Le tournoi olympique masculin de hockey sur glace s’ouvre dans l’inconnu puisque les matches de préparation envisagés ont été annulés par le risque de Covid-19. Les champions olympiques russes ont été occupés ces derniers jours par la controverse autour du très technique Andrei Kuzmenko. Les journalistes s’étonnaient de sa présence comme simple réserviste, il ne l’est plus ! Il a été renvoyé à la maison, officiellement parce qu’il est blessé (ce qui n’avait jamais été évoqué avant) alors qu’on n’a rien à reprocher à son jeu. Personne ne croit cette version et son club – le SKA Saint-Pétersbourg – a fait un communiqué un peu ironique pour expliquer qu’il avait passé sa visite médicale à son retour et était « apte au sport professionnel ».
La Suisse est quant à elle privée de deux joueurs, Dario Simion et Denis Malgin, qu’on est venu chercher dans leur chambre pour les mettre à l’isolement car ils ont été contrôlés positifs à la Covid-19 à leur arrivée en Chine. L’entraîneur Patrick Fischer s’est dit contrarié car il avait prévu d’utiliser Simion en première ligne et Malgin au centre de la deuxième. Son effectif est peut-être un peu moins homogène, en tout cas il utilisera relativement peu son quatrième bloc offensif.
La Nati entre plutôt bien dans son match. Aleksandr Nikishin prend la première pénalité pour un petit cross-check dans le dos d’Ambühl, mais les Suisses perdent les mises au jeu et les rebonds, ce qui ne leur permet pas de rester longtemps en zone offensive. La Russie, elle, sait s’installer même à 5 contre 5 : sur un échange plein de virtuosité technique entre Shipachyov et Grigorenko, le gardien Reto Berra intervient face à l’ailier par un poke-check dans un timing parfait. Berra s’avère un maître dans cet exercice, il en réussit un autre face à Anton Slepyshev qui se présentait à son tour en un contre un face à lui.
La Suisse domine cette première période aux tirs mais concède plus d’occasions franches, notamment après des pertes d’équilibre de ses défenseurs (Loeffel puis Alatalo). Et à moins de trois secondes de la sirène, elle encaisse un but très malchanceux : un palet envoyé depuis l’arrière de la ligne de but par Slepyshev est dévié contre son camp devant la cage par la jambe d’Enzo Corvi !
Le deuxième tiers-temps débute par cinq minutes de totale domination russe. La ligne de Corvi et la paire Alatalo-Untersander s’épuisent notamment dans leur zone dont ils n’arrivent pas à sortir. La crosse haute de Stanislav Galiev au visage de Bertschy offre à la Nati change complètement la physionomie du jeu. Un slap puissant de Sven Andrighetto du haut du cercle gauche heurte le bas de la barre transversale : il s’en est fallu de quelques millimètres. le gardien russe Ivan Fedotov enchaîne ensuite deux arrêts-clés face à Ambühl lancé face à lui puis face à Vermin au rebond. La Suisse reste sur sa lancée à 5 contre 5. Enzo Corvi fait une belle entrée de zone et décale superbement Hofmann.
La Russie reprend le dessus après la mi-match et installe résolument son campement dans la zone suisse. Yanick Weber part en prison pour un cinglage sur le poignet de Shipachyov, mais les rouges ne convertissent pas ce premier avantage numérique. À deux minutes de la seconde pause, Slepyshev met un coup de casque à Weber dans une petite provocation tête contre tête. Les arbitres revoient l’action à la vidéo pour décider d’une éventuelle pénalité majeure et infligent en fin de compte 2’+2′ à l’attaquant du CSKA Moscou. Le powerplay suisse, avec un seul joueur à la pointe (Alatalo ou Untersander) et deux tireurs excentrés, soumet Fedotov à un travail intense, mais le gardien suisse tient bon jusqu’au retour aux vestiaires.
Il reste la seconde pénalité mineure au début de la troisième période. La Nati met une minute à entrer en zone, et quand elle y parvient enfin, Romain Loeffel donne un coup inutile au gardien qui a déjà bloqué le palet. La pénalité se renverse et la Sbornaïa est bien plus dangereuse sur sa minute à 5 contre 4. Les Suisses ont du mal à trouver des ouvertures, au contraire des Russes : Nikita Gusev se présente deux fois seul face au but dans ce tiers après avoir mis dans le vent Frick et Untersander, mais Reto Berra se laisse dribbler bien moins facilement que ses défenseurs ! Le gardien helvétique est aussi sauvé par son poteau sur un tir de la bleue de Nikishin qui lui était complètement masqué.
La Suisse jette ses dernières forces en fin de match. À quatre minutes de la fin, Fabrice Herzog intercepte un palet en zone neutre et lance une séquence offensive que prolonge une bonne charge de Bertschy sur Slepyshev pour empêcher la sortie de zone. Ramon Untersander renvoie alors le palet vers Herzog, seul face au but, qui feinte le gardien et a l’angle ouvert… mais tire sur le poteau ! À l’instar de cette dernière action saillante, ce premier match du tournoi masculin n’aura pas été avare en occasions malgré le petit score.
Commentaires d’après-match :
Anton Slepyshev (attaquant de la Russie, en photo ci-dessus) : « Je savais qu’il restait 2-3 secondes et j’ai essayé de mettre le palet dans le slot. Cela s’est avéré être un bon ricochet. J’espère pour moi et pour toute l’équipe que ma pénalité sera l’exemple à ne pas faire. C’est arrivé instinctivement. Je me suis excusé envers les gars et j’ai remercié ceux qui ont joué en infériorité numérique. »
Aleksei Zhamnov (entraîneur de la Russie) : « Nous avons dit dans le vestiaire qu’il faut garder le contrôle de soi. Slepyshev le comprend. Il faut des matches comme celui-ci pour la cohésion. Les jeunes étaient excités au début. C’est important qu’ils comprennent le niveau des Jeux olympiques. La discipline de jeu décidera de beaucoup de choses ici. C’était important même pour le staff. Moi aussi, j’avais de l’excitation, je suis humain. L’attaque n’a pas fonctionné comme nous le voulions. Même les joueurs expérimentés n’avaient pas encore le rythme aujourd’hui. Je suis sûr que nous nous améliorerons. Cela fait longtemps depuis que nous avons eu nos derniers matches amicaux. Nous allons essayer de retrouver notre hockey de décembre et de rendre nos supporters heureux à l’avenir. »
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « C’était le premier match. Ni nous ni nos adversaires n’avaient joué depuis longtemps, tout n’a pas fonctionné. Il nous a manqué très peu de choses pour la victoire. Je suis satisfait de la performance et nous pouvons maintenant travailler à corriger nos petites erreurs. »
Raphael Diaz (capitaine de la Suisse) : « Nous étions un peu nerveux au début, mais nous avons vraiment livré un bon match. Nous avons eu quelques bonnes occasions et deux poteaux. Berra a été excellent. Prenons les bonnes choses pour le match suivant. »
Russie – Suisse 1-0 (1-0, 0-0, 0-0)
Mercredi 9 février 2022 à 16h40 au Palais national omnisports de Pékin. 934 spectateurs.
Arbitres : André Schrader (ALL) et Maksim Sidorenko (BLR) assistés de Brian Oliver (USA) et Jiri Ondracek (TCH).
Pénalités : Russie 14′ (2′, 10′, 2′), Suisse 10′ (0′, 6′, 4′).
Tirs : Russie 30 (8, 11, 11), Suisse 33 (9, 13, 11).
Évolution du score :
1-0 à 19’57 : Slepyshev assisté de Semyonov
Russie
Attaquants :
Mikhaïl Grigorenko – Vadim Shipachyov (C) – Nikita Gusev (2′)
Stanislav Galiev (2′) – Kirill Semyonov (+1) – Arseni Gritsyuk (+1)
Anton Slepyshev (+1, 4′) – Pavel Karnaukhov (2′) – Dmitri Voronkov (2′)
Andrei Chibisov – Sergei Andronov (A) – Vladimir Tkachyov
Artur Kayumov
Défenseurs :
Nikita Nesterov (+1) – Aleksandr Nikishin (+1, 2′)
Egor Yakovlev (A) – Alekandr Elesin
Sergei Telegin – Vyacheslav Voinov
Damir Sharipzyanov
Gardien :
Ivan Fedotov
Remplaçant : Aleksandr Samonov (G). En réserve : Timur Bilyalov (G), Artyom Minulin (D), Sergei Plotnikov (A).
Suisse
Attaquants :
Grégory Hofmann (-1) – Enzo Corvi (-1) – Andres Ambühl (-1, 2′)
Denis Hollenstein – Gaëtan Haas – Sven Andrighetto
Fabrice Herzog – Christoph Bertschy – Joel Vermin
Simon Moser (A) – Calvin Thürkauf – Killian Mottet
Défenseurs :
Mirco Müller (2′) – Raphael Diaz (C)
Santeri Alatalo (2′) – Ramon Untersander (A, -1)
Romain Loeffel (2′) – Yannick Weber (-1, 2′)
Lukas Frick – Michael Fora
Gardien :
Reto Berra [sorti à 59’27]
Remplaçant : Leonardo Genoni (G). En réserve : Sandro Aeschlimann (G), Dario Simion, Denis Malgin (A).