On arrête, on continue ?

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Les évènements se précipitent avec la résurgence des cas de Covid-19 partout en Europe. Que faire ? La situation est contrastée dans ce contexte incertain.

C’est officiel depuis mardi soir : la Champions Hockey League 2020/21 est annulée. Pour son directeur Martin Baumann, « Il était évident que la CHL avec son approche internationale aurait du mal si la situation du COVID-19 ne s’améliorait pas assez rapidement pendant l’été. [..] il est devenu évident que la situation épidémiologique s’est développée de telle sorte que jouer une saison 2020/21 comporte de trop nombreux risques. »

D’autres solutions ont été imaginées, comme passer à un modèle avec les 8 meilleures équipes européennes, mais cela ne réglait pas le problème des déplacements. Une « bulle » sur le modèle de la LNH pour leurs séries éliminatoires a pu aussi être imaginée afin d’offrir aux équipes un environnement sécurisé. Cependant, pour cette compétition, ce n’est pas une option car les équipes jouent dans leurs ligues nationales en parallèle, et les jours de match sont fixés dans le calendrier international. Il n’y a aucun moyen de déplacer les 32 équipes dans une bulle pendant un certain temps pour jouer la CHL. De plus, le coût d’un tel concept de bulle est énorme. Il n’y aura donc aucune compétition européenne.

Y aura-t-il des compétitions internationales, hormis le Mondial junior élite dans une bulle ? On peut se poser la question.  La prochaine trêve internationale répondra peut-être à la question. La FISG, la fédération italienne, a lancé un appel à toutes les fédérations pour annuler les matches internationaux jusqu’en 2021.

Le couvre-feu instauré hier soir (à partir de ce week-end) dans huit grandes métropoles françaises inclut les deux plus grands clubs du hockey français, Rouen – qui avait rebâti son économie de la saison sur une jauge réduite – et Grenoble, qui n’a pas encore débuté à domicile du fait des travaux à Pôle sud. Le calendrier sera à adapter, sachant que les matches professionnels peuvent encore avoir lieu après 21h (en tant qu’activité professionnelle)… mais à huis clos.

De plus, les restrictions sanitaires qui ne concernaient que la petite couronne parisienne s’élargissent désormais à toute l’Ile-de-France et incluent donc Cergy-Pontoise. Une équipe qui a vu son match de vendredi dernier reporté en raison d’un cas contact et qui a été remise à l’isolement (comme en préparation) lundi en raison de deux cas positifs.

Et ailleurs en Europe, comment gère-t-on la situation ? Comme on peut… La République Tchèque avait été la première en action en août avec la coupe, comme on vous l’avait expliqué, et depuis le début du championnat mi-septembre, elle jongle avec 60% de matches reportés. Mais depuis lundi, les rassemblements de plus de 6 personnes sont interdits dans le pays. Ni match ni entraînement autorisé pour deux semaines ! Reprise théorique le 30 octobre, et certains pensent que ce sera après la trêve internationale, le 13 novembre. Le club de Trinec, qui sortait de confinement, a déjà prévu de s’entraîner en Pologne voisine pour ne pas perdre tout rythme et toute condition physique pendant plus d’un mois.

Même quand les restrictions sont plus souples, la situation n’est pas idéale pour autant. En Finlande, 40% à 60% de spectateurs sont autorisés… mais la jauge n’est pas toujours atteinte même pour certaines grandes affiches ! Les spectateurs se mettent à bouder la visite masquée en patinoire et préfèrent regarder les matches à la télévision, où les audiences sont bonnes.

L’avantage des pays nordiques est de pouvoir compter sur des droits télé. Ceux qui n’ont pas cette manne sont plus mal en point. On sait déjà que l’EIHL britannique est annulée, de même que la BeNe league dont se sont retirés les clubs néerlandais. Mais la situation la plus inquiétante est peut-être celle de la DEL qui a encore repoussé son démarrage au 18 décembre. Les 60 millions d’euros de manque à gagner publiquement annoncés ont été vus comme une déclaration de faillite. 200 millions d’euros d’aides au sport professionnel ont été annoncés au printemps, mais la limitation à 800 000 euros d’aide publique par club (par droit européen de la concurrence) ne suffit pas à éponger les pertes.

De fait, les équipes avec des grandes arénas multi-fonctions sont les plus en difficulté – ce qui est aussi le cas en Grande-Bretagne –  car il faut plusieurs milliers de spectateurs pour simplement payer le loyer. Cela peut avoir un impact dépassant le hockey pro comme à Nuremberg où l’aréna n’est pas ouverte et où le hockey mineur n’a plus qu’une glace au lieu de deux. A contrario, Munich et Wolfsburg, moins dépendants du public et soutenus par des sponsors (Red Bull et Volkswagen), voudraient absolument jouer.

Mais la DEL s’isole de plus en plus parce que les autres grands championnats ont repris en Europe, mais aussi tous les autres sports en Allemagne (dont ceux qui utilisent les mêmes salles multifonctions  comme le basket et le handball). L’attitude de la ligue est donc très critiquée, avec une communication peu diplomatique et une incapacité à envisager un changement de modèle économique alors que les effectifs ont été bâtis sans réduction.

En attendant, les joueurs cherchent des solutions car ils ne peuvent pas rester sans hockey. Les Red Wings avaient prêté leur espoir Moritz Seider à Mannheim pour le début de saison. C’est annulé, il ira en Suède à Rögle, avec son coéquipier chez les Adler, Ben Smith. Le vétéran Patrick Reimer (Nuremberg) est quant à lui prêté à son club formateur Kaufbeuren, car la DEL2 et les divisions inférieures rejouent bel et bien.  Munich avait déjà prêté ses jeunes joueurs depuis septembre à Salzbourg, l’autre club détenu par Red Bull, et cela va donc durer. Straubing a envoyé Fredrik Eriksson à Klagenfurt et ses jeunes Allemands à Weiden (club d’Oberliga qui vient par ailleurs d’être mis en confinement après des cas de coronavirus).

Personne n’a encore trouvé le modèle idéal, pas plus que la formule-miracle ou le vaccin.

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