Le Lokomotiv Yaroslavl est lancé dans une quête improbable : être champion trois fois de suite avec trois entraîneurs différents ! Le club savait que Bob Hartley ne resterait qu’un an et lui faudrait ensuite trouver un nouveau coach. Des contacts avait notamment été pris avec Patrick Fischer, mais le Suisse avait des prétentions salariales trop élevées (on parle de deux millions d’euros par an). Le choix s’est finalement porté sur Dmitri Kvartalnov, gourmand financièrement mais pas à ce point. Il connaît bien mieux la KHL que Fischer, et a même déjà travaillé deux ans à Yaroslavl de 2017 à 2019, échouant à chaque fois au deuxième tour. Il a aussi déjà dirigé par le passé les deux meneurs offensifs Aleksandr Radulov (au CSKA) et Maksim Shalunov (au Sibir).
Kvartalnov est venu pour goûter enfin à un titre. Il arrive dans le club le mieux dirigé de Russie, où le président Yuri Yakovlev – après quelques années de consommation effrénée d’entraîneurs – est de nouveau vu comme un bâtisseur de pyramide. Son école de hockey est une des meilleures du pays. Si Hartley ne se fatiguait pas à intégrer de nouveaux jeunes, les juniors du Loko – eux-mêmes champions de Russie – pourront avoir la confiance de Dmitry Kvartalnov, réputé comme le meilleur révélateur de jeunes. Il a fait de Matvei Kotkov, tout juste 18 ans, un titulaire à part entière. Andrei Pustovoy, qui n’atteindra sa majorité qu’en décembre, est également incorporé même si son temps de jeu est plus modeste.
Ce groupe stable est assez fort pour travailler à long terme sans aucun souci pour son classement. Il n’a plus qu’un seul étranger (Giovanni Fiore) au lieu de trois, mais il y a largement de la place sous la masse salariale pour un éventuel renfort en cours de saison. Dix éléments expérimentés ont connu une réduction de salaire comptabilisée dans la masse salariale, parce que leur contrat a été terminé le 31 mai, et qu’un nouveau a été signé le 1er juin, premier jour officiel de la nouvelle saison. On peut imaginer que rejoindre le meilleur club de KHL sera de plus en plus attractif quand on s’approchera des play-offs…

Et si le principal concurrent du Lokomotiv était le coach qui l’avait fait champion en 2025 (et qui fut jadis adjoint de Kvartalnov au CSKA), Igor Nikitin ? L’analyste biélorusse Vyacheslav Gusov a suivi avec un an de retard son ancien patron et a quitté à son tour Yaroslavl pour la capitale. Le CSKA Moscou affiche en effet l’intention claire de reconquérir la Coupe Gagarine après avoir fêté les 80 ans de la glorieuse histoire du club. Il s’inscrit tellement dans cette tradition de succès qu’il utilisera un maillot rétro avec la faucille et le marteau pendant la majorité de la saison ! Les fans nostalgiques sont aux anges. Le buteur Denis Guryanov a resigné pour trois ans malgré l’offre lucrative de l’Avangard.
Nikitin a désormais des joueurs qui lui conviennent, notamment avec la signature pour 3 ans de Marat Khairullin, un attaquant pas excessivement créatif mais très complet et diligent. Il a fait re-revenir Maksim Mamin, auteur du but du titre du CSKA en 2019 avec Nikitin comme coach. Le nouvel Américain Derek Barach est un joueur assez polyvalent, surtout utile comme écran devant le gardien en avantage numérique, ce qui assure qu’il mettra plus de buts que Rhett Gardner (1), parti à Minsk. Et il y a le centre Nazar Privalov, qui a signé son premier contrat pro à 17 ans et qui est observé depuis son enfance comme le grand espoir local, dans tous les sens du terme puisqu’il mesure déjà 1,93 m pour 97 kg.
Le président Esmantovich a encore concocté un « retour à la mère patrie » avec le défenseur de 26 ans Egor Zamula, qui a passé 188 matchs en NHL mais l’a quittée après deux échanges en une saison. Zamula se montre ravi du travail avec l’assistant-coach Dmitry Yushevich, ex-défenseur aux conseils individualisés très précieux. Il a signé pour 3 ans lui aussi, et forme la première paire avec le pilier Nikita Nesterov, originaire comme lui de Chelyabinsk. Les lignes arrières sont complétées par trois Nord-Américains, Jérémy Roy et deux nouveaux. Robert Hamilton a démontré sa fiabilité à Minsk alors qu’Alex Cotton ne pourra plus se permettre les mêmes erreurs de positionnement qu’au Lada.
Petit point d’interrogation dans les cages. L’ex-international Aleksandr Samonov n’a pas convaincu de sa capacité à relancer sa carrière depuis son arrivée en novembre 2025 mais Dmitry Gamzin semble prêt à poursuivre sa progression, même si son excellente saison 2025/26 demande évidemment confirmation. Le jeune gardien de 23 ans pourra-t-il aborder les play-offs avec la pression d’un favori ?
Le Dynamo Moscou était secoué depuis des années par des conflits de pouvoir qui affectaient aussi bien la stratégie que le vestiaire. Cet été, à part le président Viktor Voronin, tout le monde s’est fait virer, jusqu’au responsable médias. Le 17 juin, le comité n’a pas renouvelé le contrat du directeur général Sergei Sushko, largement imliqué dans le recrutement. Son successeur Anatoli Kharchuk reprend le poste pour la… cinquième fois ! Il fut élu meilleur manager du temps de la Superliga (avant la KHL) mais ses deux derniers engagements en 2021 et 2023 n’avaient duré qu’un et deux mois ! Avec le directeur sportif Aleksei Badyukov, ils ont mené les négociations avec la star Nikita Gusev mais les deux parties étaient trop éloignées pour trouver un accord de reconduction. Cela a le mérite d’appliquer la politique de rajeunissement annoncée, sans que ce départ soit totalement voulu.
Le Dynamo a quand même beaucoup recruté et est proche du plafond salarial. Le solide paire de gardiens Podyapolsky/Motorygin a été conservée. La défense a un peu plus changé mais elle a conservé les deux piliers Daniil Pylenkov et Igor Ozhiganov. Surtout, l’attaque a été renouvelée de moitié. Gusev laisse un vide dans le powerplay où il était dominant et l’équipe ne semble pas avoir de grand leader offensif. Les recrues Nick Merkley et Maksim Letunov peuvent-elles tenir ce rôle ?
On se demande surtout comment le style rigide du nouveau coach letton Leonids Tambijevs – libéré par le SKA pour reprendre un poste d’entraîneur-chef prendra dans la capitale. L’équipe a dû subir un camp d’entraînement plus dur qu’à l’accoutumée, puis entendre les premières soufflantes. Habituel pour Pavel Shen, l’ailier rapide que Tambijevs avait déjà dirigé à l’Admiral. Un peu plus perturbant pour les autres… Tambijevs n’a pas de caractère compliqué (Comtois a été échangé au Spartak et le jeune Russe aux chevilles enflées Ivan Ryabkin n’est finalement pas revenu d’AHL). Le groupe est plutôt construit comme un collectif homogène. Il faut néanmoins qu’il fonctionne et qu’il tienne en pratique.
Deuxième de Conférence Ouest, le Dinamo Minsk a vécu une fin de saison houleuse : une rupture consommée entre l’entraîneur Dmitri Kvartalnov et les dirigeants, une élimination quart de finale… et un sermon du Président de la République. « Où sont nos joueurs ? », s’est plaint Loukachenko, trouvant qu’il y avait trop d’étrangers. Réponse simple : en Amérique du nord. Tous les bons jeunes Biélorusses y sont. Vitali Pinchuk (24 ans, 66 points) est parti en NHL, Vadim Moroz (22 ans, 31 points) et Egor Borikov (20 points, 32 points) tenteront aussi leur chance dans le système de l’Utah Mamooth.
Le moustachu peut donner les ordres qu’il veut, c’est sans effet sur les jeunes hockeyeurs dont le rêve n’est pas de passer leur vie dans les rues biens propres et nettoyées de toute opposition de Minsk. Tout ce que les dirigeants du club ont pu faire, c’est lancer une opération un peu compliquée et coûteuse : acheter Egor Sokolov au Torpedo puis l’utiliser comme monnaie d’échange pour obtenir de Kazan l’attaquant Vladimir Alistrov, un des rares Biélorusses à jouer ailleurs en KHL. Mais Alistrov ne remplacera pas les trois partants. La principale recrue – voire la seule de haut niveau – est donc un… Canadien, l’ailier droit de 30 ans Nicolas Aubé-Kubel (320 parties de NHL et une Coupe Stanley avec Colorado).
L’entraîneur a aussi failli être canadien. Dominique Ducharme, bien connu du côté d’Anglet, était en tête de liste, mais a finalement choisi de rester assistant-coach à Vegas. Le Dinamo Minsk s’est rabattu sur Sergei Brylin, à qui les New Jersey Devils ne proposaient plus une place sur le banc après un changement de staff. Même s’il était connu centre défensif de la franchise qui a inventé la trappe, Brylin professe un style de jeu offensif, mais il a perdu deux joueurs du premier trio qui avait tout explosé l’an passé : le centre Pinchuk parti et l’ailier Alex Limoges pour l’instant blessé. Brylin a juste pu faire venir un leader charismatique qu’il a connu en NHL, l’ex-international russe Sergei Kalinin… mais à la place d’un centre biélorusse, Andrei Stas.
Même si la coloration locale de plus en plus faible va encore fâcher le président, c’est sans influence sur les spectateurs. Les 15 086 places de la Minsk Arena affichent toujours complet. Vu le faible taux de remplissage des deux équipes installées à Saint-Pétersbourg, le club va rester premier au classement des affluences. L’acoustique de la salle avec son toit élevé résonne beaucoup et reste assourdissante pour les visiteurs.

En trois années, le hockey « horizontal » mis en place par Andrei Kozyrev, qui cherche à ouvrir des espaces en enchaînant les passes précises dans la palette, a semblé imperméable à tout changement et à toutes les critiques. Le Severstal Cherepovets s’est toujours qualifiée en playoffs avec plus de 20 points de marge, même s’il n’a ensuite passé aucun tour. On reproche à sa tactique, qui privilégie l’intervention à la crosse avant de jouer l’homme, d’être trop tendre pour les séries.
L’enjeu immédiat est de rééditer le même niveau de performance sans ses meilleurs attaquants. Après Pilipenko à l’automne dernier, ce sont les deux autres attaquants les plus productifs de ces trois saisons, Danil Aimurzin et Mikhail Ilyin, qui sont partis. Certes, aucun d’entre eux n’était considéré comme un talent offensif avant de jouer pour Kozyrev. Mais ceux qui les remplaceront – comme Semyon Kizimov venu d’Ekaterinbourg – seront-ils aussi aptes à s’adapter à ce beau hockey collectif de tradition soviétique ? Ce n’était pas si évident en ouverture de saison et c’est pour ça que le Severstal a fait venir de Shanghai Nikita Popugayev, un ailier à vocation offensive qu’il faut mettre en confiance.
Malgré le talent offensif réduit, le Severstal a conservé une base solide. Le gardien Aleksandr Samoilov est désormais un titulaire indiscutable et a re-signé pour deux saisons supplémentaires. L’offensif Yoannis Kaldis et le pilier physique Timofei Davydov sont aussi toujours là pour mener les lignes arrières. Même s’il recule un peu, le Severstal semble assez sûr de lui pour poursuivre sa belle série de qualifications.
Il y a pourtant une équipe qui peut bousculer la hiérarchie immuable des qualifiés à l’Ouest. Pas le Lada ou Sotchi, toujours largués, mais la franchise chinoise. Qu’elle s’appelle Red Star Kunlun ou (depuis un an) Shanghai Dragons, cela fait bien longtemps qu’elle n’a plus vu les play-offs, c’était l’année de ses débuts en 2017. La compétition s’est pourtant réduite mais l’équipe maintenant établie à Saint-Pétersbourg a fini neuvième depuis trois ans, souvent très loin du huitième.
Le nouveau président – le célèbre Ilya Kovalchuk – veut changer cela. Il annonce sa décision de ne pas inviter de joueurs avec cette « mentalité de perdants ». À vrai dire, la précédente direction disait la même chose, c’est donc plus facile à dire qu’à faire… Ce n’est pas juste une question de coach, on n’y a d’ailleurs pas touché (c’est toujours Mitch Love). Le changemet de méthode consiste surtout à ne plus recruter uniquement des joueurs nord-américains, qui sont certes moins chers que les Russes à niveau égal… mais qui sont contents de ne pas aller en play-offs pour repartir plus vite à la maison. Kovalchuk a un atout : c’est un nom qui parle aux sponsors et qui a pu rassembler un budget permettant d’aller jusqu’au plafond salarial.
Kovalchuk et le directeur général Evgeny Artyukhin ont bâti leur recrutement autour de Dmitrij Jaškin, le vétéran tchéco-russe qui a été nommé capitaine. On lui a adjoint Nic Petan, le centre canadien avec qui il formait un duo à Kazan il y a deux saisons. On a aussi recruté le gardien Amir Miftakhov qui n’est autre que le meilleur ami de Jaškin. Cette campagne de transferts peut donner le sentiment d’avoir recherché des « poids lourds » mais Artyukhin – qui fut une terreur physique de 116 kg sur la glace – certifie qu’il a recherché des joueurs grands mais aussi mobiles, capables de suivre le rythme pour je pas faire de faute.
Le nouveau défenseur majeur Brennan Menell, dont il se disait au Dynamo qu’il s’était blessé à la jambe en état d’ivresse, semble à la fois discpliné et performant. En dépit des sceptiques, Jaškin et Petan ont aussi débarqué en bonne condition physique. Se défier des étiquettes négatives semble donc fonctionner. Malheureusement, la troisième recrue-vedette de l’attaque, le Tchèque Martin Frk, n’affiche pas la même santé car il s’est vite sérieusement blessé à l’entraînement. Malgré cette absence, Shanghai ranime la lutte pour les play-offs, qui occupera cette saison 9 équipes pour 8 places à l’Ouest.

































