Imaginez un monde où règnent le chaos et l’injustice. Où tout n’est qu’illusion. Où personne ne peut prédire de quoi demain sera fait… Bienvenue dans la division Métropolitaine.
Avant le début de saison, la Métropolitaine devait être l’affaire, comme toujours, des Capitals, Penguins et Blue Jackets. Rendu mi-janvier, le monde est sens dessus dessous ou presque. Devils, Flyers et Islanders ont sorti les fourches pour faire la révolution, les Hurricanes tentent de passer en finesse et les Rangers nous refont le coup du « sur un malentendu… ». La première observation, c’est qu’il n’existe pas dans cette division de gros cador de la ligue, pas de Tampa, Boston, Vegas (oui oui je sais), Winnipeg, Nashville, etc. Et il n’y a pas non plus de petite équipe contre qui prendre des points faciles. Sans hiérarchie, c’est l’anarchie.
Qui peut-on croire dans ce bazar ? Essayons d’y voir plus clair.
Un petit monde bien compact
À l’instar de la division Centrale dont nous parlions la semaine dernière, les huit équipes de la Métropolitaine peuvent encore toutes légitimement espérer se qualifier.
Le petit plus, c’est qu’il semble acquis que les deux Wild-cards de la conférence Est reviendront à la Métropolitaine. Détroit, 4e de l’Atlantique, est déjà 5 points derrière Carolina… Cela ne fait tout de même que cinq places pour 8 équipes. Y en aura pas pour tout le monde et la deuxième Wild-card signifiera affronter Tampa Bay ou Boston d’entrée de jeu…
11 points séparent le premier du huitième, et seulement 3 points séparent le 2e du 7e… Autant dire que chaque semaine peut être témoin d’un chassé-croisé au classement. Et pour l’instant personne n’a abandonné l’affaire. Autre preuve de la pagaille ambiante, les différentiels de buts sont éparpillés façon puzzle, alors que ceux-ci indiquent généralement l’ordre naturel des forces en présence.
Posons donc la question différemment…
Qui mérite de jouer ce printemps ?
Le monde se divise ici en deux catégories… Il y a d’un côté les bons élèves malchanceux et les cancres au derrière bordé de nouilles… Le trait est évidement grossi mais chacun peut se faire son opinion de qui est le plus méritant.
Colombus : Les Jackets avaient très bien commencé la saison. Un effectif jeune et dominant dans le jeu, Sergei Bobrovsky au sommet de son art dans les buts, rien ne semblait pouvoir arrêter la machine. Or, le cerbère russe a pris un gros trou d’air au mois de décembre et il semble avoir entraîné avec lui tous ses coéquipiers. Comme si un manque de confiance avait grippé tout le système. La paire Seth Jones – Zack Warenski et le trio de Panarin sont très costauds mais le reste a du mal à suivre. Columbus navigue aujourd’hui entre la 10e et la 15e place pour la possession et les buts anticipés, pas de quoi fanfaronner, et surtout les unités spéciales sont un gouffre. Avec un différentiel de -10, celles-ci sont 29e de la ligue, étonnante dégringolade pour l’un des meilleurs powerplays de la ligue l’an passé. Ajoutez à cela un PDO négatif à 99,5 et Columbus lutte pour sa survie. Il est quand même permis de penser que si Bobrovsky retrouve ses esprits, l’ossature devrait être assez solide pour se glisser parmi les 5 places disponibles pour les séries.
Pittsburgh : Le champion essoufflé qui sort petit à petit de son hibernation. Le collègue Germain Fanchtein nous en parlait ces jours-ci, les Penguins ont survécu à un début de saison difficile, entaché par les grandes difficultés de Matt Murray dans les cages. Seulement voilà, la machine a repris de l’allant, et si la force de frappe n’est pas pour autant aussi impressionnante que par le passé, il ne faudrait pas penser que Crosby and co sont finis. Possession et buts anticipés grimpent continuellement, les unités spéciales ont un différentiel positif de +19, le 2e de la ligue. Oui, il manque du monde au poste de centre derrière Crosby et Malkin, mais le DG Jim Rutherford est connu pour passer rapidement à l’action et il ne serait pas surprenant de voir prochainement un échange combler ce besoin. Murray n’est toujours pas dans son assiette, et a dû s’absenter après le décès de son père, mais les rookies Tristan Jarry et dernièrement Casey DeSmith font, eux, du bon travail. La réussite des tireurs remonte petit à petit et le PDO avec. Et cela devrait continuer à aller dans le bon sens. Avec son PDO actuel de 96, Pittsburgh aurait le pire résultat de ces 11 dernières années, sachant aussi que seules 13 équipes sur 300 ont terminé en-deçà de 98… La chance finit toujours par tourner au hockey, gare à Pittsburgh quand les dés vont rouler pour eux.
Carolina : Le bon élève modèle du premier rang, petites lunettes rondes et blouse propre incluses. Seulement, quand le bon élève sort dans la cour pour la récréation, ça se passe moins bien. Les Hurricanes pensaient avoir réglé le problème cet été avec l’arrivée de Scott Darling mais le poste de gardien de but plombe encore et toujours un système de jeu léché et franchement dominateur. Carolina a le 5e taux de possession de la ligue et est 2e aux buts anticipés. Les Canes semblent vivre continuellement en zone offensive et seuls Boston et Dallas accordent moins de tirs à l’adversaire en défense. Seulement voilà, à trop vouloir bien faire, Carolina peine souvent à surprendre l’opposition et, à part Jeff Skinner, il manque encore des snipers dans cet effectif, même si Sebastian Aho se révélait cette année… avant de se blesser grièvement. La finition pèche et les gardiens laissent passer trop de pucks faciles. Résultat, le 27e PDO de la ligue constitue encore et toujours un fardeau que se traîne la troupe de Bill Peters. Si cela débloque, attention les yeux, mais la blessure d’Aho et la jeunesse de l’effectif peuvent aussi laisser penser que la direction prendra son mal en patience quoi qu’il arrive.
Philadelphia : Les Flyers sont un peu à la croisée des chemins. En tous cas en termes de se définir eux-mêmes. Le mot qui circule est que la direction visait les séries l’an prochain, ce qui arrive est donc du bonus. Et si cet effectif comporte de sérieux trous, et que le coaching de Dave Hakstol laisse parfois songeur, les combinaisons Giroux-Couturier-Voracek et Provorov-Gostisbehere tirent tout le reste vers le haut. La défense fait un bon travail de prévention des chances dangereuses (mention spéciale à Radko Gudas dans ce domaine) et les trois artilleurs offrent un feu d’artifice devant. Le powerplay met beaucoup de buts mais l’infériorité en accorde encore plus, dommage. L’élément différenciateur depuis le début de saison demeure les performances de Brian Elliott et Michael Neuvirth dans les cages. À 5 contre 5, le duo offre le 2e meilleur taux d’arrêts de la ligue. Si les Flyers demeurent moyen-bof dans le jeu, leur PDO de 101,1 leur permet ainsi de demeurer dans la course aux séries. À voir si les gardiens tiennent la distance. Vu que les plans sont à long-terme, il est peu probable de voir la direction aller chercher du renfort haut de gamme d’ici la date limite des échanges.
New Jersey : Les Devils s’amusent, sans se prendre encore au sérieux. Tant mieux. Eux sont carrément en avance sur le planning de la reconstruction mais le coach John Hynes a su profiter des éléments à sa disposition. Leur force réside dans une défense passive de l’enclave et un jeu de contres assassins. Résultat, New Jersey présente le 24e jeu de possession de la ligue, mais passe légèrement dans le positif pour la qualité des chances : 18e aux buts anticipés. L’équipe a su surfer sur les grosses performances de Cory Schneider dans les buts, la réussite des tireurs et un powerplay convaincant. Cette réussite s’est doucement érodée et le PDO des diables est aujourd’hui à 100 tout rond. Le coussin de points s’est aminci mais la bonne nouvelle est que le jeu s’améliore légèrement, comme si l’équipe se concentrait à poser davantage les bases d’un système gagnant plutôt que de s’en remettre à la chance. Depuis Noël, le fond est ainsi plus convaincant même si les points ne suivent pas toujours, une ironie bien malheureuse. Les blessures n’ont certes pas aidé. Nico Hischier monte en puissance et Taylor Hall connaît une saison époustouflante, à la hauteur de son talent, loin des médisances des médias d’Edmonton. Qu’ils s’accrochent ou non aux séries, la saison est une satisfaction pour New Jersey.
New York Rangers : La vieille recette est encore de sortie. Et Alain Vigneault continue de faire hurler la moitié des fans des Blueshirts. New York se fait dominer, soir après soir, et affiche le 31e taux de possession de la ligue. Personne n’accorde autant de tirs à l’adversaire qu’eux. Même pas Arizona… Vigneault a toujours eu l’impression de créer une zone de sécurité en employant des défenseurs lourds et défensifs comme Dan Girardi, Marc Staal, Nick Holden, etc. Mais le fait est qu’en termes de qualité des chances accordées, les Rangers sont aussi 31e et derniers… Comme ces dernières années, tout repose sur les épaules de Henrik Lundqvist, qui sauve continuellement la mise à ses défenseurs. Le King a retrouvé sa forme d’antan depuis novembre et figure parmi les meilleurs cerbères de la ligue. Tenant le fort à bout de bras, il offre à ses attaquants l’opportunité d’aller placer des contres. Soyons francs, cela ne tient qu’à un fil et la direction semble pour une fois en être consciente. En coulisses, il se murmure que l’équipe prépare déjà l’an prochain, que Rick Nash, agent libre cet été pourrait être échangé, et qu’on écouterait les offres pour Ryan McDonagh, qui demandera une grosse augmentation dans 18 mois. Plusieurs bons prospects pourraient rejoindre l’équipe l’an prochain et un mini-reboot est donc envisagé. Surtout que Kevin Shattenkirk et Chris Kreider sont blessés à long terme, cela fait beaucoup pour un effectif faible en vrais leaders.
New York Islanders : Dopage à la réussite niveau 1. Les Isles sont 22e pour la possession, 21e pour les buts anticipés et 26e pour les unités spéciales… L’attaque repose entièrement sur les deux trios pilotés par John Tavares et l’époustouflant Matthew Barzal, le reste n’est que néant. Comme la défense… 29e pour les buts anticipés concédés. On y rentre comme dans du beurre et le duo Greiss-Halak est à la rue… Alors quoi ? Alors les tireurs vivent sur un nuage. Avec une réussite aux tirs à 10%, les Islanders sont largement en tête de la ligue à ce chapitre. Les équipes suivantes sont en deçà de 9,6%. Une seule équipe en 10 saisons a fini l’année au-delà de 10%, et encore c’était durant la saison écourtée de 2012-2013. Cela indique que, sauf miracle, ces performances ne continueront pas éternellement, et que sans ce dopage les Islanders n’auront pas les reins nécessaires pour lutter jusqu’au bout. On se demande si la direction devrait aller chercher un gardien, car rater les séries ne donnera certainement pas plus envie à Tavares de rester. Les réflexions s’annoncent compliquées à Long Island.
Washington : Dopage à la réussite niveau 10. L’expression employée ce temps-ci pour décrire les Caps est « tigre de papier ». Ne vous fiez pas à la première place au classement, cette équipe-là n’a rien à voir avec les éditions précédentes. Par rapport à l’an passé, le trou d’air du fond de jeu est impressionnant. Washington est passé de 4e à 23e pour la possession du palet, de 10e à 28e pour les buts anticipés. C’est surtout défensivement que la chute est vertigineuse. La saison dernière, seuls Boston et Los Angeles accordaient moins de tirs à l’adversaire, les Caps sont aujourd’hui 26e… Vegas a subtilisé Nate Schmidt cet été, le jeu de Brooks Orpik se détériore de jour en jour et entraîne avec lui John Carlson. Carlson, dont le taux de possession passe de 43% avec Orpiks à 54% sans lui… Si l’autre paire du top4 Niskanen-Orlov joue bien, Orpik-Carlson se font ramasser allègrement et la 3e paire survit difficilement. Le jeune Christian Djoos montre de belles promesses mais ses divers compagnons prennent aussi l’eau. Alors comment Washington est encore 1er ? Tout d’abord parce que la division ressemble à un monde post-URSS sans ordre établi. Et que l’équipe surfe sur le meilleur PDO de la ligue à 102,1. La chose à mettre à leur actif est que cela n’est peut-être pas usurpé. L’an passé déjà, Washington avait fini avec le meilleur PDO, simplement car tireurs et gardiens sont naturellement très talentueux, il ne s’agit pas simplement de chance passagère. Holtby est l’un des meilleurs de sa profession année après année et nul besoin de présenter les Ovechkin, Bäckström, Oshie, etc. Il ne serait donc pas surprenant de voir les Caps conserver un tel niveau de réussite, mais cela ne fait que cacher de grosses faiblesses. Et venu le temps des séries, il est bien connu que rien ne pourra les sauver d’une nouvelle désillusion.
Alors qui s’en sortira ?
Bien difficile de le savoir. Dans un tel capharnaüm, les blessures, un gardien en feu au bon moment ou la réussite en général risquent de faire la différence. À ce compte-ci les Rangers et leurs blessés pourraient être les premiers à décrocher. Les Islanders ne partent pas favoris non plus et les Hurricanes ont leurs propres démons à vaincre. Cela laisserait les cinq places à Washington, New Jersey, Columbus, Pittsburgh et Philadelphia. Mais ne pariez rien…