Le 15 septembre 2025. L’Avtomobilist Iekaterinbourg reçoit le Salavat Ioulaïev, et Stéphane Da Costa est à l’origine de trois buts dans la victoire de son équipe. Une bonne soirée, mais rien d’inhabituel pour lui — jusqu’à ce qu’on additionne les chiffres. Avec ces trois passes décisives, il atteint exactement les 500 points en carrière en KHL. Il devient seulement le dixième joueur de l’histoire de la ligue à atteindre ce cap.
C’est une manière assez symbolique d’atteindre ce chiffre. Onze ans plus tôt, le 5 septembre 2014, pour son tout premier match en KHL, Da Costa avait déjà récolté trois points contre le Dynamo Moscou. Il avait marqué les esprits dès son arrivée. Onze ans plus tard, il continuait de le faire — avec simplement un peu moins de bruit autour de lui, parce qu’entre-temps, c’était devenu presque normal.
Quand on pense aux hockeyeurs français aujourd’hui, l’attention se porte naturellement beaucoup sur Alexandre Texier — et à juste titre. Mais pour Texier, la question est de savoir s’il peut confirmer. Pour Da Costa, la question est plutôt de savoir combien de temps encore il pourra continuer.
Son parcours avait pourtant commencé de manière assez classique : Texas Tornado, Sioux City Musketeers, deux années à Merrimack College, puis une opportunité dans l’organisation des Ottawa Senators. Cette aventure en NHL n’a pas duré — 47 matchs en quatre saisons, pour seulement 11 points. On pourrait facilement y voir le parcours d’un joueur qui n’a pas réussi à s’imposer au plus haut niveau. Mais lorsqu’il rejoint la KHL en 2014, les chiffres racontent une tout autre histoire : ce n’est pas un joueur qui n’a pas réussi. C’est un joueur qui a trouvé l’endroit où il pouvait vraiment s’exprimer.
Lors de sa première saison avec le CSKA Moscou, en 2014-2015, il inscrit 30 buts et 32 passes décisives — 62 points en 46 matchs — avant d’ajouter 8 points en 11 rencontres de playoffs. Ce n’était pas un simple coup d’éclat. Il allait ensuite confirmer à haut niveau en KHL, avec notamment un premier passage à l’Avtomobilist, puis des étapes au Lokomotiv Yaroslavl et à l’Ak Bars Kazan, avant de revenir à Iekaterinbourg, où il allait s’installer durablement. Sa saison 2024-2025 lui apporte un record personnel de 43 passes décisives, pour un total de 57 points en 66 matchs. Il enchaîne avec 44 points en 50 matchs en 2025-2026, à 36 ans.
À 37 ans, la question de l’âge est évidemment inévitable. Mais les deux dernières saisons de Da Costa rendent difficile l’idée d’un déclin déjà installé : son rythme de points par match est même passé de 0,86 en 2024-2025 à 0,88 en 2025-2026.
Au fil des années, Da Costa a également dépassé l’image du joueur étranger simplement de passage. Dans une interview accordée au magazine de l’Avtomobilist en novembre 2024, il avait expliqué qu’il se sentait chez lui en Russie et qu’il aimerait un jour obtenir la nationalité russe. Quelques semaines plus tard, il précisait toutefois n’avoir entrepris aucune démarche en ce sens, tout en réaffirmant son attachement à l’équipe de France. Après plus d’une décennie passée en Russie, son lien avec le pays dépasse clairement le simple cadre du hockey.
Son passage en Russie a également eu des répercussions en dehors de la glace. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, ses liens avec le hockey russe ont pesé sur sa carrière internationale. En 2024, Da Costa a pu retrouver l’équipe de France, avec l’accord du ministère français des Sports. Depuis, il a continué à porter le maillot bleu, notamment lors des Jeux olympiques d’hiver 2026.
Texier attirera naturellement les gros titres cette saison. Mais si l’on cherche le joueur français qui a répondu présent, année après année, pendant plus d’une décennie, c’est le parcours de Da Costa qui mérite qu’on s’y attarde.
Sauf qu’aujourd’hui, Da Costa n’a tout simplement plus d’équipe. En mai, l’Avtomobilist et Da Costa ont mis fin à leur collaboration, alors que son contrat avait pourtant été prolongé un an plus tôt jusqu’en 2027, après cinq saisons consécutives au club. Cela ne signifie pas pour autant que Da Costa sortait d’une mauvaise saison — il venait d’inscrire 44 points en 50 matchs.
Son nom a ensuite circulé comme une possible option pour le Dynamo Minsk. En juillet, son agent a démenti les informations faisant état d’une arrivée imminente, tout en laissant la porte ouverte si Minsk venait à se manifester. En août, des médias biélorusses ont indiqué que des discussions avaient bien eu lieu, mais qu’elles étaient désormais à l’arrêt. À l’approche de la nouvelle saison, Da Costa est toujours sans contrat.
La situation est tout de même assez frappante pour un joueur qui, après plus d’une décennie à évoluer à l’un des plus hauts niveaux du hockey européen, a construit sa carrière sur cette régularité. Pour une équipe à la recherche d’un centre offensif expérimenté, l’intérêt est évident : Da Costa n’a pas besoin de prouver qu’il sait produire en KHL. Il le fait depuis plus de dix ans. La vraie question est désormais différente : qui sera prêt à miser sur ce qu’il continue de montrer, plutôt que sur l’âge inscrit sur son passeport ?



































