À la veille du match décisif contre l’Italie dans ces Championnats du monde, le défenseur Hugo Gallet a accordé un entretien long format à Hockey Archives et Plan de Match. Son parcours et son évolution en Liiga : l’ancien joueur d’Amiens et Bordeaux décrypte sa progression.
Hockey Archives : Pourrais-tu nous décrire ta saison en club (KalPa), sur le plan individuel ?
Hugo Gallet : Sur le plan individuel, c’est une saison positive. J’ai pris confiance avec le TQO et j’étais prêt pour la saison. Je l’ai bien commencée, avec deux mois très réguliers. Puis, le rassemblement de l’équipe de France en novembre m’a mis un coup derrière la tête physiquement. L’hiver a été plus compliqué, j’ai du batailler pour retrouver du jus mentalement et physiquement. Je me suis bien retrouvé et j’ai fini fort. Sur l’ensemble de la saison, j’ai gagné en temps de jeu, en responsabilités et en statistiques. Tout n’a pas été parfait bien sûr, j’ai encore une marge de progression. C’est le projet que j’ai avec le club. Il est intéressant, je suis content et heureux là où je suis et j’en profite.
Sur le plan de l’équipe, la saison a été compliquée. Il y a eu un renouvellement important des cadres après notre cinquième place et la qualification en playoffs l’an dernier, et cela a mis du temps à revenir. Le début de saison a été compliqué, mais sur janvier-février-mars, je crois que nous avons le troisième bilan de la ligue. Nous avions la capacité et l’effectif pour faire mieux. Malheureusement, la fin de saison a été compliquée. Nous étions huitièmes avant de perdre nos six derniers matchs et de prendre deux points sur dix-huit.
HA : Tu parles de projet avec le club, quel est-il ?
HG : Quand j’ai signé en Mestis pour IPK, KalPa voulait voir si j’étais capable de monter un cran au-dessus. J’ai pu avoir quatre matchs de Liiga en 2019/20. Ils n’ont pas voulu me signer au départ, mais j’ai bénéficié d’un essai, j’ai été pris en décembre 2020. Ce que j’apprécie, c’est que le club donne les choses selon le mérite. Il n’y a pas de préjugé. Si je joue bien, ils me donnent plus, il n’y a pas de limite. Et je peux encore progresser. J’ai resigné après le TQO jusqu’en 2024, le club voit quelque chose sur le long terme.
HA : Quels sont les différences avec ce que tu as vécu par le passé, notamment en France ?
HG : C’est difficilement comparable. Le championnat est plus relevé, l’entrainement plus exigeant. À KalPa, le jeu est basé sur la vitesse, il ne faut pas se débarrasser du palet mais construire, avancer en bloc de cinq et inclure les défenseurs dans le jeu, à la fois dans la zone neutre et la zone offensive. C’est un style de jeu qui me plait, c’est fun et j’y prends du plaisir. Les entrainements sont intenses, il y a de la concurrence. C’est un mix de tout qui m’apporte beaucoup tous les jours, et c’est la raison de ma progression.
HA : Tu te sens bien dans ce club, cet environnement ?
HG : Je n’ai pas aimé Turku. J’y ai vécu deux années compliquées. Puis, Bordeaux m’a fait confiance, j’ai retrouvé le goût du hockey, le plaisir, des amis aussi. Derrière quand je signe à Iisalmi [IPK, en Mestis], je me suis demandé pourquoi je retournais dans ce pays où je n’avais pas été bien. Mais je suis tombé dans une toute autre ambiance, complètement différente, avec des gens accueillants, prévenants. J’y ai créé beaucoup de liens, et c’est le même fonctionnement à Kuopio au KalPa. Quand cela se passe bien, avec des personnes accueillantes, c’est bien plus positif. C’est une petite ville, tout est à proximité et les petites villes me correspondent plus, même si j’ai bien aimé Bordeaux. Le cadre de vie est sympa, même si l’hiver ce n’est pas simple !
HA : Cela doit changer du climat d’Austin… tu as passé deux ans aux États-Unis. Tu as reçu ainsi deux styles de jeu, le nord-américain et le finlandais. Penses-tu que cela t’a renforcé ?
HG : Oui, j’ai appris deux styles. Cela a été dur aux États-Unis comme en Finlande. Il a fallu apprendre à jouer sans palet, jouer sur la conservation du palet… C’est une force d’avoir pu faire les deux, même si je ne sais pas si je le referais. Après, cela m’a donné de l’expérience, j’ai fait des erreurs et appris. Je suis content de ne pas avoir abandonné dans les moments durs. Peut-être que cela m’apporte quelque chose sur le long terme.
HA : On a l’impression que, depuis tes débuts aux Mondiaux à Copenhague en 2018, tu as pris une autre dimension, notamment physiquement. Comment vois-tu ton évolution ?
HG : Copenhague, c’était il y a quatre ans, c’est plutôt rassurant que je ne sois plus au même stade, sinon je me poserais des questions ! L’impact physique, cela m’a fait défaut pendant deux-trois ans. Je m’améliore là-dessus, ça ne sera jamais mon outil numéro 1 mais c’est bénéfique de l’intégrer à mon jeu.
HA : Et tu as plus de responsabilités en bleu, en première paire, comment ça se passe ?
HG : Cela marche bien avec Yohann Auvitu. C’est la première fois que l’on joue ensemble et ça se passe bien. C’est intéressant d’avoir plus de responsabilités, même pour la suite de ma carrière à KalPa ou en équipe de France.
HA : Et comment vois-tu ton avenir ? Tu es sous contrat avec KalPa jusqu’en 2024, mais après ?
HG : Il n’y a pas vraiment de script. Il n’y a de limite pour personne. Je suis conscient de mon âge [25 ans en juin], du jeu que j’ai envie de créer, de ce que j’ai envie de faire et de ce qui me rend heureux. J’aimerai aller plus haut que la Liiga, le plus haut que je peux aller, je le ferai. On verra où cela me mène. J’ai juste envie de faire mon truc, de travailler, de ne pas me poser de questions et de me laisser porter pour avancer.
HA : On a le sentiment que quelque chose a changé dans cette équipe de France. Qu’en penses-tu ?
HG : Cela fait quatre saisons que le staff a changé. On commence à connaître le système, et on est plus sur la même page qu’avant. Le TQO, même si ce n’est pas complètement la même équipe, nous a donné confiance. Nous avons vu que nous étions capables de performer. Le groupe est solidaire depuis la préparation, tous les joueurs même ceux qui sont partis en cours de préparation. On pousse dans le même sens et cela se voit. On s’aide les uns les autres. C’est comme cela que l’on a gagné contre le Kazakhstan et accroché la Slovaquie et l’Allemagne.
HA : Tu es conscient des commentaires positifs sur ton jeu, que des observateurs te suivent ?
HG : J’ai toujours été très dur avec moi-même, perfectionniste. Je ne vais pas voir en premier ma progression. Je suis dans mon processus. Par le passé, je pouvais me mettre dix pieds sous terre après un mauvais match. Maintenant, j’essaie d’en profiter. Les émotions restent gravées, comme celles après le match contre le Kazakhstan. Je prends match par match et je ferai le bilan après. Je me rends plus compte de cette progression par le regard des autres, en fait. C’est mon problème depuis le début de ma carrière, je travaille dessus. C’est mon humilité m’a permis d’avancer et d’être là où j’en suis aujourd’hui. Je dois être fier de ce que je fais, je n’ai pas besoin de me cacher.
HA : Demain c’est un match important contre l’Italie, que vous avez joué en préparation. Comment l’aborder ?
HG : Oui, on les a joués en préparation donc on sait que c’est une équipe qui joue bien défensivement, serré derrière et qui ne prend pas de risque. Ils jouent un hockey simple pour gagner, et j’ai vu qu’ils avaient un très bon gardien. Il ne faudra pas se frustrer, rester solides défensivement et attendre qu’une porte s’ouvre, par un power-play ou un momentum offensif. Nous ne devons pas sortir de notre façon de jouer. Si on marque le 1-0 à la 55e on prendra ! Il ne faudra pas ouvrir le jeu à cause de la frustration, parce qu’on n’arrive pas à ouvrir le cadenas.
HA : D’autant que les contre-attaques italiennes sont leur atout. Vous avez subi quelques contres contre la Slovaquie et l’Allemagne suite à des revirements, c’est à corriger ?
HG : Je ne m’intéresse pas trop aux revirements. Le hockey est un jeu d’erreurs, tout dépend comment on réagit et on rattrape. Il y a des erreurs plus grosses que d’autres. Si on conserve une défense structurée, le reste de la ligne peut récupérer l’erreur et contrebalancer. Je ne mets pas l’accent sur les revirements, ce n’est pas intéressant. Cela fait partie du jeu, il y en a autant des deux côtés. Parfois un jeu anodin peut faire autant de dégâts qu’un revirement.