Après six défaites d’entrée, dont une en prolongation contre Nice en ouverture, les Gothiques avaient enfin enclenché la marche avant. Gravel avait lancé la série à Anglet (3-0), blanchissage de 40 arrêts à la clé, avant que Plagnat n’égalise contre Cergy-Pontoise à moins de quatre minutes du terme et que Magee ne libère le Coliséum en prolongation (2-1). Vendredi dernier à Briançon (3-2), Seitz, auteur d’un doublé, profitait d’une erreur du gardien Richard à un peu plus d’une minute de la fin pour arracher la victoire. Trois succès de rang qui permettaient aux hommes de Bruce Richardson de compter neuf points, autant que Cergy-Pontoise et Gap, et de sortir la tête de l’eau sans pour autant quitter le bas du tableau. La huitième place, occupée par Briançon, n’était plus qu’à une longueur.
La série masquait néanmoins des failles que le staff ne cachait pas. Le jeu de puissance ne convertissait qu’une supériorité sur dix et était resté muet dans les Hautes-Alpes, et les Gothiques avaient terminé le premier tiers menés à six reprises en neuf rencontres. Richardson prévenait d’ailleurs que ses joueurs ne pouvaient pas se permettre de se creuser un trou face à Marseille, et réclamait que chaque trio et chaque défenseur soit prêt. La série devait aussi beaucoup à Gravel, auteur de 84 arrêts lors des deux succès à l’extérieur, et le Coliséum n’avait encore fêté qu’une victoire, acquise en prolongation. Il fallait en outre composer sans Bernier, touché lors du dernier match, et Richardson avançait Plagnat à l’aile de la première ligne aux côtés de Girouard et de Craig. Bergeron retrouvait le C et formait la troisième paire avec Papys Da Sylva, tandis que Di Dio Balsamo faisait son retour après une blessure.
En face se présentait l’une des équipes de tête. Installés en Ligue Magnus depuis 2023-2024, les Spartiates de Luc Tardif avaient terminé cinquièmes de la saison régulière précédente (68 points) avant de tomber en quarts de finale, et ils semblaient avoir franchi un palier cet automne : huit victoires en dix matchs, dont deux en prolongation à Chamonix et à Grenoble, et une deuxième place avec 22 points, à une longueur de Rouen. Ils n’avaient connu qu’un faux pas, un 0-4 concédé à domicile contre Briançon lors de la deuxième journée, avant que Rouen ne leur prenne jeudi soir (3-0) leur invincibilité à l’extérieur et la tête du championnat. Ils enchaînaient dès le lendemain en Picardie, et l’on se demandait s’ils arriveraient au Coliséum les jambes lourdes ou l’orgueil piqué. La saison dernière, leurs deux visites à Amiens avaient débordé du temps réglementaire, victoire marseillaise aux tirs au but en octobre (5-5), succès amiénois en prolongation en mars (2-1).
Leur jeu partait de l’arrière. Les deux meilleurs pointeurs du club étaient des défenseurs, Spinozzi (10 points, dont 8 passes) et Ishida (9 points, dont 8 passes), devant l’attaquant Limtong (8 points). D’après les chiffres de GazetteSports, arrêtés avant le déplacement à Rouen, les Spartiates étaient les plus adroits du championnat devant le but, avec près de 13 % de réussite, et leur jeu de puissance convertissait une supériorité sur quatre, mais leur infériorité comptait parmi les plus friables. Le match promettait donc un double duel d’unités spéciales. Le jeu de puissance marseillais défiait une infériorité amiénoise qui n’avait rien cédé à Briançon, où Girouard avait même marqué à court d’un homme, et le jeu de puissance samarien, en panne, trouvait en face l’une des infériorités les plus perméables du championnat.
Soixante-douze secondes de folie
Dès la première minute, Schmitt décochait un lancer ras de glace sur la mise au jeu gagnée par Amiens, et la riposte marseillaise s’achevait aussitôt sur un tir de Joubert. Le jeu était rapide et intense, et les deux équipes se rendaient coup pour coup. Les gardiens étaient sollicités sans jamais vaciller, à l’image de Gravel, qui s’interposait devant Tavernier, servi par MacIntyre à l’entrée de zone.

Bien en jambes et inspirés, les Samariens prenaient peu à peu l’ascendant. Sur une mise au jeu gagnée en zone neutre, Hinam portait le palet en zone offensive avant de décaler un partenaire, et Kasik devait s’employer pour arrêter le tir.
Amiens tenait le palet lorsque Bergeron commettait un geste inutile (12’40, charge avec la crosse). Le jeu de puissance marseillais, très mobile et technique, ne trouvait pourtant pas la faille face à une infériorité solide et un Gravel vigilant. À la sortie de la pénalité, en revanche, les Gothiques, fatigués, ne parvenaient pas à changer de ligne, et les Spartiates en profitaient. Au milieu d’un amas de joueurs devant Gravel, Dair déviait un lancer d’Ishida pour ouvrir le score (0-1, 15’10).
Les Amiénois réagissaient aussitôt, et leur pression provoquait une pénalité de Petersson (16’12, crosse haute). Sur le jeu de puissance, Hinam puis Bergeron butaient d’abord sur Kasik. Mony, depuis la ligne bleue, repérait ensuite Girouard, seul et bien placé au poteau, et lui adressait une passe appuyée à ras de glace que ce dernier n’avait plus qu’à dévier (1-1, 18’11). Le but tombait une seconde avant la fin de la pénalité.
Quarante-trois secondes plus tard, sur une mise au jeu en zone marseillaise, le palet traînait dans les patins, et Seitz parvenait à le récupérer pour lancer. Barriga déviait juste devant la cage et donnait l’avantage aux Gothiques (2-1, 18’54), un but validé après visionnage vidéo. L’euphorie ne durait pourtant que vingt-neuf secondes. Resté sur la glace, le bloc qui venait de marquer relâchait sa concentration, et Limtong égalisait sur une passe de Dufek (2-2, 19’23).

Sonnés, pas couchés
Le deuxième tiers reprenait avec la même intensité, mais Amiens écopait bêtement d’une pénalité de banc (23’43, surnombre), purgée par Benoit. Le jeu de puissance marseillais ne donnait pas grand-chose, et c’étaient au contraire les Picards qui se procuraient deux occasions franches coup sur coup à sa sortie. Lemaitre, trouvé seul entre les cercles, tirait d’abord à côté. Puis Craig, servi sur le côté après une récupération, remontait vite la glace et décalait un partenaire. Kasik s’interposait d’un arrêt de la jambière si appuyé que sa cage en bougeait.

Le match basculait pourtant sur une transition marseillaise. Une passe levée lançait Limtong seul vers la cage, et son tir visant la lucarne côté bouclier était repoussé par Gravel. Dufek, à l’affût, reprenait le rebond (2-3, 27’02). Les hommes de Luc Tardif enfonçaient aussitôt le clou. Maîtres du palet, ils le faisaient tourner jusqu’à ce que Chapuis trouve Quattrone au second poteau, pour un but facile (2-4, 28’09).

Deux buts en soixante-sept secondes. Da Sylva n’apparaissait plus sur la glace depuis un moment, et les Gothiques tournaient à cinq défenseurs.
Bruce Richardson prenait aussitôt son temps mort. Les Gothiques en revenaient conquérants et réduisaient l’écart moins de quatre minutes plus tard. D’un magnifique mouvement, Schmitt éliminait tout le monde avant de servir Craig dans le slot (3-4, 31’58).

Craig, pénalisé à son tour (35’51, pour avoir fait trébucher), laissait aux Spartiates l’occasion de reprendre deux longueurs d’avance. Gravel repoussait un lancer de la ligne bleue, puis signait un superbe arrêt sur le rebond, et le jeu de puissance marseillais restait muet pour la troisième fois de la soirée. Une fois la pénalité tuée, les Amiénois mettaient une forte pression sur la cage de Kasik jusqu’à la sirène.

Schmitt au rebond
En début de tiers, Di Dio Balsamo interceptait une passe et filait seul au but, mais ne parvenait pas à tromper Kasik. L’égalisation venait d’une présence remarquable de Plagnat. Auteur de plusieurs récupérations, l’ailier d’un soir servait Craig dans le slot, et ce dernier signait son doublé (4-4, 47’16).

Le public ne s’y trompait pas et donnait de la voix. Marseille cherchait la contre-attaque et se ménageait de bonnes occasions, mais Gravel restait solide. Amiens insistait, et la ligne de Craig provoquait la pénalité de Quattrone (50’22, pour avoir accroché), l’occasion de repasser devant.
Le jeu de puissance amiénois s’installait, et Craig, Girouard puis Schmitt tiraient en l’espace de vingt-trois secondes. Seitz offrait pourtant un avertissement sans frais en perdant le palet dans sa zone, et Gravel devait s’interposer devant Dair. Sur la contre-attaque, à l’instant même où expirait la pénalité, Schmitt reprenait le rebond d’un tir de Hinam et donnait l’avantage aux Gothiques (5-4, 52’23). À une seconde près, ce jeu de puissance converti une fois sur dix jusque-là signait un deux sur deux.

Marseille réagissait d’orgueil, avec cinq tirs en moins de deux minutes, puis s’éteignait. Les Spartiates n’adressaient plus un seul tir à Gravel dans les cinq dernières minutes, tandis que les Gothiques procédaient désormais en contre. Kasik quittait sa cage au profit d’un sixième joueur de champ (59’14), le Coliséum se levait, et les Marseillais ne parvenaient même plus à s’installer en zone offensive.

Le jour et la nuit
En s’offrant le scalp du dauphin, les Gothiques signaient l’un de leurs matchs les plus aboutis depuis plusieurs saisons, et le Coliséum fêtait enfin sa première victoire de la saison dans le temps réglementaire. Douze jours après une soirée sans inspiration contre Cergy-Pontoise, leur attaque trouvait cette fois la faille cinq fois face à l’une des meilleures équipes du championnat. Si Craig signait un doublé, l’homme du soir s’appelait pourtant Schmitt. Omniprésent, le défenseur était sur la glace pour six des neuf buts du match, dans une arrière-garde qui tournait à cinq. Son magnifique mouvement sur le 3-4 avait relancé les siens, et son but décisif venait récompenser un match plein. Rendu à l’aile, son poste d’origine, Plagnat semblait d’ailleurs y apporter davantage. Il n’avait inscrit que deux points en neuf rencontres en défense, quand sa première soirée en attaque lui valait la passe de l’égalisation et une présence sur la glace pour les deux buts de Craig. Tout n’était pas réglé pour autant. Derrière, les lacunes restaient visibles, de Limtong lancé seul sur une passe levée à Quattrone servi au second poteau pour un but facile. Avec Da Sylva disparu en cours de match, l’arrière-garde finissait à cinq, et une recrue en défense ne serait certainement pas de trop. Les sautes de concentration coûtaient encore cher, elles aussi, comme sur l’égalisation concédée dans la foulée du 2-1. Néanmoins, menés de deux buts à la mi-match, les hommes de Bruce Richardson n’avaient jamais renoncé, et cette mentalité était peut-être la meilleure nouvelle de la soirée. Il leur faudra la confirmer dans la durée.

Avec quatre victoires de suite et douze points, les Gothiques s’installaient à la huitième place, la dernière qualificative pour les play-offs. Ils s’apprêtaient à se rendre à Dijon pour la Coupe de France le mercredi 21 octobre. Le week-end suivant, les deux équipes enchaîneraient chacune un aller-retour, Amiens face à Bordeaux, à Mériadeck puis au Coliséum, et Marseille, battu deux soirs de suite et relégué au troisième rang, face à Anglet.
Amiens – Marseille 5-4 (2-2, 1-2, 2-0)
Vendredi 16 octobre 2026 à 20h15 au Coliséum. 3 220 spectateurs.
Arbitres : Jérémy Rauline et Julien Peyre assistés de Thomas Simon et Hugo Maillard
Pénalités : Amiens 6′ (2′, 4′, 0′) ; Marseille 4′ (2′, 0′, 2′).
Tirs : Amiens 40 (11, 13, 16) ; Marseille 31 (9, 12, 10)
Évolution du score :
0-1 à 15’10 : Dair assisté de Ishida et Tavernier
1-1 à 18’11 : Girouard assisté de Mony et Magee (sup. num.)
2-1 à 18’54 : Barriga assisté de Seitz et Hinam
2-2 à 19’23 : Limtong assisté de Dufek et Petersson
2-3 à 27’02 : Dufek assisté de Limtong et Gradin
2-4 à 28’09 : Quattrone assisté de Chapuis et Petersson
3-4 à 31’58 : Craig assisté de Schmitt et Vertanen
4-4 à 47’16 : Craig assisté de Plagnat et Girouard
5-4 à 52’23 : Schmitt assisté de Hinam et Barriga
Amiens
Attaquants :
Nicholas Girouard (+2) – Kieran Craig (A, +2, 2′) – Antonin Plagnat (A, +1)
Nicholas Seitz (-1) – Elijiah Barriga (-1) – Tyler Hinam (-1)
Ilies Djemel (-1) – Brandon Magee (-1) – Cédric Di Dio Balsamo (-1)
Noa Besson – Virgile Gauffriau – Enzo Benoit
Défenseurs :
Jere Vertanen (+1) – Charles Schmitt (+2)
Mathieu Mony – Bastien Lemaitre (-1)
Papys Da Sylva – Justin Bergeron (C, -1, 2′)
Gardien :
Alexis Gravel
Remplaçant : Mathis Thirion (G).
Absent : Gabriel Bernier (blessure)
Marseille
Attaquants :
Flavian Dair (-1) – Fabien Colotti (C, -1) – Sayam Limtong (+2)
Jesper Larinmaa (-1) – Bobby Thomas MacIntyre (-2) – Paul Joubert (-1)
Timothé Quattrone (2′) – Semen Ivanov – Emil Tavernier
Mattis Chapuis – Jan Dufek (+2) – Anton Gradin (+1)
Défenseurs :
Bobbo Petersson (A, +2, 2′) – Riku Ishida (+3)
Kévin Spinozzi (-1) – Enzo Cantagallo
Yohan Coulaud (A, -3) – Fabien Bourgeois
Gardien :
Libor Kasik [sorti de 59’14 à 60’00]
Remplaçant : Florian Gourdin (G).
































