Après deux ans de pause forcée (cause Covid), la Coupe Spengler est de retour entre Noël et Nouvel An à Davos dans les montagnes Grisonnes. L’occasion pour HockeyArchives de revenir sur cette 94e édition marquée par le triomphe des Tessinois d’Ambrì-Piotta à la fois sur la glace et dans les tribunes.
Le plus vieux tournoi sur invitation du monde (la 1e édition ayant eu lieu en 1923) réunit 6 équipes réparties en 2 groupes : les locaux du HC Davos (actuel 6e de National League), les Tessinois du HC Ambrì-Piotta (2e participation, actuel 10e de NL), les Suédois d’Örebro HK (actuel 5e de SHL, 1e participation), le Sparta Prague (actuel 6e d’Extraliga, multiple participant et double vainqueur en 1962 et 1963), les Finlandais du IFK Helsinki (actuel 13e de Liiga, 4e participation) et le Team Canada (présent en continu depuis 1984) équipe constituée de Canadiens de National League et renforcée principalement par des joueurs d’AHL.
Groupe Torriani
HC Ambrì-Piotta – Örebro HK : 5-2 (1-0, 2-1, 2-1)
Devant leurs tifosi venus en nombre (la Vaillant Arena affichant complet), les Biancoblù ne manquent pas leur début de tournoi en s’imposant 5 buts à 2 face à Örebro avec 5 buteurs différents : le décrié Formenton (soupçonné d’agression sexuelle avec l’équipe junior du Canada), Jooris (prêté pour le tournoi par Genève-Servette), McMillan, Bürgler et Virtanen.
IFK Helsinki – Örebro HK : 2-5 (2-2, 0-2, 0-1)
Défaits la veille par Ambrì, les Suédois d’Örebro rebondissent en disposant de l’HIFK après avoir pourtant été menés 2 à 0 après 12 minutes. À noter les 3 points d’Elias Ekström durant la rencontre (1 but, 2 assistances)

Les Léventins confirment leur bonne entame de tournoi en écartant le HIFK et se qualifient directement pour les demi-finales. Menés 3 à 0 après des buts de Pestoni, McMillan et Chlapík, les Finlandais sont pourtant revenus à 1 but de retard à la mi-match avant qu’Ambrì ne creuse une nouvelle fois l’écart par l’entremise de Kneubuehler (photo ci-contre), Špaček et Heim (contre une réussite de Nättinen, passé par Ambrì en 2020/21).
Groupe Cattini
HC Sparta Praha – Team Canada : 3-2 (2-0, 1-2, 0-0)
Surprise à Davos avec la défaite d’entrée du Team Canada, pourtant quasi-invincible lors des dernières éditions : 1 seule défaite lors de leurs 16 derniers matchs (en 2018, en finale contre KalPa qui comprenait dans ses rangs un certain Alexandre Texier). Côté Sparta, l’international Řepík s’est mis en évidence avec un doublé.
HC Davos – Team Canada : 2-1 (2-0, 0-1, 0-0)
Sevrés de victoire à la Spengler Cup depuis 2011, les Davosiens comptent bien mettre fin à cette disette. Ils s’y emploient en menant rapidement 2 à 0 après deux minutes de jeu (buts de Rowe – habituel joueur de Rappi – et de Bristedt) avant de résister au retour du Team Canada (but de Connolly, auteur de tous les buts de son équipe jusqu’alors dans le tournoi).
À noter la présence de Connor Hughes devant le filet de Team Canada, lui dont la présence à Davos n’était initialement que provisoire et pour faire le nombre. Mais Michael DiPietro – le back-up désigné – n’ayant pas réceptionné son équipement dans les temps (la faute à la tempête de neige qui sévit aux États-Unis sur la côte Est), Shane Doan, le manager de l’équipe, s’est résolu à faire appel à Hughes pour défendre la cage canadienne au grand dam du staff de Fribourg (qui ne dispose que du seul Hughes comme gardien expérimenté). Rappelons que le portier de Gottéron avait porté les couleurs de la sélection suisse à peine deux semaines auparavant face à la Tchéquie pour les Swiss Ice Hockey Games ! Une telle incongruité est rendue possible car Hugues possède la double nationalité suisse et canadienne et que la Coupe Spengler n’est pas une compétition officielle. Serge Poudrier avait également profité de ce point de règlement pour porter le maillot à la feuille d’érable à la Coupe Spengler en 2000 et 2001 après avoir fait les beaux jours de l’Équipe de France.

Le vainqueur de la rencontre aura le privilège de se qualifier directement pour les demi-finales. Titularisé devant le filet davosien, Senn vivra un véritable enfer cédant à neuf reprises sur 29 tirs sans avoir été relevé. On notera les doublés assortis d’une mention d’assistance pour Kempný (en photo ci-contre avec le maillot de l’équipe nationale) et Horák.
Quarts de finale
Örebro HK – Team Canada : 3-1 (1-0, 1-0, 1-1)
Dans cette rencontre win or die, les Suédois d’Örebro l’emportent face au Team Canada (qui détient pourtant le record de victoires dans la compétions avec 16 trophées) qui repart de Davos sans la moindre victoire au compteur !
HC Davos – IFK Helsinki : 3-2 (1-1, 1-0, 1-1)
Etrillés la veille par Prague, Davos a retrouvé (un peu) de sa superbe en écartant difficilement l’HIFK avec un but de Wieser à la 54e minute. Comme le Team Canada, l’IFK Helsinki quitte Davos sans avoir accroché de victoire. Finalement, la sortie finlandaise la plus saillante est à mettre au crédit de Tobias Salmelainen (GM du HIFK), qui, interrogé par Blick sur les arrivées de joueurs en provenance de KHL dans les clubs suisses (Almquist à Zoug et Auvitu à Genève-Servette), déclare : « Certains joueurs qui ont quitté la KHL par la petite porte se sont retrouvés sur le marché ces dernières semaines. […] Mais aucune de ces individualités n’a signé en Finlande, et ce n’est pas un hasard […] Nous avons des valeurs et je n’accepterais pas de les mettre de côté pour une décision sportive à court terme […] Les clubs (note : en Suisse) ont plus de moyens et sont capables d’engager qui ils veulent, peu importe les potentiels soucis moraux. »
Demi-finales
HC Sparta Praha – Örebro HK : 4-3 (0-1, 4-2, 0-0)
Au bord du gouffre après avoir encaissé le 3-0 de la crosse de Rissanen à la mi-match, les Tchèques réduisent le score dans la foulée avant d’aligner trois nouveaux buts au gardien Enroth en un peu plus de 4 minutes sans réponse d’Örebro. Le Sparta Prague se qualifie pour la finale, un honneur qu’il n’a plus connu depuis 2004 (défaite 2 à 0 face à Davos version « lockout-NHL » qui comprenait alors dans ses rangs Rick Nash, Joe Thornton, Niklas Hagman et Martin Saint-Louis, prêté par Lausanne pour l’occasion).
HC Ambrì-Piotta – HC Davos : 5-0 (2-0, 1-0, 2-0)
Défaits à ce stade de la compétition en 2019 par Oceláři Třinec, Ambrì-Piotta roule sur un bien triste Davos par un score de 5 à 0 (avec 5 buteurs différents) dans une Vaillant Arena presque entièrement acquise à la cause des Tessinois. Le HCD quitte « son » tournoi par la petite porte. Cette sortie va-t-elle sonner le glas de Christian Wohlwend à la tête du club grison, lui qui est toujours sans contrat pour l’année prochaine ?
Finale : HC Sparta Praha contre HC Ambrì-Piotta

Le jeu reprend au deuxième tiers avec le Sparta très incisif qui sollicite Juvonen par l’intermédiaire Řepík (en photo ci-contre avec le maillot de l’équipe nationale)

Les premières minutes de la prolongation sont Praguoises mais le tir d’Erik Thorell n’inquiète pas Juvonen. Le Sparta cafouille un palet suite un tir du revers de Sobotka et Formenton (encore lui) peut partir en breakaway. Kovář ne se compromet pas et arrête le tir de la mitaine. Puis c’est de nouveau Tomášek qui tente d’y aller seul, son tir heurte le dos du maillot de Juvonen, passe le long de la ligne avant d’être dégagé. Špaček tente de forcer la décision mais se heurte une nouvelle fois au dernier rempart du Sparta. L’édition 2022 de la Coupe Splengler se décidera en fusillade !
Tomášek est le premier à s’élancer. Il tente de dribbler Juvonen mais le portier Finlandais détourne de la botte. Heed tente un tir des poignets qui échoue dans la mitaine de Kovář. Řepík tente – avec plus de vitesse – le même type de mouvement que Tomášek mais il échoue également sur Juvonen. Bürgler parvient à mettre Kovář sur les genoux et glisse le palet derrière le portier (0-1 Ambrì). Au tour de Přibyl qui tire à côté ! Scène cocasse avec l’entrée sur la glace de Zwerger qui pensait que la séance était terminée (voir les commentaires d’après-match). Formenton choisit un tir des poignets et ajuste la barre ! Horák essaie aussi de dribbler Juvonen mais l’ancien des Jokerit est intraitable. Chlapík est le 4e tireur léventin, il opte pour un lancer court des poignets et frappe le poteau ! Dernière chance pour Prague, dos au mur. Erik Thorell fonce et déclenche un tir qui touche le gant de Juvonen avant de retomber dans le but (1-1) ! Pestoni, l’enfant de la Léventine (il a grandi à quelques encablures de l’ancienne et mythique patinoire la Valascia, aujourd’hui détruite) a le pénalty de la victoire au bout de la crosse. Il choisit un tir rapproché plein d’assurance qui passe sous la jambière de Kovář (1-2 Ambrì). Ça y est, les Tessinois peuvent célébrer, ils viennent de remporter cette 94e édition de la Coupe Spengler !
En tribune, les tifosis (avec le président Filippo Lombardi en tête) peuvent entamer leur hymne de « La Montanara » une 4e fois durant le tournoi. Sur la glace, l’émotion est palpable entre les effusions de joie des joueurs et les larmes du GM (et ancien joueur du club) Paolo Duca (voir la section commentaires d’après-match). C’est dans ces moments là que l’on réalise encore plus que la Coupe Spengler est bien plus qu’un tournoi amical mais bel et bien une institution en Suisse.
Le triomphe d’Ambrì-Piotta est total, tant sur la glace (avec une finale grandiose) que dans les tribunes ou les supporters léventins auront assuré l’ambiance. L’histoire est belle pour ce « club de village », au public nombreux et fidèle qui dépasse les frontières de la Léventine, peu habitué aux titres (le HCAP possède deux titres européens avec la Coupe Continentale en 1999 et 2000 mais aucun titre national). Grâce à ce sacre, les Tessinois devraient (logiquement) être réinvités au tournoi la saison prochaine (voir les commentaires d’après-match).
Illustrations de Pierre Maillard et Francis Larrède
Commentaires d’après-match (dans le Corriere Del Ticino et Watson)
Luca Cereda (entraîneur, Ambrì-Piotta) : « On s’est dit qu’on avait une mission à remplir cette semaine, et on a réussi. Je suis très heureux pour les garçons et pour le club en général, car je sais combien d’efforts sont déployés chaque jour par de nombreuses personnes. Gagner quelque chose n’est jamais facile, c’est un premier pas important dans la bonne direction. Et nous l’avons déplacé grâce à la force de notre groupe, y compris ceux qui ont peut-être tenu un rôle marginal, mais qui l’ont fait en se donnant à fond pour le bien de l’équipe. »
Paolo Duca (GM, Ambrì-Piotta) : « Nous voulions conquérir le tournoi, nous nous sommes également préparés d’un point de vue physique pour l’aborder de la meilleure façon. Nous sommes habituellement habitués à souffrir, alors quand une satisfaction comme celle-ci vient, elle est encore plus amplifiée. Personnellement, j’ai été très ému après le penalty de Pestoni, car les images de quand j’étais petit et que je regardais le tournoi à la télévision avec ma famille pendant les vacances me sont revenues à l’esprit. Ma maman est décédée il y a deux mois, donc les émotions sont encore plus fortes. »
Daniele Grassi (attaquant et capitaine, Ambrì-Piotta) : « Pendant que je soulevais la coupe, j’ai senti le poids de l’histoire. C’était une semaine spéciale, il était difficile d’espérer mieux. Nous sommes vraiment heureux d’avoir pu offrir ce succès à nos supporters et au club. Quand vous pouvez rendre quelque chose à ceux qui vous soutiennent avec chaleur et passion, c’est merveilleux et bon pour l’âme. Aussi parce qu’on le sait, pour un club comme le nôtre, des chances similaires sont rares et doivent donc être exploitées. »
Dominic Zwerger (attaquant, Ambrì-Piotta) : « Je pensais qu’il n’y avait que trois tireurs dans une séance de tirs au but. Donc, deux fois, nous avons pensé que c’était fini. Au final c’était encore suffisant. Putain, célébrons maintenant. C’est incroyable et cela restera dans les livres d’histoire d’Ambrì. »
Inti Pestoni (attaquant, Ambrì-Piotta) : « C’est juste génial de gagner. Un moment très spécial et émouvant. J’ai déjà gagné trois fois la Coupe Spengler, mais avec Ambrì c’est encore plus spécial. »
Filippo Lombardi (président, Ambrì-Piotta) : « Un bel objectif atteint grâce aux efforts de nombreuses personnes qui œuvrent pour le bien de cette entreprise. Je veux tout d’abord leur dédier ce succès, mais aussi et surtout à nos fans, qui nous ont toujours soutenus. Même dans les années les plus difficiles, où il fallait peut-être passer par les play-offs pour conserver sa place en National League. Aujourd’hui, tous ces gens méritent de célébrer. Sur le papier, nous devrions recevoir une nouvelle invitation des organisateurs de la Coupe pengler, pour défendre le titre. Cependant, la décision finale leur appartiendra, même si je pense que l’avis sera favorable. Nous reviendrions certainement avec plaisir pour essayer de faire un rappel. Et je répète ce que j’ai déjà dit : j’espère que l’année prochaine Ambrì-Davos sera la finale et non la demi-finale. »
Marc Gianola (directeur de la Coupe Spengler, sur les rumeurs de l’arrivée de Joe Thornton à la présidence de la Coupe Spengler) : « “Jumbo” a un lien très fort avec Davos, et il sait que s’il le voulait, les portes du comité d’organisation – quel que soit son poste – lui seraient ouvertes. J’imagine qu’il doit d’abord clarifier ce que sera son avenir sur le plan personnel, décider s’il veut vivre, par exemple, en Suisse ou à l’étranger. Quant à moi, je suis très heureux. Mais j’ai également présidé le tournoi pendant sept ans et six ans en tant que PDG de Davos. Bref, il est peut-être temps de faire quelques changements. »
HC Sparta Prague – HC Ambrì-Piotta : 2-2 (1-1, 0-1, 1-0, 0-0) / 1-2 aux tirs au but
Samedi 31 décembre 2022 à 12h10 à la Vaillant Aréna (Davos). 6 267 spectateurs (guichets fermés).
Arbitrage de MM. Kaukokari et Nord assistés de MM. Niqvist et Sormunen.
Pénalités : HC Sparta Praha 6’ (4’, 2’, 0’, 0’) ; HC Ambrì-Piotta 4’ (0’, 2’, 2’, 0’)
Évolution du score :
0-1 à 05’45’’ : Formenton assisté de Chlapík et Špaček (sup. num.)
1-1 à 06’35’’ : Tomášek assisté de Moravčík et Tomek
1-2 à 23’51’’ : Formenton assisté de Heed (inf. num.)
2-2 à 53’53’’ : Horák assisté d’Erik Thorell et Jandus
Tirs au but :
HC Sparta Praha : Tomášek (manqué), Řepík (manqué), Přibyl (manqué), Horák (manqué), Erik Thorell (réussi)
HC Ambrì-Piotta : Heed (manqué), Bürgler (réussi), Formenton (manqué), Chlapík (manqué), Pestoni (réussi)
HC Sparta Praha
Attaquants :
Michal Řepík – Vladimír Sobotka – Miroslav Forman
Roman Horák – Erik Thorell – David Tomášek
Ostap Safin – David Vitouch – Jan Buchtele
Jakub Konečný – David Dvořáček – Gustaf Thorell
Daniel Přibyl
Défenseurs :
Michael Krutil – Michal Kempný
Ondřej Mikliš – Martin Jandus
Tomáš Tomek – Michal Moravčík
Martin Böhm
Gardien :
Jakub Kovář
Remplaçant : Josef Kořenář (G). Absents : Dominik Simon, Michal Vitouch
HC Ambrì-Piotta
Attaquants :
Filip Chlapík – Nando Eggenberger – Michael Špaček
Johnny Kneubuehler – André Heim – Dario Bürgler
Dominic Zwerger – Josh Jooris – Inti Pestoni
Alex Formenton – Daniele Grassi – Brandon McMillan
Défenseurs :
Tim Heed – Yanik Burren
Vili Saarijärvi – Jesse Virtanen
Tobias Fohrler – Zaccheo Dotti
Isacco Dotti – Jannik Fischer
Gardien :
Janne Juvonen
Remplaçant : Benjamin Conz
Absents : Kilian Zündel, Noele Trisconi, Valentin Hofer
Équipe-type du tournoi
Gardien : Janne Juvonen (Ambrì-Piotta)
Défenseurs : Michal Kempný (Sparta Prague) et Filip Berglund (Örebro)
Attaquants : Michael Špaček (Ambrì-Piotta), Brett Connolly (Team Canada) et Roman Horák (Sparta Prague)









































