Après avoir été isolé pour cause de Covid-19, le gardien vice-champion du monde Juho Olkinuora fait ses grands débuts olympiques pour ce derby nordique, « finale » de la poule C. Et quels débuts ! Il réussit un arrêt exceptionnel en étendant le bras face à Marcus Krüger qui croyait avoir la cage ouverte sur un tir en pivot dans le slot. Avec son pressing très agressif, la Tre Kronor a su entrer fort dans le match pour gêner les défenseurs finlandais dans la construction du jeu. Elle envoie régulièrement le palet au fond et arrive à gagner les duels dans les coins. Chaque équipe a un avantage numérique au cours de la première période (dont une obstruction sévèrement sifflée contre Aaltonen qui a été poussé sur le gardien) mais n’en profite pas.
Dans ce match fermé, le powerplay est pourtant une clé. Quand Mäenälänen part en prison en début de deuxième période, Henrik Tömmernes feinte bien le lancer de la ligne bleue et sert dans le cercle droit Lucas Wallmark qui bat le gardien dans son déplacement en papillon (0-1). Trente secondes plus tard, Markus Granlund fait un geste du coude qui frappe Philip Holm au visage : le défenseur suédois part en protocole commotion et l’attaquant finlandais écope d’une évidente pénalité de match. Pour le second match consécutif, la première ligne finlandaise perd Granlund en cours de match, cette fois sur expulsion et non sur blessure. Tömmernes organise encore le jeu de puissance et sa passe transversale levée sert sur la gauche Lukas Bengtsson dont la reprise double la mise grâce à un écran parfait de Dennis Everberg (0-2).
Le match gagne en intensité car la Finlande est obligée de sortir de ses retranchements. Mais Sami Vatanen enfonce un peu plus son équipe en donnant un coup revanchard stupide hors du jeu. Olkinuora pousse du gant Anton Lander qui lui gêne la vue et relâche dans la foulée un tir de Bengtsson qui arrive dans sa poitrine. Lander contrôle le rebond avec le patin et marque dans la cage grande ouverte (0-3). Le manque de maîtrise continue de condamner la Finlande : Juuso Hietanen lève la crosse au visage de Bromé et le blesse. Les arbitres vont encore regarder l’action au ralenti mais le défenseur expérimenté échappe au pire en prenant 2’+2′. Pakarinen provoque une obstruction de Tömmenes et annule en partie l’infériorité, mais Pesonen, en tombant, fait trébucher Lennström. La Finlande joue à 3 contre 4, puis 17 secondes à 3 contre 5, mais elle survit tant bien que mal à son avalanche de pénalités.
La Suède est prête à s’envoler en début de troisième période quand Carl Klingberg dribble Lindbohm avant de buter du revers sur Olkinuora à bout portant. Va-t-on assister à une rare déroute finlandaise ? Malgré la perte de leur compagnon en ligne, les joueurs du Salavat Yulaev Ufa n’ont pas abandonné. Ils se procurent déjà une longue pénalité différée après une faute de Jacob de la Rosse (qui a retenu Hartikainen). Ils restent sur la glace pour tout l’avantage numérique (!) et à seize secondes de la fin de pénalité, la belle passe de Sakari Manninen est reprise dans l’enclave par Teemu Hartikainen, à mi-hauteur côté mitaine (1-3). La Finlande a clairement décidé de jouer jusqu’au bout et d’utiliser ses meilleurs éléments.
La Suède a encore une grosse occasion : Max Friberg met dans le vent Vatanen derrière la cage et Joakim Nordström centre dans l’enclave pour Marcus Krüger qui tire sur la barre transversale. Mais la Finlande gagne de nouveau les duels et la possession en cette fin de match. Linus Johansson est pénalisé à cinq minutes de la fin (accrocher). Le jeu de puissance finlandais frappe une deuxième fois en deux opportunités dans cette troisième période, sur un rebond de Pakarinen (2-3). Une minute et demie plus tard, sur une action installée à 5 contre 5, Hartikainen remet en retrait dans le slot pour Juuso Hietanen monté droit à la cage. Magnus Hellberg arrive à bloquer le palet dans ces bottes mais c’est encore Iiro Pakarinen qui surgit au rebond (3-3).
Ce match nul dans le temps réglementaire qualifie directement les deux équipes en quart de finale. Lors de la prolongation à 3 contre 3, après une lutte derrière la cage, le palet ressort pour Harri Pesonen qui offre à la Finlande un succès longtemps inespéré (4-3, photo ci-dessous).
La Suède avait pourtant trouvé la stratégie pour perturber les Finlandais, et ce n’est pas un hasard si sa quatrième ligne (Friberg-Krüger-Nordström) a été la plus en vue. La Tre Kronor a pratiqué un vrai hockey de quatrième ligne moderne, toujours à fond dans le patinage et dans le combat physique. Elle a taillé son effectif pour ça après l’échec des Mondiaux et elle a suivi cette voie en se sachant inférieure à la Finlande en talent pur (à la notable exception du défenseur Henrik Tömmernes très créatif en jeu de puissance). C’était bien parti… mais elle n’a pas su protéger son avance. Garpenlöv avait pourtant réduit sa rotation en troisième période en n’alignant presque plus le trio Holmberg-Wallmark-Olofsson à vocation plus offensive. La tactique n’a pas fonctionné. C’est la ligne du centre défensif de métier Krüger qui a encaissé les trois buts – dont deux en infériorité – au troisième tiers…
Cette remontée renforce donc encore la force mentale de la Finlande. Avoir réussi à gagner ce match est un tour de force après les multiples pénalités et en finissant à seulement onze attaquants. Elle a su trouver les ressources grâce à son expérience et sa science du jeu. Cette victoire ne lui rend pas pour autant le tableau plus facile. Elle devra gérer – sans Granlund suspendu – un quart de finale piégeux face au vainqueur de Tchéquie-Suisse, puis affronter la Russie dans un choc de favoris en demi-finale. La Suède, elle, sera dans la moitié de tableau des Nord-Américains.
Commentaires d’après-match :
Johan Garpenlöv (entraîneur de la Suède) : « Bien sûr, nous sommes tous déçus, mais l’objectif était de nous qualifier en quarts de finale et nous l’avons fait. Nous verrons qui nous rencontrerons, il faut prendre ce qui arrive. Le match tourne en troisième période parce qu’ils marquent deux buts en powerplay. Nous savions que nous recevrions des pénalités en compensation des pénalités finlandaises dans les deux premières périodes, c’est le cas habituellement. Nous n’avons pas su les tuer. Si nous l’avions fait, nous aurions gagné. »
Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : « Dans les deux premiers tiers, nous avons établi une sorte de record du monde de stupidité. Nous avons pris des pénalités atypiques comme nous n’en avions pas vu depuis des années. Nous étions concentrés sur les mauvaises choses. Il a aussi semblé que les Suédois étaient vraiment bons. Nous étions frustrés de notre propre inertie. Nous avions dit qu’un but dans les dix premières minutes du troisième pourrait changer la nature du match. C’est ce qui est arrivé. Nous avons pris le contrôle du jeu. Bien sûr, ce n’est pas normal de marquer trois buts contre une si bonne équipe. Mais soyons satisfaits d’y être parvenus. »
Iiro Pakarinen (attaquant de la Finlande) : « Nous devons aller au but au cas où il y ait des palets libres. Quand c’est dedans, c’est une grande sensation. Nous avions joué assez prudemment dans les deux premières périodes. Moi-même, je sentais mon jeu vraiment mauvais. Mais rapidement, même au milieu d’un match, ça peut changer. Quand notre premier but est arrivé, notre jeu s’est libéré. Bien sûr, ça nous donne beaucoup de confiance pour le futur. »
Finlande – Suède 4-3 après prolongation (0-0, 0-3, 3-0, 1-0)
Dimanche 13 février 2022 à 16h40 au Palais national omnisports de Pékin. 963 spectateurs.
Arbitres : Michael Campbell (CAN) et Roman Gofman (RUS) assistés de William Hancock II (USA) et Nikita Shalagin (RUS).
Pénalités : Finlande 37′ (2′, 10’+25′, 0′, 0′), Suède 8′ (2′, 2′, 4′, 0′).
Tirs : Finlande 27 (8, 3, 14, 2), Suède 30 (10, 17, 3, 0).
Évolution du score :
0-1 à 24’24 : Wallmark assisté de Tömmernes et Pudas (sup. num.)
0-2 à 28’39 : Bengtsson assisté de Tömmernes et Bromé (sup. num.)
0-3 à 31’36 : Lander assisté de Pudas et Klingberg (sup. num.)
1-3 à 45’34 : Hartikainen assisté de Manninen et Vatanen (sup. num.)
2-3 à 55’30 : Pakarinen assisté de Hartikainen et Manninen (sup. num.)
3-3 à 57’11 : Pakarinen assisté de Lehtonen et Hartikainen
4-3 à 62’01 : Pesonen
Finlande
Attaquants :
Markus Granlund (25′) – Sakari Manninen (+1) – Teemu Hartikainen (+1)
Harri Pesonen (+1, 2′) – Valtteri Filppula (C) – Iiro Pakarinen (+1)
Miro Aaltonen (2′) – Joonas Nättinen (+1) – Leo Komarov (A)
Saku Mäenalanen (2′) – Hannes Björninen – Marko Anttila (A)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen (+1) – Juuso Hietanen (+1, 4′)
Petteri Lindbohm – Sami Vatanen (2′)
Niklas Friman – Valtteri Kemiläinen (+1)
Ville Pokka
Gardien :
Jussi Olkinuora
Remplaçants : Frans Tuohimaa (G), Atte Ohtamaa. En réserve : Harri Säteri (G), Toni Rajala (A), Niko Ojamäki (A).
Suède
Attaquants :
Mathias Bromé – Anton Lander (C) – Carl Klingberg
Pontus Holmberg – Lucas Wallmark (-1) – Fredrik Olofsson
Dennis Everberg (-1) – Jacob de la Rose (4′) – Linus Johansson (2′)
Joakim Nordström (-1) – Marcus Krüger (A, -1) – Max Friberg (-1)
Défenseurs :
Oscar Fantenberg – Lukas Bengtsson
Philip Holm – Christian Folin
Henrik Tömmernes (A, -1, 2′) – Jonathan Pudas (-1)
Theodor Lennström (-1)
Gardien :
Magnus Hellberg
Remplaçants : Lars Johansson (G), Gustav Rydahl. En réserve : Adam Reideborn (G), Linus Hultström (D), Daniel Brodin (A).