
Les États-Unis auraient pu se préparer un quart de finale « facile » contre le vainqueur d’Allemagne-France s’ils n’avaient pas perdu face à la Slovaquie, contre qui leur gardien numéro 1 théorique, Ben Bishop, s’est troué en début de match. Leur coach Joe Sacco a tiré les conséquences définitives et aligne donc le champion du monde junior John Gibson, qui n’a encaissé qu’un but en deux titularisations. Un choix de la jeunesse que n’a pas fait Zinetula Bilyaletdinov dans le camp russe : il a opté pour Bryzgalov et non pour Varlamov.

Il faut un but pour débloquer le match… Il y en aura deux ! Craig Smith travaille fort dans le coin pour protéger son palet de Biryukov et le remettre devant la cage où la première ligne russe a laissé Paul Stastny arriver pour un tir gagnant à bout portant (0-1, photo de gauche). Cinquante secondes plus tard, une perte de palet de Fyodor Tyutin en zone neutre permet à Tim Stapleton de servir le joker T.J. Oshie qui décoche un tir du poignet sous le bras gauche de Bryzgalov (0-2).
Deux buts de retard dans un quart de finale, pour une équipe qui a parfois gambergé mentalement, cela fait beaucoup. Mais la Russie ne doute pas très longtemps, et après les erreurs des deux blocs-vedettes, elle est relancée par… sa quatrième ligne. Sergei Soïn échappe à Matt Carle en zone neutre, s’enfonce côté droit et réalise une passe en pivot parfaite pour la reprise d’Aleksandr Svitov au second poteau (1-2).

L’intensité physique monte d’un cran, et cela peut aussi réveiller l’ours russe qui dort. Mais le problème vient surtout des palets perdus. Ryan Carter contre Fyodor Tyutin à la ligne bleue, lance la contre-attaque et signe une passe levée pour la déviation dans l’axe de Nate Thompson, entre les jambières de Bryzgalov (1-3).
La Russie bute sur un impressionnant John Gibson. Il écarte bien les jambières devant Tereshchenko, repousse de l’épaule gauche un tir d’Anisimov. Et ce sont les États-Unis qui reprennent la main sur le match avec une longue présence installée de la première ligne que le deuxième bloc russe, battu dans les duels (notamment Perezhogin mangé par Moss), ne peut interrompre. Evgeni Medvedev essaye de compenser en se chargeant du dangereux Paul Stastny dans le slot, mais une obstruction est ainsi sifflée.

Survient l’erreur de trop : Evgeni Kuznetsov n’arrive pas à dégager un palet hors de sa zone défensive, et Paul Stastny sert Alex Galchenyuk qui arrive devant la cage et se joue aisément de Bryzgalov (1-4). Bilyaletdinov décide alors de changer de gardien, ce qui est soit trop tôt (car Brygalov sort de mauvaise grâce à seulement deux minutes de la pause), soit trop tard.
L’espoir auquel les Russes peuvent se raccrocher, c’est qu’ils avaient archi-dominé la troisième période lors de leur confrontation en poule contre les Américains. Mais les trois buts d’avance peuvent aider ces derniers à se sentir les jambes moins lourdes et à maintenir leur rythme.

Gionta prend une pénalité idiote pour une charge tardive sur un joueur qui se relevait d’une précédente mise en échec. Tout semble s’effondrer pôur la Russie quand Aleksandr Radulov perd un palet à la ligne bleue, dont se saisit Ryan Carter pour partir en contre et marquer, en angle, entre les jambières de Semyon Varlamov (2-5). Pour autant, la supériorité numérique n’est pas terminée. Bilyaletdinov laisse cette fois sa chance à sa deuxième ligne… et Aleksandr Perezhogin reprend une passe de derrière la cage d’Aleksandr Popov après un bon mouvement collectif parti de Medvedev à la bleue et relayé par Ovechkin à gauche (3-5).
L’écart aurait pu se réduire à un but quand la reprise de Soïn au second poteau a frôlé le montant. Mais les États-Unis repartent à l’attaque, encouragés par un mauvais rebond échappé de la mitaine d’un Varlamov tout aussi fébrile que son prédécesseur. Tyutin est sanctionné pour crosse haute en faisant le ménage devant sa cage, et Jacob Trouba convertit ce powerplay grâce à un grand travail d’écran de Tyler Moss (3-6).

Les Américains ont clairement mérité leur place en demi-finale, d’une part parce qu’ils ont été beaucoup plus constants et appliqués tout au long du tournoi, et d’autre part parce qu’ils ont nettement dominé physiquement cette équipe russe.
C’est la désolation totale pour la Russie, humiliée comme jamais depuis le quart de finale des JO de Vancouver. Les ingrédients étaient un peu les mêmes : faillite des gardiens, déficit dans les duels, avec encore plus d’erreurs individuelles. Cette défaite était encore pire, et c’est la première fois que la Sbornaïa ne se qualifie pas dans le dernier carré depuis 2006, depuis avant l’ère Bykov. Un terrible retour en arrière qui fragilise le sélectionneur Zinetula Bilyaletdinov, après son entrée en fonction très tranquille de l’an passé avec un titre « facile ». Les Jeux olympiques de Sotchi sont dans neuf mois et la Russie traverse une crise très sérieuse.
Désignés joueurs du match : Aleksandr Ovechkin pour la Russie et Ryan Carter pour les États-Unis.
Commentaires d’après-match
Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : « Oh, nous avons fait tellement d’erreurs en zone neutre ! Tout avait été expliqué dans la réunion d’avant-match. Nous avons peut-être été négligents. D’un autre côté, c’étaient de grosses erreurs, que rien n’explique. À 1-2, nous essayons de revenir, et nous avons encore fait une erreur à la ligne bleue adverse. Je ne pense pas que les Américains aient montré du super-hockey. Si j’avais marqué sur ma première présence, peut-être le match aurait-il tourné différemment. Nous avons eu beaucoup d’occasions, mais n’avons pas concrétisé, alors que tout a réussi à nos adversaires. »
Ilya Kovalchuk (attaquant de la Russie) : « Une disgrâce, quoi d’autre ? Personne ne sait ce que nous avons fait en première période. Nous nous sommes battus nous-mêmes. Notre ligne a fait un match horrible. Par rapport au match de poule, les Américains n’ont changé que le gardien, mais ce match s’est déroulé différemment pour eux. »
Russie – États-Unis 3-8 (1-2, 0-2, 2-4)
Jeudi 16 mai 2013 à 10h00 à la Hartwall Areena. 5506 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Brent Reiber (ALL) assistés de Roger Arm (SUI) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Russie 4′ (0′, 2′, 2′) ; États-Unis 8′ (2′, 2′, 4′).
Tirs : Russie 34 (10, 13, 11) ; États-Unis 31 (8, 13, 10).
Évolution du score :
0-1 à 11’53 » : Stastny assisté de Smith et Hunwick
0-2 à 12’43 » : Oshie assisté de Stapleton
1-2 à 15’30 » : Svitov assisté de Soïn et Tyutin
1-3 à 25’45 » : Thompson assisté de Carter
1-4 à 37’31 » : Galchenyuk assisté de Smith et Stastny
2-4 à 41’33 » : Ovechkin assisté de Varlamov
2-5 à 42’55 » : Carter (inf. num.)
3-5 à 43’40 » : Perezhogin assisté de Popov et Ovechkin (sup. num.)
3-6 à 48’11 » : Trouba assisté de Smith et Stastny (sup. num.)
3-7 à 49’56 » : Moss assisté de Smith
3-8 à 50’07 » : Stastny assisté de Smith et Butler
Russie
Gardien : Ilya Bryzgalov puis Semyon Varlamov à 38’12 ».
Défenseurs : Yevgeni Biryukov (-2) – Ilya Nikulin (C, -3) ; Fyodor Tyutin (-3, 2′) – Yevgeni Medvedev (-4, 2′) ; Denis Denisov (+1) – Anton Belov (+2) ; Nikita Zaitsev [à 50’07 »].
Attaquants : Ilya Kovalchuk (A, -3) – Aleksei Tereshchenko (A, -3) – Aleksandr Radulov (-3) ; Aleksandr Ovechkin (-2) – Aleksandr Popov – Aleksandr Perezhogin (-1) ; Evgeni Kuznetsov (-1) – Artyom Anisimov (-2) – Kirill Petrov (-1) ; Denis Kokarev – Aleksandr Svitov – Sergei Soin ; Sergei Mozyakin [une présence].
En réserve : Vassili Koshechkin (G), Yevgeni Ryasenski (côte cassée), Andrei Loktionov.
États-Unis
Gardien : John Gibson.
Défenseurs : Matt Carle (A, +2) – Justin Faulk (+2) ; Matt Hunwick (+2) – Erik Johnson (+1) ; Chris Butler (+1) – Jeff Petry (+2) ; Jamie McBain – Jacob Trouba.
Attaquants : David Moss (+3) – Paul Stastny (C, +4, 2′) – Craig Smith (+4) ; Alex Galchenyuk (+1) – Tim Stapleton (2′) – T.J. Oshie ; Ryan Carter (+1) – Nate Thompson (A, +1) – Stephen Gionta (2′) ; Aaron Palushaj (2′) – Nick Bjugstad – Danny Kristo.
Remplaçant : Ben Bishop (G). En réserve : Cal Heeter (G), Bobby Butler, Drew LeBlanc.









































