Emmanuel Colliot : « La qualification olympique, l’objectif central »

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La saison est lancée pour l’équipe de France féminine. La dixième nation mondiale est en regroupement à Louviers en Normandie, à proximité de Rouen, à partir de ce jeudi. Un stage pour imprimer un rythme de croisière qui mènera les Bleues d’abord jusqu’au Mondial d’Angers, puis aux qualifications pour les JO 2022. Et ainsi oublier les frustrations liées à la crise sanitaire. Interview avec Emmanuel Colliot, le manager de l’équipe de France.

Emmanuel Colliot (Photo FFHG)

Tout d’abord, comment s’est passé l’après-confinement pour l’équipe de France ? La visio a semblé importante pour le suivi de l’équipe.

L’objectif, que ce soit pendant ou après le confinement, était de garder un lien social, une dynamique. Cette période était dure pour les joueuses comme pour le staff. Ne pas avoir eu d’objectif pour assouvir sa passion à la fin de la saison est une frustration. C’est un moyen de se mesurer, on travaille pour ça toute l’année. Les sessions ont permis de ne pas perdre de temps face à la concurrence. Cela a permis de voir comment les joueuses ont vécu le confinement et le déconfinement, sachant qu’en France ou à l’étranger, ce n’est pas la même réalité. L’accès glace était interdit durant une longue période en France mais il était possible en Suède par exemple.

On a gardé ce lien pour que la déception soit digérée le plus vite possible. La vidéo était aussi un gain de temps pour les joueuses, en particulier les collectifs jeunes, qui ont beaucoup profité de l’important travail collaboratif avec le staff junior pour le planning de la saison. L’animation du staff et maintenir un lien avec les joueuses étaient essentiels.

Après un premier regroupement fin juin, ce stage à Louviers marque le début de la saison 2020-2021. Quel est son objectif ?

Le premier stage de juin, qui a duré deux jours et demi, a permis de prendre une photo à l’instant T et de repartir sur une bonne dynamique. C’était le moyen de se regrouper, d’échanger, de préparer la saison tant au niveau social qu’au niveau du projet d’équipe. Ce n’était pas forcément un temps de travail en lien avec une performance instantanée, mais un temps pour préparer la suite. À Louviers, l’objectif est de prendre un grand volume de glace, pour retravailler les fondamentaux, construire les fondations du projet de cette année. À un an de la qualification olympique, on a vraiment ça en tête, c’est l’objectif central. Le Mondial en France sera une première étape mais les qualifications olympiques sont dans toutes les têtes. C’est l’objectif de toute une génération de joueuses de l’équipe de France.

28 joueuses sont convoquées dont près de la moitié évolue ou va évoluer à l’étranger. C’est plutôt un signe encourageant concernant la santé et la formation du hockey féminin en France ?

Oui, c’est bon signe. Après la redescente de l’élite l’année dernière, nous avions échangé avec les joueuses, à deux ans du Tournoi de Qualification Olympique, qu’elles fassent le maximum d’efforts pour être prêtes physiquement, et ce dans le meilleur contexte d’entraînement et de compétition possible en vue des qualifications.

Marion Allemoz 2
À gauche Marion Allemoz, capitaine des Bleues et attaquante de MODO en Suède.

Plusieurs joueuses sont sorties de leur zone de confort pour jouer à l’étranger, pour un nouveau challenge, dans le championnat finlandais par exemple. Une nouvelle expérience à l’étranger, c’est se mettre en danger pour gagner sa place et briser la concurrence. Dans la construction du projet, c’est très positif. À quasiment l’unanimité, les joueuses ont un meilleur contexte ou au moins similaire, aucune n’est dans un contexte qui ne soit pas du haut niveau.

Concernant les plus jeunes joueuses, la première saison à Cergy du Pôle France féminin s’est achevée. Un Pôle qui a pour vocation de former les joueuses de demain. Quel bilan peut-on tirer après cette saison à Cergy ?

Un bilan extrêmement positif, et ce pour plusieurs raisons. Il y a eu un travail de fait par mes prédécesseurs et les collègues en place pour structurer le Pôle de Chambéry, mais l’avoir établi au centre fédéral a été une étape supplémentaire. Nous avons pu compter sur Sébastien Roujon, un nouvel entraîneur qui, en terme de compétence, représente le haut niveau à mes yeux.

Ce que l’on faisait à Chambéry, tout devait se faire en mieux à Cergy, et mettre la joueuse au centre du projet. Comment peut-elle gagner plus de temps dans le transport, mieux récupérer, etc. C’est un Pôle avec des compétences de haut niveau, des experts, avec un souhait de responsabiliser les joueuses pour qu’elles soient actrices de leur projet. Pour cette première saison, nous avions 17 joueuses. L’objectif étant de les conserver jusqu’à un ou deux ans post-BAC. Certaines ont un, deux ou trois ans au Pôle et intègrent le groupe élargi de l’équipe de France. Nous sommes clairement sur la préparation de la relève, une relève qui va vite et aussi une concurrence qui se créée. 16 joueuses sur les 17 resteront, c’est une continuité du travail.

Et nous avons recruté les meilleures joueuses de plusieurs générations. Nous continuons de recruter pour arriver à 23-25 joueuses, l’objectif que nous nous fixons. Des joueuses qui sont dans le parcours de performance fédéral intègrent ensuite le Pôle France, cela permet de recruter l’ensemble des joueuses à potentiel. La réussite du projet, c’est l’attractivité du Pôle.

Le point final de cette saison sera le Mondial qui aura bien lieu à Angers en 2021, après avoir été annulé en avril dernier. J’imagine que toute l’équipe est soulagée de pouvoir le disputer ?

La pilule a été difficile à avaler car le Mondial a été annulé avant que le confinement soit annoncé et avant que l’épidémie ne touche vraiment la France. Chacun d’entre nous, staff et joueuses, avons relativisé cette décision. Il y a eu une semaine, entre l’annonce de l’annulation du Mondial et la décision du confinement par le président Macron, qui a été très difficile. Mais quand on a vu l’ampleur dans le monde et en particulier en France de la pandémie, cela a permis de relativiser ce choix, et remis le sport à sa place par rapport à la santé. Les joueuses sont désormais tournées vers leurs nouveaux objectifs et l’avenir.

Le Mondial à Angers, dans la patinoire quasi neuve, c’est un signal fort pour l’équipe de France féminine ?

Oui. Habitant à Nantes mais originaire d’Angers, je connais très bien le club. Le club, ses dirigeants, la mairie, tout le monde était très impliqué. Le produit préparé allait être une super réussite. Ce n’est que partie remise. La prochaine édition sera sans aucun doute une réussite populaire et pour le hockey sur glace féminin.

L’autre gros objectif de l’équipe de France féminine, ce sont les JO que les Bleues n’ont pour l’instant jamais disputé. Initialement, le Tournoi de Qualification Olympique, en Suède, était prévu pour février 2021, il a finalement été décalé en août, donc après le Mondial d’Angers. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose, ce décalage ?

C’est une donnée qui a changé, et cette donnée est la même pour toutes les équipes. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise nouvelle, on a accepté la décision et on travaille avec cette nouvelle donnée.

Entre le Mondial d’Angers et le TQO, il y a un dénominateur commun, c’est la Suède. Une grande nation de hockey dont la fédération peine à valoriser la sélection féminine, qui a traversé plusieurs crises (grève, changement d’entraîneur). Qu’est-ce que cela t’inspire ?

Le lion n’est jamais aussi dangereux que quand il est blessé. Vu de l’extérieur, la fédération suédoise semble avoir quelques problèmes. Il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les joueuses, mais en même temps nous devons nous concentrer sur nos bases, sur nos qualités, et ne pas identifier les problèmes de la fédération suédoise. Le championnat suédois est un très bon championnat, l’ensemble de leurs joueuses jouent chez elles, elles seront bien préparées. Elles seront compétitives et dures à battre.

Nous concernant, nous n’avons jamais été aussi proches d’une qualification pour les JO, encore plus proches qu’il y a trois ans [les Bleues étaient passées par un tour intermédiaire à Cergy, NDLR]. Mais être proche ne suffit pas, et la différence est parfois très fine. Tous les efforts doivent être faits pour concrétiser cet objectif.

Le sport féminin de manière générale a des problématiques communes, dans le hockey mais dans n’importe quelle fédération et n’importe quel sport. Ne jamais rien prendre pour acquis. La Coupe du monde féminine de football a obtenu du succès mais la crise sanitaire a quelque peu étouffé l’engouement. Il faut se battre au quotidien pour ce projet, les joueuses le méritent. Et je ne souhaite pas comparer les projets masculin et féminin, les deux sont importants, les deux sont du haut niveau et les deux demandent du sacrifice, qui ont la même valeur à mes yeux.

La France est dixième nation mondiale. Que lui manque-t-il pour encore progresser et pourquoi pas pérenniser une place parmi l’élite ?

Un petit peu de tout. Un peu plus de préparation physique, de fraîcheur, de talent technique. Nous essayons d’optimiser tous les facteurs de la performance, nutrition, sommeil, récupération, etc. Aujourd’hui, nous sommes dans le positif, nous nous battons contre des adversaires et nous-mêmes, et nous faisons de notre mieux pour y parvenir. Il n’y pas un axe prioritaire qui est identifié, mais nous travaillons sur tous les leviers de la performance, de la façon la plus professionnelle et structurée possible. Pour battre régulièrement la Suède et les équipes classées 7 à 10.

Programme de la saison :

23-31 juillet 2020 : Stage à Louviers
24-29 août 2020 : Tournoi des 4 nations à Kloten (France, Allemagne, Hongrie, Suisse)
2-8 novembre 2020 : Tournoi des 4 nations à Budapest (France, Hongrie, Slovaquie, Norvège)
14-20 décembre 2020 : Tournoi des 4 nations en France (lieu à déterminer / France, Norvège, Tchéquie, Russie)
8-14 février 2021 :  Tournoi des 4 nations en France (lieu à déterminer / France, Danemark, Hongrie, Japon)
Matchs contre la Suède et les Pays-Bas (date et lieu à confirmer)
18-24 avril 2021 : Mondial Division 1A à Angers

Août 2021 : Tournoi de qualification olympique en Suède (France, Suède, Slovaquie, un qualifié du tour intermédiaire).

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