Individuellement ou en équipe, le palmarès de l’ancien gardien tchèque Dominik Hašek est immense. Cette légende du hockey qui a pris sa retraite en 2011 ne se destine pourtant pas au coaching ou à la direction d’un club. Depuis un an, la presse se fait l’écho d’une orientation de plus en plus politique du discours du récipiendaire du temple de la renommée. Il s’est notamment exprimé à plusieurs reprises à l’encontre de la gestion du premier ministre tchèque, Andrej Babis, demandant même sa démission (ainsi que celle de Marie Benešová, ministre de la justice) à l’occasion du rassemblement “Million Moments for Democraty” à Prague. Plus encore, “The Dominator” ne cache plus qu’il n’exclue pas de se présenter aux élections présidentielles en 2023 ou 2028, étudiant sur son temps libre en ce sens.
Dominik Hašek rejoindra-t-il d’ici quelques années la liste des joueurs investis politiquement après leur carrière ? Après l’Amérique du Nord, voici la deuxième partie consacrée aux exemples en Europe.
Peter Šťastný :

Avant 1980 et le départ pour l’Amérique du Nord (son évasion de la Tchécoslovaquie avec ses frères Anton et Marian est un véritable scénario de film, maintes fois contée dans les médias), puis après la partition de la Tchécoslovaquie, il réalise également des performances en sélection. Deux fois champion du monde, il inscrit encore 16 points en 8 matchs à l’occasion des Mondiaux B de 1995 (meilleur marqueur du tournoi), sa dernière compétition internationale avec la Slovaquie. Il s’agira également de sa dernière saison (avec les Blues de Saint Louis) ne jouant que très peu pour se concentrer sur la mise en place de la fédération slovaque de hockey sur glace.
Cette action allait lancer l’engagement institutionnel de Šťastný. En 1998, il s’engage une première fois en faveur de Mikuláš Dzurinda, candidat du Parti Démocrate et Chrétien (qui deviendra l’Union Démocratique et Chrétienne Slovaque (SDKÚ-DS), parti de centre droit, conservateur et libéral) aux élections parlementaires de Slovaquie. Ce soutien se pérennise au gré des échéances électorales et en 2004, il est tête de liste du SDKÚ-DS pour la 6e législature des élections européennes (2004-2009). Le 13 juin il est élu parmi les 14 représentants slovaques au parlement européen (trois candidats élus pour son parti).
Ses missions auprès de l’exécutif européen l’amènent à devenir vice-président de l’assemblée parlementaire Eurolat, en charge des relations de l’Europe avec l’Amérique Latine, mais aussi membre de la commission INTA (commerce international et traités de libre-échange) ou encore de la délégation en charge des relations avec Israël. Tandis qu’il est sous mandat européen, la Fédération le confirme comme sélectionneur de la Slovaquie, mais il va prendre position contre le président de la fédération Juraj Široký au sortir des Jeux de Turin en 2006 avec de lourdes accusations d’ingérence et d’un rôle trouble de Široký sous l’ère tchécoslovaque. Il ira jusqu’à menacer de faire retirer son nom du Temple de le renommée slovaque si la situation à la tête de la fédération n’évolue pas.
En 2009, Šťastný est réélu à l’occasion de la 7e législature (2009-2014). Ne se représentant pas, il suit désormais la carrière de son fils Paul (son autre fils Jan s’est arrêté en 2018), et il n’exclut pas de rejoindre un jour l’organisation des Nordiques, si la franchise devait revenir à Québec.
Vyacheslav Fetisov :

Après sa carrière de joueur, “Slava” Fetisov s’est tourné vers les instances. Assistant-coach chez les Devils pendant quatre saisons (et trois finales de coupe Stanley pour New Jersey), il prend ensuite en main la sélection russe à l’occasion des Jeux Olympiques de 2002 à Salt Lake City. Le 29 mars 2005, il devient président inaugural du comité des athlètes de l’Agence mondiale anti-dopage.
Personnalité d’influence qui aura été un acteur prépondérant de la diffusion des joueurs soviétiques/russes en NHL, tout en étant en phase avec le discours exécutif, Vladimir Poutine fait appel à lui dès 2002 pour lui confier le ministère des Sports en Russie, poste qu’il occupera jusqu’en 2008 sous l’appellation chef d’agence fédérale des sports. Il est alors difficile d’évoquer les actions et le bilan du ministre Fetisov. Il déclarera avoir su convaincre Poutine de relancer les programmes sportifs et être à l’origine de la construction de 4 000 nouvelles installations dans le pays. Il argumente également sur son rôle dans la hausse des salaires des sportifs et anciens sportifs tout en “augmentant vingt fois le budget du sport”. Également membre du Conseil de la Fédération, la chambre haute de l’Assemblée fédérale russe en tant que sénateur du Kraï du Primorié à l’extrême sud-est du pays, il se montre plus distant (dans les propos) sur le soutien à l’action russe, notamment de restriction des droits à la communauté LGBT ou encore l’annexion de la Crimée.
Il deviendra en 2009 président du CSKA Moscou, et membre actif de la création de la KHL.
Vladislav Tretiak :

À la levée des barrières en 1990, Tretiak arrive à Chicago pour devenir entraîneur des gardiens chez les Blackhawks. Il y restera près de quinze ans en alternant dans les dernières années avec le même poste en sélection russe. Puis de 2008 à 2011, il est désigné sélectionneur de l’équipe nationale qu’il conduira au titre de champion du monde en 2009.
Il est alors polyvalent. En décembre 2003, il se présente à Saratov pour les élections législatives. Il représente le parti “Russie Unie”, soutenant le pouvoir et Vladimir Poutine. Les actions engagées sont démocratiquement singulières, comme en témoigne cette anecdote auprès des étudiants, relayée sur le site à l’époque. Mais cela n’a pas empêché Tretiak d’être élu à la majorité absolue (comme le sera Russie Unie et les alliés au parlement, permettant au président Poutine de réformer la constitution). Il rejoint alors la Douma, la chambre basse du parlement russe. Il y siégera quatre ans et sera en outre désigné président de la fédération russe de hockey sur glace (avril 2006), fonction qu’il occupe toujours actuellement.
Jiří Šlégr :
Il apparaît dans le championnat tchécoslovaque avec son club formateur qui jouera un rôle prépondérant dans sa carrière, le HC Litvinov. Ce défenseur offensif prometteur est drafté par Vancouver en 1990, et rejoint la NHL pour la saison 1992-1993. Ses premiers pas ne sont pas dominants, il est échangé à Edmonton où il reste jusqu’en 1996. Il décide alors de revenir en Europe mais n’y jouera qu’une saison, principalement en Suède pour Södertälje. Tout se lance véritablement à l’occasion de la saison suivante (1997-1998) : Šlégr rejoint Pittsburgh et remporte le premier titre collectif de sa carrière, les Jeux Olympiques de Nagano avec la République Tchèque. Après un passage par Atlanta, il termine la saison 2001-2002 avec les Red Wings de Detroit. Il n’y jouera cette saison que huit matchs plus un en play-offs, mais c’est assez pour ajouter une coupe Stanley à son palmarès. Il poursuit alors ses voyages entre Europe (2002-2003 puis le lock-out de 2004-2005) et Amérique du Nord (2003-2004) et quittera définitivement la NHL à l’issue de la saison 2005-2006. En remportant les Mondiaux l’année précédente avec la République Tchèque, il est devenu pensionnaire du “Triple Gold Cup”. En Europe, il s’ajoutera un titre en LNB suisse avec Biel (en 2006-2007, ne concluant que les play-offs d’un passage de deux rencontres) puis se voit remporter le titre national avec Litvinov à l’occasion de sa dernière saison (2014-2015).
Il reste investi dans le club, pratiquement de manière magnanime puisqu’il y a joué tous les rôles : d’abord assistant coach, il est aujourd’hui entraîneur principal, manager général et président.
Šlégr fait partie des joueurs qui se sont investis politiquement alors qu’ils étaient encore sur la glace. En 2010, il décide de se mettre en retrait du jeu pour s’investir dans les élections législatives. Il se présente pour le ČSSD, le parti Social-Démocrate de République Tchèque, dans la région de l’Ústecký (au nord du pays), où se situe Litvinov. Il remporte l’élection et rejoint la chambre des députés. Bien que les Sociaux-Démocrates aient remporté l’élection, ils se sont vite retrouvés à la marge avec l’établissement d’un gouvernement orienté à droite. Le leader du ČSSD, Jiří Paroubek, a été contraint de démissionner. Il se lance l’année suivante dans un nouveau parti appelé en traduction “National-Socialiste : la gauche du 21e siècle ». Šlégr demeure fidèle à Paroubek. Il quitte lui aussi le ČSSD et poursuit son mandat comme non affilié dans l’hémicycle, car refusant de démissionner dans un premier temps. Mais les manœuvres auront raison de sa volonté. Il claque la porte en juin 2013 et annonce retourner dans “l’environnement plus sain” du sport.
Augustin “Gustav” Bubnik :

Une fois amnistié, il poursuit sa carrière qu’il achève en 1962. Il devient alors entraîneur, fonction qu’il occupera jusqu’en 1985, principalement en Tchécoslovaquie mais avec une saison en Autriche et la prise en main des sélections finlandaise (1966-1969) et néerlandaise (1980-1982).
“Échaudé” par le communisme, Bubnik penche politiquement à droite. Retiré du hockey, il se laisse convaincre en 1998 de se présenter aux élections législatives de 3e législature. Il représente l’ODS, le parti démocratique civique tchèque qui se veut conservateur libéral, et plutôt eurosceptique. Représentant la région de Prague, Bubnik est élu et siège à la chambre des députés jusqu’en 2002. Sa représentation principale concernait la commission en charge des sciences, de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et des sports.
Il revint sur le devant de la scène en 2010, briguant un poste de sénateur pour un district de Prague. Il se présente alors sous l’étiquette du SNK ED, toujours un parti de droite conservateur libéral mais priorisant les élections européennes. Il est cette fois-ci relégué très loin, à la neuvième place, avec 2,36% des voix.
Il est décédé le 18 avril 2017, à l’âge de 88 ans.
Sinuhe Wallinheimo :

Wallinheimo n’a pas attendu de ranger le bouclier pour entrer en politique. Engagé au Kokoomus (KOK – le « Parti de Coalition Nationale »), une entité de centre-droit conservatrice et libérale, il agit d’abord à l’échelle locale suite aux élections municipales de 2008 comme conseiller municipal dans la ville de Jyväskylä. Il se présente ensuite à l’occasion des élections parlementaires de 2011. KOK remporte l’élection au national avec 20,4% des voix, soit 44 sièges au parlement. Succès en demi-teinte car c’est un recul pour ce parti, comme pour tous les partis traditionnels face à la poussée de l’extrême droite avec PerusS. En Finlande centrale et avec 4 228 voix, l’ancien gardien obtint son siège au parlement. Il rentre alors dans la grande commission ainsi que la commission en charge de l’avenir.
Dès lors, Wallinheimo n’aura de cesse d’augmenter son score dans les différentes élections. Il conserve son rôle de conseiller municipal à Jyväskylä en 2012 puis en 2017, où il termine avec le troisième total de la ville. Il est également réélu aux élections législatives de 2015 (5 471 voix) et de 2019 (6 690 voix, quatrième total de la région). En interne, il est devenu le numéro 3 du parti et président du comité de défense en 2015.
Sean Bergenheim :

En février 2019, Bergenheim fait l’objet d’une campagne de presse en Finlande au moment où il annonce son intention d’être candidat aux élections législatives deux mois plus tard. Son parrain est Hjallis Harkimo, homme politique finlandais qui a lancé le parti Liike Nyt (“Mouvement maintenant”) l’année précédente, mais l’ex-joueur s’investit en fait auprès du Parti Populaire Suédois de Finlande (SFP-RKP). Ce parti libéral et européiste du centre représente les intérêts de la minorité finlandaise suédophone. Les thèmes phares du candidat Bergenheim sont la santé, l’éducation, l’environnement et les problèmes liés à la parentalité. Il s’appuie notamment sur son investissement passé dans les associations de joueurs (notamment à l’époque du lock-out) et sur des habitudes de communication qu’il nourrit au contact régulier du public.
Il se présente donc à Uusimaa (la région d’Helsinki, dans le sud du pays). Avec 9,1% des suffrages, SFP remporte trois sièges dans la région mais Bergenheim n’en fait pas partie, récoltant 0,3% des votes à l’échelle de la région. Il retente sa chance un mois plus tard à l’occasion des élections européennes. Le Parti Populaire Suédois de Finlande termine alors à la septième place avec 6,3%, et n’obtient qu’un siège au Parlement Européen (pour Nils Torvalds, euro-député depuis 2012).
Simon Schenk :

Rapidement, il est de retour à Langnau mais cette fois-ci sur le banc, quand le club a chuté jusqu’à la troisième division. Il restructure l’équipe avant de retourner à la tête de la sélection de 1995 à 1997. Le propriétaire des Lions de Zürich Walter Frey lui propose alors un nouveau défi, et Schenk devient directeur sportif de l’équipe. Sous sa coupe, Zürich atteint les sommets et remporte le titre en 2000 et en 2001. Il est plus tard conduit dans les mêmes fonctions au sein de l’équipe affiliée du GC Küsnacht en LNB. Sa dernière intervention dans le hockey consiste en un rôle de consultant auprès des Tigres de Langnau, à l’occasion de la saison 2017-2018.
En marge de ses activités dans le staff sportif, Simon Schenk a démarré une carrière politique au sein de l’Union Démocratique du Centre (UDC), désormais principal parti au Conseil national suisse identifié d’extrême-droite, conservateur et nationaliste. Il entre au Conseil national le 28 novembre 1994 comme représentant du canton de Berne. Son investiture sera longue, en remportant les élections fédérales de 1995, de 1999, de 2003 et de 2007, lui permettant de siéger jusque fin 2011. Il y fut essentiellement en charge des dossiers relatifs au sport.
Il est décédé au mois de mai de cette année des suites d’un AVC consécutif à une opération du cœur.
Paul Wyss :
Wyss était un gardien de but suisse qui a débuté dans sa ville natale de Bâle en 1942, pour achever sa carrière en 1957. Il a également joué chez les Young Sprinters de Neuchâtel, et au SC Berne. C’est lors de son passage dans la capitale qu’il rejoint également la sélection helvète. Le 4 mars 1952 à Zurich, il réalise un grand match contre des Canadiens tout juste auréolés d’une nouvelle médaille d’or olympique. La Suisse s’impose 5-4 pour la seule défaite du Canada de toute sa tournée européenne (JO compris), et il faudra attendre 38 ans pour revoir la Nati s’imposait dans cette confrontation.
Wyss a eu une multitude d’activités dans sa vie. Outre le hockey sur glace, il fut lanceur de disques au sein de l’équipe suisse d’athlétisme. Ayant étudié le commerce et l’économie à l’Université de Bâle dont il est ressorti doctorant, il a géré les ressources humaines puis fut investi comme directeur de diverses chambres de commerce, en Suisse comme à l’échelle européenne, ainsi que du parc des expositions de Bâle. Dans les années 1990, il était également président de la fondation suisse d’aide au sport ou encore de la coopérative nationale d’importation de bétail, entre autres mandats d’administrateur.
En politique, il rejoint le Parti Radical Démocratique (PRD), entité libérale de centre-droit alors principal parti du pays avec les sociaux-démocrates. À partir de mai 1977, il est élu au Conseil National, la chambre basse du parlement suisse. Il y restera jusqu’en 1994 et présidera en 1988-1989 la commission militaire, et siégera dans celle sur la politique extérieure.
D’autres joueurs européens, à l’instar de Dominik Hašek, font part d’intentions politiques qui les amèneront peut-être un jour à cette seconde carrière. C’est le cas notamment du l’ancien joueur NHL Sandis Ozoliņš, qui a fait part de ses intentions d’entrer un jour dans le paysage politique letton.










































