Tampa Bay, comme une évidence

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Dallas est en mode survie : après avoir remporté le match 5 en double prolongation, les Texans vont devoir impérativement gagner ce sixième match sous peine de voir le Lightning soulever la coupe Stanley.

Face à une formation qui n’a pas perdu deux matchs de suite dans ces playoffs, la mission s’annonce difficile, mais l’expérience de vieux routiers comme Joe Pavelski et Corey Perry, tous deux décisifs en finale, peut peser. Seules six équipes depuis 1939 ont arraché le match 7 après avoir été menés 3 à 1, et une seule, Toronto en 1942, a gagné la coupe.

Du côté de Tampa, Steven Stamkos est forfait pour le reste de la finale : il n’aura donc joué que 5 présences, pour 2’47, cet été… Un tir, un but : cela restera tout de même dans la légende de la coupe. Jon Cooper surprend en modifiant son alignement et en sortant de son chapeau Aleksandr Volkov à la place de Carter Verhaeghe : le Russe n’a pas joué du tout cet été, et dispute son premier match de playoffs. Il n’en compte que 9 en NHL, mais une carrière intéressante en AHL. Bogosian est lui aussi de retour à la place de Rutta après quatre matchs en tribunes. Même si Dallas a semé le doute, c’est bien Tampa qui peut gagner ce soir et le match 5 était loin d’être mauvais, notamment en fin de match (poteau de Cirelli) et en première prolongation (2 tirs concédés seulement).

La maîtrise du Lightning

Quatre matchs en six jours, cela pèsera sans doute sur le rythme… Les premières minutes manquent ainsi de précision, chacun interceptant facilement les constructions adverses.

Les occasions, elles, se font rares. Jamie Benn a le premier tir dangereux, mais les Stars, qui cafouillent de nombreuses passes, finissent par concéder deux minutes lorsque Cogliano fait trébucher Point à la bleue. Le jeu de puissance ne fait preuve d’aucune efficacité et concède même un contre dans les dernières secondes, Heiskanen manquant le cadre. La séquence a le mérite de fixer un peu plus la physionomie : Tampa fait le jeu, sans vraiment réussir à déjouer la défense, alors que Dallas attend les contre-attaques.

Le bon échec-avant du Lightning crée un revirement dans le coin et Johnson manque d’en profiter près de la cage. Ce pressing décroche aussi une pénalité contre Klingberg, coupable d’avoir fait trébucher Volkov à la lutte contre un dégagement interdit.

Sanction immédiate : une bonne entrée en zone, Kucherov fixe le long de la bande et ouvre la porte à Brayden Point. Le meilleur buteur des playoffs lance, et devance Sekera sur le rebond pour son 14e but (1-0).

La confiance est pour Tampa, qui mène 10 tirs à 1 et aligne une fiche de 11 victoires et 1 défaite cet été après avoir ouvert le score… Les Stars (qui comptent 6 victoires lorsqu’ils ont été menés) sont acculés et multiplient les tirs bloqués. Khudobin fait le reste, avec un arrêt décisif sur un rebond pris par Kucherov. Il faut attendre les deux dernières minutes pour un tir de Dallas après plus de treize minutes sans le moindre arrêt pour Vasilevskiy.

Il reste 1’24 lorsque Hedman est puni pour une obstruction sur Perry dans la neutre. Heiskanen allume la première mèche, suivi de Seguin au cercle gauche. La sirène retentit toutefois sur ce 1-0 avec quatre maigres tirs pour les Stars.

Des Stars asphyxiés

Le Lightning survit à la fin de pénalité au retour des vestiaire. Hedman, sorti du banc, frôle la passe parfaite en 2-contre-1. Puis, les joueurs de Jon Cooper décident de patienter : ils laissent Dallas faire le jeu et se heurter à leur rideau défensif.

Et cette tactique fonctionne. Le Lightning gagne une mise au jeu – avec l’aide du patin de l’arbitre – et envoie le palet vers l’avant. Aleksandr Radulov commet un revirement dans la neutre, ce qui crée un 3-contre-2, à la faveur d’un changement de ligne. Cédric Paquette trouve une passe parfaite vers Blake Coleman, dont la volée devance Khudobin (2-0). Coleman, le natif de Plano, Texas, à guère plus de 30 kilomètres de Dallas… et dont le premier but en carrière était déjà contre les Stars !

Un peu d’air pour Tampa, mais pas longtemps car McDonagh se rend coupable d’une obstruction sur Seguin. Heiskanen et Klingberg allument de la bleue, mais Vasilevskiy ne craque pas. Il est même involontairement percuté par Perry, qui reculait pour faire écran, ce qui annule la fin du jeu de puissance. Tampa bénéficie de 1’20 d’avantage. Kucherov chauffe Khudobin du cercle, Killorn suit, mais Dallas résiste.

La troisième ligne de Tampa enfonce ensuite le duo Klingberg-Lindell pendant près de deux minutes dans son camp, épuisant les Stars. En revanche, la défense effectue un bon travail et ne concède pas de tir cadré.

Les occasions restent en faveur des joueurs de Cooper. Bogosian du point d’appui à travers le trafic, puis Coleman en tête du cercle gauche, sollicitent Khudobin. À trois minutes de la pause, McDonagh entend son tir percuter le poteau, dévié par Johnson. Kucherov enchaîne avec un lancer en pivot : le compteur de tirs grimpe à 18-7 et les tentatives de tir à 37-25. Les Stars parviennent enfin à toucher le gardien à une minute de la sirène sur un envoi à longue distance sans danger, le premier tir en dix minutes. Après un ultime essai de Cirelli en angle fermé, Tampa vire en tête 2-0 et domine nettement la rencontre.

Sursaut d’orgueil de Dallas

Invaincus lorsqu’ils mènent après deux périodes (9 victoires), les joueurs de Cooper sont bien partis. Ils conservent leur schéma, avec une nette possession et des tirs de loin des défenseurs, à l’image d’Hedman. Le but est de rester en zone offensive pendant de longues séquences, gagnant les duels dans les bandes. Lorsque Dallas récupère, les Stars doivent se dégager pour changer de ligne, asphyxiés.

Malgré tout, les verts font l’effort sur leurs rares situations. Seguin attaque ainsi la cage, mais prend sa propre crosse au visage dans le duel qui suit. Il doit patienter sur le banc, le nez en sang.

Le Lightning contrôle et, sur une énième mise au jeu gagnée par Point, Kucherov trouve la mitaine de Khudobin. Les Stars en revanche doivent encore attendre la septième minute pour décrocher un inoffensif 10e tir du match seulement.

En face, une nouvelle longue relance de Bogosian envoie le duo Maroon-Volkov en 2-contre-1. Le vétéran, champion avec St. Louis l’an dernier, choisit le tir et Khudobin tient son camp dans le match.

Il reste une dizaine de minutes, et les joueurs de Rick Bowness s’arrachent les cheveux à la recherche d’une solution. Leur pression monte tout de même d’un cran : Pavelski en déviation, Cogliano du revers, échouent sur Vasilevskiy. Klingberg à son tour trouve la botte, Seguin ne parvenant pas à prendre le rebond, sorti par Killorn à plat ventre sur la glace. La défense de Tampa se resserre parfaitement sur chaque action adverse, et ne laisse que des miettes.

Les minutes défilent et Dallas s’impose plus longuement en attaque. Les tirs manquent de précision, jusqu’à une action de Kiviranta. Vasilevskiy gagne son duel, et repousse aussi Seguin au rebond. McDonagh est puni de deux minutes sur cette action, la plus dangereuse des Stars. Le jeu de puissance commence par concéder un 2-contre-1. Radulov perd un palet et Cirelli démarre avec Coleman. Il choisit le tir et force Khudobin à geler le disque. Les Texans peinent à entrer en zone et paraissent manquer d’énergie. Ils manquent même de prendre un autre but sur un débordement de Coleman en fin de supériorité… La pénalité s’achève, et la différence de la finale semble s’être jouée dans cet exercice. Un seul but en power-play pour les Stars, contre sept au Lightning au long des six matchs.

Khudobin sort pour un attaquant dans les deux dernières minutes. Les joueurs de Tampa se jettent sur tous les palets pour contrer les quelques tirs adverses. Le temps mort à 37 secondes de la fin ne change rien. Les derniers tirs désespérés n’empêchent pas Vasilevskiy de décrocher un blanchissage – son premier en playoffs en carrière, au meilleur moment – et surtout, une coupe Stanley.

La ligne d’adieux est particulièrement émouvante. Rick Bowness fut en effet l’assistant de Jon Cooper lors de la défaite de Tampa en 2015, et connait bien l’effectif adverse. Les deux gardiens russes, Khudobin et Vasilevskiy, passent un long moment à discuter. L’émotion de Blake Coleman face à l’équipe qu’il allait voir enfant avec sa grand-mère est palpable. La déception de Pavelski, Perry, Klingberg… Les Stars ont perdu, mais auront tout donné.

Tampa célèbre, avec tous ses joueurs et son staff. Une cinquantaine de personnes enfermées dans une bulle pendant plus de deux mois, sans famille – seul le frère de Jon Cooper est en tribunes. La coupe Stanley la plus difficile mentalement, peut-être…

Victor Hedman reçoit le trophée Conn Smythe, fort de ses 10 buts depuis la défense (3e de tous les temps), de ses 22 pts et de ses 27 minutes par match. Une rareté pour un défenseur, mais le trophée aurait pu tout autant être décerné à Point (14 buts, 33 pts), Kucherov (34 pts dont 27 assistances) ou Vasilevskiy, qui a joué l’intégralité de tous les matchs et signé 1,90 but encaissé de moyenne et 92,7% d’arrêts.

Arrive alors la coupe Stanley. Et, demande particulière du Lightning, avant que Stamkos ne reçoive la coupe, les joueurs et le staff ont demandé à poser en équipe autour du trophée. Gary Bettman prononce un discours – sans être hué pour une fois ! – saluant le mérite des deux équipes, et de toutes les forces qui ont mis en œuvre ce pari un peu fou de terminer la saison dans deux « bulles ». Il y reconnait le sacrifice de toutes les équipes, éloignées de leurs proches depuis des semaines, pour jouer ces matchs si importants sans l’émotion du public en tribunes.

Stamkos donne ensuite le trophée à Hedman, puis Coburn, McDonagh, Killorn, Schenn – qui succède à son frère – Bogosian, Maroon (champion l’an dernier), Kucherov, Vasilevskiy, Palat, Johnson, Point, Shattenkirk, Paquette, Gourde, McElhinney, Goodrow, Coleman, Cernak, Cirelli, Sergachev, Stephens, Volkov, Rutta, Verhaeghe, Joseph, Wedgewood et Jon Cooper. Tampa Bay avait choisi une opération commando, sans utiliser toutes les places disponibles pour les joueurs. Un an après l’humiliation du balayage par Columbus, la rédemption est au bout.

Tampa Bay remporte la deuxième coupe Stanley de son histoire, après celle de 2004.

Commentaires d’après-match :

Jon Cooper (entraîneur de Tampa Bay) : « C’est un sentiment difficile à croire. La coupe est très lourde, mais quand vous la soulevez, vous avez l’impression qu’elle est légère comme une plume. À part la naissance de mes enfants, c’est le plus beau sentiment que j’ai jamais vécu. La défaite l’an dernier a été très dure à vivre, il y a plus de 400 jours. Mais nous nous sommes accrochés à cet espoir. J’ai manqué mon anniversaire, des anniversaires, la rentrée scolaire, le premier jour de natation de ma fille, des entraînements… J’ai manqué beaucoup. Cette coupe, et toutes les équipes qui ont participé à ces bulles vous le diront, c’était la plus difficile à gagner. »

Victor Hedman (défenseur de Tampa Bay) : « C’est le plus beau moment de notre carrière de hockeyeur. Que d’émotions… Cela va prendre des mois à digérer, mais nous serons champions à tout jamais, nos noms seront écrits sur la coupe et nos enfants, nos petits-enfants pourront le voir. C’est ce qu’on a imaginé depuis des années. Nous avons hâte de rentrer à Tampa demain et de célébrer avec nos familles, et les fans du Lightning. »

Andrei Vasilevskiy (gardien de Tampa Bay) : « [Au sujet du blanchissage] Il était temps ! C’est juste incroyable. Nous avons vraiment très bien joué et concédé peu d’occasions. Je suis juste heureux que ce blanchissage survienne au moment le plus important de nos carrières. »

Brayden Point (attaquant de Tampa Bay) : « Kucherov est un joueur spécial, il voit si bien la glace et travaille fort ses habiletés, les jeux qu’il pense pouvoir transposer en match. Et nous avons aussi Ondrej Palat, qui a connu des playoffs fantastiques, qui bloque des tirs, travaille dans les coins et marque des buts importants. C’est facile de jouer avec des joueurs comme cela, qui ont si impliqués et donnent tout pour gagner. »

Blake Coleman (attaquant de Tampa Bay) : « C’est tout ce pour quoi vous travaillez en tant que joueur. Elle est un peu plus lourde que je pensais, cette coupe, mais c’est incroyable. »

Rick Bowness (entraîneur de Dallas) : « Tous ceux qui ont soulevé la coupe vous diront qu’il faut être à la fois chanceux et en bonne santé. Je suis fier de nos joueurs. Ils ont tout donné. Est-ce que nous avions encore des réserves d’énergie ? Non, aucune. Mais tout le mérite revient aux joueurs, tout ce qu’ils ont su surmonter pour arriver à ce match 6. Je suis fier d’être leur entraîneur. »

John Klingberg (défenseur de Dallas) : « Cette défaite fait très mal. Très, très mal. C’est le rêve de jouer sur la plus grande scène du monde, et vous terminez battu. C’est une grande blessure. »

Tampa Bay Lightning – Dallas Stars 2-0 (1-0, 1-0, 0-0)
Match 6 de la finale de la coupe Stanley. Tampa Bay remporte la finale 4-2.
Lundi 28 septembre 2020, 18h. Rogers place d’Edmonton. Pas de spectateurs.
Arbitrage de Kelly Sutherland et Wes McCauley assistés de Matt MacPherson et Brad Kovachik.
Pénalités : Tampa Bay 6′ (2′, 2′, 2′), Dallas 6′ (4′, 2′, 0′).
Tirs : Tampa Bay 29 (11, 10, 8), Dallas 22 (4, 4, 14).
Mises en échec : Tampa Bay 40, Dallas 37.
Tirs bloqués : Tampa Bay 22, Dallas 16.

Récapitulatif du score
1-0 à 12’23 : Point assisté de Kucherov et Hedman (sup. num.)
2-0 à 27’01 : Coleman assisté de Paquette et Maroon

Tampa Bay Lightning

Attaquants :
18 Ondřej Palát – 21 Brayden Point – 86 Nikita Kucherov
17 Alex Killorn (A) – 71 Anthony Cirelli – 9 Tyler Johnson
37 Yanni Gourde – 19 Barclay Goodrow – 20 Blake Coleman (+1)
14 Patrick Maroon (+1) – 13 Cédric Paquette (+1) – 92 Aleksandr Volkov

Défenseurs :
27 Ryan McDonagh (A) – 22 Kevin Shattenkirk
77 Victor Hedman (A) – 24 Zach Bogosian
98 Mikhail Sergachev (+1) – 81 Erik Černák (+1)

Gardien :
88 Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Réservistes notables : Steven Stamkos (A, blessé), Mathieu Joseph (A), Jan Rutta (D), Luke Schenn (D), Braydon Coburn (D), Mitchell Stephens (A), Carter Verhaeghe (A), Scott Wedgewood (G)

Dallas Stars

Attaquants :
14 Jamie Benn (C, -1) – 16 Joe Pavelski (-1) – 47 Aleksandr Radulov (-1)
25 Joel Kiviranta – 91 Tyler Seguin (A) – 10 Corey Perry
13 Mattias Janmark – 37 Justin Dowling – 34 Denis Gurianov
11 Andrew Cogliano – 18 Jason Dickinson – 17 Nick Caamano

Défenseurs :
23 Esa Lindell (A, -1) – 3 John Klingberg (-1)
2 Jamie Oleksiak – 4 Miro Heiskanen
39 Joel Hanley – 5 Andrej Sekera

Gardien :
35 Anton Khudobin

Remplaçant : Jake Oettinger (G). Réservistes notables : Radek Faksa (A, blessé), Blake Comeau (A, blessé), Stephen Johns (D, blessé), Taylor Fedun (D), Thomas Harley (D), Ty Dellandrea (A), Ben Bishop (G, blessé), Roope Hintz (A, blessé)

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