Russes et Biélorusses devant. Deux attaquants du top-6 offensif ont été siphonnés par de riches clubs de la Conférence Est, Aleksandr Volkov à Omsk et Roman Gorbunov à Ekaterinbourg. Mais comme il n’est pas soumis au quota d’étrangers applicables aux clubs russes, le représentant du Bélarus a là encore trouvé son bonheur outre-Atlantique avec l’Américain Alex Limoges, qui a inscrit 210 points en 263 parties d’AHL depuis cinq saisons sans jamais obtenir une seule chance en NHL. Il veut briller un an en KHL pour s’y montrer.
Le 6 août, un message mystérieux était publié par le Kunlun Red Star sur les réseaux sociaux : « 9 saisons, 557 matches, 4 villes et un océan de souvenirs. Merci à tous ceux qui ont été avec nous pendant toutes ces années. » Cela signifiait-il la fin soudaine de la franchise chinoise de KHL ? Certains l’ont cru l’espace d’une journée, le temps que le lièvre soit levé. Il s’agissait en fait d’une renaissance sous une nouvelle identité, les Shanghai Dragons. Si aucune recrue n’était enregistrée à cette date, c’était en raison des formalités administratives de la réorganisation, car plusieurs joueurs avaient déjà signé. Les nouvelles couleurs étaient dévoilées le lendemain : au rouge de la Chine et au jaune impérial s’ajoute le turquoise, « symbole du printemps, de l’est et d’un nouvel espoir ».
Ce nouveau nom (déjà employé par une équipe d’e-sports…) est une initiative personnelle du nouveau patron Aleksandr Krylov, l’homme qui avait bâti l’Avangard Omsk champion après avoir dirigé l’écurie de course automobile de Gazprom. Cette compagnie soutient discrètement depuis le début ce projet destiné à créer des partenariats économiques russo-chinois. Par cette dénomination, Krylov annonce ainsi le projet d’un retour prochain à Shanghai, mais pour l’heure, s’il a quitté la banlieue de Moscou, c’est parce qu’il a obtenu de l’influent Gennadi Timchenko un loyer réduit pour jouer dans la méga-aréna de Saint-Pétersbourg (la plus grande patinoire du monde), après le désistement du club résident prévu, le SKA Saint-Pétersbourg.
Néanmoins, Krylov n’a pas convaincu Bob Hartley, son ami de l’Avangard, de le rejoindre. Qu’elle s’appelle Kunlun ou Shanghai, la franchise chinoise a passé trop de temps en bas de tableau pour convaincre des recrues ambitieuses. Le directeur général Igor Varitsky a donc chassé en vain les grands noms sur le marché (Goldobin, Leivo…). Un chèque de 3,3 millions de dollars étalés sur deux années a quand même fait venir un nom célèbre sur le banc, Gerard Gallant, 62 ans, finaliste NHL avec Vegas en 2018 et champion du monde 2021 avec le Canada (en battant en prolongation en quart de finale la Russie… pour ce qui reste son dernier match dans la compétition avant son exclusion). Gallant est le quatrième coach canadien de KHL, un record. Il amène avec lui son fidèle adjoint Mike Kelly et aura aussi comme assistant l’entraîneur canado-russe David Nemirovsky qui connaît tout de la ligue.
Gallant a fait venir des joueurs-cadres de confiance avec lesquels il a déjà travaillé, comme le défenseur Jake Bischoff et l’attaquant Gage Quinney. Comme à Minsk, la défense est très nord-américaine (6 joueurs), mais il faut au moins 10 joueurs des pays composant la ligue (donc 8 Russes car le capitaine Spencer Foo et son frère Parker comptent toujours pour la Chine). Le manager Varitsky a fait venir des anciens du Vityaz comme l’ailier technique Ivan Chekhovich, le gardien Andrei Kareyev, mais aussi (plus ancien) l’international croate Borna Rendulic, ravi de pouvoir de nouveau s’exprimer dans un rôle offensif après son passage peu concluant au SKA.
Bien sûr, il faut que la sauce (aigre-douce) prenne car le mélange des saveurs a parfois été plus aigre que doux du temps de Kunlun. Bien sûr, il faut être sûr que ses joueurs « arrivés » soient motivés (le plus jeune a 25 ans). Mais l’équipe chinoise n’est plus là pour faire de la figuration. Elle l’a prouvé dès son premier match à domicile en battant 7-4 contre le SKA, l’équipe de Saint-Pétersbourg, devant 15 000 spectateurs… qui étaient évidemment surtout venus voir ces « visiteurs » qui ne sont plus chez eux ! L’enjeu sera bien sûr de remplir les tribunes contre d’autres adversaires.

L’entraîneur Andrei Kozyrev, défenseur brutal passé par Gap dans une autre vie, promeut toujours du beau jeu sortant des systèmes traditionnels : ce qui est mis en valeur ailleurs est prohibé ici (les mises en échec), ce qui est prohibé ailleurs est pratiqué (les sorties de zone dans l’axe). Il ne s’agit pas du tout d’une ode à la créativité et d’un romantisme soviétique nostalgique. Kozyrev passe beaucoup de temps à expliquer ses tactiques, ce qui est d’autant plus nécessaire qu’elles sont atypiques, et les mouvements qui paraissent spontanés sont souvent soigneusement étudiés.
La philosophie de Kozyrev n’a pas changé, même si les rares transferts ont surtout soigné la défense. Après une solide saison à Kloten, Thomas Grégoire remplace Mark Barberio et est le défenseur droitier majeur qui manquait. Nikita Kamalov est un élément fiable d’infériorité numérique qui joue un peu plus physique que les us et coutumes du Severstal.









































