À deux ans des championnats du monde 2028 de Paris et Lyon, le Canada vient faire escale à Bercy pour la première de ses deux rencontres de préparation au Mondial 2026 en Suisse. Pour l’équipe de France, ce devait être aussi une préparation mais ça ne l’est plus. Cette rencontre avait été programmée avec la fédération canadienne avant que les Bleus ne descendent de l’élite. Cela reste un match de gala, diffusé en direct et en clair sur la chaîne L’Équipe, mais c’est une fin de saison amère après l’échec de la remontée ratée dans l’élite mondiale cette semaine à Sosnowiec.
Les Bleus, qui avaient fini la compétition en Pologne avec 5 défenseurs de métier, ont au moins pu avoir du renfort. Yohan Coulaud et Mathieu Mony, les deux derniers à avoir été retranchés à la fin du camp, viennent compléter les lignes arrières. Toute la semaine, les Français ont eu les difficultés que l’on craignait à faire le jeu contre des adversaires présumés plus faibles. Cet après-midi, ils pourront retrouver leur état d’esprit de défense et de sacrifice qui avait été le mot d’ordre pour tenir aux Jeux olympiques. Un style de jeu dans lequel ils sont normalement plus à l’aise, mais qui sera un autre type de défi pour les jeunes joueurs issus de la Ligue Magnus.

Les défenseurs d’Edmonton (Evan Bouchard et Darnell Nurse) ne sont pas alignés et le banc est complété par trois joueurs de DEL (Renouf, O’Donnell et Schnarr). Mais l’attaque du Canada a déjà ses stars, sauf l’éternel Ryan O’Reilly. Et malgré la présence d’un vétéran aussi capé que John Tavares, le capitaine est… Macklin Celebrini, à 19 ans ! La pépite de San José a beau avoir inscrit 115 points en NHL plus 10 aux JO cette saison, il n’est pas encore assez « célèbre » pour la feuille de match officielle FFHG qui l’appelle « Celibrini », et qui inverse prénom et nom de « Thomas Robert ».
Le Canada s’installe de suite en zone offensive et cherche la passe fatale. On craint déjà le pire… mais Floran Douay contre le palet dans la crosse de Mateychuk à la ligne bleue et s’échappe seul. L’attaquant de Lausanne est malheureusement toujours plus doué pour se procurer des breakaways que pour les convertir (photo ci-dessous).

Les défenseurs canadiens sont un peu vexés et distribuent les premières mises en échec, bien dures. Même si les Bleus sont à l’affût de la moindre opportunité, le Canada pose son jeu avec ses qualités techniques. Pendant une longue pénalité différée, le tir du cercle droit de Parker Wootherspoon traverse les bottes de Martin Neckar, le troisième gardien français qui a l’honneur d’être titulaire (1-0).
Après sept minutes, la France s’installe elle aussi et Tomas Simonsen propose un premier bon lancer du cercle gauche sur une bonne passe de Valentin Grossetête. À mi-tiers, Martin Neckar récupère un palet envoyé en profondeur face à un attaquant et le confie à Jules Boscq. En deux lignes de passe très ouvertes et évidentes, la rondelle transite par Flavian Dair vers Guillaume Leclerc, qui ne manque pas son face-à-face avec Jet Greaves (1-1).

Les Canadiens sont trop peu investis et sur une récupération de palet en zone offensive, Jordan Perret effectue une passe transversale vers Baptiste Bruche qui reprend côté droit. Jet Greaves pare du gant in extremis pour éviter que la France mène !
La fin de tiers est dominée par les Bleus, plus volontaires dans les duels. Mais quand Boscq se fait voler le palet, celui lui vaut une minute de présence difficile avec ses coéquipiers, jusqu’à ce qu’une passe canadienne imprécise fasse sortir le palet de la zone tricolore. La sirène résonne sur un score de parité et une domination française aux tirs : 11 à 9 !

Forcément, les Canadiens accélèrent en deuxième période. Cette pression est conclue par Dylan Holloway au poteau droit dès la cinquième minute (1-2). Les Bleus sont encore acculés dans leur zone pendant une longue présence et un tir à mi-distance de Brendan O’Donnell (Mannheim) fait tinter le poteau. La France réagit par une première grosse action offensive… et sur la contre-attaque, Mark Scheifele est absolument seul dans l’enclave pour recevoir le centre de Gabriel Vilardi et ajuster Martin Neckar à mi-hauteur côté mitaine (1-3).
Kevin Bozon tente un étonnant 360° sur une contre-attaque solitaire… et perd le palet. Le Canada repart de l’avant et s’installe. Kévin Dusseau n’évacue pas Matt Barzal qui fait écran devant Neckar et le gardien ne peut rien voir du lancer de la bleue de Parker Wotherspoon. 1-4… Non ! Yorick Treille demande un challenge avec succès et le but est annulé. Barzal avait donc gêné Neckar, qui continue à ne voir que du rouge devant ses yeux tant les Canadiens se placent devant lui.

Aurélien Dair prend la première pénalité du match (faire trébucher). Le jeu de puissance est expédié en 51 secondes. John Tavares est placé dans le slot pour dévier un lancer de Celebrini et Gabriel Vilardi vient prendre un rebond ouvert à trois mètres. 1-4, oui, et ce n’est pas fini.
Décidément en difficulté en cette fin de saison, Aurélien Dair se fait ensuite subtiliser le palet en zone neutre par Mark Scheifele et la punition est là encore immédiate. Gabriel Vilardi centre du revers pour Macklin Celebrini qui se livre à une démonstration de feintes face à Neckar pour finir dans une cage grande ouverte (1-5). Antoine Keller entre alors devant le filet pour donner du répit à son malheureux collègue.
Les Français ont le grand mérite de ne pas perdre le moral. Ils s’installent même en zone offensive et un lancer de Thomas Thiry du haut du cercle droit ricoche sur la transversale ! Cela plaît au public de Bercy qui lance un « Allez les Bleus » collectif, puis s’emballe par des cris approbateurs sur plusieurs contre-attaques.

L’équipe de France passe du temps à défendre au début du troisième tiers-temps. Elle le fait avec confiance, comme le langage corporel d’Antoine Keller qui a une bonne vue sur les tirs. Les tricolores n’hésitent pas à harceler le porteur du palet, Baptiste Bruche dérobe ainsi Mark Scheifele pour s’échapper en contre-attaque et servir en retrait Tomas Simonsen seul face à la cage : l’ailier de Rouen tire pleine poitrine de Greaves !
Les Bleus se projettent bien en contre sur les récupérations, mais les tirs excentrés qui les concluent sont évacués sans rebonds intéressants. Quant au Canada, il domine sans marquer. Antoine Keller, étendu sur le flanc, sauve miraculeusement du bras face à Connor Brown qui peut s’en vouloir de ne pas avoir levé la rondelle en cage ouverte (photo ci-dessous). Le reste du temps, Keller est surtout bien positionné à chaque déplacement, avec une mitaine sûre.

On entre dans les cinq dernières minutes et l’enjeu est bien sûr de préserver les filets d’Antoine Keller jusqu’à la fin. Néanmoins, Nicolas Ritz accroche Holloway lancé à pleine vitesse en zone neutre. Le second avantage numérique du Canada est plus court encore que le premier, 19 secondes. John Tavares dévie face à la cage ouverte le centre de Celebrini (1-6).
Le score est sans appel et logique. L’équipe de France n’a pas démérité, et elle est restée dans son système. Les nouveaux joueurs de Ligue Magnus qui tentaient – généralement en vain – de passer en un contre un en Pologne ne s’y ont pas essayé ce soir.
Le match s’achève par une cérémonie en l’honneur de cinq internationaux et internationales qui viennent de prendre leur carrière internationales : Pierre-Édouard Bellemare (malheureusement retenu par un engagement personnel alors que les Canadiens l’auraient sans doute applaudi de plus bon cœur encore), Marie-Pierre Pélissou, Anaé Simon, Lore Baudrit et Sacha Treille (ces deux derniers avec leurs enfants dans les bras).
Désignés joueurs du match : Tomas Simonsen pour la France et Macklin Celebrini pour le Canada.

Commentaires d’après-match :
Yorick Treille (entraîneur de la France) : « Jouer la meilleure nation du monde, ça nous fait progresser en tant qu’équipe. Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de cette saison, et du Mondial. Les gars ont prouvé par leur premier tiers qu’ils étaient prêts à jouer. Après, on a eu un gros coup de fatigue. Les deuxièmes tiers sont toujours difficiles à jouer contre une équipe de ce niveau-là, ils bloquent les changements. Bercy, c’est une salle mythique du sport et de la culture en France. C’était une belle organisation, j’espère qu’on aura d’autres occasions. On a un objectif clair, préparer les championnats du monde à la maison en 2028. Il y aura une vraie concurrence les deux prochaines années pour gagner sa place et représenter la France. On est en apprentissage dans notre structure collective. L’important, c’est de ne plus faire de pas en arrière. On doit faire des pas en avant pour progresser. »
Jordann Perret (capitaine de la France) : « Du Mondial, je retiens juste la déception. Comme équipe, on n’a pas atteint notre objectif. En tant que leader, cela me touche. Malheureusement, c’est comme ça, ce qui est fait est fait. Il faut apprendre de ça pour rebondir. On a la chance de finir à Bercy contre la meilleure équipe du monde. On est là pour représenter l’équipe de France. Ce soir, il y a beaucoup de nouveaux, ils ont pu voir ce qu’est un match de championnat du monde élite. Personnellement, c’est un kif de jouer de matchs comme ça, même si c’est dur. On est chanceux de jouer ce pays-là. »
France – Canada 1-6 (1-1, 0-4, 0-1)
Dimanche 10 mai 2026 à 14h30 à Paris-Bercy. 13 877 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Cyril Debuche et Rayan Bernoussi assistés de Pierre Mercier-Landry et Achille Lefevre.
Pénalités : France 4’ (0’, 2’, 2’) ; Canada 0’ (0’, 0’, 0’).
Tirs : France 25 (11, 8, 6) ; Canada 45 (9, 20, 16).
Évolution du score :
0-1 à 05’16” : Wotherspoon assisté de Thomas et Dickinson
1-1 à 10’37” : Leclerc assisté de F. Dair et Boscq
1-2 à 24’24” : Holloway assisté de DeMelo et Barzal
1-3 à 27’55” : Scheifele assisté de Vilardi et Celebrini
1-4 à 31’59” : Vilardi assisté de Tavares et Celebrini (sup. num.)
1-5 à 35’05” : Celebrini assisté de Vilardi et Scheifele
1-6 à 55’42” : Tavares assisté de Celebrini et Scheifele (sup. num.)
France
Attaquants :
Kevin Bozon – Nicolas Ritz (2’) – Floran Douay
Jordann Perret (C, -1) – Louis Boudon (A, -1) – Aurélien Dair (-1, 2’)
Flavian Dair (+1) – Fabien Colotti (+1) – Guillaume Leclerc (+1)
Baptiste Bruche (-3) – Valentin Grossetête (-2) – Tomas Simonsen (-3)
Jordann Bougro
Défenseurs :
Enzo Guebey (-1) – Jules Boscq
Mathieu Mony – Enzo Cantagallo (-2)
Yohan Coulaud (-1) – Thomas Thiry (A, -1)
Kevin Dusseau (-2)
Gardien :
Martin Neckar (17/22) puis à 35’05” Antoine Keller (22/23)
Canada
Attaquants :
Mark Scheifele (+3) – Macklin Celebrini (C, +2) – Gabriel Vilardi (+2)
Dylan Holloway (+1) – Robert Thomas (+2) – Mathew Barzal (+2)
John Tavares (A, -1) – Dylan Cozens (-1) – Connor Brown (-1)
Nate Schnarr – Fraser Minten – Emmitt Finnie
Brendan O’Donnell
Défenseurs :
Dylan DeMelo (+2) – Morgan Rielly (+2)
Denton Mateychuk – Ryan Whitecloud
Parker Wootherspoon (+1) – Sam Dickinson (+1)
Dan Renouf
Gardien :
Jet Greaves
Remplaçant : Jack Ivankovic (G). En réserve : Cam Talbot (G), Evan Bouchard, Darnell Nurse (D), Ryan O’Reilly (A).









































