Après les divisions Centrale et Métropolitaine, finissons notre aperçu des luttes pour les playoffs par la côte ouest, où les choses se décantent peu à peu.
La division Pacifique s’annonçait avant la saison comme peut-être la plus ouverte, car possiblement la moins relevée de la ligue. Edmonton devait confirmer son statut montant, Anaheim et San José y aller à l’expérience et Calgary pousser la porte d’une wild-card. Disons que certaines parties du plan ont déraillé, à commencer par Edmonton, mais surtout par l’imprévisible saison des Golden Knights de Las Vegas.
Hier soir, Los Angeles a repris la 3e place mais le classement de mardi matin illustre très bien la situation de la division. Vegas y est la seule équipe déjà sereinement positionnée pour les séries. Comme tout le monde avait imaginé… Deuxième de la ligue, meilleure équipe à domicile avec une fiche de 19-3-2, Vegas a pris la NHL par surprise. Pour le reste de la division, cela signifie concrètement une place disponible de moins en séries. Déjà que, sur le papier, il était probable que l’ogresse division Centrale récupère les deux Wild-card de la conférence, cela ne laisse que peu de marge de manœuvre aux autres prétendants.
Résultat, seuls 2 minuscules points séparent le 2e du 5e mais cette situation cache des dynamiques bien différentes qui pourraient faire que le classement s’éclaircisse au fil des prochaines semaines.
Au 1er janvier dernier, Los Angeles traînait juste derrière Vegas et comptait 7 points d’avance sur San José et Anaheim, et 9 sur Calgary. Le mois de janvier catastrophique des Kings a remis tout le monde a niveau, à moins que ce ne soient les prémices d’une glissade attendue.
Un leader, deux favoris et deux figurants ?
L’analyse des forces et faiblesses de chaque équipe révèle un tableau assez clair des chances de chacun de se glisser en série. Et à ce compte-là, certaines équipes semblent clairement mieux armées que d’autres.
Vegas : Il faudra un jour reparler en détail de Vegas, car le dossier est sacrément intéressant. Nous sommes coupables d’avoir maintes fois prédit leur chute imminente, et eux n’ont fait que s’améliorer… Le DG George McPhee l’a déclaré dans les colonnes du quotidien montréalais La Presse cette semaine, « On ne s’attendait pas à ça. On voulait avoir un club compétitif pour nous donner une chance de nous installer solidement dans notre marché. » Par compétitif, comprenez « pas ridicule ». McPhee et ses recruteurs avaient utilisé les stats avancées pour dénicher les talents les plus susceptibles de déjouer les attentes mais la part de chance a tout de même eu son importance. La Floride a choisi de protéger Alex Petrovic et Mark Pysyk plutôt que Jonathan Marchessault et a offert Reilly Smith en bonus… Boston a choisi de protéger Kevan Miller plutôt que Colin Miller (ils se sont peut-être trompés dans le formulaire…). Washington n’a pas voulu payer pour protéger Nate Schmidt… Bref, tous les symboles de la machine à sous sont alignés pour le moment et Vegas connait une saison de rêve. D’équipe portée par ses gardiens en début de saison, les Knights ont peaufiné leur identité au fil des matchs pour devenir raisonnablement dangereux en attaque et plutôt bon défensivement. Le changement notable à ce niveau a été de pousser sur la touche (merci les blessures) les vétérans Hunt, Garrrison et Sbisa et de laisser jouer la bande de jeunes défenseurs mobiles. Aujourd’hui, le top 4 est constitué de Schmidt, Theodore, Engelland et Miller, sachant que Mcnabb suit derrière. Schmidt, Miller et Mcnabb constituaient un trio de cartes cachées l’an passé, très performants sur des 3e paires, et ils prouvent aujourd’hui qu’ils avaient le potentiel pour en donner plus. L’identité de Vegas s’est ainsi peu à peu établie sur un jeu de transition très rapide, bénéficiant en plus d’une réussite marquée des tireurs. Et avec un Marc-André Fleury survolté dans les buts, il faut reconnaître que l’équipe mérite sa place actuelle. Le test viendra en séries lorsque les formations adverses raccourciront leurs bancs et que l’opposition deviendra plus dense et plus forte. Nous reparlerons des Knights plus en détails bientôt, promis.
San José : Deuxième équipe du trio de tête, les Sharks survivent malgré leurs défauts. Nous en avions parlé plus tôt dans la saison, San José est encore dans le top5 de la ligue pour les tirs tentés et les buts anticipés pour. Ce point cache cependant une très forte tendance à tirer de loin et à s’en remettre aux shoots des défenseurs. L’efficacité fait ainsi parfois défaut et il n’est pas surprenant de voir le pourcentage de tirs des Sharks au 25e rang de la ligue. Et comme les gardiens ne sont pas exempts de tout reproche – Aaron Dell est retombé de son nuage – le PDO négatif de San José à 98,5 les retient de réellement décoller au classement. C’est d’autant plus dommage que les unités spéciales sont les meilleures de la ligue, avec 62% des buts en faveur des Sharks ! Concrètement, le différentiel y est de +17 pour San José. Brent Burns est remonté au 2e rang parmi les défenseurs de la ligue avec 41 points et son taux de réussite personnel est encore bloqué à 3,5%, il risque donc d’en planter quelques-uns d’ici la fin de la saison. Il faudra toutefois faire sans Joe Thornton, encore blessé au genou, mais si la réussite débloque un peu, San José ne devrait pas avoir de problème à faire les séries.
Calgary : La progression du jeune groupe des Flames continue. Après s’être glissé de justesse en séries l’an passé malgré un niveau de jeu très hétérogène, le collectif a pris du mieux cette saison. Le taux de possession est passé de 50,8% l’an passé à 52,3%, et surtout celui des buts anticipés de 49,3% à 52,6%. L’équipe est toujours un peu coupée en deux, entre un top6 en attaque et une paire Giordano-Hamilton très performants, et le reste du groupe. La 4e ligne et la 3e paire sont des gouffres notoires et subissent le jeu soir après soir. Il ne serait pas étonnant de voir les Flames aller chercher du renfort de ce côté. L’arrivée de Travis Hamonic constitue de même une déception, son association avec TJ Brodie n’est pas d’une sureté défensive notable et n’apporte que peu offensivement. Au rayon des bonnes nouvelles, Mike Smith connait une très bonne saison dans les buts. Son taux d’arrêts de 92,6% est le 4e de la ligue et Calgary obtient enfin des performances entre les poteaux capables de sauver l’équipe certains soirs. Depuis Noël, leur fiche de 7-1-5 est parmi les meilleures de la ligue et, au bout du compte, Calgary semble également bien équipé pour jouer ce printemps.
Los Angeles : Si Vegas, San José et Calgary jouent assez bien pour mériter les séries, qu’est-ce que cela signifie pour L.A ? Et bien, que les choses s’annoncent compliquées pour les Kings. La saison avait pourtant démarré sur les chapeaux de roues mais nous avions mis très tôt le bémol dans ces pages sur les réelles capacités de ce groupe. Car, en réalité, l’équipe n’a pas moins bien joué durant ce mois de janvier très difficile, mais les artifices du début de saison se sont dissipés. Le plan du nouveau coach John Stevens était d’ouvrir le jeu afin de retrouver un punch offensif qui s’était affaibli ces dernières saisons. Cela signifiait assouplir la rigueur défensive qui faisait l’identité des Kings sous son prédécesseur. En 6 saisons de Daryl Sutter, Los Angeles s’est, au pire, classé 2e de la ligue pour la possession du palet, un bilan royal. Cette année, ils sont 17e à tout juste 50%. La situation des buts anticipés est encore plus préoccupante alors que le bilan est négatif à 47,8%, 22e de la ligue. La dure vérité est que la défense accorde beaucoup de chances à l’adversaire, un constat que les performances des gardiens masquaient jusqu’ici. Ce n’est plus le cas et la dégringolade au classement en est la conséquence immédiate. Darcy Kuemper est toujours sur un rythme inattendu mais Jonathan Quick a un taux d’arrêts de 89,4% en janvier. Le cerbère a dit couver une blessure et a manqué le All-star game pour se reposer. Le mal est néanmoins fait et le coussin de points du début de saison s’est envolé. Sans changement drastique, on voit mal comment les Kings pourraient tenir le rythme du trio de tête.
Anaheim : Surtout que s’il y a un outsider pouvant causer la surprise, ce sont les voisins d’Anaheim. Nul besoin de revenir sur le début de saison très compliqué des Ducks qui ont dû batailler avec la cascade de blessures des leaders. Le niveau de jeu s’en est grandement ressenti, déjà que Randy Carlisle n’est pas connu pour être un stratège de l’ère moderne… Aujourd’hui encore, Anaheim est 26e et 23e pour la possession et les buts anticipés. Les unités spéciales sont dans le négatif est seule la performance des gardiens a tenu le navire à flot tous ces mois. Résultat, le club est toujours vivant et maintenant que les Getzlaf et Kesler sont de retour, l’histoire n’est plus la même. Depuis Noël, les Ducks sont à 50% de possession mais surtout 54% de buts anticipés, une situation qui ressemble trait pour trait à l’an passé, celle d’une équipe peu artistique mais capable de sauter sur la moindre occasion disponible. Dans ces conditions, Anaheim a les moyens de venir jouer les trouble-fêtes.
Quels ques soient les survivants de cette course aux séries, l’absence de grosse écurie – on verra ce que donnera Vegas en playoffs – risque fort de donner un printemps très intéressant. Une de ces équipes risque de se retrouver en finale de conférence sans avoir l’air d’y toucher. À suivre.
PS: Un mot sur Edmonton : Nous avons souvent répété que le jeu à 5 contre 5 est responsable de la quasi-totalité des résultats dans la NHL. Il représente environ les deux tiers du temps de jeu et des buts. Et, de plus, la grande majorité des équipes se valent en termes d’unités spéciales. Disons que 90% des équipes ne verront pas leur destin changer à cause d’elles. Encore cette saison, seules 3 équipes peuvent vraiment remercier leurs unités spéciales, ou les maudire. Pittsburgh a un différentiel de +18, San José de +20, de quoi garder une franchise dans la course lorsque le 5 contre 5 bat de l’aile, ici en grande partie dû à un PDO misérable. Edmonton est la 3e. Columbus a le 30e différentiel de la ligue à -12… Edmonton est 31e à -21 ! Le gouffre est énorme, dantesque. À 5 contre 5, Edmonton est à seulement -6, au 21e rang de la ligue, juste derrière New Jersey à -4 ou les Rangers à -1, et rappelons que le PDO des Oilers est de 98,8. Avec des indices de possession à 51,5% et de buts anticipés à 52,7% (5e), le jeu à 5 contre 5 d’Edmonton n’est pas ridicule, même si l’équipe plonge dans le négatif lorsque McDavid n’est pas sur la glace, mais ça c’est une autre partie du problème. Bref, il existe plusieurs facteurs à la saison ratée des Oilers, de la construction de l’équipe à un Cam Talbot méconnaissable. Mais les unités spéciales ont coulé à elles seules tout espoir de qualification.