Les Japonaises font leur entrée dans le tournoi et connaissent les enjeux de la course aux quarts de finale. Défaite interdite face aux Bleues, moins bien classées au ranking mondial et surtout surclassées la veille face à l’Italie. Les joueuses de Grégory Tarlé savent qu’elles n’ont pas montré leur meilleur visage et visent un sursaut.
Cela commence par une grosse chance japonaise, avec Mei Miura dans le slot, du revers, cherchant à reprendre une déviation de Haruka Toko. Le palet file hors cadre dans la confusion et les Bleues peinent à reprendre leurs positions dans la foulée. Premier avertissement…
On assiste à un duel assez physique. Les Japonaises n’ont pas peur de donner des coups d’épaule – Estelle Duvin s’en trouve déséquilibrée et percute la bande derrière le but japonais – mais il n’y a guère de grosses occasions. La possession reste dominée par les joueuses de Yuji Iizuka, mais les Bleues effectuent un bon travail pour contrer lignes de passe et tirs. Alice Philbert reste sereine et seuls six tirs cadrés sont comptabilisés après sept minutes. Le premier pour la France survient après 7’30, un lancer excentré de Manon le Scodan facilement capté par Miyuu Masuhara.
Une action qui fait du bien et lance une autre belle offensive posée par la ligne Le Scodan – Barbirati. À l’arrivée, un tir d’Elina Zilliox plein axe. Les Bleues prennent confiance, plus patientes avec le palet. On voit déjà plus de précision technique et de qualité de passe que face à l’Italie. Le temps de jeu est un peu plus réparti aussi, et Anaïs Peyne-Dingival en profite pour déborder à droite. Son revers effleure le poteau en angle fermé.
De plus en plus à l’aise, les Bleues insistent. Elles créent du jeu, s’imposent dans les bandes. Julia Mesplède, Sehanna Galbrun et Emma Nonnenmacher confisquent le disque, avec le relais de Lucie Quarto, et obtiennent une triple occasion dans le slot ! Masuhara s’impose et le Japon repart en contre, touchant le poteau de Philbert dans ce match qui s’anime. La gardienne française rate un peu une sortie à la crosse derrière son but et doit revenir rapidement bloquer la situation chaude… avec l’aide d’Estelle Duvin, sur la ligne !
Philbert se reprend vite et ne tremble pas sur une percussion conclue par Aoi Shiga du revers. Les Bleues bataillent, mettent de l’intensité, du patinage et se montrent attentives pour couper lignes de passe et tirs, soit à la crosse, soit en y passant le corps à l’image d’un bloc de Margot Huot-Marchand en fin de tiers. Le 0-0 à la pause se révèle logique : la France fait plaisir à voir.
Baudrit donne l’exemple
Il ne faut pas rater l’entame du deuxième… mais un palet cafouillé entre Chloé Aurard-Bushee et surtout Gabrielle de Serres profite à Akane Shiga, qui fonce vers Philbert. Le rempart bleu ne cède pas ! Shiga commence à faire mal et tourne autour de la défense, pour un tir en pivot : Toko ne cadre pas le rebond, mais les Bleues sont enfermées dans leur zone et la gardienne française doit sortir plusieurs palets chauds.
Les Bleues s’offrent un contre avec une montée de Sehanna Galbrun qui lance un tir croisé ras glace, repoussé de la botte. Le Japon récupère et profite du changement de ligne pour envoyer Yumeka Wajima en échappée ! Alice Philbert, patiente, gagne son duel, puis est aidée de son poteau sur l’action suivante.
Les joueuses de Grégory Tarlé plient encore peu après et Philbert se multiplie derrière une défense en mode sacrifice devant les tirs adverses. Les présences sont bien trop longues, compte tenu de l’éloignement du banc français dans ce deuxième tiers. Le Japon combine bien, décalant par exemple Shiori Koike qui s’infiltre et trouve la mitaine de Philbert. Puis, Remi Koyama se heurte au déplacement rapide de la gardienne française sur un rebond !
L’attaque bleue a du mal, et n’obtient que quelques essais sporadiques – Mesplède, arrêté, Duvin hors cadre, et enfin Aurard-Bushee, dévié et ralenti avant l’arrêt de Masuhara. Sur la mise au jeu qui suit cette dernière action, les Bleues construisent bien sous la baguette d’Aurard-Bushee. Un palet qui traîne profite à l’attaque et Barbirati, au rebond, échoue sur Masuhara.
Cette série remet les Bleues dans le bon sens. Plusieurs situations chaudes en découlent avec des phases de possession durables. Duels gagnés, échanges en zone offensive… Quarto et Villiot suivent dans le slot, avec Barbirati, et les jambières de Masuhara repoussent ! Il y a du mieux sur cette fin de tiers. Malheureusement, le Japon finit par trouver la clé. Akane Shiga entre en zone, et laisse à Rui Ukita sortie du banc : feinte, lancé balayé et lucarne (0-1).
Il reste une poignée de secondes, mais c’est assez : Manon le Scodan effectue une montée rageuse, efface Kanami Seki d’un dribble spectaculaire. Le palet est loin mais l’attaquante bleue se jette, créant la confusion devant le but. Lore Baudrit a suivi et reprend un palet bondissant, qui retombe sur le corps de l’arrière Ayaka Hitosato et tombe dans le but : égalisation à dix-sept secondes de la pause (1-1) !
Un dénouement cruel
La première chance du dernier tiers est française : une belle montée de palet, Duvin sur l’aile qui renverse pour Rozier devant la cage. Musihara ne craque pas. Les Bleues résistent ensuite à un débordement de Suzuka Maeda, mais, après cinq minutes assez fermées, Elina Zilliox est punie dans son duel avec Haruka Toko. La France reste mentalement présente et Aurard-Bushee se permet même un contre, capté de la mitaine. Philbert a finalement peu de travail avant le retour au complet. Les Bleues ripostent avec le duo Duvin-Rozier, qui renverse pour Huot-Marchand pour un tir qui touche le côté du but.
Indécis à dix minutes du terme, le match se crispe un peu. Une collision entre deux joueuses françaises libère Aoi Shiga plein axe, et Philbert capte de la mitaine en deux temps. Les joueuses de Grégory Tarlé reculent un peu, avec un bon tir lointain de Rio Noro sur la botte de Philbert, puis quelques confusions devant l’enclave, finalement dégagées. Nouveaux arrêts peu après devant Rio Noro, à deux reprises, sur une mise au jeu gagnée par le Japon. Akane Hosoyamada, montée en deuxième rideau, frôle le deuxième but sur un renversement de jeu : Philbert, encore, pour son 35e arrêt !
Son homologue réalise son 19e sauvetage sur un tir de Huot-Marchand peu après, alors qu’il ne reste que cinq minutes. Un duel gagné le long de la bande permet à Remi Koyama de donner du patin vers Makoto Ito : le tir voilé trompe Philbert à 3’30 de la fin (1-2). Temps mort demandé par Grégory Tarlé.
Il reste un peu plus de deux minutes lorsque Philbert laisse sa place à une attaquante. Malheureusement le palet est perdu, et malgré les efforts de Gabrielle de Serres et Léa Villiot en plongeon, Suzuka Maeda creuse l’écart dans le but vide (1-3).
Les Bleues essaient tout de même et Aurard-Bushee provoque deux minutes contre Kanami Seki. Philbert sort encore et les Bleues campent dans la zone offensive. Plusieurs tirs ne passent pas, avant un lancer de Gabrielle de Serres à travers le trafic, sous la barre, à douze secondes de la fin (2-3). Ultimes efforts sur l’engagement… mais pas de victoire pour les Françaises à l’issue d’un très bon match de leur part.
On attendait une réaction après le match raté de la veille : sur ce plan, les Bleues ont travaillé fort. Le patinage, l’intensité et la précision technique ont progressé et se sont ajoutés à la solidarité traditionnelle de l’équipe. Les Françaises n’ont pas à rougir de leur prestation face à un adversaire de se calibre, habitué au plus au niveau mondial. Elles sont passées tout près d’un exploit retentissant.
Commentaires d’après-match :
Lucie Quarto (défenseure de la France) : « On a pas à rougir aujourd’hui, on s’est retrouvées. On a fait preuve de solidarité, bloquer des tirs pour protéger Alice. On était là pendant 60 minutes. Le Japon c’est une équipe qu’on connait bien, on était plus à l’aise de jouer contre elles. Oui, la défense est plus montée en soutien aujourd’hui, on a eu des chances. »
Margot Huot-Marchand (attaquante de la France) : « C’est frustrant un peu. On tenait à montrer un meilleur visage que la veille et sur ce plan on peut être satisfaites, mais… je ne sais pas si je peux le dire, mais ça fait bien chier ! Il nous a manqué l’efficacité, marquer sur nos opportunités. L’agressivité était là, ça a été une grosse bataille pendant 60 minutes, pour se raccrocher au score. Il fallait montrer un autre visage, jouer plus libérées. On a mieux réussi à jouer notre jeu, avec le palet. Le mot d’ordre c’était de se montrer patientes et de conserver la structure. Cela n’a pas payé en résultat, mais il y a eu un bon visage. Il reste la Suède dans deux jours, il faudra jouer comme aujourd’hui, en étant plus efficaces, car on en aura pas beaucoup des occasions, et garder cette cohésion. »
Manon le Scodan (attaquante de la France) : « On a senti l’engouement autour de nos matchs, ça fait plaisir. Ce n’est pas le résultat espéré sur ces deux matchs pour notre objectif mais il faut continuer à y croire. On ne retiendra pas le résultat, mais l’effort, l’agressivité sur soixante minutes, même s’il y a eu quelques moments faibles. Nous sommes restées fortes en défense, avec un gros résultat d’Alice (Philbert). Je suis un peu dégoûtée sur ces deux matchs. On connaissait mieux le Japon, et ça aide, sur leur style de jeu. On avait vu l’Italie, mais pas contre notre système. La glace est petite, oui, en largeur et en longueur, moi qui ait l’habitude d’une grande glace NCAA très lumineuse ! Je me retrouve un peu désavantagée. Sur le but de Lore, je suis en fin de présence, je ne veux pas envoyer au fond car on vient de prendre un but. Donc j’essaie de faire un jeu avec mes mains, je ne m’en sers pas beaucoup ! Et c’est passé, Lore est arrivée derrière avec toute sa hargne. On va repenser au match ce soir avec les coachs, demain c’est un jour off mais on montera sûrement un peu sur la glace avant la Suède dimanche. »
Grégory Tarlé (entraineur de la France) : « C’est une bonne prestation d’ensemble. Le match se gagne à la fin, comme dans tous les matchs serrés. On était dans notre plan de match, la réaction attendue a eu lieu. On voulait montrer qui on était, jouer d’une meilleure façon, avec de l’agressivité qui a perturbé le Japon. On est revenu vite au score et on a eu des chances de marquer en troisième, avant ce but malheureux cage vide. On revient à six-contre-quatre sur ce jeu de puissance qui arrive tard, mais il ne reste que 11 secondes. Avant ce troisième tiers, la consigne était de rester calme, d’éviter l’ascenseur émotionnel des deux buts rapides. Il fallait y aller ensemble. Dans l’ensemble le troisième tiers est bon. Le travail en zone défensive a été bien, la gardienne a pu bien voir le palet et les joueuses sont restées agressives sur les rebonds. Il y a eu aussi de bonnes phases en zone offensive. L’idée c’était de mieux récupérer le palet pour mieux l’exploiter, jouer plus structuré et avec patience. Il y a longtemps eu 1-1 donc on espérait gagner, mais on a au moins eu un match digne de l’équipe de France. C’est le haut niveau qui veut ça. Le Japon a plus d’expérience, mais on les a fait douter. Maintenant, l’important c’est le repos, il y a peu de récupération, surtout avec un changement de patinoire. On a sans doute le pire calendrier, mais on va décompresser, récupérer pour affronter la Suède qui est sans doute la meilleure équipe de la poule. »
France – Japon 2-3 (0-0, 1-1, 1-2)
Vendredi 6 février 2026 à Milano Rho. 3 424 spectateurs
Arbitres : Melissa Doyle (USA) et Michelle McKenna (CAN) assistées de Kristyna Hajkova (TCH) et Kirsten Welsh (CAN).
Pénalités : France 2′ (0′, 0′, 2′) ; Japon 2′ (0′, 0′, 2′).
Tirs : France 25 (8, 9, 8), Japon 38 (12, 12, 14)
Évolution du score :
0-1 à 38’34” : Ukita assistée de Shiga et Sato
1-1 à 39’42” : Baudrit assistée de Le Scodan et Peyne-Dingival
1-2 à 56’30” : Ito assistée de Koyama et Miura
1-3 à 57’50” : Maeda assistée de Noro (cage vide)
2-3 à 59’48” : De Serres assistée de Duvin et Aurard-Bushee (sup. num.)
France
Attaquantes :
Margot Huot-Marchand (-1) – Estelle Duvin (A) (-2) – Clara Rozier (A) (-2)
Manon le Scodan – Jade Barbirati – Chloé Aurard-Bushee (-1)
Anaïs Peyne-Dingival – Lore Baudrit (C) – Clémence Boudin
Emma Nonnenmacher – Julia Mesplede (-1) – Sehana Galbrun
Défenseures :
Sophie Leclerc (-1) – Léa Villiot (-1)
Lucie Quarto – Elina Zilliox (2′)
Gabrielle de Serres (-2) – Marie-Pierre Pélissou
Gardienne :
Alice Philbert
Remplaçantes : Violette Pianel Couriaut (G), Léa Berger (D), Anaé Simon (A). En réserve : Margaux Mameri (G)
Japon
Attaquantes :
Rui Ukita (+1) – Rio Noro (+1) – Akane Shiga (+1)
Riri Noro (+1) – Suzuka Maeda (+1) – Yumeka Wajima (+1)
Haruka Toko (-1) – Makoto Ito – Mei Miura
Ai Tada – Umeka Odaira – Remi Koyama (+1)
Défenseures :
Kohane Sato (+2) – Aoi Shiga (+2)
Shiori Koike (C, +1) – Akane Hosoyamada (A, +1)
Ayaka Hitosato (A, -1) – Kanami Seki (-1, 2′)
Shiori Yamashita – Nana Akimoto
Gardienne :
Miyuu Masuhara
Remplaçante : Riko Kawaguchi (G).









































