La Slovénie a réussi un très beau tournoi olympique en battant les États-Unis puis la Slovaquie, mais la formule est ainsi faite que la compétition se joue sur un match. Dernière il y a quatre ans, la Norvège a encore une chance de réussir ses JO en ayant « l’aubaine » de rencontrer une petite nation, qu’elle avait battue 5-1 aux derniers championnats du monde de Paris.
Surprise dans la composition de la Slovénie : Žiga Jeglic, l’auteur du pénalty final contre la Slovaquie, est absent. Il est pourtant toujours indissociable de ses compagnons de ligne Ticar et Sabolic. Serait-il blessé ? La nouvelle filtre au même moment : il a été contrôlé positif au fénotérol et a 24 heures pour quitter le village olympique. Il explique avoir pris un médicament contre l’asthme mais avoir oublié sa prescription thérapeutique… C’est Anze Kuralt, l’ailier d’Amiens, qui a la lourde tâche de remplacer Jeglic sur son trio.
Les Slovènes ne semblent pas perturbés et se créent deux occasions dès la première minute, un tour de cage de Mursak et un tir de Ticar dans la mitaine. Ils sont plus tenaces et gagnent les duels. Une seule réaction norvégienne : Mats Rosselli Olsen dévie un centre d’Anders Bastiansen, dans la mitaine de Gašper Krošelj.
Une violente charge de Golicic balance Bonsaksen dans la bande devant le banc norvégien qui lève les bras comme un seul homme. Les arbitres ne sifflent pas et, dans la continuité de l’action, David Rodman s’infiltre jusqu’à la cage et se fait accrocher par Ludvig Hoff. Pendant la supériorité numérique, le déplacement de Lars Haugen est un peu en retard sur la passe transversale de Jan Mursak pour Jan Urbas dans le cercle droit (1-0). Les Norvégiens ne pourront pas faire de reproches à leur gardien sur ce but au vu de la suite de la première période.
Pour sa deuxième titularisation du tournoi, l’universitaire Ludvig Hoff enchaîne les erreurs. Après sa pénalité, voilà qu’il se montre inattentif et indolent dans sa zone avec le palet : il le perd face au pressing d’Anze Kuralt, mais Haugen effectue un arrêt-réflexe de la botte droite. La Slovénie évolue à un tempo supérieur, surtout sa première ligne. Mursak prend de vitesse Espeland mais son revers est bloqué par Haugen couché à terre, et Urbas n’arrive pas à concrétiser le rebond. La Norvège se la joue beaucoup trop facile et peu appliquée : une passe un peu aveugle de Thoresen en zone neutre est coupée par Mursak au repli et lui offre une occasion, encore sauvée par Haugen qui finit le tiers à 15 arrêts. L’avantage au score est donc plus que mérité.
La Slovénie subit sa première pénalité au début du deuxième tiers-temps : Luka Vidmar laisse traîner sa crosse et fait trébucher Ken André Olimb. Handicap doublé quand Žiga Pance perd sa crosse… mais la Norvège gâche son moment par un mauvais contrôle de Nørstebø à la ligne bleue. Les Scandinaves ont pris la domination territoriale dans cette période médiane, mais leur jeu reste arrêté, sans mouvement, sans supplément d’âme dans la lutte pour le palet. L’énergie reste slovène et Mursak en débordement voit son lancer détourné… par la tête masquée de Haugen !
Réduite à quatre tirs dans les vingt minutes médianes, la Norvège a semblé à court de munitions et d’idées. Et pourtant, elle démarre fort au troisième tiers-temps, et elle égalise sur une action partie de nulle part, où plutôt de l’arrière de la cage scandinave. Jonas Holøs puis Anders Bastiansen relancent le long de la bande gauche jusqu’à Martin Røymark à la ligne bleue, qui déborde et réussit une passe levée magnifique qui atterrit dans la palette de Tommy Kristiansen au second poteau (1-1). Il n’y avait rien à faire pour les défenseurs slovènes face à cette exécution parfaite.
Quelques « Slovenija » résonnent des tribunes. Les Lynx en ont besoin car il n’est pas facile de digérer la situation après avoir maîtrisé tout le match sans être payé en retour. Jan Urbas est accroché au passage de la ligne bleue par Reichenberg. Il n’y a rien de mieux qu’un jeu de puissance pour se relancer, mais les gestes techniques sont approximatifs. La Slovénie retrouve peu à peu sa vigueur dans les duels. Žiga Pance fait trébucher Hoff, mais la Norvège ne s’installe qu’en fin de supériorité numérique sans prendre de lancer dangereux.
Les deux équipes sont acharnées défensivement à ne rien lâcher. Ken André Olimb essaie de mettre la pression pendant une grosse présence, mais Groselj écarte le palet d’un poke-check. Miha Verlic récupère le rebond et Ken André l’accroche. Sur l’avantage numérique, les occasions slovènes pleuvent. Blaz Gregorc allume deux missiles de la ligne bleue, l’un sur le poteau et l’autre sur Haugen. Un tir de Žiga Pance est repoussé par le haut de la botte du gardien norvégien. Un dernier slap de Sabahudin Kovacevic est repoussé par Haugen et le rebond file près des patins de Pance, qui aurait eu la cage ouverte.
Alors qu’on s’achemine vers la prolongation, à dix secondes de la fin, Bonsaksen fait obstruction sur Kuralt, clairement l’un des Slovènes les plus dynamiques dans ce match. Voilà qui a de l’importance : les Lynx commenceront le temps supplémentaire à 4 contre 3. Ils sont très patients, et toujours pas en réussite : c’est au tour du capitaine Jan Muršak de faire résonner le poteau.
La prolongation se poursuit à 4 contre 4. Les frères Olimb portent d’abord le danger en zone offensive avec leur protection de palet. Quand les Slovènes le reprennent et changent de ligne, Urbas perd la rondelle dès le passage de la bleue par une charge de Sørvik. Le vétéran Patrick Thoresen dribble alors jusqu’au but, Rosselli Olsen n’arrive pas à conclure en force face à Krošelj couché, mais le palet ressort vers Bonsaksen qui marque d’un tir lointain. L’explosion de joie et la tristesse slovène se figent un temps quand l’arbitre fait appel à la vidéo, mais l’éventuelle obstruction sur le gardien est terminée au moment du but.
La Norvège atteint donc les quarts de finale, face à la Russie, et elle doit une fière chandelle à un Lars Haugen étincelant ce soir. Petite nation non établie en élite, mais incroyablement valeureuse, la Slovénie aurait mérité – même sans Jeglic – d’atteindre de nouveau un quart de finale olympique.
Commentaires d’après-match
Kari Savolainen (entraîneur de la Slovénie) : « C’est toujours dur de perdre, mais nous avons eu nos occasions. C’était difficile, y compris à cause de ce qui est arrivé à Ziga, mais on a vu sur la glace que ça ne se ressentait pas. Anze Kuralt a montré qu’il est un joueur qui a de l’avenir. Peut-être qu’ils avaient plus d’expérience, mais le match était très équilibré. C’est difficile pour nous tous à ce moment, je ne peux rien dire aux joueurs. »
Jan Muršak (capitaine de la Slovénie) : « Bien sûr, il y a beaucoup de déception. Mais je pense que nous pouvons avoir la tête haute. Nous avons été meilleurs pendant la majorité du match, sauf pendant les cinq premières minutes du troisième tiers. Nous avons aussi eu deux poteaux. Parfois on gagne, parfois non, même en dominant. Mais on a tout laissé sur la glace et on aurait pu se qualifier en quart de finale avec un peu de réussite. Si au début des Jeux on nous avait offert deux victoires et deux défaites, on aurait accepté tout de suite. Je suis heureux que nous ayons montré un bon esprit d’équipe. »
Slovénie – Norvège 1-2 après prolongation (1-0, 0-0, 0-1, 0-1)
Mardi 20 février 2018 à 16h40 au Centre hockey Gangneung. 6312 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Stricker et Tobias Wehrli (SUI) assistés de Vit Lederer et Miroslav Lhotsky (SVK).
Pénalités : Slovénie 4′ (0′, 2′, 2′), Norvège 12′ (4′, 2′, 6′).
Tirs : Slovénie 34 (16, 9, 8, 1), Norvège 26 (9, 4, 11, 2).
Évolution du score :
1-0 à 06’38 » : Urbas assisté de Mursak (sup. num.)
1-1 à 43’06 » : Kristiansen assisté de Røymark et Bastiansen
1-2 à 63’06 » : Bonsaksen assisté de Rosseli Olsen et P. Thoresen
Slovénie
Attaquants :
Jan Urbas (-2) – Jan Muršak (C, -1) – Miha Verlic (-1)
Anze Kuralt – Rok Ticar (A) – Robert Sabolic (-1)
Bostjan Golicic – Marcel Rodman – David Rodman
Žiga Pance (2′) – Aleš Music – Ken Ograjenšek
Défenseurs :
Mitja Robar (A) – Blaz Gregorc
Matic Podlipnik (-1) – Sabahudin Kovacevic (-1)
Luka Vidmar (-1, 2′) – Aleš Kranjc (-1)
Gardien :
Gašper Krošelj
Remplaçant : Luka Gracnar (G), Jurij Repe, Andrej Hebar. En réserve : Matija Pintaric (G), Žiga Pavlin, Žiga Jeglic (exclu pour dopage).
Norvège
Attaquants :
Ken André Olimb (2′) – Mathis Olimb (A) – Patrick Thoresen (A, +1)
Alexander Reichenberg (2′) – Anders Bastiansen (+1) – Mats Rosselli Olsen (+1)
Ludvig Hoff (2′) – Kristian Forsberg – Steffen Thoresen (2′)
Martin Røymark (+1) – Niklas Roest – Tommy Kristiansen (+1)
Défenseurs :
Mattias Nørstebø (+1) – Jonas Holøs (C, +1)
Alexander Bonsaksen (+1, 2′) – Daniel Sørvik
Stefan Espeland (2′) – Henrik Ødegaard (+1)
Gardien :
Lars Haugen
Remplaçant : Henrik Haukeland (G), Johannes Johannesen, Matthias Trettenes. En réserve : Henrik Holm (G), Erlend Lesund, Eirik Salsten.