Le Kazakhstan est devant une montagne qui semble aussi impossible à gravir que la pointe du Cervin. Il doit absolument prendre un point contre une Suisse qui joue comme une favorite très sûre d’elle depuis le début des championnats du monde. Sinon, ce sera la relégation, et des retrouvailles avec l’équipe de France du côté de Krynica…
Tout juste éliminé des play-offs NHL, le dernier joueur sélectionnable en lice Nino Niederreiter a rejoint la Nati. Il forme la première ligne avec les duettistes des ZSC Lions (Andrighetto et Malgin). Le trio Fiala-Moy-Meier est reconduit après sa démonstration contre la Hongrie, pour un top-6 qui fait saliver. Hofmann en fait les frais et retourne en tribune. Le capitaine Andrea Glauser est au repos.
Les Hongrois, qui ont besoin d’une victoire helvétique pour se maintenir en élite, ne sont pas rassurés par ce qu’ils voient. La Suisse semble jouer à un rythme peu soutenu. C’est plutôt la version de la Nati vue dans les fins de match, qui étouffait ses adversaires et les privait d’occasions. Le Kazakhstan est néanmoins à l’affût de la moindre opportunité. Sur une mise au jeu gagnée en zone offensive par Artyom Likhotnikov, un lancer de la bleue de Samat Daniyar légèrement dévié par la crosse de Kirill Panyukov est détourné in extremis du bras droit par Stéphane Charlin.
Dinmukhamed Kairzhan commence une présence par une perte de palet dans sa zone… et la finit en voyant un espace en filant au but sur une belle passe d’Eduard Mikhailov. Il manque quelque peu son tir du revers qui échoue dans la botte de Charlin (photo ci-dessus). Après huit minutes, le compteur affiche 4 tirs à 0… pour le Kazakhstan ! Les Hongrois qui regardent le match commencent à avoir des sueurs froides… Ils n’ont pas fini de s’essuyer.
La Suisse reprend le contrôle pendant un temps, mais le Kazakhstan obtient un engagement en zone adverse. Janis Moser fait alors une passe douteuse derrière sa cage, un véritable cadeau pour Nikita Mikhalis, qui passe en retrait pour la reprise de volée d’Adil Beketayev. Le tir puissant est contré par Berni et arrive sur Arkady Shestyakov parfaitement placé dans le slot pour rediriger le palet au fond (0-1).
La Nati n’avait encore jamais concédé l’ouverture du score. Comment va-t-elle réagir ? Par une énorme occasion quand un palet rebondit au fond de balustrade et revient sur Nino Niederreiter qui a la cage totalement vide… mais Maksim Pavlenko se retourne à la vitesse de l’éclair et met sa crosse en barrage (photo ci-dessous).
Le Kazakhstan concède sa première pénalité en deuxième période, pour une crosse haute de Breus. Denis Malgin se lance à l’assaut de la cage, Kevin Fiala au rebond mais Pavlenko se jette courageusement en au-dessus de son bâton. Le gardien blanc multiplie les exploits, et dévie de justesse un revers de Damien Riat, seul face à lui.
Cela n’a plus rien à voir avec les vingt premières minutes. La Suisse domine totalement, mais le Kazakhstan fait le dos rond et défend avec une concentration maximale et un engagement sans faille. Ce n’est qu’une question de temps avec ça craque, peut-on se dire. Mais la réussite n’est pas rouge, le palet passe sous la crosse de Fiala dans le slot sans qu’il puisse le reprendre.
À l’avant-dernière minute, Vladimir Volkov ceinture Siegenthaler et part en prison, mais Shestyakov gagne le premier engagement et dégage deux fois le palet quand la Suisse revient dans sa zone. Il rentre au banc avec le sentiment du devoir accompli. C’est presque le cas. Il reste dix secondes, Andrighetto entre en zone, Kukan fait la passe transversale vers le cercle gauche et Malgin, qui envoie au poteau opposé pour la redirection du patin de Fiala (1-1, photo ci-dessous). Une orientation du patin, pas un mouvement vers l’avant, c’est accepté de nos jours. Le Kazakhstan ne demande donc pas le challenge et doit rentrer aux vestiaires sur cette pilule amère.
La troisième période débute par une crosse haute de Timo Meier. Sur la mise au jeu, Nikita Mikhailis décale Roman Starchenko, dont le tir dévié par la crosse de Kirill Panyukov frôle sur le poteau ! La Suisse éloigne le danger. Après sa sortie de prison, Meier sert en retrait Andres Ambühl, dont le tir ricoche sur le haut de l’épaule gauche de Pavlenko. Reste-t-il des cardiaques encore vivants en Hongrie ?
Vyacheslav Kolesnikov, revenu au jeu après avoir pris un palet en pleine face au deuxième tiers, fait trébucher Denis Malgin. Celui-ci sert sur l’avantage numérique une passe transversale à son complice zurichois Sven Andrighetto qui pique devant le but et glisse le palet sous Pavlenko (2-1, photo ci-dessous). Sur son trentième tir, la Suisse passe enfin devant. C’est déjà le septième but pour Andrighetto, le quatrième en powerplay. Malgin est pour sa part le meilleur passeur de la compétition avec neuf assists.
Le Kazakhstan ne rend pas les armes. Nikita Mikhailis tire sur l’extérieur du poteau, ses coéquipiers poursuivent l’effort par une longue séquence en zone offensive. Mais quand celle-ci s’achève, la Suisse confisque le palet et ramène le jeu dans le camp adverse. Maksim Pavlenko réussit encore une parade improbable, de la plaque, en plongeant devant Siegenthaler décalé par Niederreiter.
Ce n’est pas encore joué, les nerfs hongrois sont encore en compte, mais voici que s’avance le doyen Andres Ambühl. Pour ce dernier match de poule de son vingtième (!) championnat du monde, le capitaine d’un soir profite d’un changement de ligne du Kazakhstan pour s’avancer sans opposition dans l’axe et décocher un tir côté plaque (3-1).
Il n’y a plus du suspense, Damien Riat se permet un but de All-Star Game en mettant sa crosse entre ses jambes pour tirer sous le bras du pauvre Pavlenko (4-1, photo ci-dessous). Berni fait trébucher Rymarev dans le coin et Oleg Bolyakin appelle son temps mort pour organiser le jeu à 6 contre 4 sans gardien. Mais la boîte suisse est active pour ne plus laisser la moindre miette.
Le Kazakhstan a livré une dernière belle bataille, mais fait ses adieux à l’élite mondiale. Si ce fut plus difficile que prévu, la Suisse repasse provisoirement en tête du groupe. Elle devra espérer une défaite tchèque tout à l’heure pour le rester et affronter l’Autriche en quart de finale (voire le Danemark car les deux pays organisateurs ne peuvent pas se rencontrer pour garder chacun l’avantage de la glace). Sinon, ce sera le troisième du groupe de Stockholm, qui peut être la Finlande mais aussi le grand Canada.
Désignés joueurs du match : Denis Malgin pour la Suisse et Maksim Pavlenko pour le Kazakhstan.
Trois meilleurs Kazakhstanais du tournoi : Roman Starchenko, Nikita Mikhailis et Maksim Pavlenko.
Commentaires d’après-match :
Tamirlan Gaitamirov (défenseur du Kazakhstan) : « Nous avons bien joué. Des pénalités n’auraient peut-être pas dû être prises dans ce match important pour nous. Pavlenko nous a tenus tout le match. Nous reviendrons, cela ne fait aucun doute. Nous avons fait un mauvais tournoi cette année. Nous ne sommes pas inquiets à l’idée de ne pas remonter. C’est juste triste de devoir traverser ça, devoir descendre et remonter. Nous avons un super groupe. Honte à nous que ce soit arrivé, nous avons à revenir plus forts. »
Nino Niederreiter (attaquant de la Suisse) : « C’est toujours bien de jouer un match avant que ça compte vraiment. Les dernières 48 heures ont été folles, mais je suis heureux d’être ici. Notre match était peu soigné, il n’y avait pas trop d’enjeu, le début était difficile. »
Suisse – Kazakhstan 4-1 (0-1, 1-0, 3-0)
Mardi 20 mai 2025 à 12h20 au Jyske Bank Boxen de Herning. 3833 spectateurs.
Arbitres : Christian Ofner (AUT) et Kristian Vikman (FIN) assistés d’Oto Durmis (SVK) et Anders Nyqvist (SUE).
Pénalités : Suisse 4’ (0’, 0’, 4’) ; Kazakhstan 6’ (0’, 4’, 2’).
Tirs : Suisse 39 (7, 16, 16) ; Kazakhstan 16 (5, 4, 7).
Évolution du score :
0-1 à 15’17” : Shestakov assisté de Beketayev et Mikhalis
1-1 à 39’55” : Fiala assisté de Malgin et Kukan (sup. num.)
2-1 à 47’15” : Andrighetto assisté de Malgin et Moser (sup. num.)
3-1 à 57’06” : Ambühl assisté de Niederreiter et Fiala
4-1 à 47’15” : Riat assisté de Knak et Fora
Suisse
Attaquants :
Sven Andrighetto (A) – Denis Malgin – Nino Niedereiter (+1)
Kevin Fiala – Tyler Moy (-1) – Timo Meier (-1, 2’)
Simon Knak (+1) – Ken Jäger (+1) – Damien Riat (+1)
Sandro Schmid – Andres Ambühl (C, +1) – Christoph Bertschy
Nicolas Baechler [4 présences]
Défenseurs :
Jonas Siegenthaler (A) – Dean Kukan (+1)
Janis Moser – Tim Berni (-1, 2’)
Christian Marti (+1) – Michael Fora (+1)
Dominik Egli
Gardien :
Stéphane Charlin
Remplaçant : Sandro Aeschlimann (G). En réserve : Leonardo Genoni (G), Andrea Glauser (D), Grégory Hofmann (A). Blessé : Nico Hischier (substitué par Niederreiter).
Kazakhstan
Attaquants :
Roman Starchenko (C) – Arkadi Shestakov (+1) – Nikita Mikhailis (A, +1)
Kirill Panyukov (-1) – Artyom Likhotnikov (-2) – Kirill Savitsky (-2)
Evgeny Rymarev – Alikhan Omirbekov – Vyacheslav Kolesnikov (2’)
Batyrlan Muratov – Vladimir Volkov (2’) – Dinmukhamed Kaiyrzhan puis à 40’00” Maksim Mukhametov
Défenseurs :
Tamirlan Gaitamirov (-1) – Dmitri Breus
Adil Beketayev – Samat Daniyar (-1)
Leonid Metalnikov (A) – Artyom Korolyov
Eduard Mikhailov
Gardien :
Maksim Pavlenko [sorti de 58’15” à 59’11” et de 59’35” à 60’00”]
Remplaçant : Sergei Kudryavtsev (G). En réserve : Jelal-ad-Din Amirbekov (G), Valeri Orekhov (D, fracture de la cheville), Alikhan Asetov (A, dos).