SDHL, l’attractive ligue suédoise

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À l’heure où les championnats de hockey reprennent les uns après les autres, et ce dans un contexte sanitaire et économique toujours délicats, la SDHL, l’élite suédoise féminine où évoluent plusieurs françaises, tente de poursuivre son développement. En l’absence de véritable alternative de haut niveau en Amérique du Nord, gros plan sur une ligue qui a son originalité dans le monde du hockey féminin, et qui n’a pas fini de grandir.

29 septembre 2018, il y a tout juste deux ans, l’équipe féminine de Luleå battait l’équipe américaine des Metropolitan Riveters dans un match étiqueté « Champions Cup », aux allures de finale mondiale. À l’époque, les Suédoises du nord l’avaient emporté 4-2, retirant des mains symboliquement le flambeau d’un hockey américain, certes étincelant quand il s’agit de l’équipe nationale, mais moins à son avantage quand on évoque la structuration des clubs. Depuis, le hockey féminin s’est entredéchiré en Amérique du Nord, entre l’extinction de la ligue canadienne CWHL, l’Américaine NWHL qui ne fait pas l’unanimité et la création d’une association par les meilleures joueuses, la PWHPA. La création de cette dernière est symptomatique d’un manque, celui d’une vraie ligue professionnelle outre-Atlantique, un inconvénient majeur pour la discipline. En revanche, la SDHL suédoise poursuit son bonhomme de chemin. Si la qualifier de ligue professionnelle est encore prématuré, son évolution se veut durable et compétitive.

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Publiée par Jouanny betty sur Vendredi 25 septembre 2020

 

Une ligue internationale

L’attaquante française Betty Jouanny, qui évolue depuis 2013 en Suède et qui joue désormais pour un sixième club différent, l’AIK de Solna, est témoin de cette évolution : « Cela fait huit ans que je joue en Suède, et depuis quatre ans, le nombre de joueuses étrangères a doublé. Cela a permis d’augmenter le niveau de la ligue, c’est le meilleur championnat en Europe au jour d’aujourd’hui. » La SDHL est désormais une ligue fortement internationalisée, sans commune mesure avec la voisine finlandaise et la Russie. Si cinq Françaises évoluent en Naisten Liiga, c’est surtout grâce aux contacts de la sélection tricolore et à la présence de Saara Niemi, ex-mentor de l’équipe de France et coach au HIFK. Car hormis les cinq Bleues, la Liiga ne compte que 12 joueuses étrangères. En ZhHL russe, elles sont 14. En SDHL suédoise, elles sont plus d’une centaine – dont 35 Nord-Américaines et une dizaine d’internationales finlandaises – soit 44% des 234 joueuses recensées dans la ligue. Hormis la Suède, 17 nations sont représentées.

Quatre joueuses de l’équipe de France sont donc en lice pour cette édition 2020-2021. L’habituée Betty Jouanny, le duo inséparable de MODO Lore Baudrit / Marion Allemoz et la « rookie » Margot Desvignes. Après deux saisons très satisfaisantes dans le championnat suisse à Neuchâtel (36 points en 49 matchs), l’attaquante de 20 ans a alors envoyé des candidatures spontanées, comme elle nous l’explique : « À la fin de la saison, je recherchais un club. La Suède était déjà une ligue qui m’intéressait car le niveau de jeu y est élevé. J’ai envoyé un mail à plein de clubs, et Göteborg m’a répondu positivement. Je suis contente de commencer ma première saison SDHL avec ce club. »

La répartition suivant le niveau des joueuses est évidemment régie par le budget, dont les écarts sont conséquents entre les équipes du haut de tableau et les autres, comme le précise Betty Jouanny : « Au niveau de l’accompagnement, cela dépend vraiment des clubs. Ceux qui peuvent le faire [de manière optimale], ce sont les équipes du top 3, les autres ne le peuvent pas forcément. Donc les meilleures joueuses des top-nations sont dans les trois meilleurs clubs du championnat. »

Margot DesvignesLe Göteborg HC, contrairement aux cadors que sont Luleå, HV71 ou Brynäs, est une petite structure qui n’a pas encore l’ambition du titre. L’objectif est de progresser, comme le confie Margot Desvignes : « Nous sommes une équipe assez jeune pour la SDHL, cela ne fait que trois ans que le club évolue dans cette ligue. Dans l’équipe, nous avons beaucoup de jeunes qui n’ont jamais joué en élite suédoise. Mais il y a aussi pas mal de filles qui ont joué dans différents clubs en SDHL, elles ont l’expérience et nous aident à nous améliorer en nous donnant des conseils. Je pense que grâce à cela nous allons devenir meilleures durant l’année. »

D’ailleurs, la jeune attaquante des Bleues reconnaît que la SDHL est une autre dimension, même en comparaison du championnat suisse : « Je pense que c’est complètement différent car la SDHL est une ligue avec beaucoup de joueuses professionnelles, qui ne font que du hockey. Il y a beaucoup de bonnes joueuses dans ce championnat. Nous avons des entraînements tous les jours, sur la glace et hors glace. Dans chaque équipe, il y a un staff sportif complet. Je pense que c’est grâce à tous ces moyens mis en place que le niveau de jeu en Suède est autant élevé, et que plein de joueuses veulent jouer dans cette ligue. »

L’internationalisation, barrage de la formation suédoise ?

L’internationalisation a eu du bon, elle a permis de niveler vers le haut le championnat. Pour autant, cette mondialisation de la SDHL est perçue d’un mauvais œil par certains. Les clubs la justifiaient en pointant du doigt le manque de relève face aux critiques des anciens sélectionneurs de l’équipe nationale, Leif Boork et Ylva Martinsen, qui voyaient là un obstacle à la progression des jeunes espoirs. Une inquiétude nourrie par la chute de la Damkronorna sur la scène mondiale puisqu’elle a perdu sa place parmi l’élite et disputera, avec la France, le Mondial Division 1A à Angers au printemps 2021.

Leur successeur Ulf Lundberg affiche la même position, affirmant que le réservoir de talents s’est enrichi depuis. Il prône une réduction des renforts étrangers, déclarant à Aftonbladet après sa prise de fonctions cet été : « Les talents absolus valorisent l’équipe, elles ont un rôle de modèle et permettent de montrer le chemin aux plus jeunes. En revanche, il existe une autre couche de joueuses. C’est à nous de faire en sorte, ensemble, qu’elle soit constituée de joueuses suédoises. Il y a maintenant une situation plus favorable pour lancer les joueuses à des postes cruciaux, en jeu de puissance, en infériorité ou d’autres responsabilités. »

En moyenne, une dizaine de joueuses étrangères garnissent les rangs des équipes de SDHL. Au Göteborg HC par exemple, on compte deux Tchèques, une Polonaise, une Japonaise, trois Anglaises, une Canadienne, une Néerlandaise et une Autrichienne, en plus de Margot Desvignes. Certes, le nombre de joueuses a considérablement augmenté en Suède, doublant en dix ans pour atteindre quasiment 6 000 licenciées en 2020. Mais la majorité des équipes semblent encore privilégier des hockeyeuses rompues au niveau international.

Marion Allemoz (modo)
Marion Allemoz

Une ligue soutenue et médiatisée

Si tous les clubs, tous sports confondus, marchent sur des œufs dans un contexte peu favorable lié à la pandémie, la SDHL s’est assurée d’un soutien nécessaire pour sa survie et celle de ses équipes. Au printemps dernier, le géant du transport et de la logistique DHL, déjà sponsor de l’équipe nationale de football, renouvelait son partenariat avec la SDHL, à un moment où la crise sanitaire laissait augurer le pire pour l’économie, et donc les structures sportives. Jonas Lindell, le PDG du groupe DHL, l’expliquait ainsi : « Lorsque l’ensemble du mouvement sportif fait face à une conjoncture économique difficile, cela nous paraît naturel de continuer à montrer à quel point nous croyons au hockey féminin. Notre ambition a toujours été de contribuer à une Suède certes sportive, mais plus égalitaire.</em »

DHL mais aussi le brasseur Norrlands Guld et l’hôtelier Scandic font partie des partenaires privés. Mais le cœur de l’accompagnement provient de la SHL, la ligue suédoise masculine, acteur majeur de l’essor de la ligue féminine. La SHL a un rôle de parrain depuis deux ans et la coopération s’est étendue au moins jusqu’en 2024. Un nouvel accord essentiel assurant à la petite sœur sécurité et stabilité, qui a été annoncé cet été par le président de la SHL, Michael Marchal, en pleine crise du coronavirus. L’objectif affiché est de poursuivre les efforts réalisés, optimiser les conditions en facilitant le partage des infrastructures et les échanges entre staffs, aussi d’accroître le parrainage financier.

La pandémie n’a donc pas eu d’effets sur les programmes de hockey féminin en Suède. Contrairement à la Russie, où la section féminine du Dynamo Moscou a été sacrifiée, dissoute cet été pour garantir la bonne santé de l’équipe junior en MHL, et surtout les ambitions du club KHL. On rappellera au passage que le Dynamo a conservé l’une des meilleures équipes sur le papier et l’une des masses salariales les plus élevées de KHL, dont plus de deux millions d’euros alloués aux seuls salaires des deux vedettes Vadim Shipachyov et Dmitrij Jaškin. Les ex-joueuses du Dynamo qui ont dû plier bagages doivent apprécier, la pandémie a bon dos…

La SDHL a elle un soutien indéfectible de la SHL et des partenaires privés, mais elle est aussi visible. Grâce aux réseaux sociaux, grâce également à un vrai site internet, et surtout les matchs sont retransmis en web-tv ou à la télévision. Fin août, on apprenait la prolongation des droits TV avec CMore de deux saisons supplémentaires, le groupe télévisuel retransmettant 195 des 225 rencontres, le reste étant diffusé sur la chaîne concurrente SVT. La médiatisation de l’élite féminine rentre dans la norme. D’ailleurs, les principaux médias sportifs du pays (Aftonbladet, HockeySverige, Expressen) font désormais un suivi régulier et détaillé du championnat, au même titre que l’élite masculine.

Toujours de fortes disparités salariales

En revanche, dès lors qu’il est question de salaires, nous n’en sommes pas encore à l’équité. En janvier 2020, un rapport de l’institut Novus, commandé par le syndicat Unionen, avait mis en lumière les écarts colossaux en terme de rémunérations entre les hockeyeurs et les hockeyeuses en Suède. Un joueur en SHL gagne en moyenne 11 500 euros par mois, soit plus qu’une équipe féminine entière en SDHL. 40% des hockeyeuses n’ont pas de rémunérations fixes, Novus a avancé un chiffre moyen de 526 euros par mois. Seulement une poignée de joueuses, 7%, peuvent vivre réellement de leur sport.

Lore Baudrit (modo)

Beaucoup estiment que le hockey masculin est plus important que le hockey féminin, en terme d’argent généré et d’attention médiatique, et que cela justifie les salaires plus importants. Mais il est évident qu’une meilleure équité permettra au hockey féminin d’obtenir la reconnaissance qu’il mérite. Pour autant, il est avant tout nécessaire de rendre viable la SDHL, bien avant la question des salaires. Payer les joueuses, les ligues nord-américaines CWHL et NWHL ont eu toutes les peines du monde à y parvenir. La CWHL a d’ailleurs été dissoute en 2019, incapable de devenir viable. Et le contexte actuel apporte une dose d’imprévisibilité.

« Avec le coronavirus, difficile de dire de quoi l’avenir sera fait », reconnaît Betty Jouanny. « La SDHL dépend de la SHL, donc on verra. Après, il y a eu un accord signé permettant d’assurer chaque joueuse par leur club. Ce n’était pas le cas avant, il fallait se débrouiller. » Avant le début de la saison, une convention collective a en effet été signée, une première pour le hockey féminin en Suède. Les joueuses sont désormais assurées et pourront percevoir une compensation en cas de blessure. L’accord inclut aussi un accompagnement personnalisé pour gérer l’après-carrière.

Klara Stenberg, référente SDHL de l’association des joueurs (SICO) et déjà derrière la résolution de la grève des internationales suédoises, s’en félicitait dans un communiqué, voyant cette convention collective comme une étape importante : « Selon moi, nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur la question des salaires. L’important est de donner aux femmes la possibilité de construire leur ligue sur le long terme, afin qu’elles puissent attirer un public plus large et continuer à se développer. »

La SDHL suédoise en prend le chemin, elle a cet avantage d’être construite sur des bases saines et bien enracinées. Et elle est ainsi devenue une ligue référence en Europe, une option de carrière tentante pour toutes les hockeyeuses.

L’outsider au sommet

Au printemps dernier, les championnats suédois avaient baissé le pavillon face à la pandémie. Une situation cruelle pour tous mais plus particulièrement pour l’équipe féminine du HV71, qui n’était plus qu’à une victoire d’un titre de champion 2020, en finale face à Luleå. Les deux finalistes seront de nouveau les équipes favorites cette saison mais c’est une autre équipe qui s’est emparée du poster de leader.

Lara Stalder (Photo Mats Bekkevold pour HockeyArchives)

Autrefois accusé de laisser sa section féminine dans de mauvaises conditions – et qui avait vu le départ de nombreuses joueuses dont Betty Jouanny – le Brynäs IF a entamé un nouveau cycle depuis un an, un virage à 90 degrés en gérant l’équipe féminine avec davantage d’intérêt et de moyens. Et cela paye puisque le club de Gävle, déjà troisième la saison dernière, demeure la seule équipe invaincue de SDHL avec cinq victoires en cinq matchs.

Le BIF a d’ailleurs fait fort samedi dernier en malmenant 7-4 Luleå, vainqueur des deux dernières éditions. Nous avons évoqué une ligue internationalisée, et Brynäs ne déroge pas à la règle, porté par ses flèches offensives : la Tchèque Katerina Mrázová (12 points), la Suisse Lara Stalder (10 points) et l’Autrichienne Anna Meixner (6 buts), et ce en cinq matchs. 12 points est d’ailleurs le meilleur total de la ligue que se partagent  Mrázová et la snipeuse canadienne de Luleå, Michela Cava. Finaliste et à un cheveu du sacre en 2020, le HV71 est cinquième, devancé par les bons débuts de Djurgården et Linköping.

Le MODO Hockey de Marion Allemoz et Lore Baudrit est actuellement septième. Le club d’Örnsköldsvik avait parfaitement débuté la saison contre Göteborg (1-5), notamment grâce à triplé d’Allemoz, avant de subir quatre défaites consécutives. La semaine dernière, MODO a néanmoins réagi contre Leksand (2-1) avec un but gagnant… de Marion Allemoz. Quatre réalisations classent la capitaine des Bleues dans le top 10 des meilleures buteuses.

S’il n’est pas étonnant de voir la jeune équipe du Göteborg HC de Margot Desvignes – qui a inscrit son premier but en SDHL samedi dernier – en fin de tableau, il est plus étonnant de voir l’AIK de Betty Jouanny occuper la lanterne rouge. L’AIK a subi cinq défaites en cinq matchs. Mais nous ne sommes évidemment qu’au début de la saison.

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