Des managers en prison ou qui se comportent comme des matons, des entraîneurs romantiques ou adeptes d’un folklore plus brutal, on trouve vraiment de tout en KHL. Et plus particulièrement dans cette deuxième partie du bilan de la saison, consacrée aux équipes classées de la 17e à la 22e place.
Barys Astana (17e) : l’homme providentiel ?

Kaigorodov a été envoyé au Dynamo Moscou dès le retour d’Andrei Nazarov sur le banc, fin octobre. Le Barys ne s’était jamais consolé du départ de cet entraîneur charismatique vers le riche SKA Saint-Pétersbourg. La décision de virer le coach fraîchement nommé – Yerlan Segimbaev – en septembre n’avait abouti qu’à une solution temporaire : capitaine du Kazakhstan aux JO 1998, Evgeni Koreshkov était devenu entraîneur principal par intérim. Comme tout le monde pressentait que les jours de Nazarov à Saint-Pétersbourg étaient comptés, les dirigeants d’Astana attendaient simplement qu’il soit mis à la porte pour le ré-engager aussi sec.
Nazarov est donc revenu, et son « folklore » avec lui, y compris les provocations et agressions douteuses de son gros bras Damir Ryspaev, envoyé à la bagarre dès son deuxième match. L’ancien et nouvel entraîneur était aussi la garantie d’une confiance totale dans la ligne nord-américaine Bochenski-Boyd-Dawes.
Si le Barys est devenu redoutable chez lui, ce n’est pas seulement à cause de l’emménagement dans la nouvelle Barys Arena de 12000 places (qui a sonné creux car le public n’a pas crû). C’est aussi parce que Nazarov, à domicile, utilise à fond le privilège du dernier changement et n’hésite pas à recourir au coaching malin pour faire surgir sa ligne aux moments-clés.
Cela n’aura pas suffi. Nazarov n’a pas réussi à ramener Astana en play-offs, pas plus qu’il n’a pu maintenir le Kazakhstan dans l’élite mondiale malgré l’apport – là encore – de cette même ligne nord-américaine naturalisée sous les couleurs du pays d’Asie Centrale. Malgré ce double échec, Nazarov reste incontournable et a été prolongé dans les deux postes. Comme quoi, en Russie comme au Kazakhstan, montrer les muscles, tenir un discours viril et se positionner en homme providentiel sont les clés pour marquer les esprits, quels que soient les bilans comptables.
Dynamo Minsk (18e) : le Président et le prisonnier

L’absence de Berezhkov, qui inspirait confiance aux membres du club, a laissé une ambiance pesante dans le vestiaire. La gestion du Dynamo Minsk était retournée dans l’opacité. En octobre, alors que l’infirmerie était pleine (Linglet, Kulakov, Goroshko, Vesce), le préparateur physique Barry Brennan fut mis à la porte, puis l’entraîneur slovaque Lubomir Pokovic annonça son départ pour « motif extrasportif » ne lui permettant pas de continuer à travailler. L’ex-international Andrei Kovalev est alors devenu entraîneur, d’abord par intérim. C’est à partir du moment où on lui a retiré l’étiquette d’intérimaire, en décembre, que les résultats se sont dégradés…
La vraie raison de ce déclin n’est sans doute pas le changement de titre de Kovalev, mais plus sûrement la blessure de Nick Bailen, la veille de son 26e anniversaire. Le défenseur américain, qui devait être le nouveau naturalisé de la sélection nationale du Bélarus, était la clé de voûte de l’équipe avec 31 points en 40 rencontres. Le meilleur marqueur du club, l’attaquant Matt Ellison, a bien tenté de tenir lui-même le rôle important de Bailen en jeu de puissance, mais il n’avait guère de marge pour du temps de jeu supplémentaire.
Le Dynamo Minsk a manqué les play-offs, et le Bélarus a raté son championnat du monde. Du changement a donc été demandé, sous l’oeil vigilant et la moustache ferme du Président : le Dynamo devra en particulier rapatrier les meilleurs joueurs du pays (qui comptent désormais comme étrangers ailleurs en KHL).
Traktor Chelyabinsk (19e) : du sous-entraînement au sur-entraînement

Dès le mois de septembre, après un début de saison raté, les supporters du Traktor ont demandé la démission de Nikolishin en se référant à l’évidente fatigue des joueurs victimes de surcharge d’entraînement. Les dirigeants ont laissé à Nikolishin un peu de temps pour se refaire, mais en novembre, il était mis à la porte pour de bon. Son message ne passait tout simplement plus auprès des joueurs.
Certains ont semblé tout de même bénéficier de son système de jeu. Semyon Kokuev, habituel travailleur de quatrième ligne, s’est ainsi mué en quatrième marqueur de l’équipe, en plus d’être le joueur qui donnait le plus de mises en échec. Les joueurs techniques en revanche, les Chistov ou Yakutsenia formés dans la tradition russe, n’étaient pas dans leur élément quand on leur demandait d’envoyer le palet en fin de zone. Le point commun est que les uns et les autres ont fini par être perdus pour le club. Le capitaine de la saison précédente Stanislav Chistov avait perdu son efficacité (10 points en 36 parties). L’enfant du pays a quitté en décembre son club, avec lequel il fut le premier à passer la barre des 500 matches en KHL. Quant à la révélation Kokuev, ses envies de départ le conduiront au Dynamo Moscou.
Hormis la bonne tenue de la doublure Vassili Demchenko (21 ans) qui a bien pallié la blessure du gardien tchèque Pavel Francouz, la saison du Traktor a donc apporté peu de satisfactions. Le principal jalon est le travail du nouvel entraîneur Anouar Gatiyatulin : ayant appris le hockey à chelyabinsk, il a mis en place le jeu qui plaît aux supporters. Cela a fonctionné… épisodiquement. Le Traktor n’a raté la qualification en play-offs qu’à deux journées de la fin, et le jeune Gatiyatulin a obtenu un contrat de deux ans. C’est surtout une ligne offensive d’impact qui semble manquer à Chelyabinsk, malgré la qualité de l’école locale.
Medvescak Zagreb (20e) : plus avare de chèques que de Tchèques

Pendant ce temps-là, le club-phare de Croatie avait pu commencer la nouvelle saison comme si de rien n’était. Il est même bien parti, premier de Conférence ouest après cinq journées et toujours bien placé dans le top-8 avant une première série de revers en novembre.
L’équipe de Zagreb a donc su gérer sa transition d’une équipe purement nord-américaine vers un effectif plus international. Il a bien été emmené par sa première ligne tchèque où le pur centre Tomas Mertl servait à la fois le talent technique de Marek Kvapil et le gabarit puissant de Radek Smolenak.
Le Medvescak a cependant conservé une dimension physique, maintenue par chacun des entraîneurs canadiens successifs. Il faut dire que celui de cette saison – Gordie Dwyer – était un ancien enforcer aux 44 bagarres en NHL (à la sulfureuse époque de Bob Probert & co). Ce hockey rugueux fonctionne mieux sur la petite glace de Zagreb. Mais le calendrier de la KHL est souvent déséquilibré, et le dernier match à domicile a eu lieu… à la mi-janvier ! Les Croates ont terminé par 7 rencontres en déplacement, et c’est au cours de cette longue tournée qu’ils ont vite perdu leurs dernières chances d’atteindre les play-offs.
Spartak Moscou (21e) : les romantiques modernes

Ce club de tradition aura donc donné des leçons de marketing à tous ses homologues de la capitale ! Pour autant, il n’a pas oublié son histoire. Il a obtenu de la ligue de pouvoir organiser 5 rencontres dans le vieux Sokolniki, dont une le 22 décembre – date anniversaire des débuts du championnat soviétique – jouée avec un maillot « rétro ».
Le Spartak n’a pas utilisé que l’ancienne patinoire du Dynamo, il a aussi récupéré à mi-septembre Konstantin Glazachev dont le club ne voulait plus. Le trentenaire a pris place en première ligne avec le Tchèque Lukas Radil et le centre peu connu Aleksandr Mereskin. Malgré tout, l’équipe manquait un peu de talent pour donner corps au hockey « romantique » promis par l’entraîneur Herman Titov. Le joueur le plus doué a sans douté été le petit défenseur canadien Chay Genoway, mais son apport offensif n’a pas toujours compensé ses erreurs défensives.
Le point faible qui a empêché le Spartak de s’approcher des play-offs, c’est tout de même principalement la performance de ses gardiens. On attendait beaucoup mieux d’Atte Engren et d’Evgeni Ivannikov, au vu de leurs saisons précédentes en KHL.
Dinamo Riga (22e) : le manager infantilisant

Impatient d’assister au redressement espéré, le manager Normunds Sejejs a publiquement critiqué ses leaders. En décembre, il s’est défait de deux joueurs étrangers, le déclinant attaquant finlandais Ville Leino mais aussi le défenseur tchèque Tomas Kundratek… qui a ensuite connu une bonne fin de saison au Slovan Bratislava puis pour ses débuts en championnat du monde. Surtout, il a « rétrogradé » son meilleur marqueur Miks Indrasis pendant deux jours dans l’équipe-ferme de Liepaja, sans qu’il n’y joue le moindre match. Une mesure qui ressemblait plus à une punition publique qu’à un vrai choix de gestion.
Comme si cela ne suffisait pas, Sejejs – qui était aussi assistant-coach – a décidé début janvier de se séparer de l’entraîneur Kari Heikkilä et de le remplacer lui-même. Il a expliqué que le système du Finlandais convenait mieux à des joueurs plus expérimentés. Il faut dire que Sejejs est plus infantilisant, par exemple en évoquant le retour au cantonnement dans une « basa » comme l’époque soviétique.
Ce sentiment de défiance a semblé rejaillir négativement sur la performance de certains joueurs. Le défenseur Steven Siego est devenu méconnaissable en fin de saison. Après s’être vu retirer le capitanat (au profit de Sotnieks) en cours de championnat, Lauris Darzins n’a quant à lui mis qu’un seul but à ses 24 derniers matches, tout en restant deuxième pointeur de son équipe. Il demeure un des tout meilleurs joueurs lettons, et il y avait de quoi s’étonner de l’annonce de la fin de son contrat. En fait, il s’agissait d’une stratégie de Sejejs – appliquée également au cas Andris Dzerins – pour le resigner un peu plus tard à un salaire inférieur…







































