NHL : Bilan de novembre à l’Est

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Décryptons chaque mois le classement de la NHL, ses logiques et ses incohérences annonciatrices de changement. Les statistiques utilisées dans cet article sont expliquées en fin de texte.

Par Thibaud Châtel – @batonsrompus

Nous sommes maintenant au quart de la saison et les choses se mettent doucement en place. Les bons et les mauvais départs se nivellent doucement et de vraies tendances émergent.

Division Atlantique

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Le départ flamboyant des Canadiens de Montréal a comme prévu perdu de sa superbe. La fiche quasi-parfaite du mois d’octobre s’est changée courant novembre en 8 victoires, 5 défaites et 1 défaite en prolongation. L’équipe demeure en tête de la ligue mais voit son avance fondre petit à petit. Sans pour autant s’écrouler d’un coup comme cela aurait pu être le cas, la bulle se dégonfle néanmoins petit à petit. Les tireurs sont revenus à la normale (8%) et les taux de possessions sont stables dans la moyenne. Le PDO est descendu de 105,5 à un acceptable 102,3 permis par le brio naturel de Carey Price.

RADULOV Alexander 130504 266Les apports inhabituels des joueurs de 4e trio (Byron, Mitchell) se tarissent, de même que les boulets de canon de Shea Weber se font plus rares. Si le talent à l’attaque ne se dément pas (le jumelage Galchenyuk-Radulov fait des étincelles), la carence principale de l’équipe demeure encore et toujours son système défensif beaucoup trop poreux.

Montréal affiche la 24e défense de la ligue en termes de chances de marquer accordées et à l’inverse la 7e attaque. L’équilibre obtenu est précaire et tient beaucoup sur les épaules de Carey Price qui sauve les meubles plus qu’il ne le devrait. Le portrait ressemble donc de nouveau à celui que l’on connaît de Montréal ces dernières années : une équipe au jeu moyen dépendant beaucoup trop de son gardien titulaire. Son remplaçant Montoya, a, lui, vu sa bulle exploser en plein vol dans une défaite 10-0 face à Columbus. Montréal a d’ailleurs perdu ses 3 matchs avec Montoya en novembre, signe que les temps sont durs sans Price. Autre ombre au tableau, le calendrier jusqu’ici favorable pourrait être fâcheusement révélateur en décembre. Avant cette semaine, Montréal avait en effet joué 14 de ses 22 matchs à domicile et seulement 7 matchs contre des équipes virtuellement qualifiées pour les playoff… Des conditions plutôt confortables donc qui vont s’inverser en décembre avec 5 face-à-face contre les équipes californiennes, sans compter que Pittsburgh, Tampa ou Washington sont également au programme. Le mois de décembre s’annonce donc des plus intéressant.

Ottawa est un peu un mystère à ce point-ci de l’année. Le taux de possession est faible, les chances de marquer sont passées en dessous de la moyenne et les tireurs sont en déveine notable à 6,3% de réussite. Alors que viennent faire les Senators au deuxième rang de la division ? Ils n’y sont sûrement pas pour très longtemps. À regarder le calendrier, ils ont surtout réussi à grappiller des points contre des adversaires directs (Montréal, Boston, Caroline) ce qui, après 20 matchs, permet sans doute de détenir cette maigre avance. Craig Anderson offre également des performances très solides et Mike Condon a été d’un renfort efficace dans son rôle de doublure. L’entraîneur Guy Boucher continue de tirer le meilleur de ses troupes mais le manque de profondeur risque de se faire de plus en plus sentir à mesure que la saison avance et que les adversaires montent en puissance. À voir si le véritable visage des Sens est celui vu en octobre ou celui plus pragmatique de novembre.

 

Tampa Bay grimpe doucement au classement sans pour autant époustoufler par ses performances. L’équipe peine à dominer ses adversaires au niveau des tirs et des chances de marquer, ce qui constituait pourtant une marque de fabrique ces dernières saisons. Les 3e et 4e trio de l’équipe sont particulièrement faibles à ce niveau. Johnson, Killorn, Filpulla ou Callahan affichent des taux de possession entre 46 et 47%, loin des 52% de Kucherov et des 55% de Stamkos dont la perte sur blessure fait très mal. Victor Hedman n’est pas non plus aussi dominant que d’habitude. Dans les cages, Ben Bishop obtient la majorité des matchs mais continue de faire piètre figure alors que Vasilevskiy confirme son énorme potentiel. Le management aimerait garder son duo de gardiens jusqu’au bout de la saison mais il semble que plus tôt le jeune russe sera officialisé comme titulaire, le mieux ce sera pour Tampa.

Boston continue d’étonner la ligue par ses magnifiques performances collectives. Le trio Bergeron, Marchand, Pastrnak affiche des taux de possession de 62% ! Torey Krug et Adam McQuaid s’en donnent aussi à cœur joie dans un rôle très offensif (56-57% de possession) tandis que le jeunot Brandon Carlo, 20 ans, fait des merveilles aux côtés de Chara, dans le sens inverse. Tukka Rask est revenu parmi les meilleurs de la ligue et on évite de faire jouer ses remplaçants… Boston affiche tout simplement le meilleur taux de possession de la ligue à 54,7%, couplé par des chances de marquer largement dans le positif. Les tireurs ont même une marge de progression puisqu’ils demeurent sous la moyenne à 6,2%. Pas étonnant de voir donc les Bruins s’accrocher aux playoff malgré un manque de profondeur pénalisant. Mais il faut dire que les premières lignes sont sacrément efficaces.

Deuxième derrière Montréal fin octobre, Détroit a bel et bien vu sa bulle dégonfler comme prévu. Le départ de feu des vieilles jambes à l’attaque s’est assagi et les chiffres de possession et des chances de marquer ressemblent davantage à ce que l’on attendait des Wings : dans le négatif. Si la défense tient le choc, l’équipe n’est que 20e de la ligue pour se créer des chances de marquer. Le PDO de 102,5 est descendu à 100,8 car si Jimmy Howard fait belle figure, Petr Mrazek a bien des difficultés tenir son rang de titulaire avec un taux d’arrêt total de 90,5%. À ce rythme-là, Détroit pourrait bien vivre un printemps sans playoff pour la première fois en un quart de siècle.

Le grand chambardement effectué cet été en Floride a connu un nouvel épisode cette semaine avec le limogeage surprise – et folklorique – de l’entraîneur Gérard Gallant. Maintenu en poste malgré la tornade managériale, il a toutefois fini par payer le fait d’avoir été nommé par les précédents dirigeants de l’équipe. En coulisse, il apparaît que la confrontation entre le nouveau boss Tim Rowe, et son approche expérimentale qui se base avant tout sur les statistiques avancées, et un entraîneur aimé de ses joueurs mais représentant une plus vieille école devenait ingérable. Rowe a d’ailleurs pris dans la foulée le poste d’entraîneur, tout en se déchargeant de certaines responsabilités de Directeur Général. L’approche est audacieuse, comme depuis le début. Les résultats sur la glace demeuraient jusqu’à présent en demi-teinte, l’équipe produisant un bon jeu de possession mais ne se traduisant pas véritablement au tableau d’affichage. Certes la réussite des tireurs devrait augmenter (seulement 6,7%) mais les chances de marquer sont minces. Tim Rowe a également évoqué une nouvelle approche de la couverture défensive, alors que celle en place était bâtie de façon à accommoder les forces de Luongo dans les buts. Sa doublure James Reimer étant justement un placement à long terme de Rowe, il convient de se demander s’il ne souhaite pas le favoriser davantage. La réaction des joueurs sera donc à suivre de très près car, au-delà des résultats, le lien humain avec Gallant semblait fort même si, en bons professionnels, ils devraient tout donner quoi qu’il arrive.

 

MATTHEWS Auston 160506 041Toronto se maintient dans la course on ne peut plus serrée au classement. La brigade des jeunes Leafs continue de faire écarquiller les yeux des observateurs et leurs matchs ne manquent jamais d’intérêt. Imaginez donc une équipe ayant la meilleure attaque et la 29e défense de la ligue pour les chances de marquer ! Si le talent des joueurs concrétise assez régulièrement les chances crées, le travail des gardiens laisse encore à désirer. Andersen s’ajuste néanmoins petit à petit et un retour à des performances habituelles aura un impact certain sur les résultats de l’équipe.

Si, sur le papier, le résultat de cette stratégie est encore positif (meilleur taux de chances de marquer de la ligue avec 55,84%), l’état-major commence tout de même à chercher un peu plus de stabilité en défense avec pourquoi pas l’acquisition d’un défenseur « shut-down » spécialiste du travail ingrat mais efficace. Moins de folie et plus de rigueur pourrait rendre les Leafs moins agréables à regarder mais donnerait encore plus de fil à retordre à leurs adversaires.

 

Buffalo est la seule équipe légèrement décrochée au classement, ce qui ne constitue pas forcement une surprise même si l’équipe n’est certainement pas aussi mauvaise que ça. La possession a remonté légèrement et les chances de marquer ont fait le chemin inverse. Ce qui gangrène véritablement les Sabres est le manque de réussite effroyable de ses tireurs. Avec 5,2% de réussite, Buffalo est de loin la pire équipe de la ligue. Pour dire, Boston est 29e avec près d’un point de pourcentage de plus à 6,17%. Kane, Moulson, Ennis, Girgensons sont en panne sèche avec moins de 3% de réussite ! O’Reilly n’est guère mieux. Dommage car les gardiens font un gros travail et la défense est plutôt hermétique (3e de la ligue pour les chances de marquer accordées). Le retour au jeu tant attendu de Jack Eichel devrait faire du bien au moral et peut-être enfin relancer la machine. À voir si cela suffira pour raccrocher le wagon.

 

Division Métropolitaine

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Les New York Rangers continuent sur un joli petit rythme leur folle croisière. Le pari stratégique de faire descendre leurs attaquants très bas en zone défensive afin de pouvoir lancer des contre-attaques très rapides face à des défenseurs quasi stationnaires (puisqu’en position offensive à la ligne bleue des Rangers) s’avère toujours payant. En conséquence, si l’équipe subit au taux de possession, leurs attaques se créent beaucoup plus de chances de marquer que l’adversaire en s’approchant davantage des cages ennemies (l’avantage de la contre-attaque).

La réussite faramineuse des tireurs peut être avantagée par cela mais sans pour autant pouvoir tenir le 11,6% à long terme, même s’ils ont trouvé le moyen de l’augmenter depuis octobre (11,3%) ! En réalité les buteurs se sont diversifiés et Jimmy Vesey qui vivait sur un nuage en octobre avec 6 buts et 33% de réussite aux tirs n’en a inscrit que 2 en novembre et sa réussite est en chute à 20%. Pour mettre tout cela en perspective, depuis 2010, l’équipe la plus en réussite furent les Maple Leafs en 2013 avec 10,7% (en soit un exploit) et les meilleures performances suivantes tombent en deçà de 9,8%. Il faut espérer pour les Rangers que cette folle aventure rentre petit à petit dans le rang, plutôt qu’elle ne se transforme en pénurie soudaine qui se ressentirait durement au classement.

CROSBY Sidney 150509 082Car derrière, les champions en titre ne sont pas loin. Au quart de la saison, Pittsburgh apparait certainement comme un prétendant à sa propre succession. Alors que les taux de possession étaient juste en dessous de 50% fin octobre, les performances ont retrouvé leur rythme de l’an dernier et l’équipe est 2e de la ligue pour les chances de marquer à 55,8%.

Tireurs et gardiens sont dans la norme, donc la situation globale parait complètement sous contrôle, surtout avec un Sidney Crosby qui parait ne jamais avoir été aussi dominant dans sa carrière. Au rythme qu’il mène depuis son retour au jeu, le capitaine des Penguins pourrait s’approcher des 65 buts ! Si la réussite ne sera peut-être pas toujours là, il a rarement autant tiré au but dans sa carrière (3,69 tirs par match), un signe qui ne trompe pas.

Les Blue Jackets de Columbus continuent leur petit bonhomme de chemin avec un style assez caractéristiques des jeunes équipes cette année : un jeu risqué et ouvert. Les Jackets affichent la 8e attaque et la 22e défense de la ligue pour les chances de marquer, ce qui explique des taux neutres autour de 50%, en hausse néanmoins ce mois-ci. Le gardien Bobrovsky joue quasiment tous les matchs et son talent permet ainsi chaque soir à son équipe de prendre des risques en toute sécurité (sic).

La bonne nouvelle vient aussi de l’émergence plus tôt que prévue de Wennberg en attaque – 20 pts en 22 matchs – et surtout de Werenski en défense. À 19 ans, le rookie joue plus de 22 minutes par match sur la première paire avec Seth Jones et a déjà enregistré 16 points ce qui le place dans le top-10 de la ligue parmi les défenseurs. Si l’on ajoute le meilleur power play de la ligue, tout cela est relativement efficace mais demeure tout de même dépendant de Bobrovsky. Les Jackets n’ont pas l’ambition de gagner la coupe cette année de toute façon donc il faut plutôt se réjouir de voir les jeunes jouer de la sorte.

Washington paraît toujours très solide après 20 matchs. Leur taux de possession de 53,7% est le deuxième de la ligue, dans des pourcentages où se côtoient les habitués Los Angeles, San José ou St Louis. Les chances de marquer se sont nivelées après un excellent départ mais rappelons que le taux de possession demeure le meilleur prédicateur des équipes championnes. La volonté de solidifier la seconde moitié d’alignement semble toujours payante et le nouveau venu Lars Eller affiche le meilleur taux de possession de l’équipe avec 60% dans son rôle de 3e centre. Les gardiens font le travail, Holtby étant parfaitement secondé par Philipp Grubauer et l’inquiétude viendrait plutôt du rendement de Kuznetzov, limité à 9 pts en 22 rencontres. S’il se réveille, ce sera une carte de plus qui pourrait donner un coup de boost supplémentaire aux Caps le moment venu.

New Jersey se bat avec les moyens du bord mais ne s’avoue jamais vaincu ! Avec un taux de possession en dessous de 50% et le 27e rang de la ligue pour les chances de marquer avec seulement 44,8%, on ne donne jamais cher de leur peau et pourtant… La défense est plutôt hermétique et le duo de gardien est efficace mais l’attaque est carrément anémique et se classe 29e de la ligue pour se créer des chances de marquer. La blessure de Taylor Hall n’a pas aidé même si Zajac et Cammalleri connaissent un bon début de saison et ont gardé l’équipe à flots. Les Devils demeurent la seule équipe invaincue en temps réglementaire à domicile et ont joué une prolongation dans 12 de leurs 24 matchs ! Bien difficile de se défaire de ces diables-là.

Philadelphie continue d’être l’une des équipes les plus hétérogènes de la ligue. Le trio Giroux-Voracek-Simmons est parmi ce qui se fait de mieux mais derrière… le néant ou presque. Les Flyers forment la 22e attaque et la 25e défense pour les chances de marquer. Et les gardiens forment le pire duo de la ligue à l’heure actuelle. Avoir le 3e power play de la ligue aide un peu mais à part faire jouer Giroux et compagnie 60 minutes par match, les Flyers ne semblent pas aller bien loin.

Bonne nouvelle, nous avons retrouvé la Caroline des années précédentes ! Le système de Bill Peters continue d’afficher des taux de possession et de chances de marquer très positifs mais le manque de talent ne peut concrétiser les occasions et les gardiens sont de dessous de la moyenne. Une vision bien connue et plus que rageante mais l’équipe est en construction, il faut garder patience.

TAVARES John 120505 267Le contrat de John Tavares arrive à échéance en juin 2018 et le capitaine des Islanders de New York doit commencer à se demander s’il a vraiment envie de rester dans cette galère. L’équipe affiche le 29e taux de possession de la ligue et le 22e pour les chances de marquer. C’est simple, seuls Tavares, Nelson et Bailey ont dépassé la barre des 10 points depuis le début de la saison… Les gardiens sont également 22e pour le taux d’arrêt et la question du titulaire, ou de l’échange d’un des deux n’est toujours pas réglé. Avec déjà 8 points de retard sur le quatuor de tête, la saison s’annonce longue à Brooklyn.

 

Note
Toutes les statistiques ne concernent que le jeu à égalité numérique (5v5, 4v4 ou 3v3). Constituant la grande majorité des matchs, seul le jeu à égalité numérique est révélateur des tendances de fond. À l’inverse, le jeu durant les supériorités et infériorités numériques est trop dicté par l’inégalité du moment et impose des tactiques temporaires non révélatrices des forces et faiblesses d’une équipe. Ces phases doivent plutôt être considérées en parallèle.

Taux de possession : Plus communément appelé « Corsi », cette statistique recense tous les tirs effectués par une équipe, qu’ils soient contrés, non-cadrés, arrêtés par le gardien ou deviennent des buts. Cette métrique est utilisée pour décrire quelle équipe a été la plus offensive durant un match, chaque tir étant une conséquence de la possession de la rondelle. Signe de l’importance retrouvée de la vitesse et du jeu offensif, les 5 derniers champions de la coupe Stanley figuraient parmi le top 3 de la ligue en termes de possession.

Chances de marquer : Le pourcentage de chances de marquer fonctionne comme le taux de possession mais ne prend en compte que les tirs pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu. C’est de cette zone que sont marqués 70% des buts en NHL.

% tirs : Le pourcentage de réussite aux tirs est tout simplement le nombre de tirs cadrés qui finissent au fond des filets. Si au niveau individuel cette statistique peut varier, à l’échelle des équipes le niveau de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 8%. Une différence importante indique par conséquent une période de réussite ou de déveine constituant une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.

% arrêts : Le pourcentage de tirs cadrés arrêtés par les gardiens d’une équipe. Si quelques gardiens se démarquent du lot, en bien ou en mal, le niveau des portiers de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 92%. Une différence importante indique par conséquent une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.

PDO : Il est simplement l’addition du % tirs et du % arrêts, donnant un score tournant logiquement autour de 100, et permettant de voir d’un coup d’œil si une équipe respecte les moyennes de la ligue ou non. Chaque année, environ 25 équipes sur 30 obtiennent ainsi un score entre 99 et 101. Les minimums et maximums peuvent aller de 97 à 103.

Par Thibaud Châtel – @batonsrompus

 

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