Vladimir Poutine a autorisé les athlètes russes à aller aux Jeux olympiques. Les menaces de boycott, qui étaient destinées à faire pression pour éviter les sanctions du CIO, semblent donc caduques. Ou pas ? La KHL a diffusé mercredi un communiqué expliquant qu’elle libèrerait ses joueurs… avant de le retirer peu après ! Les propos de son président Chernyshenko (lui-même directement puni par le CIO en tant que président du comité d’organisation des Jeux de Sotchi) auraient été mal interprétés… En fait, la KHL veut maintenir la pression tant qu’on ne sait pas définitivement quels sportifs russes seront effectivement autorisés à participer. Le bras de fer continue donc.
Ce que la Russie veut éviter, c’est un scénario-catastrophe tel que celui touchant les hockeyeuses russes : six des sept joueuses citées dans les enquêtes révélant les secrets du dopage organisé russe ont été exclues (sans preuve selon les Russes), ce qui disqualifiera toute l’équipe (sixième) des Jeux 2014. Mais aucun hockeyeur ne s’est trouvé mentionné dans les fameux carnets exfiltrés, et le sélectionneur de l’époque Bilyaletdinov y est seulement mentionné comme ayant décliné une proposition douteuse. Le risque reste donc faible.
Pendant ce temps-là, la Russie prépare à domicile l’équipe qui – très probablement – ira à Pyeongchang, sans hymne et sans drapeau. Une équipe sans ses couleurs nationales ? En même temps, elle pourrait presque revêtir un maillot de club ! De deux clubs, en fait. Tous les joueurs alignés ce soir évoluent au CSKA Moscou et au SKA Saint-Pétersbourg, sauf Vassili Koshechkin, le gardien de Magnitogorsk, qui devrait faire le voyage en Corée, mais a priori juste comme numéro 3.
Délit de favoritisme ? C’est tellement voyant. Oleg Znarok a sélectionné 14 joueurs du SKA – le club qu’il entraîne – plus 6 dans la Russie B. On sait où il faut jouer pour faire partie de l’équipe nationale, comme au temps de l’Union Soviétique. Cela confirme donc que Znarok ne compte pas sur Andrei Markov, le défenseur offensif de Kazan, qui a déjà participé à trois tournois olympiques. Il ne serait pas en forme, selon les renseignements pris par Znarok.
La Suède se rapproche aussi très clairement de son équipe finale. À 90%, on a sans doute les deux formations qui iront en Corée (le principal absent étant Datsyuk blessé). Les Russes semblent un peu tétanisés devant leur public en début de match. Les Scandinaves peuvent alors mettre en place leur jeu de possession typique avec de l’activité de patinage et une bonne participation offensive des défenseurs.
Faisant preuve d’un bel engagement physique dans ce match, le technique Fredrik Pettersson – en photo ci-dessous – met toute sa conviction dans un lancer sur engagement qui bat Koshechkin (1-0). C’est Ilya Kablukov, un des joueurs dont la sélection était la plus contestée, qui a auparavant perdu la mise au jeu face au capitaine champion du monde Joel Lundqvist.
La Russie s’en sort très bien en rejoignant la pause avec un score de parité grâce à un but inattendu : Sergei Kalinin part vers le coin, suivi par Kronwall, et décoche un tir soudain qui surprend Viktor Fasth dans la lucarne proche (1-1).
La deuxième période est très différente. Les Russes déploient des attaques avec beaucoup de mouvement, verrouillent leurs adversaires en zone neutre, finissent leurs mises en échec et multiplient les lancers. Ils prennent logiquement l’avantage au moment où une pénalité d’Ahnelöv s’achève. Masqué par Plotnikov, Fasth penche la tête à gauche pour voir le lancer de Vyacheslav Voïnov qui part de l’autre côté, pour une possible déviation de Kalinin. La Russie contrôle ensuite de plus en plus le match, qu’elle empoche par un pénalty de Nikita Gusev – sous les bottes du gardien – au début du troisième tiers (1-3).
Une solide victoire qui rend évidemment pas Znarok souriant en conférence de presse. Comme d’habitude, il ne répond pas aux questions et tourne en ridicule ceux qui les posent. Par contre, sans doute par esprit de contradiction, il va répondre aux questions qu’on ne lui pose pas ! Sachant pertinemment que la sélection des joueurs de quatrième ligne du SKA (Kablukov et Ketov) a fait polémique, il les cite nommément en réponse à une question vague et allusive (le journaliste lui demandait sa vision des joueurs « travailleurs » dans l’effectif). Précisons que Kablukov a fini à 2 sur 11 aux mises au jeu alors que les autres centres russes ont tous affiché des bilans positifs.
Commentaires d’après-match
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : « Je suis satisfait du résultat, bien sûr. Il y a des problèmes avec notre condition physique. Nous n’avons pas beaucoup de temps, le championnat est dur pour tout le monde. Je voudrais voir plus de mouvement. […] Je n’ai pas regardé le match du Canada contre la Corée. Le Canada, c’est le Canada, nous nous préparerons. Nous voulons faire plaisir aux fans. […] Kablukov et Ketov se sont bien recommandés lors du tournoi [de la Russie B] en Allemagne, nous avons décidé de les essayer sur conseil de nos observateurs. Quant au fait qu’ils aient perdu l’engagement et encaissé un but… Sur les mises au jeu, nous avons des désaccords en raison des interprétations différentes en KHL et au niveau international. Nous devrons nous réhabituer à la façon de faire de l’IIHF. Même si aujourd’hui les juges de ligne étaient russes. »
Rikard Grönborg (entraîneur de la Suède) : « Nous nous sommes bien battus, nous avons bien résisté, mais sur ce match, cela n’a pas suffi. L’équipe russe était meilleure, il faut le reconnaître. Nous devons transférer les bonnes choses sur le prochain match, et nous améliorer dans beaucoup d’autres domaines. »
Suède – Russie 1-3 (1-1, 0-1, 0-1)
Jeudi 14 décembre 2017 à 19h30 au Palais de glace VTB de Moscou. 11781 spectateurs.
Arbitrage de Aleksi Rantala et Anssi Salonen (FIN) assistés de Gleb Lazarov et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : Suède 12′ (2′, 6′, 4′) ; Russie 6′ (2′, 2′, 2′).
Tirs : Suède 23 (5, 7, 11) ; Russie 38 (12, 17, 9).
Évolution du score :
0-1 à 09’24 : F. Pettersson assisté de Lundqvist
1-1 à 12’52 : Kalinin assisté de Voïnov et Shipachyov
2-1 à 34’13 : Voïnov assisté de Kalinin et Shirokov
3-1 à 41’56 : Gusev (tir de pénalité)
Suède
Attaquants :
Joakim Lindström (-1) – Pär Lindholm (-1) – Oscar Möller (-1)
Dick Axelsson (-1) – Anton Lander (-1) – Patrik Zackrisson
Viktor Stålberg – Andreas Engqvist (2′) – Linus Omark (A, 2′)
Dennis Everberg (+1, 2′) – Joel Lundqvist (C, +1, 4′) – Fredrik Pettersson (+1)
John Norman
Défenseurs :
Staffan Kronwall (A, -1) – Patrik Hersley (-1)
Erik Gustafsson – Jonas Ahnelöv (-1, 2′)
Magnus Nygren – Johan Fransson
Henrik Tömmernes – Jonas Junland
Gardien :
Viktor Fasth [sorti de 58’29 à 59’52]
Remplaçant : Magnus Hellberg (G). En réserve : Niclas Burström, Mikael Wikstrand (D), Alexander Bergström (A).
Russie
Attaquants :
Ilya Kovalchuk (C, +1) – Vadim Shipachyov (+1) – Sergei Kalinin (+2)
Ivan Telegin – Sergei Andronov (A) – Sergei Plotnikov
Nikita Gusev – Maksim Shalunov (+1) – Kirill Kaprizov
Sergei Shirokov (A) – Ilya Kablukov (-1) – Evgeni Ketov
Mikhail Grigorenko
Défenseurs :
Vladislav Gavrikov (+1) – Vyacheslav Voinov (+2)
Bogdan Kiselevich – Dinar Khafizullin
Nikita Nesterov – Aleksei Marchenko
Yegor Yakovlev (-1) – Artyom Zub (-1)
Gardien :
Vassili Koshechkin
Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Anton Belov, Ilya Lyubushkin (D), Valeri Nichushkin (A).